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C’est quoi, l’indice Big Mac?

C’est quoi, l’indice Big Mac?

Définir la richesse, une bouchée à la fois.

Par
Pier-Luc Ouellet
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Une des tâches des économistes, c’est de définir et mesurer la richesse. Dit de même, ç’a l’air simple. Si vous faites votre épicerie au IGA, vous êtes riche. Si vous buvez du RC Cola, vous êtes pauvre.

Mais c’est plus compliqué que ça.

Entre autres parce que l’argent n’a pas la même valeur partout. Vous rappelez-vous de cette scène, dans Eurotrip, où les protagonistes vivent la vie des gens riches et célèbres avec 1,83 $ US? (Si vous ne vous en rappelez pas, ne vous en faites pas : ce film est plus vieux que tous les fans d’Olivia Rodrigo additionnés.)

Un dollar n’a pas la même valeur dépendant d’où vous êtes dans le monde, et ça, c’est avant même de compter le taux de change.

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Bref, c’était un problème complexe, jusqu’à ce qu’un magazine fasse une blague qui a fini par être prise TRÈS au sérieux : l’indice Big Mac.

L’invention de l’indice Big Mac

En 1986, l’économiste Pam Woodall a écrit un article qui se voulait humoristique dans le magazine pour lequel elle travaillait à l’époque, The Economist.

Il s’agissait d’une illustration du concept de parité du pouvoir d’achat, une méthode pour comparer le pouvoir d’achat entre différentes nations. En gros, on divise le prix d’un panier de produit dans un pays par le prix du même panier dans un autre pays, et ça nous donne un indice. Dans la logique qui sous-tend cet indice, si le dollar américain est à 1,25 $ CAD, un panier de produits équivalents devrait coûter au maximum 25 % de plus au Canada. Sinon, ça signifie que le pouvoir d’achat entre les deux pays n’est pas équivalent.

Si vous trouvez ça un peu complexe, c’est pour ça que l’indice Big Mac est devenu si populaire : c’est une version simplifiée du concept.

D’un pays à l’autre, les produits et services diffèrent, ce qui rend les comparaisons difficiles. Si vous avez voyagé un peu, vous savez que comparer notre pain Gadoua au pain français, ça frôle le blasphème.

Mais y a une affaire qui se vend à peu près partout dans le monde, et qui est identique, peu importe où vous allez : le Big Mac.

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Non seulement le Big Mac est omniprésent et servi de la même manière partout dans le monde, Woodall considérait que le prix du Big Mac était fixé par un ensemble de facteurs qui en disent long sur le contexte économique local, notamment le prix des ingrédients, de la main-d’œuvre et le coût de la publicité.

Et c’est ainsi qu’est né l’indice Big Mac.

Par exemple, en juillet 2024, un Big Mac coûtait £ 4,59 en Grande-Bretagne et 5,69 $ USD aux États-Unis. Le Big Mac britannique était donc 81 % du prix d’un Big Mac américain, mais le taux de change, à ce moment-là, était à £ 0,78 pour un dollar USD.

Si on se fie à l’indice Big Mac, les Britanniques étaient désavantagés, parce que leur monnaie était sous-évaluée de £ 0,03 par rapport au dollar américain. Le Big Mac aurait donc dû coûter £ 4,44 si le prix du burger avait été proportionnel au taux de change.

Bon, c’est pas la fin du monde. Après tout, c’est même pas de quoi s’acheter une frite. MAIS PAREIL.

Une joke prise au sérieux

Comme mentionné plus haut, l’article de Woodall se voulait plus comique qu’autre chose. Il s’agissait simplement d’une manière d’illustrer la parité de pouvoir d’achat.

Sauf que les économistes et les politiciens ont fait : « Wô, wô, wô! Attends un peu, tu tiens de quoi, là! »

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En 2011, The Economist a déclaré que l’indice Big Mac semblait confirmer les doutes de plusieurs observateurs qui accusaient la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner de fausser les données économiques pour minimiser l’ampleur de l’inflation en Argentine. Le burger augmentait de 19 % par année, alors que le pays déclarait une inflation annuelle de 10 %.

Ça ne collait pas. Pourquoi le burger montait de prix deux fois plus vite que l’inflation en général?

En réalité, l’écart était encore pire que ça. Des journalistes ont découvert que le gouvernement avait mis de la pression sur McDonald’s pour baisser le prix du Big Mac. Le burger emblématique était maintenu beaucoup moins cher que le reste du menu, mais en échange, les restos n’en faisaient plus la promotion. En juin 2012, suite à la pression des médias, le prix du Big Mac a été ajusté, faisant un saut soudain de 26 %.

L’indice Big Mac est ainsi devenu une référence telle qu’une présidente a activement fait baisser le prix du fameux sandwich pour mieux faire paraître son pays.

Faut pas sous-estimer le pouvoir d’un burger.

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Un indice qui a ses limites

Même si l’indice Big Mac a ses avantages, il ne s’agit pas d’un outil sans failles.

D’abord, même si le Big Mac est presque identique partout, le presque est ici très important. En Inde, par exemple, le Big Mac a été remplacé par un sandwich au poulet, parce qu’une très large partie de la population ne mange pas de bœuf.

Il n’y a pas non plus de McDo partout, malgré ce qu’on a tendance à croire : seuls 4 pays d’Afrique possèdent un McDonald’s. Nos sympathies aux fans de Joyeux Festins et de piscines à boules du Mali.

Le contexte peut également avoir une forte influence sur le prix du Big Mac, ce qui fausse la comparaison. Ainsi, en Chine, on ne produit pas autant de bœuf per capita qu’aux États-Unis.

L’indice Big Mac doit donc être pris avec un grain de sel, contrairement aux Big Macs eux-mêmes qui sont déjà bien assez salés.

Fun facts, en vrac :

Le Big Mac le plus cher :

Suisse : 8,17 $ USD (11,40 $ CAD)

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Le Big Mac le moins cher :

Taiwan : 2,39 $ USD (3,33 $ CAD)

D’autres indices qui ont été essayés :

  • Tall Latte index (un grand latte au Starbucks)
  • iPod index
  • Billy index (la bibliothèque Billy du Ikea)
  • Chai Latte Global Index (le prix d’un chai latte au Starbucks)