C’est la faute de la télé

Si le Québec est en train de déchirer sa chemise à propos du voile avec autant d’excès et de passion, c’est peut-être aussi à cause de ce que nous montre ou ne nous montre pas la télé, ce reflet (artificiel) de notre société.

Dans les fictions en série tout comme dans les divertissements plus ou moins réalistes, le petit écran québécois met inlassablement en scène du bon blanc de souche 100% approuvé par le conseil municipal de Hérouxville. Les rares immigrants qu’on voit sont des caricatures de minorités visibles: les barbus sont en djellaba, les chauffeurs de taxi sont haïtiens, les ados bronzés sont à la tête de gangs de rue, les femmes voilées jusqu’aux yeux sont soumises, les vilains mafieux ont l’accent italien,…

Qui manque d’imagination? Les scénaristes? Les producteurs? Les diffuseurs?

Où sont les ingénieurs marocains, les professeures roumaines, les journalistes algériens, les informaticiens égyptiens, les infographistes péruviens, les pharmaciens maliens, les architectes belges, les stratèges haïtiennes, les artistes congolais, les charcutiers guatémaltèques, les coordonnatrices rwandaises*?

Depuis que je suis au Québec – si vous ne le saviez pas, je suis une minorité audible – le Québec a beaucoup changé. Mais pas ce que projettent son cinéma et sa télé.

La diversité colorée qui anime Montréal n’a (presque) pas d’écho dans la couverture pure laine de nos médias tricotés serrés. On voit plus de néos-Québécois qui font les manchettes à LCN que dans les téléromans, les jeux télévisés, les films et les téléréalités. Ça ne vous choque pas? Lisez les génériques, faites le compte des figures basanées, recensez les Mamadou versus les Tremblay…

Ça m’a frappé en voyant l’adaptation anglaise de 19-2. La même histoire, mais pourtant un casting beaucoup plus coloré (Réal Bossé est noir) que la version originale tricotée au Québec. Et que dire des personnages principaux des Jeunes Loups, des comédiens de Série Noire, des docs de Trauma, du casting de Mémoire Vive,… Rien que du blanc de blanc, bien de souche.

Au bout du compte, il y a plus d’homosexuels que d’immigrants à l’écran de nos séries.

Quand on sait que la majorité des gens s’informe au petit écran, quand on constate que même les Québécois qui voyagent emportent avec eux leur pot de beurre de peanut et leurs préjugés, il n’est pas étonnant de voir le débat de fond sur la laïcité de l’état s’enfarger dans les voiles. À force de se complaire dans le «pure laine», on cultive la frilosité.

Le Québec sera inclusif le jour où sa télé reflètera sa réalité. Pas quand on le forcera à l’être.

*Que des exemples tirés de la réalité qui m’entoure.

Pour suivre mes délires d’étranger sur Twitter avant que je retourne dans mon pays (comme on me le suggère de plus en plus souvent), c’est ici : @pascalhenrard

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