C’est le festival du « on le savait, mais on a rien dit »

Combien de personnes étaient au courant pour Jutra? Aubut? Cosby? Et dans la catégorie des histoires moins connues, mais tout aussi répandues, combien de gens sont témoins d’un grand-père doux-pervers? D’un curé gentil-dégueu? D’une préposée aux bénéficiaires soignante-désaxée?

Derrière tout ce silence et cette minimisation des gestes, y’a des paires de couilles et d’ovaires que j’ai envie de voir flotter dans du formol.

Quand l’humain me déçoit, j’essaie de le comprendre. Ça apaise la déception et c’est un pas de plus vers la solution. Mais là, je patine sur un moyen temps. Être conscient de l’abus d’un enfant ou même d’un adulte et se taire, c’est lâche.

Dans tous les cas médiatisés récemment, on apprend que des gens savaient, mais que la loi du silence régnait.

Le glaçage sur le gâteau : des gens connus, respectables, se sont activés en faveur de leur ami pédo comme si ce n’était pas grave. « Oui, mais y’était talentueux et gentil. » D’accord, mais il suçait un (ou des) jeunes garçons de 6 ans.

On ne décide pas de l’héritage qu’on laisse sur Terre en triant le bon du méchant. TOUT reste. Si tu te comportes comme un crotté, ton œuvre risque d’être éclaboussée de merde. Qui tu es l’emporte sur ce que tu fais.

À l’automne 2015, certains ont pris le micro pour minimiser les comportements de leur ami « extra-mononcle » en disant que les temps ont changé, que le pauvre gars s’est mal adapté, qu’il a toujours été ainsi le bon vieux Marcel. Dans sa tête c’était rien de méchant.

Come on!

Un avocat connaît le méchant. Il sait exactement faire la différence entre le bon et le méchant; il l’a étudié.

Je vous le jure, j’essaie de comprendre. Est-ce que les gens se la ferment ou minimisent un comportement par peur de perdre un emploi, une sécurité, une famille…?

Combien de superviseurs, de sergents, de coachs, d’employés détournent le regard pour ne pas se mettre leur supérieur à dos?

Combien d’artistes sont aveuglés par la lumière du showbizz balayant des actes illégaux sous le tapis en espérant que l’agresseur puisse les faire briller?

Je me dis que si ça arrivait à leurs enfants, le scénario serait différent, mais non.

Combien de mères font de l’aveuglement volontaire sur leur nouveau conjoint qui abuse de leur fille? La petite au Saguenay a eu 5 enfants du beau-père cibole! J’peux pas croire que ça n’soulève pas des questions dans le voisinage qui méritent une attention particulière.

La peur c’est une bitch. Sous le couvert de la peur, on se déresponsabilise et on trouve l’acceptable dans l’inacceptable pour mieux dormir.

« Silence=death » qu’on dit en anglais. Le silence tue.

Je n’ai aucune intention de transférer le blâme sur les témoins, mais les rendre en partie responsables d’un virus qui se propage, pourquoi pas? Faut se responsabiliser. Le vaccin contre les abus sexuels, c’est de dénoncer même si nous n’en sommes pas les victimes directes.

Et que se passe-t-il avec nos dirigeants politiques et notre système judiciaire dinosaure qui voit l’agression sexuelle de façon aussi banale que si un bambin venait de trébucher sur une patte de table?  « Ohhhhrg boom! T’es tombé ahah! Pas grave c’n’est pas un vrai bobo. T’as juste eu peur… Dis-lui à la table qu’elle est méchante et relève-toi, t’es capable. La cocaïne, ÇA c’est un vrai bobo, ça nous fait perdre de l’argent. On va s’attaquer aux vendeurs et laisser ton agresseur gambader dans les champs après une peine ridicule. »

J’ai le pressentiment que si les hommes adultes étaient en tête de liste des victimes d’agressions sexuelles, les choses bougeraient RAPIDEMENT au boys club du Parlement.

Je ne saisis toujours pas le silence et la minimisation liés à un acte si barbare. Envahir le corps de quelqu’un, ce n’est pas minime, c’est barbare. C’est envahir le village intime d’un humain et le détruire.

Sachant que l’agression est un acte de domination et de pouvoir le plus souvent commis par des hommes, et que les sphères de pouvoir sont encore majoritairement occupées par des hommes, on ne sera pas étonné que les choses changent très lentement.

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture : « Je m’excuse maman »

Humoriste détentrice des écussons jaune, orange, rouge, marron et bleu en natation. La scène, c'est mon Disney Land. Mes grilled cheese torchent.

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