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Mars 2020. Au moment où on apprend la fermeture de presque tout au Québec, Camille Rouleau, fondatrice et boss des bécosses (c’est elle qui le dit!) du studio de danse Ballet Hop! n’est guère surprise. Celle qui comptait un peu les jours avant cette annonce finit sa journée, range les studios et verrouille les portes. Malgré son calme, elle est consciente que la game vient de changer.
Dès le lendemain, Camille et son équipe allaient déployer des efforts surhumains pour adapter l’entreprise au nouveau contexte.
Ballet Hop! a été fondé à Montréal en 2016. C’est une entreprise locale comptant trois succursales et offrant des cours développés par une équipe multidisciplinaire de profs de ballet et de kinésiologues.
Pieuvre multitâche, Camille est devenue productrice, réalisatrice et monteuse du jour au lendemain.
Dès le premier jour de fermeture, Ballet Hop! a mis en place des cours en ligne. «Le projet de cours en ligne était sur nos tables à dessin depuis un an et demi environ, mais là, il a été 100% concrétisé en 5-6 jours! Là-dessus, je suis chanceuse.»
Ça semble facile à dire comme ça, mais la tâche était titanesque.
«On n’avait aucune expérience avec la vidéo ou la diffusion en ligne.»
Avec seulement quelques jours pour voir venir la vague, pas le temps de suivre une formation complète à l’INIS! Ballet Hop! a d’abord adapté ses programmes pour pouvoir les filmer. «On n’avait aucune expérience avec la vidéo ou la diffusion en ligne, on a donc commencé avec des Facebook Live pendant la première semaine pour se faire la main et prévoir la suite», explique Camille.
L’équipement nécessaire à la réalisation de cours en ligne peut vite devenir assez élaboré et coûteux: caméras, lumières, micros, trépieds, logiciel de montage, etc. Louer l’équipement, c’est pas tout. Il faut aussi savoir l’utiliser!
Remercions le ciel pour le mode automatique et les tutoriels YouTube. «On a filmé une quarantaine de cours en trois jours, suivi d’une semaine de nuits blanches à faire du montage, et voilà, la plateforme de cours en ligne a pris forme», raconte Camille.
Depuis, elle a ouvert une boutique en ligne et entrepris d’autres actions comme la location de barres de ballet portatives.
On devine que le désir d’apprendre doit faire partie de l’ADN d’une entrepreneure. Camille se décrit d’ailleurs comme une touche-à-tout qui a toujours besoin de nouveaux défis. «Quand je sais faire quelque chose, souvent je le délègue! J’aime vraiment mieux une job qui change toujours et qui me permet d’explorer et de grandir.»
«C’est comme 4-5 métiers à apprendre par soi-même en quelques jours!»
Afin de mettre sur pied les cours en ligne, son équipe a dû apprendre très rapidement les bases techniques de plusieurs métiers, comme l’éclairage, le son, le montage, le stockage web. «C’est comme 4-5 métiers à apprendre par soi-même en quelques jours!»
Mais la réactivité n’est pas la seule qualité nécessaire pour quiconque souhaite se lancer en affaires. À son avis, il faut aussi être capable de tolérer l’inconfort et une part de risque, avoir confiance en soi, et «du front tout le tour de la tête». Pour devenir une leader qui inspire les autres, elle mise plutôt sur ses habiletés relationnelles et de communication. «Finalement, il faut être patient et très impatient en même temps!», s’exclame-t-elle.
«C’est inquiétant quand on veut faire des projets comme voyager ou fonder une famille (…) rien n’est acquis! Et c’est à recommencer à chaque phase de croissance. Dès que tu as établi quelque chose, tu te lances dans l’étape d’après, et tu perds ce que tu avais en sécurité, en horaires et souvent en argent. Mais c’est là tout le thrill aussi», dit Camille.
Même si l’inquiétude la gagne par moments, elle a adopté plusieurs stratégies pour gérer l’anxiété. Par exemple, elle désactive les notifications sur son téléphone, elle fait des listes, elle délègue les tâches qui la drainent, elle fait du sport et elle se sort le nez de l’entreprise de temps en temps.
«C’est bien la première fois depuis que j’ai fondé ma business que je me permettais de penser que j’en avais fait assez.»
Camille parle d’un certain soulagement causé par le fait qu’il y ait eu un frein imposé par la pandémie. «Une fois les classes et la boutique en ligne mises en place, je ne pouvais pas faire grand-chose de plus, et c’est bien la première fois depuis que j’ai fondé ma business que je me permettais de penser que j’en avais fait assez», se souvient-elle.
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Les entrepreneurs comme Camille n’ont pas de patron pour les guider et plusieurs emplois dépendent d’eux. «Tu es la seule personne qui connaisse ton entreprise, personne ne peut te dire quoi faire, tout est un gamble ou presque, et tu portes ça seule, tout le temps.» Le métier vient alors imposer certains sacrifices aux entrepreneurs. Camille peut par exemple avoir à remplacer une prof malade à tout moment, ou devoir rester pour effectuer une réparation, peu importe le nombre d’heures travaillées.
Bien qu’elle se dise reconnaissante et ravie de l’aide reçue – pensons par exemple aux programmes gouvernementaux –, la pandémie lui a permis de réaliser qu’à part en temps de crise, les entrepreneurs sont laissés à eux-mêmes. «En temps normal, je n’ai aucun filet de sécurité, aucune assurance, aucun plan B. C’est all in, et quand on met tous ses oeufs dans le même panier comme ça, on est vulnérable et à risque de tout perdre, ou encore de se surmener ou de développer des soucis de santé mentale.»
L’expérience dans son ensemble lui a donné envie de trouver l’équilibre dans sa vie, de faire des choses qui ne sont pas liées au travail et de se mettre moins de pression pour une croissance rapide de l’entreprise. «Plus de cours, plus de clientes, plus d’argent, plus de succursales… c’est excitant, mais c’est lourd, dit-elle. Je veux que mon entreprise continue à grandir, mais ce temps de pause forcée m’a fait réaliser qu’il n’y a pas le feu non plus.»