Ces hommes qu’on invente

Travis qu’on voit à La Voix me fait penser à Sebastian Bach, l’ancien chanteur du groupe Skid Row, qui a connu ses années de gloires à la fin des années 80 début 90.

Ça m’a ramené à mes amours d’adolescence.

Quand j’avais 13 ans, Sebastian c’était mon homme. Du moins pour 5-6 mois. Nous sommes beaucoup de jouvencelles à être tombées amoureuses d’une star quelconque. Un an avant, j’avais vu Johnny dans Dirty Dancing dire : “On n’laisse pas bébé dans un coin” et mon cœur avait chaviré : “C’EST LE GARS PARFAIT!! Y sait danser, y est rebelle, mais dans le fond c’t’un doux!” Ma naïveté sucrée de jeunesse était à son peak, j’étais in love pour un rien.

Dimanche dernier, Travis a eu les yeux humides après sa victoire et je gage qu’en même temps, plein d’ovaires d’adolescentes ont pris feu un peu partout au Québec. Un musicien qui se montre fragile, ça fait mouiller d’la jeune fille. Mais si comme moi, tu n’as plus l’âge d’être émoustillée par les lèvres humides d’un Travis de 22 ans, rappelle-toi celles de Jon Bon Jovi, le déhanchement du chanteur d’INXS ou les yeux doux de Joe McIntyre.

Encore mieux, les pas de danse de Kevin Bacon dans Footloose, le petit air rebelle du bum fragile qui se faisait battre par son père dans Breakfast Club, le paquet d’Axl Rose dans ses cuissards blancs pendant qu’il sifflait la toune Patience… Si t’es lesbienne, t’as peut être tripé sur Lola dans Chambre en ville ou sur les sides boobs de la chanteuse de Hole, mais peu importe qui te faisait rêver, y’a de fortes chances qu’à partir de là, ton imagination s’est mise en branle.

J’ai passé des soirées à inventer la personne parfaite dans le corps de ma star préférée.

Je rêvais qu’il vienne me chercher à l’école, devant toutes mes amies jalouses. Nos cœurs battaient au rythme de ses beats et y’a des soirs qu’en pensant à lui, c’est pas juste mon imagination qui se mettait en branle. Y’a des bouts de douillette, de toutous et d’oreiller qui ont reçu de l’amour en ta! (Si je t’apprends que des filles prépubères ça se masturbe, get with the program, tu ralentis le groupe.)

Ensuite est arrivé le premier vrai chum. Rien à voir avec une star, mais beaucoup d’entre nous avons continuer à inventer une personnalité à nos premiers crush. Quand ça fait 5 mois que t’observes un Simon, en secondaire 3, passer de son cours de maths à son cours d’anglais, que tu connais sa marque de déo parce que tu marches derrière lui pour en avoir une whiff, que tu sais c’est quoi son sport préféré et où il habite, t’as tendance à finir son portrait sans détenir les vraies données.

Résultat : Tes attentes s’imbriquent les unes dans les autres comme une game de Tétris et oh surprise, elles sont rarement rencontrées. J’étais soit déçue ou encore pire, j’essayais de mouler le mec pour qu’il devienne celui que j’avais fabriqué au préalable.

Tout ça est excusable, c’est le manque flagrant d’expérience.

Ce qui l’est pas, c’est de voir des adultes, matures, encore agir de la sorte. Une conversation téléphonique, des échanges de textos et hop ils sont en amour. En amour avec qui ?? TU LE/LA CONNAIS PAS! Et trois mois plus tard, la marde pogne et mon amie est dans le néant. “Pourtant il était tellement parfait.” Il n’était pas parfait, l’image que tu t’étais faite de lui était parfaite. Pas lui.

La beauté de rencontrer quelqu’un c’est de le découvrir pas de l’inventer. Faut faire la différence entre tomber en amour et monter en amour. Avec le temps, j’ai appris que monter en amour avec une personne, la seule chose que ça crée, c’est des fondations solides.

Love, xx

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture : “Bedaine et fausses peurs”

Humoriste détentrice des écussons jaune, orange, rouge, marron et bleu en natation. La scène, c'est mon Disney Land. Mes grilled cheese torchent.

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