Celui qui n’a jamais été seul

Je viens d’une famille de cinq. Mes parents, mes deux sœurs et moi sommes très proches. Proche, genre, on soupe ensemble chaque semaine. Pas proche, mes sœurs et moi dormons encore dans des lits superposés et on va rejoindre mes parents quand on fait un mauvais rêve.

En mai 2014, j’ai quitté le nid familial pour aller habiter seul en appartement à Montréal. Ce qui, pour un petit gars du 450 qui veut devenir humoriste, était le rêve.

Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais seul. Le bonheur, me disais-je. La liberté. Fini les sermons sur mon heure de retour. Je peux ne jamais faire mon lit si je le veux. Je peux cuisiner strictement avec l’aide du micro-ondes. En effet, les premières semaines, j’en ai profité. Je suis rentré tard pour me coucher dans un lit défait avant de déjeuner aux restes de la veille réchauffés. Le bonheur, me confirmais-je.

J’étais bien à jouer de la guitare et écrire des blagues en bobettes chez moi.

Puis les semaines devinrent des mois et le temps devint de plus en plus long.

On s’entend, j’avais 22 ans. J’étais bien à jouer de la guitare et écrire des blagues en bobettes. Mais j’ai rapidement réalisé que c’était la première fois de ma vie que je vivais de la solitude, aussi peu intense soit-elle.

Je me rappelais à quel point j’appréciais les moments seuls dans la maison familiale. Non pas parce que je n’appréciais pas la compagnie de ma famille, mais plutôt pour goûter pour la première fois de ma vie à ce que je pensais être la solitude. Pouvoir écouter du System of a down ou du Kanye West au niveau que je désirais. Me promener nu. Je pensais que c’était ça la solitude. «C’EST LE BEST!», pensais-je, naïvement.

Je pensais qu’habiter seul n’allait être que ça, mais tout le temps. Moi, tout nu à me promener dans mon appart en écoutant «Jesus walks» à tue-tête.

Je me lève seul. Je mange seul. Je monte sur scène seul.

Rapidement, tu te rends compte qu’un voisin, c’est pas mal moins patient qu’une mère pour la musique forte et que lorsque tu te promènes nu, je ne sais pas pour toi, mais moi, je n’ose pas m’asseoir. Debout à écouter «B.Y.O.B» avec mes écouteurs sans pouvoir mettre mon iPhone dans ma poche parce que je n’ai pas de pantalons… la solitude est pas mal moins trippante que prévu.

Je me levais le matin, seul. Je mangeais, seul. Je me rendais au travail seul. Je montais sur scène, seul. Je me couchais le soir, seul. Des fois, je parlais à quelqu’un d’autre que mon chat pour la première fois de la journée et le soleil était déjà couché.

On ne vit pas en société pour rien: on a besoin d’être ensemble.

Je partais de la campagne, là où l’on dit de nous qu’on est loin, isolé, dans un trou. Là, où nos voisins sont tellement loin que jamais ils ne vont entendre notre musique. Là, où il n’y a aucun transport en commun ou trottoir. Là, où l’Halloween se fait en minivan et le trois quarts des maisons ne répondent pas.

Je me sentais moins seul isolé en campagne qu’entouré en ville.

Je pars de Saint-Jacques-le-Mineur, ville de 1200 habitants (1500 l’été avec le camping) pour aller en plein centre-ville de Montréal. Là où j’habite dans un bloc qui contient pratiquement la population de mon village. À deux pas de la place Bonaventure et du Centre Bell. Là où je partage un mur avec des inconnus. Là où je ne peux aller porter mes poubelles en sous-vêtements parce qu’il y a des chances que je croise pour la première fois mon voisin d’en face… Un fait, malheureusement, vécu.

Je trouvais la contradiction surprenante: je me sentais moins seul isolé en campagne qu’entouré en ville. C’est sûr qu’à cinq dans une maison, il y a pas mal plus d’action qu’à un dans un 3 et demi.

La solitude peut être très douce et sereine.

Quand j’ai réalisé que c’était la première fois de ma vie que je vivais de la solitude, je me suis mis à l’apprécier parce qu’on s’entend que je vis de la bébé solitude comparé à certaines personnes âgées ou un immigrant qui quitte son pays pour survivre. La fin de The Notebook est parfaite parce qu’elle est impossible: (spoiler alert) les deux quittent en même temps.

La solitude a une connotation négative, mais elle peut être très douce et sereine. Il y a quelque chose d’extrêmement calme et rassurant dans le fait d’être seul. Tu fais les choses pour toi. Tu deviens plus indépendant, ce qui, selon moi, a quelque chose de très sain. La journée où tu rencontres quelqu’un, cette personne ne remplira pas un vide, mais sera plutôt la cerise sur le sundae de ta vie.

Anyways, tu sais ce qu’on dit: «Celui qui n’a jamais été seul au moins une fois dans sa vie, peut-il seulement aimer, peut-il aimer jamais?»

Pour lire un autre texte de Jay Du Temple: «Pépé, pompier et smoked meat».

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Fils de Nicole et Yvan, humoriste barbu et toqué. Je suis intolérant au homard, je fais de l'eczéma et je ne sais jamais quoi écrire dans mes bios.

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