Celui qui en avait une trop grosse

Récit d’une ancienne travailleuse du sexe.

J’ai trente ans. Je suis journaliste et féministe. Pendant mes années d’études, j’ai été prostituée dans un bar à hôtesses de Paris. Chaque matin, je notais dans un carnet les histoires de la veille. Elles sont 100 % vraies. Je les raconte aujourd’hui, sans jugement, ni envers les travailleuses du sexe, ni envers les clients, pour montrer la diversité des fétiches, des désirs et la répression sexuelle qui existe dans nos sociétés.

On va bientôt fermer le bar et aucune d’entre nous n’a travaillé. Ça arrive; c’est la fin du mois, les clients attendent leur paie pour revenir nous voir. Il est deux heures du matin, Fifi est en train de nous montrer des photos de sa petite fille quand le client entre.

Je crois que personne n’arrive à dire bonsoir. L’homme fait la taille de la porte d’entrée. En hauteur et en largeur. Il me fait immédiatement penser au personnage du film « La Ligne Verte », ce colosse qui fait peur à tout le monde.

En me glissant le préservatif dans la main, Fifi me glisse aussi une petite fiole : du poppers.

Il va s’asseoir sur le tabouret, qui paraît soudain aussi miniature qu’un meuble de maison de poupées. Samia se retourne vers moi en faisant de gros yeux. Vous allez me dire : « c’est cliché de se dire qu’un grand gars va avoir un gros membre! ». Ben je peux vous dire que dans le bar, ce soir-là, toutes les pros savaient qu’il y avait de grandes chances que le cliché se vérifie…

L’homme pose les billets sur le comptoir, me fait un signe de la main se lève pour aller vers le fond du bar. Quand un client n’a pas assez d’argent pour l’hôtel, on tire le rideau dans une petite alcôve et on fait notre affaire sur les banquettes en velours. C’est complètement illégal, bien sûr. Et très désagréable aussi. Les banquettes sont trop étroites, et le velours cheap irrite la peau. Mais c’est quand même deux cents euros de gagnés.

Fifi monte le son de la stéréo, mais je me sens toujours mal à l’aise parce qu’on entend quand même. Surtout quand c’est Samia, qui s’amuse à nous faire rire en faisant des bruits plus aigus les uns que les autres.

En me glissant le préservatif dans la main, Fifi me glisse aussi une petite fiole : du poppers. C’est la première fois qu’elle fait ça. Je chuchote.

– Mais, tu le connais ce client?

Elle secoue la tête.

– Non, mais prends-en. Fais-moi confiance.

« Si même les putes peuvent pas la prendre, qu’est-ce qu’il me reste? »

Je m’assieds sur la banquette et je tire le rideau. Le client reste debout, devant moi, comme un géant tout droit sorti d’un conte. C’est là que je vois, face à moi, la bosse. Cette immense bosse sous son pantalon ample, presque aussi longue que son genou. Il enlève doucement sa ceinture.

– Retourne-toi.

– Heu, attends une minute.

Je ne veux pas de surprise moi, je veux voir à quoi j’ai affaire avant de me retourner. Quand il baisse son pantalon et son caleçon d’un même geste, je ne peux pas m’empêcher de lâcher un « wow ».

Impossible de détourner mon regard. C’est difficile à décrire, un sexe de cette taille. Parce qu’on dirait quelque chose de faux, d’irréel. On dirait qu’on lui a greffé un membre étranger, aussi gros que ma jambe.

Je ne veux pas le vexer, j’essaie d’agir normalement, je me déshabille en essayant d’être sexy, et en me demandant surtout ce que je vais bien pouvoir faire de tout ça. J’approche mes deux mains qui ne font même pas le tour de son sexe. Il est tellement lourd que malgré son excitation, il se soulève très peu. Je sais que même le poppers ne pourrait pas me sauver cette fois.

– Je… Je suis désolée, je ne pense pas…

Il ne me laisse pas finir ma phrase. Sans remettre son pantalon, il s’écroule en soupirant sur la banquette (qui ne se brise pas sur le coup, par miracle).

– C’est toujours la même chose de toute façon.

Je fais l’idiote.

– La même chose?

– Si même les putes peuvent pas la prendre, qu’est ce qu’il me reste?

– Je suis tellement désolée. C’est peut-être moi, tu veux que j’appelle quelqu’un d’autre?

– Pfffff. Ouais, vas-y. Celle qui a les mèches rouges.

J’entrouvre le rideau.

– Sandy? Tu pourrais venir, s’il te plait?

Elle se lève en hâte. Je la fais entrer. Elle jette un œil sur l’entrejambe et dit sans hésitation :

– Désolée mon chou, impossible ça. Mais on peut te faire d’autres gâteries, si tu veux, toutes les deux…

– J’ai de l’argent que pour une.

– Ooh dommage! Bon, je te laisse avec Mia alors, elle va bien s’occuper de toi.

Elle me laisse seule la traitresse. J’aurais tellement aimé qu’elle puisse le faire. Il commence à approcher son sexe de mon visage et je me lance, en prenant ma respiration comme avant un plongeon. Mais ma bouche ne fait même pas le tour de l’extrémité de son sexe. Chaque coup de langue paraît miniature et ridicule. Je ne peux rien faire, il y a trop de surface à couvrir. Il grommelle.

– C’est bon arrête.

« J’ai jamais pu donner un vrai coup de bite de ma vie »

Il se rassied sur la banquette.

– Je fais peur, je sais.

– Meuh nooooooon…

Je mens assez mal. C’est un gros défaut dans ce métier.

– C’est toujours comme ça avec les femmes. J’ai jamais pu donner un vrai coup de bite de ma vie. Je sais même pas ce que c’est. J’aurai jamais de femme. Comment tu veux que j’aie des enfants si vous avez toutes peur?

Je lui caresse la main.

– Je suis vraiment désolée.

– Bon, allonge-toi, je vais me toucher. Que je sois pas venu pour rien.

– Je fais peur, je sais.

Elles ne durent pas très longtemps, les conversations à cœur ouvert, dans un bar à escortes. Je m’allonge et je deviens spectatrice. Parce que c’est un spectacle en soi de le voir se masturber. Lui aussi a besoin de ses deux immenses mains, il va très vite, ses énormes bras font de longs mouvements experts, et soudain c’est la fin. Il ne m’a pas prévenue.

Je n’ai jamais vu autant de sperme de ma vie. Comme un tuyau d’arrosage en mode puissance maximale. Comme un ice bucket challenge avec un seau rempli de semence. Et ça dure un temps fou.

Avant de partir, je crois qu’il a dit merci, mais je n’ai pas bien entendu. Parce que j’avais les oreilles bouchées.

« Il t’a complètement ensevelie »! »

J’entends le son étouffé du carillon qui indique qu’il a passé la porte, et tout de suite après, la voix haute perchée de Sandy.

– Mia? Tout va bien?

Impossible de lui répondre. Je n’arrive pas à ouvrir les yeux, je n’ose pas ouvrir la bouche. J’entends le rideau s’ouvrir, une seconde de silence, et l’éclat de rire de Sandy.

– Les filles venez voir!

Je fais un « mmmmm » pour protester, mais ma bouche est scellée. Elles sont toutes là, et elles se marrent comme des gamines. Même Julie qui travaillait dans la rue avant, et qui ne rit jamais. Elles se mettent à parler toutes en même temps.

– Mon Dieu, il t’a complètement ensevelie!

– On dirait la mouette qui est recouverte de pétrole dans le journal!

J’essaie de ne pas rire et de garder la tête levée pour que ça ne dégouline pas sur la banquette. Une fois qu’elle a assez ri, Sandy file au vestiaire et revient avec une serviette de toilette qu’elle pose sur mes genoux et une autre imbibée d’eau. Je sursaute, c’est très froid.

– Désolée ma belle, l’eau chaude et le sperme, c’est pas compatible!

Je comprends maintenant pourquoi elle se trimballe toujours avec son énorme valise. Elle connaît les urgences du métier.

– Ah non, mais même moi j’avais jamais vu ça, il doit tenir un record lui. Le pauvre. Ça doit être dur.

Elle fait des allers-retours plusieurs fois à la salle de bain, pour changer l’eau. N’importe qui serait dégouté par la situation, mais pas Sandy. Elle passe et repasse la serviette tout doucement sur ma bouche, mes yeux, mon cou.

– Il t’aurait cassé en deux ma belle, t’as eu raison de refuser! Un jour j’en ai eu un, à peu près la moitié de cette bête, et je pouvais rien faire pendant des jours après! J’avais mal quand je m’asseyais, j’ai dû dire aux gens que j’avais des hémorroïdes!

Sandy a toujours les meilleures anecdotes.

– Voilà, t’es toute belle. Mais t’en as encore dans les cheveux, c’est trop difficile à enlever.

– Bon ben, je vais rentrer à la maison, je crois.

Trois prostituées et leur maquerelle, qui regardent un porno en silence.

Elle me prête un t-shirt que je passe au-dessus de ma robe. Au comptoir, Fifi a sorti son ordinateur. C’est parce que Samia a proposé de regarder une vidéo. Elle veut voir de ses propres yeux comment quelqu’un peut prendre quelque chose d’aussi gros. Alors on s’est toutes assises sur nos tabourets, et on a lancé une vidéo de la catégorie « big cock ». Celle de l’acteur faisait presque la taille de celle de mon client, et plus de la moitié du corps de l’actrice.

Elle était un peu étrange cette scène. Trois prostituées et leur maquerelle, qui regardent un porno en silence ou presque. De temps en temps, quelques cris pleins d’empathie : « Oufff! », « Aïe! Aïe! Aïe! », « Wow », « Oh mon dieu ».

On a regardé la scène jusqu’au bout, avec un profond respect pour l’actrice. Un vrai sentiment de fraternité. Et si on avait eu notre propre salut militaire, je peux vous assurer qu’à la fin de cette vidéo, on aurait toutes été debout, main sur la tempe.

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Du hamster à la baleine : les pénis ont leur musée

C’est le seul musée du pénis au monde. Il se trouve à Reykjavik en Islande et on peut y admirer près de 300 spécimens de pénis de 93 différentes espèces : des phoques, des ours, des rats, des gorilles. Un humain rejoindra même prochainement la collection. Ce sera Jonah Falcon, américain de 43 ans qui possède le pénis le plus long du monde : 34 centimètres… Au repos. Le musée du pénis islandais lui a envoyé une invitation officielle, disant qu’il souhaitait récupérer son sexe pour l’exposer après sa mort, et monsieur a accepté, bien sûr, pour la postérité.

En attendant, le plus petit pénis du musée appartient à un hamster avec 2 millimètres de longueur, et le plus long, c’est celui d’une baleine bleue mâle : 1 mètre 80. Le membre pèserait près de 85 kilos… Big up à toi baleine femelle.

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