Celui qui avait un micro-pénis

Récits d’une ancienne travailleuse du sexe.

Pendant mes années d’étude, j’ai été prostituée dans un bar à hôtesses de Paris. Chaque matin, je notais dans un carnet les histoires de la veille. Elles sont 100 % vraies. Je les raconte aujourd’hui, sans jugement envers les clients, pour montrer la diversité des fétiches, des désirs et la répression sexuelle qui existe dans nos sociétés.

On ne m’avait encore jamais réservée pour une soirée entière. Quand j’arrive au bar à 15 heures, Fifi la patronne m’annonce la nouvelle.

– Cocotte, y a un client qui demande toute la soirée, j’ai négocié 1000 euros. Ça t’intéresse?

– C’est qui? Je le connais?

– Non, mais il t’a repérée en passant dans la rue. Ça a l’air d’être un numéro spécial ce gars-là, pas méchant, mais spécial.

– C’est quoi son truc? Il est safe?

– Je crois. Il avait déjà commandé une fille ici, il y a quelques années. Je me souviens, je pense qu’il n’y avait pas eu de problème. Tiens, il m’a donné son adresse et son code.

Je lis le post-it qu’elle me tend. « Monsieur V. XXX avenue des Champs-Élysées. Le concierge l’accueillera. Robe et sous-vêtements classieux SVP. » Je regarde Fifi avec de gros yeux.

– C’est une blague?

– Je crois pas, non. Je savais même pas qu’il y avait des gens qui habitaient sur les Champs.

Quand Fifi n’est pas sûre à 100 % du client, je fais venir Mike, le gars qu’on paie avec les filles du bar pour gérer notre sécurité. Mike est un grand baraqué à la gueule cassée, qui nous montre à chaque occasion des photos de sa collection de bonsaïs, avec la même passion que si c’était ses enfants. Ça me fait rire d’imaginer un scénario à la « Taken », où Mike serait prêt à tout pour récupérer un de ses bonsaïs volés. Il accepte de m’accompagner en moto et d’attendre devant la porte les 20 premières minutes, au cas où.

– Hé ben, tu vas chez le président ou quoi ce soir?

Mike s’allume une cigarette en s’accoudant sur sa moto, garée sur un bout de trottoir au pied de l’immeuble luxueux. C’est vrai qu’on est à deux pas de l’Élysée.

– Si tu me textes pas dans les premières dix minutes, je monte.

Un concierge en uniforme m’accueille en me faisant une petite courbette. J’ai envie de lui dire « Si tu savais… »

– Bonsoir mademoiselle, Monsieur V. vous attend.

Il me conduit jusqu’à l’ascenseur et appuie sur le bouton du dernier étage.

– Bonne soirée mademoiselle, passez le bonsoir à Monsieur.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent directement sur un grand hall d’entrée. J’avance sur l’épaisse moquette beige, les murs sont recouverts de tableaux de paysages d’orient : oasis, jungles, palais. Un grand lustre en verre rouge éclaire faiblement la pièce. À droite, un long couloir donne sur une autre pièce ou j’aperçois une cheminée. C’est de là que la voix provient.

– Enlevez vos chaussures, mademoiselle!

« Je vous préviens, vous ne toucherez pas mon sexe »

Il est assis dans un grand canapé noir en cuir. Il ne se lève pas, il m’observe par-dessus ses lunettes en fumant un cigare. Les cendres tombent sur le journal qu’il était en train de lire. Il y a des papiers un peu partout sur le sol. Une bibliothèque remplie de livres aux reliures de cuir, qui monte jusqu’au haut plafond.

– Vous êtes belle. Vous n’avez pas le profil, vous savez? Venez vous asseoir. Vous voulez fumer un cigare? Ils sont extraordinaires.

– Oui, merci.
Je sais même pas pourquoi j’ai dit oui, mais c’est trop tard. C’est tellement gros que j’ai l’impression de faire un geste obscène en le fumant. Je tousse pendant quelques secondes. Il attrape une enveloppe en riant.

– Commençons par ça. Voici votre enveloppe.

Vous pouvez vérifier.

– Vous pouvez me tutoyer.

– Non merci, je vouvoie les gens que je respecte, et je vous respecte.

Je jette un œil pour vérifier le contenu de l’enveloppe. Dix billets de 100 euros.

– Je ne vous ai pas mis deux billets de 500 € parce que c’est un calvaire, personne ne les accepte!

Il se met à rire très fort. Blague de riche. J’envoie un texto à Mike. « Tout est OK ».

– Rapprochez vous de moi, je veux sentir l’odeur de votre cou.

Je n’ai rien senti. Ça ne m’est jamais arrivé de ne rien sentir. J’ai eu des clients avec de très petits sexes, mais là, le seul relief était celui de sa braguette.

Il inspire longuement dans mon cou et commence à m’embrasser doucement. Par réflexe, je glisse ma main entre ses jambes. Il m’attrape immédiatement le poignet avec force.

– Non!

– Oh, pardon…

– C’est pas ce que je veux.

Je n’ai rien senti. Ça ne m’est jamais arrivé de ne rien sentir. J’ai eu des clients avec de très petits sexes, mais là, le seul relief était celui de sa braguette.

– Déshabillez-vous, mais pas totalement. Gardez vos sous-vêtements.

Je me lève et je me déshabille doucement. Je porte quelque chose de très simple, en dentelle noire. Il pousse un petit grognement que j’interprète comme positif.

– Je vous préviens, dit-il en enlevant sa chemise. Vous ne toucherez pas mon sexe. Il demande… Une forme d’expertise, c’est mon affaire, pas la vôtre.

« Vous me trouvez ridicule? »

Je suis en sous-vêtements au milieu de cet immense salon, et j’attends ses ordres.

– Vous pouvez ramasser les papiers qui sont par terre si vous le voulez bien.

– Faire le ménage?

– C’est surtout pour vous voir bouger.

Ramasser des papiers sur la moquette de manière sensuelle, c’est un sacré défi. J’essaie de le faire tant bien que mal, à quatre pattes. Moi, j’ai l’impression d’avoir l’air d’une idiote, mais ça a l’air d’avoir l’effet escompté du côté du client…

Il se lève et se déshabille. À travers ses poils pubiens, je vois enfin son sexe. Il fait la taille de mon pouce. Tout rose, au milieu de ce qui semble une forêt de poils noirs.

Il commence à se masturber avec son pouce et son index, dans un mouvement très rapide. J’essaie de penser à ne pas le regarder avec étonnement, de rester dans un personnage sexy.

– Allez dans la cuisine et faites la vaisselle, s’il vous plait.

La cuisine est impeccable, il doit certainement avoir toute une équipe de ménage au quotidien. Pas un brin de poussière, pas une miette. Alors je ressors des assiettes propres des placards et je les plonge dans l’eau savonneuse.

Pendant tout ce temps, il est collé à moi, je sens son souffle dans mon cou. Il se touche, il me caresse, sans jamais me pénétrer, sans jamais me déshabiller. Parfois il s’éloigne et me demande de continuer à faire comme s’il n’était pas là.

Il me demandera ensuite de passer l’éponge sur son sol, de faire les poussières. À chaque scène il se masturbe, à chaque scène, il jouit. Je suis étonnée de voir que la quantité de sperme est identique à celle de tous les hommes que j’ai connus. Près de la cheminée, il éjacule sur le sol. Ça me fait au moins quelque chose à laver pour de vrai. Je lui tends une serviette pour qu’il s’essuie.

– Vous me trouvez ridicule?

– Pas du tout!

J’ai répondu très vite. Surtout pas d’hésitation sur ce genre de questions. Il a l’air soulagé. Il montre son sexe du doigt.

– Vous voulez essayer?

J’ai peur de ne pas arriver à le toucher, de le vexer, pire, de le traumatiser. Je me lance. Et finalement ce n’est pas si compliqué. Ça demande simplement de savoir masturber avec ses doigts plutôt qu’avec toute la paume de la main.

Là, je prends peur. J’ai peur de ne pas arriver à le toucher, de le vexer, pire, de le traumatiser. Je me lance. Et finalement ce n’est pas si compliqué. Ça demande simplement de savoir masturber avec ses doigts plutôt qu’avec toute la paume de la main. Il vient sur mon ventre et me demande immédiatement :

– Alors?

– Alors quoi?

– Ça ne fait pas trop bizarre comme effet?

– Je sais qu’il est minuscule, hein.

– Non, ça fait pas bizarre. J’ai senti ton excitation, c’est ça qui compte.

– Mouais. C’est ça, oui. Comme si vous ne préfériez pas vous faire baiser.

Je n’insiste pas. Ce sera son seul moment d’amertume. Il se rhabille.

Je me perds en allant à la salle de bain. Il m’a dit « troisième porte à droite au bout du couloir », mais il y a plusieurs couloirs. Je passe devant une salle avec une table de billard au milieu de la pièce et plusieurs chambres qui n’ont pas l’air utilisées, mais qui semblent prêtes à recevoir. Je mets dix bonnes minutes à comprendre le fonctionnement de la douche qui ressemble à une cabine de vaisseau spatial avec des dizaines d’options pour chaque fonction. C’est la douche la plus luxueuse que j’ai jamais prise. Ça fait maintenant près de trois heures que je suis chez lui.

– On commande une pizza?

C’est la dernière proposition à laquelle je m’attendais dans ce contexte.

– Et tu peux y aller après si tu veux. Tu as été très bien.

Il est passé au tutoiement. Je ne sais pas si c’est une question de respect, ou s’il se sent simplement à l’aise. Il commande deux pizzas quatre fromages, et il donne 50 euros de pourboire au livreur, qui repart en sautillant.

Il mange sa pizza avec des ustensiles, alors je l’imite. On est drôles, tous les deux en peignoir sur son canapé à manger des pizzas à la fourchette et au couteau. Pour un inconnu qui débarquerait à ce moment-là, on ressemble à un couple classique.

– Tu fais quoi dans la vie?

– Ah.

Il repose son verre et il passe la main dans ses cheveux.

– La fameuse question… Et bien, j’ai inventé quelque chose que tu utilises tous les jours dans ta vie. Toi et tous les autres. Et maintenant, je lis, je voyage, et je passe du temps en bonne compagnie.

– T’as pas de femme?

– Disons que toi, au moins, je suis sûr que tu es là pour l’argent. Avec les autres femmes, je doute toujours. Alors je préfère une professionnelle, c’est plus honnête.

Je suis partie quand il s’est endormi sur le canapé. J’ai posé sur lui la couverture en fourrure qui traînait sur la table. J’ai failli écrire « fausse fourrure », mais soyons réalistes, c’était certainement de la vraie.

Depuis, je sais ce qu’il a inventé. Ça n’a pas été difficile de le trouver sur internet. Et c’est vrai que c’est quelque chose qu’on utilise tous les jours. Disons que c’est aussi big que d’avoir inventé le pantalon en jean. Je ne peux pas en dire plus bien sûr, sinon vous sauriez tout de suite de qui il s’agit. Ce qui me fait plaisir en revanche, c’est que son Wikipédia dit qu’il est marié depuis quelques années. Elle vient d’une des familles les plus riches de France. Ça a dû le rassurer.

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Pénis XXS, ça ira mieux quand tu seras vieux.

Un micro-pénis, c’est une verge qui ne se développe pas assez. C’est une anomalie congénitale observée chez le nouveau-né, et 3 % des hommes sont concernés. Pour mieux comprendre cette classification, il faut savoir que chez les bébés, on parle de micro-pénis dans le cas où le pénis mesure moins de 2 cm. Chez les adultes, c’est un pénis qui ne dépasse pas 8 cm en érection.

Mais c’est intéressant de noter que, quoi qu’il se passe entre leurs cuisses, seulement 45 % des hommes sont satisfaits de la taille de leur sexe. La bonne nouvelle, c’est que la tranche d’âge la plus comblée par sa taille est celle des hommes qui ont 45 ans et plus.

Il faut croire qu’en vieillissant, les hommes avec plus d’expérience apprennent que la taille ne compte pas tant que ça. D’ailleurs, près de 60 % des hommes interrogés dans cette étude estiment que la taille n’a aucun impact sur leur confiance au lit. Là encore, plus on avance en âge, moins ça semble compter.

Pour finir, je voudrais ajouter une petite info de type « culture générale ». C’est en Allemagne qu’il y a le plus d’interventions pour agrandir la verge. Le pays à lui seul représente 18 % des interventions dans le monde. Je ne sais pas ce que vous allez faire de cette information, peut être la glisser dans une conversation mondaine. Les pauvres allemands viennent d’être éliminés de la coupe du monde de soccer, et moi j’en rajoute une couche. Entschuldigung.

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