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Ce que le camping m’a appris sur mes parents immigrants et moi-même
Au cours des cinq dernières années, j’ai adopté la pratique du camping avec mon mari – une activité qui lui a été transmise durant sa jeunesse au Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais qui est arrivée dans mon univers après la mi-vingtaine.
J’ai v écu à Montréal toute ma vie : une fille de ville! À mes yeux, le camping était une activité réservée aux individus blancs. Après tout, c’est ce que l’on voyait dans les médias. Pour m’amuser avec mes ami.e.s citadin.e.s issu.e.s de différentes cultures, on allait aux festivals offerts par la ville; on allait magasiner dans le souterrain du centre-ville de Montréal; on sortait dans les bars et les restaurants; et on allait au cinéma.
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À mes yeux, le camping était une activité réservée aux individus blancs. Après tout, c’est ce que l’on voyait dans les médias.
On avait nos activités parascolaires ou nos sports qu’on pratiquait après l’école ou la fin de semaine. La priorité : bien réussir à l’école. Je n’avais pas l’impression que je passais à côté de quelque chose sans faire de camping, ça ne m’intéressait pas vraiment. Autre chose : ça ne faisait pas partie de notre culture à la maison.
Ce qu’il faut aussi savoir dans tout ça, c’est que mes parents n’ont pas grandi dans le confort ni le luxe. Originaires des Philippines et du Liban, ils avaient comme priorités de se nourrir et d’aller à l’école avec le peu de moyens dont leurs familles jouissaient. Fuir la guerre, vivre dans l’incertitude au quotidien, dormir au sol avec leurs frères et sœurs, jouer avec ce qu’ils trouvaient dehors pour se façonner des jouets…
Ils ont traversé des moments difficiles au cours de leur vie. Ma jeunesse a été très différente de la leur. Lorsque mes parents se sont rencontrés aux Émirats arabes unis dans les années 1980, une chose était certaine pour eux : leurs enfants ne vivraient pas dans la misère. Ils ont donc pris la décision de venir au Canada, comme plusieurs autres personnes émigrantes à travers le monde.
La première fois que j’ai fait du camping, j’ai raconté à mes parents mon expérience. Il fallait installer la tente et la bâche sous la pluie battante sur un terrain extrêmement boueux (à garder en tête que je n’avais jamais installé une tente ou une bâche auparavant…!). Mes parents ne comprenaient pas comment j’avais pu m’amuser. Pourquoi aller camper quand j’aurais pu rester au sec à la maison, à l’abri des éléments?
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Mes parents ne comprenaient pas comment j’avais pu m’amuser. Pourquoi aller camper quand j’aurais pu rester au sec à la maison, à l’abri des éléments?
Une autre anecdote de camping racontée à mes parents : je me suis fait piquer par les moustiques et les mouches noires – des grosses piqûres! Les toilettes sèches étaient bondées de mouches. Grande incompréhension de leur part encore une fois : comment ai-je pu profiter de ma fin de semaine de camping malgré toutes ces piqûres ? Pourquoi ne pas seulement profiter du soleil dans le parc en ville à la place? Et faire ses besoins dans une toilette sèche? Non merci!
Cette année, j’ai acheté une nouvelle tente de camping avec mon conjoint pour pouvoir faire de la longue randonnée. Mes parents étaient surpris par tous les coûts – pourquoi dépenser tant d’argent? Je leur ai dit que c’était un investissement à long terme pour une activité qu’on aime faire ensemble. Une semaine de vacances en camping revient beaucoup moins chère qu’un weekend à l’hôtel par exemple.
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En dépit de ces éléments perçus négativement par mes parents, j’ai vraiment appris à adorer le camping. Je suis capable de me ressourcer, de ne pas penser au stress du quotidien, de manger dehors, de vivre au rythme du soleil, en plus d’être émerveillée par la nature autour de moi. L’initiation au camping m’a permis de me dépasser et d’essayer quelque chose que je ne pensais jamais faire dans ma vie.
L’initiation au camping m’a permis de me dépasser et d’essayer quelque chose que je ne pensais jamais faire dans ma vie.
Quand je pense à leur vie et à la mienne, je comprends pourquoi ils ne sont pas attirés par le camping. Ils ont vécu des situations extrêmement difficiles avant d’arriver à Montréal et ils ont travaillé fort pour avoir leur maison, cet endroit qui les protège au quotidien. On tient souvent notre chez-nous pour acquis, mais c’est un privilège, et ce n’est pas tout le monde qui y accède.
En plus de tout ça, en arrivant au Québec, la priorité de mes parents n’était pas d’aller en camping ou d’essayer toutes les activités de plein air possibles avec mes frères et moi, mais de nous éduquer et de nous sécuriser pour que nous ne vivions pas les stress qu’ils ont vécus dans leur jeunesse.
Au fond, quand je vais en camping, je me mets dans la peau de mes parents qui ont grandi avec si peu. Certes, l’expérience n’est pas du tout comparable à ce qu’ils ont vécu, mais elle me permet de remettre les choses en perspective : je me dis qu’il ne faut pas oublier qu’il est possible – voire essentiel – d’être heureux avec le strict minimum. J’essaie d’intégrer cette manière de penser quotidiennement. Le camping, pour moi, est un symbole de liberté et de choix. J’apprécie encore plus mon retour à la maison après une expédition. Même si mes parents ne feront jamais de camping et ne verront jamais l’attrait de cette activité, c’est grâce aux sacrifices qu’ils ont faits dans leur vie que j’ai la chance d’en faire aujourd’hui. Et, pour ça, je suis tellement reconnaissante. Merci nanay et baba, je vous aime.
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