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Ce que la pandémie fait de nos parcours scolaires

« J’étais prêt à me lancer dans le milieu, mais, tout à coup, y’en avait plus, de milieu! »

Par
Sarah-Florence Benjamin
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Ça fait bientôt un an que nous vivons une pandémie sans précédent, mais ça ne veut pas dire que ça devient plus facile avec le temps. Si vous êtes comme moi, chaque semaine amène son lot de remises en question et de crises existentielles. Qu’on le veuille ou non, le quotidien sous les mesures sanitaires nous a donné beaucoup (trop) de temps pour penser à notre avenir. Et qui dit avenir, dit souvent études. Entre les cours à distance, les pertes d’emploi et des secteurs d’activité complets en pause depuis mars 2020, si vous êtes aux études, il y a de bonnes chances que ça ne se passe pas exactement comme vous l’aviez prévu. Je me suis entretenue avec trois étudiant.e.s au sujet de ces grands changements qui font peur, mais qui peuvent faire du bien.

Julie-Anne se réoriente

Un baccalauréat en traduction déjà en poche, Julie-Anne Méthé a commencé un nouveau bac en études asiatiques en 2020: « Je n’avais pas vraiment envie de travailler en traduction et j’avais envie d’étudier le japonais plus en profondeur. » L’attrait principal du programme: un échange avec une université japonaise. « J’étais supposée aller étudier un an à l’université Kansai Gandai. Tout était prêt, j’avais pris la photo pour mon visa et tout. »

«Plus de travail, plus d’appart, plus d’échange, plus grand-chose finalement!»

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En octobre, l’université a annulé officiellement l’échange. Julie-Anne s’est retrouvée prise de court: « Comme je partais pour un an, je n’avais pas renouvelé mon bail. J’ai dû retourner vivre chez mes parents. Plus de travail, plus d’appart, plus d’échange, plus grand-chose finalement! » Cet arrêt total l’a poussée à réfléchir sur son choix de programme d’études. « J’avais perdu toute ma motivation, j’étais incapable de suivre mes cours en ligne. Je me suis rendu compte que j’avais tout misé sur cet échange et que sans ça, je n’avais pas de raison de rester. »

Julie-Anne cherche encore ce qu’elle aimerait faire dans la vie, avec l’aide d’une conseillère en orientation. « Tout ça m’a obligé à repartir à zéro, donc je veux vraiment prendre le temps de trouver ce qui correspond à mes besoins et mes forces. C’est la pièce d’engrenage qui manque. Une fois que je l’aurai trouvée, le reste va pouvoir débouler. »

David se spécialise

Détenteur d’une technique en conception et production théâtrale, David Nadeau était prêt à démarrer sa carrière en scénographie quand la COVID-19 a frappé le Québec: « J’étais prêt à me lancer dans le milieu, mais, tout à coup, y’en avait plus, de milieu! » Il se considère tout de même très chanceux d’avoir eu accès à ce qui manquait à une très grande partie de ses collègues dans le domaine de la culture: un emploi. « J’avais pensé démissionner de mon travail de technicien de scène dans une école pour me permettre pleinement d’avancer et de me faire des contacts. Quand toutes les salles ont fermé, j’ai décidé de rester. » Malgré cela, David espère toujours pouvoir un jour faire carrière dans la conception théâtrale.

«C’est le moment parfait pour me spécialiser et ouvrir mes horizons.»

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L’avenir étant toujours incertain, David a décidé de retourner sur les bancs d’école, cette fois à l’université. « C’est le moment parfait pour me spécialiser et ouvrir mes horizons. » En plus de parfaire ses connaissances en scénographie, il veut aller chercher un savoir plus théorique du théâtre et de la muséologie. « C’est étonnant ce qu’on peut faire en scéno. Quand la culture va repartir, ça va repartir et je vais être prêt. »

Émilie ajoute une corde à son arc

Recherchiste et chroniqueuse à la première chaîne de Radio Canada, Émilie Pelletier Grenier se considère privilégiée de sa place de choix dans le monde des médias. C’est ce qui explique sans doute la surprise des gens lorsqu’on apprend qu’elle s’est inscrite en soins infirmiers au cégep. « Je ne me réoriente pas, j’ajoute une corde à mon arc », m’explique-t-elle comme elle a dû sans doute l’expliquer à de nombreux.ses autres.

C’est en donnant un coup de main dans le milieu hospitalier qu’Émilie a eu la piqûre. « Je voyais les infirmières travailler, comment elles étaient disponibles dans leur contact avec les patient.e.s. Ça ne m’a pas pris plus que 15 minutes pour remplir mon inscription au DEC après ça. » Plus jeune, elle rêvait d’être médecin, mais a été intimidée par les exigences d’admission en faculté de médecine. Elle s’est plutôt dirigée vers les communications et les sciences sociales. Cet intérêt pour le monde de la santé est revenu durant la pandémie. « J’avais besoin de me remplir la tête et de faire autre chose que penser aux contrats que je n’avais pas. »

«On vit dans un monde où on se définit beaucoup trop par notre travail.»

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Même si la formation est difficile et que les conditions de travail dans le système de la santé le sont encore plus, Émilie adore ce qu’elle fait. « C’est une occasion en or d’allier mes capacités en communication à un accès à l’univers de la santé. » Si elle n’entend pas de sitôt quitter les médias, elle songe à travailler dans le milieu hospitalier à temps partiel. « Journaliste, infirmière, j’ai envie d’être plurielle. On vit dans un monde où on se définit beaucoup trop par notre travail. »

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