Ce que je pensais du chômage avant de tomber au chômage

« L’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».

Fin de contrat, fermeture sauvage, perte d’emploi, blessure ou maladie, ce sont rarement de bonnes nouvelles qui forcent les travailleurs et travailleuses à devenir bénéficiaires de l’assurance-emploi comme on dit dans le milieu des fonctionnaires fédéraux.

Je suis moi-même «au chômage», comme on dit dans le langage populaire.

Paradis pour les uns, enfer pour les autres, mélange des deux pour la plupart, l’assurance-emploi sert surtout de pont entre deux emplois.

J’ai compris très jeune que le chômage, ça fait partie du cycle «normal» du travail et qu’une bonne partie de la population s’y retrouvera à un moment ou à un autre de sa carrière. Dans ma jeunesse, j’ai vu ma mère y être contrainte quand l’usine où elle travaillait a fermé, puis ma sœur, après avoir perdu son emploi. Sans compter les amis qui ont un emploi saisonnier dans l’agriculture ou la construction et qui passent quelques mois par année «sur le chômage».

Paradis pour les uns, enfer pour les autres, mélange des deux pour la plupart, l’assurance-emploi sert surtout de pont entre deux emplois.

C’est souvent une sorte de jeu de serpents et échelles social. Soit on en sort en améliorant sa situation, soit on en sort perdant et avec l’obligation de se trouver une job de merde pour avoir de quoi payer son loyer. Qu’on en profite ou qu’on s’y morfonde, l’important c’est que ça nous serve temporairement pour pas crever de faim après une bad luck professionnelle ou à la fin d’un contrat de travail.

Sur la corde raide

Mon histoire d’amour/haine avec le chômage débute l’été dernier. À l’époque, je travaillais depuis trois ans pour une petite boîte active dans les milieux associatifs en éducation qui était sur le déclin depuis quelques années à la suite de quelques mauvais choix de mes employeurs. Nous étions deux employés qu’on pourrait qualifier d’adjoints administratifs (grosso modo, on faisait surtout des tâches de secrétariat et de comptabilité).

Inutile de vous dire qu’il n’y avait pas grand-chose de réjouissant à travailler à cet endroit tout en voyant l’activité diminuer d’année en année et en sachant qu’éventuellement, ce serait mon poste qui serait coupé, puisque j’étais le dernier arrivé.

Une journée sur deux, je ne voulais pas mettre le pied en dehors de mon lit, je restais éveillé à me demander si je devais appeler quelqu’un ou à essayer de me convaincre de rentrer à’ job. J’arrivais en retard souvent. Parfois, je n’allais tout simplement pas au boulot.

Mine de rien, déjà que les tâches administratives n’ont jamais été ma tasse de thé, la pression psychologique qui accompagne ce genre d’ambiance de travail est assez intense. Et je ne vous parle même pas de la solitude extrême qui venait avec ce boulot. Rentrer chaque matin dans un grand bureau vide, s’asseoir devant un ordinateur, accomplir des tâches abrutissantes dont tout le monde se fout, ne pas voir le moindre humain de la journée et recommencer le lendemain.

Tel était devenu mon quotidien depuis que mon collègue effectuait un retour aux études et était passé sur un horaire de soir. À la longue, ça use et ça tue l’espoir.

J’en étais devenu malade. Pas physiquement, mais psychologiquement. Ma santé mentale en a pris pour son rhume. Une journée sur deux, je ne voulais pas mettre le pied en dehors de mon lit, je restais éveillé à me demander si je devais appeler quelqu’un ou à essayer de me convaincre de rentrer à’ job. J’arrivais en retard souvent. Parfois, je n’allais tout simplement pas au boulot.

Le grand saut

J’ai décidé de me ressaisir. Il fallait que je quitte cet emploi, c’en était presque devenu une question de survie. Même si la perspective de toucher seulement 55% de mon salaire m’inquiétait, l’idée m’apparaissait comme la seule lumière au bout du tunnel. Être précaire, ça été ma réalité depuis que je suis adulte. J’allais seulement l’être un peu plus que d’habitude.

Être précaire, ça été ma réalité depuis que je suis adulte. J’allais seulement l’être un peu plus que d’habitude.

J’ai donc négocié avec mes employeurs pour qu’on s’entende sur une date de fin d’emploi, le 1er octobre. Dans tous les scénarios, c’était une question de semaines avant qu’ils ne puissent plus payer mon salaire. Je le savais, c’est moi qui faisais la comptabilité.

Après de nombreuses années à errer de boulots précaires en jobs de merde, après avoir connu l’usine, le commerce, les champs, la vie de bureau et le service à la clientèle, c’était maintenant l’heure pour moi, à l’aube de la trentaine, de tomber au chômage.

Pour certains, c’est une forme de damnation, pour moi, ça allait être une délivrance, je le sentais. J’ai donc effectué ce saut dans le vide, à la rencontre de l’inconnu, avec une certaine légèreté. J’allais cependant assez rapidement me buter à la bureaucratie gouvernementale. Je me rendrais bien compte que même préparé, l’attente du premier chèque peut être longue longtemps.

Mais ça, c’est une autre histoire.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

L’angoisse du dimanche soir : quand penser au lundi matin vous fait grincer des dents

La semaine de travail qui s'en vient est flambant neuve, mais vraiment stressante.

Dans le même esprit