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Ce que j’ai appris (ou pas) de la crise de 2008
Ce n'était pas la première crise économique et ce ne sera pas la dernière.
J’ai 32 ans et j’en suis à ma deuxième crise économique. Je sais, y a rien d’impressionnant à côté d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale né avant la grippe espagnole qui a survécu à la COVID-19, mais pareil.
En 2008, je terminais un DEC en art dramatique et je foutais le camp en Europe pour aller cueillir des raisins (lire ici «me saouler sans arrêt») sur un vignoble.
Aujourd’hui, je suis une travailleuse autonome enceinte de 8 mois qui regarde les maisons de banlieue sur Centris.
Dire que ma situation entre les deux crises a un tantinet changé serait un euphémisme. N’empêche que j’ai tout de même tiré des leçons de cette première crise qui m’ont bien servi cette année.
Allez, les jeunes, assoyez-vous par terre pendant que Mamie met son dentier pour vous transmettre les leçons qu’elle a apprises et qui pourraient vous aider à passer à travers la crise actuelle.
L’incertitude d’emploi
C’est vrai que le Québec a été touché moins durement que les États-Unis en 2008. D’après un rapport publié dans Le Québec économique 2019: «La récession a touché l’économie canadienne avec un trimestre de retard et elle s’est intensifiée pour atteindre une ampleur similaire à celle des États-Unis (3,1 %) au deuxième trimestre de 2009. En revanche, la contraction de l’économie québécoise sur cette période de sept trimestres a été moindre (1,3% comparativement à 3,1%).»
C’est vrai qu’en tant que diplômée en Arts et lettres du cégep Saint-Laurent, mes perspectives d’emploi étaient assez minces à la base en 2008. Par contre, il y avait tellement d’incertitude dans l’air par rapport à l’emploi en général, que je me suis finalement inscrite en enseignement de l’art dramatique à l’université. J’ai fait mon bac, enseigné deux ans et j’ai finalement réalisé que je n’aimais pas ça (shit happens).
En tant que travailleuse autonome, je n’ai par contre aucune sécurité d’emploi à long terme.
«J’avoue qu’en ce moment, je suis quand même heureuse d’avoir mon bac en enseignement dans ma p’tite poche d’en arrière…»
J’avoue qu’en ce moment, je suis quand même heureuse d’avoir mon bac en enseignement dans ma p’tite poche d’en arrière… Comme ça, si jamais les contrats à la pige ne reprennent pas au rythme normal, j’ai toujours l’option d’aller faire de la suppléance dans des écoles ou, dans le pire des cas, de prendre un poste d’enseignante pour quelque temps. C’est loin d’être l’idéal: je ne serais clairement pas heureuse et surtout, pas la meilleure des profs, mais ça me permettrait de passer à travers la crise.
Ça paraît plate la sécurité d’emploi quand on a 20 ans, mais quand on a un bébé qui nous kicke la vessie à 32 ans, on envie un peu nos amis profs pour qui la COVID a aucune influence sur le paiement du loyer…
Ne pas faire de move d’argent impulsif
En 2008, je partais sur une bulle de neuf mois en Europe, pas besoin de vous dire que ma priorité n’était pas d’économiser. En fait c’est faux: c’était très important pour moi de trouver la meilleure bouteille de vin possible en bas de 5 euros… mais c’est pas une économie dont Pierre-Yves McSween serait fier.
Par contre, j’avais eu la «chance» d’hériter d’un petit montant d’argent quelques années plus tôt… On est jamais chanceux quand quelqu’un meurt, mais c’est quand même un privilège de recevoir un montant d’argent à la suite d’un événement tragique, d’où les guillemets. Cela dit, j’avais placé cet argent et j’en ai retiré une partie (mais pas tout) pour payer mon billet d’avion en 2008.
«Le cours des actions était à son plus bas et, avoir laissé ce montant-là en place, j’en aurais probablement le double aujourd’hui.»
C’était clairement pas le meilleur move à faire: le cours des actions était à son plus bas et, avoir laissé ce montant-là en place, j’en aurais probablement le double aujourd’hui. Mais l’appel du Bourgogne était trop fort. Pas besoin de vous dire que cette année, je n’ai pas touché au peu de CELI que j’ai de côté.
Être une femme
Ça, c’est pas un apprentissage que moi j’ai fait, mais que j’aimerais qu’on fasse en tant que société.
D’après le journal The Guardian, la récession de 2008 s’est soldée par des mesures d’austérité et des coupes dans les services à travers le monde. Et qui travaille dans les services publics et font le plus souvent les frais des coupes? Les femmes.
Ici même, au Québec, «le gros des investissements faits à l’époque pour fouetter la reprise avait été fait dans ces mêmes secteurs (infrastructure et construction). Un rapport avait démontré, en 2015, que les femmes étaient sorties perdantes de cette stratégie de relance, car le resserrement des dépenses publiques qui avait suivi avait affecté des services dont elles dépendent et des secteurs où elles forment le gros du personnel», a souligné la vice-présidente de la CSN dans La Presse.
Malgré le fait qu’elles soient majoritaires au front durant la crise actuelle (infirmières, préposées, éducatrices en garderie, enseignantes), les femmes gagnent malheureusement la palme au chapitre des pertes d’emplois causées par la COVID-19.
«Les données d’Emploi-Québec révèlent qu’en mars seulement, 167 900 d’entre elles ont été mises à pied au Québec, comparativement à 96 100 hommes.»
«Les données d’Emploi-Québec révèlent qu’en mars seulement, 167 900 d’entre elles ont été mises à pied au Québec, comparativement à 96 100 hommes. Pourquoi un si grand écart? Parce que les pertes d’emplois ont principalement été infligées aux personnes occupant des postes précaires ou des postes peu rémunérés. Deux catégories où les femmes sont surreprésentées», explique le même article.
Le pire? Elles demeurent les grandes oubliées du plan de relance économique du gouvernement Legault.
Voici donc le souhait de Mamie: que collectivement on apprenne de la crise de 2008 en relançant l’économie, certes, mais en le faisant pour tous et toutes et surtout, en l’améliorant pour tous et toutes, également.
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