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Ce que j’ai appris en vivant dans un pays en crise économique perpétuelle

Leçons d’un chaos durable à l’intention d’un Québec en crise.

16 juin 2020
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L’économie de l’Argentine est un soap opera. Une telenovela, comme on dirait là-bas. Dettes monumentales, grèves générales catégoriques, croissance explosive puis chute brutale, inflation scandaleuse, marché noir tout puissant… et ce n’est que le début. Ça fait partie de la réalité dans laquelle je vis depuis 15 ans.

Le Québec est probablement à des années lumières d’une situation semblable, mais ces années au pays d’Evita et de Maradona m’ont légué davantage que de magnifiques souvenirs de révolutions et de Coupes du monde. Mûrir dans un pays financièrement instable et solidairement hyperactif m’a dotée de quelques outils pour relativiser l’incertitude qui souffle sur le Québec en ce moment.

L’État, c’est moi

Quand l’économie passe au rouge, les capitaux fuguent, les déficits gonflent et les secteurs en crise se multiplient. Demeurer là à se plaindre d’un système dysfonctionnel, c’est un peu y contribuer. Le gouvernement ne répond pas à tout, il n’est pas là, absent, occupé, qui sait, mais la solution se trouve ailleurs. Le troller comme mode de vie peut créer un certain sentiment d’appartenance sur les réseaux sociaux, mais à la longue, c’est stérile, voire angoissant. On ne demande à personne de prendre sur ses épaules le sort d’un pays, mais pour garder le cap au milieu de la tempête, il est préférable de s’engager à être soi-même une unité fonctionnelle et active.

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Puiser dans le communautaire

Quand les besoins sont urgents, on n’a pas le temps d’attendre l’État pour que le travail soit fait. Le communautaire est un réseau de spécialistes de première ligne qui sait pallier les besoins de toutes sortes de milieux sous-financés: l’éducation spécialisée, l’intégration des nouveaux arrivants, la contention des victimes de violence de genre, les soins des personnes âgées, l’aide alimentaire, la lutte contre le racisme et on en passe. Les ressources fournies par ce réseau sont pour tout le monde et c’est essentiel d’aller chercher de l’aide. Mais d’en apporter aussi.

Participer au communautaire

Être bénévole, ça ne s’applique pas qu’aux autres. S’impliquer permet de fournir soi-même un service manquant et nécessaire et diminuer les besoins des autres. Que ça soit en livrant des repas gratuits à vélo ou en donnant des cours de maths, en entretenant le site web d’une organisation ou en faisant ses impôts, tout le monde sait faire quelque chose dont quelqu’un d’autre a urgemment besoin. Il y a peu de gestes réellement aussi politiques que l’entraide.

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L’autogestion

On ne peut pas permettre que ça soit l’argent qui décide si l’information, la musique ou le théâtre indépendants ont le droit d’exister, si les victimes de discrimination ont accès à une défense spécialisée ou si une personne au bord du gouffre peut consulter un.e psy. Au diable l’argent. La culture, la justice, la santé font partie du bien commun et elles ne peuvent pas dépendre de la distribution de cagnotte du gouvernement du jour. On peint sur des palettes ou du carton, on expose dans une ruelle, on donne des conseils juridiques au téléphone, on monte un chapiteau au parc. On crowdfund de temps en temps au besoin et on sort son portefeuille pour les collectes de fonds des autres.

Tout dépenser, mais ne rien gaspiller

Ce n’est pas quand on a la corde au cou que c’est le moment de stresser sur ses REER. C’est juste le temps de limiter les dégâts, d’échapper à la visite d’un huissier ou d’éviter de se faire évincer. Pour le reste, on dépense tout, au lieu d’économiser des miettes ce mois-ci, on se fait un cadeau. On brise le sentiment de privation. Mais en contrepartie, on essaie de faire les courses le plus souvent possible en petites quantités pour ne rien jeter. Attention au gaspillage d’énergie aussi dans les débats virtuels: les périodes de crise accentuent la polarisation et on a besoin de notre potentiel d’interaction pour construire.

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Ces conclusions n’engagent que moi. Si vous êtes un économiste et que vous trouvez que je ne comprends rien à la science de l’argent, vous avez tout à fait raison. Mais, comme la majorité des gens, je ne peux m’y soustraire alors je transmets tout simplement ce que m’ont enseigné ceux et celles qui maîtrisent l’art du chaos durable.

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