Ce que j’ai appris en devenant drag queen d’un soir

C'est fou ce qu'on peut apprendre en s'ouvrant à de nouvelles expériences.

Quand on m’a offert l’occasion d’être drag queen, j’ai immédiatement refusé. Je n’ai pas d’intérêt personnel à me maquiller, m’habiller « en femme » ou encore pire : imposer à des gens la vision de moi qui danse. Comment pourrais-je décrire ma façon de danser? Vous savez le pantin de bois dans les publicités de Robaxacet? Ce pantin pourrait me donner des cours de danse.

J’ai ensuite changé d’idée parce que je veux tout faire au moins une fois dans ma vie. J’ai donc accepté de participer à une soirée de financement avec des amis humoristes au Cabaret Mado. Pour un soir, j’allais être la drag queen avec le pire nom de l’histoire de l’humanité : Champagne Lamarre.

Voici les choses que j’ai apprises lors de cette expérience :

Ma barbe est plus importante que je le croyais

Je n’aime pas faire les choses à moitié. Je me suis donc rasé la face à la peau. Je l’ai regretté presque sur-le-champ. Je n’ai pas une grosse barbe de bucheron, mais ça a pris un bon 2-3 semaines pour revenir au stade où je suis sur ma photo de profil Facebook. C’est vraiment long 14 jours quand t’aimes pas de quoi t’as de l’air. Surtout que comme un niaiseux, j’avais pas pensé que j’avais des tournages et des shooting photo dans ces 14 jours-là.

J’étais sensé rentrer mes testicules dans mon corps, mais je l’ai pas fait

Comment les reines de la drag font pour éviter qu’une bosse pénienne soit visible au niveau de leur fourche? Elles insèrent leurs testicules dans leur bas-ventre. Elles se plient ensuite l’engin vers l’arrière, sortent un rouleau de papier adhésif et s’assurent ainsi d’avoir l’entrejambe bien plat. C’est l’art de se tucker. 

J’ai refusé cette partie. Pour moi, c’était une manipulation qui me semblait trop inconfortable. Je le ferais seulement si j’étais forcé de me battre dans un combat à mort contre un adversaire qui ne fait que donner des coups de pieds dans les couilles. Ainsi, je les protégerais.

Les drag queens insèrent leurs testicules dans leur bas-ventre. Elles se plient ensuite l’engin vers l’arrière, sortent un rouleau de papier adhésif et s’assurent ainsi d’avoir l’entrejambe bien plat. C’est l’art de se tucker. 

Sinon, il faudrait que je sois rémunéré pour faire endurer ça à mon corps. Premièrement, parce que je suis un pisse-minute et que ça impliquerait refaire cette manœuvre plusieurs fois. Aussi parce que j’ai toujours trop chaud. L’été, je contemple souvent l’idée de porter un kilt pour aérer le plus mon corps. Je ne pourrais même pas endurer avoir ces deux bosses à l’intérieur.

J’ai des amis au genre plus fluide qu’ils ne le croyaient

Ma vie est simple : je sais que je suis un homme hétérosexuel. Je sais qu’il n’y a rien qui peut venir chambouler ça. M’habiller « en femme » pour moi, c’est comme si je devais me déguiser en Viking. Je vois ça uniquement comme une métamorphose en personnage. Me costumer de la sorte ne réveillera pas en moi l’envie d’être ni une femme, ni un Viking, ni une femme viking.

M’habiller « en femme » pour moi, c’est comme si je devais me déguiser en Viking. Je vois ça uniquement comme une métamorphose en personnage. Me costumer de la sorte ne réveillera pas en moi l’envie d’être ni une femme, ni un Viking, ni une femme viking.

« J’ai besoin de faire ça une fois aux six mois. » me dit un ami à propos de se transformer. En drag, pas en viking. Un autre ami sortant de scène avait la face ébahie comme un chat qui venait de faire un tour de sécheuse : « Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé. Ça faisait longtemps que je m’étais senti comme ça. Je me suis senti complètement libre pour un instant. Je me suis senti fort… ou forte je sais pas trop? Je me suis sentie belle et radieuse. Des mots que je n’ai jamais pu porter durant toute ma vie avant ce soir. »

C’est de la marde se démaquiller

Quand un quidam croise le regard de mes cernes, il doit se dire que je n’ai pas dû dormir suffisamment ces dernières années. Cette personne a raison. Je devrais prendre un peu de temps pour camoufler ce défaut-là. Cette pensée vient ensuite se loger dans mon cerveau à côté de « Je devrais arrêter de toujours manger au restaurant » alors que je suis en train de marcher vers La Belle Province près de chez moi.

Bref, je suis revenu chez moi passé deux heures du matin. J’avais si hâte d’aller me coucher. Mais non. Je devais me démaquiller. Je n’avais jamais considéré cet aspect du maquillage de toute ma vie avant.

J’ai pris ma douche pour me débarbouiller le visage. Plus précisément, je me suis fait débarbouiller. Ma femme, qui était drag queen aussi lors de la soirée, s’en est chargé. La phrase « viens dans la douche que je te démaquille » a été prononcée dans mon domicile. Certains m’ont dit que c’était du domaine du relationship goal.

Des talons hauts, ça fait mal

Je n’ai pas éprouvé de difficulté à marcher avec des talons hauts, mais je me souviendrai pour le reste de mon existence du plaisir de les enlever après une grosse soirée. Je pense me mettre à porter des talons hauts dans la vraie vie juste pour avoir le plaisir de les enlever une fois chez moi.

J’ai dansé en faisant semblant que j’étais Ariana Grande. Des gens dans le public m’ont ensuite félicité. À ma surprise, aucune de ces personnes n’avait de chien guides. Ils ont donc été témoin que I’ve got one less problem without you.

J’ai survécu à l’expérience et, à mon étonnement, les gens dans l’assistance n’ont pas pris leurs manteaux en se jurant de ne plus jamais revenir.

 

Ce fut drôle à faire. Au début, j’avais refusé de le faire, mais j’ai fini par céder. Si on me le demandait encore, il se peut que je choisisse de récidiver. Shantay, I stayed.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Pleurer dans ma bouche

Les carnets d'Anick Lemay.

Dans le même esprit