Le centre d’achats du mois : Carrefour Laval

Repaire commercial emblématique de l’île Jésus depuis plus de 40 ans, le Carrefour Laval porte en lui une valeur symbolique indéniable. En ces jours d’avant-Noël plus que mouvementés, nous avons décidé d’y mettre les pieds afin de constater, avec stupeur et tremblement, l’effervescence frénétique du magasinage de dernière minute.

Visite guidée douteuse.

Sans surprise, le parking de 9 millions de pieds carrés déborde d’automobiles en ce dimanche 20 décembre. Ça joue du coude à 13 km/h, pis pas à peu près.

À l’entrée, le regard perçant de cet homme est aussi magique que le présuppose l’affiche.

Inauguré il y a quelques années, le lobby féérique qui fait office de hall d’entrée est surpeuplé aujourd’hui. Exténués de transporter de gros paquets, les Lavallois s’y retrouvent pour se reposer. Pas de chicane : chacun a droit à son quatre-huit centimètres en céramique sur un bord de clôture.

Pas mal RÉLAX, cet homme redéfinit la notion de “magasinage efficace”.

Le Carrefour Laval est un véritable temple du commerce, et cet homme le prouve gracieusement en se sacrant à genoux devant l’arbre de Noël de 230 pieds avec sa caméra vidéo de 2007.

Valait mieux s’y prendre tôt aujourd’hui parce que les files d’attente sont nombreuses. Ici, on compte une bonne vingtaine de personnes en ligne qui attendent de pouvoir, eux aussi, polluer la planète avec des capsules de café à une piasse et demi.

Très généreux, les Lavallois ont décidé que, cette année, ils allaient contribuer à l’économie danoise en se pitchant comme des mongols à la bijouterie Pandora.

Audacieux.

Ça se pousse pour rentrer au Simons. Tout le monde a envie d’acheter en cadeau les chandails que tout le monde va avoir achetés en cadeau.

La nouvelle mode cette année : le fameux “effet cuir”.

Autre mode : pouvoir s’aérer les genoux pendant une ride de moto.

Au La Baie, y’a quand même pas mal de monde aussi, mais ça paraît moins parce que le magasin occupe le 7/8e de la superficie du Carrefour.

EN PRIMEUR : les positions tendance 2016 pour les mannequins en plastique.

WOW!!!!

Signe que la folie des fêtes va trop loin, on compte plus que deux personnes au magasin Farfelu et, de surcroît, ce ne sont pas des employés.

Voici ce que vous pourriez recevoir en cadeau, cette année, de la part de quelqu’un qui était calissement tanné de vous chercher de quoi.

Parlant de messages d’espoir qui veulent absolument rien dire, celui-ci est pas pire.

Au lieu de s’embourber dans la controverse des accommodements raisonnables, ce magasin de linge pour gens à la chevelure bleachée ne prend pas de risque et laisse le soin à ses clients de choisir LA fête qu’ils aimeraient vivre de façon joyeuse.

Aller au Garage pour s’acheter un coat d’hiver à 65 piasses >

Même si la folie du magasinage s’est visiblement emparée du Carrefour, certains magasins n’ont pas nécessairement réussi à profiter du train qui passe.

C’est le cas du Rona L’entrepôt, qui profite d’un achalandage d’envergure comparable à l’engouement dont profitait Yelo Molo pour le 15e anniversaire de son hit Sabrina en 2014.

Curieusement, personne ne semble intéressé à donner des moulures en cadeau…

Rona pensait frapper un gros coup cette année en offrant son bloc de brique à moins de deux piasses pour les fêtes, mais faut croire que le mot s’est mal passé.

Au cas où vous auriez oublié qu’on était à Laval.

Même affaire

Plus rusé pour camoufler le fait qu’il n’y a pas tant de monde que ça, le Apple Store mise sur sa bonne vieille technique : engager plus d’employés qu’il y a de clients.

Avec une moyenne de UN client par heure, à quelques jours de Noël, le G-Star Raw continue de se mentir à lui-même en faisant semblant que ses affaires vont bien.

On a cherché partout, mais on a rien trouvé de beau ici.

Côté ambiance et déco, le Carrefour a misé sur des chars et des lustres.

Bien joué.

Enfin, le classique Espace Gourmet – terme wannabe fancy utilisé pour décrire la traditionnelle cour alimentaire de centre d’achats.

En vedette dans cet endroit culinaire d’exception : l’Académie Express.

Ici, le Lavallois moyen se sent bien : il peut déguster des assiettes de moules flamandes, de steak AAA ou de veau pizzaoila dans le confort de son temple commercial.

En fait, tout a été pensé de long en large pour que le citoyen type de l’Île Jésus puisse s’autosuffire à l’intérieur même du centre d’achats.

Entre un magasinage de char au H Grégoire, 2-3 emplettes pour madame au Marciano, un booking de tout-inclus à Cayo Coco chez Air Transat et un arrêt inutile au Bizou Accessoires, il passe du bon temps dans le confort de son Espace Gourmet, à siroter un bon verre de vin, l’esprit libéré, conscient du bonheur qu’il a de vivre dans la troisième plus grosse ville du Québec.

Bonne fin de magasinage.

Pour lire un autre reportage Centre d’achats du mois d’Olivier Boisvert-Magnen : Les Galeries de la Canardière.

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