Ça va m’Halal shop!

Remarquez la finesse du jeu de mots. C’est probablement le pire titre qu’il m’ait été donné d’inventer. Ça me fait rire. 

Ça me fait presqu’autant rire que le cirque grotesque auquel on assiste depuis quelque temps avec notre chasse à l’halal (dites très vite « Chasse à l’halal »  à répétition).

Depuis que caq-et-péquistes ont jugé bon de sonner l’halal-rme (okay c’était mon dernier gag), une vague d’indignation dont les prémisses sont aussi nébuleuses que risibles accapare les tribunes du Québec. Nos fanfarons de l’opposition avaient besoin d’un nouveau scandale pour enfoncer Frisou encore plus profond dans la fange, et le public québécois a emboîté le pas allègrement. Il m’arrive de  nous trouver serviles dans notre ire. Mais là n’est pas le point.

La grogne entourant le « scandale » des abattoirs et des produits halal/casher prend des allures de Maccarthysme alimentaire totalement absurde. D’abord, les médias se sont rués sur le scoop et en ont placardé l’espace public d’un ton dramatique. À les entendre babiller et crier à la désinformation, faire ingérer de la nourriture halal ou casher à quiconque à son insu devrait être prohibé par la Charte des droits et libertés.

On pousse les hauts cris pour non-respect du choix des consommateurs comme s’il s’agissait du comble de l’infamie sur terre.  J’ai presque envie de dire: « Vous me faites rire, vous les carnivores! »

Mais je n’ai vraiment pas envie de donner une tangente pro végétarisme à cet article alors je m’exprimerai autrement.

Ce qui m’a le plus amusée dans toute cette histoire halalo-casher, c’est ce réflexe éhonté qu’on aura eu à vouloir cacher un agacement profondément culturel. Les Québécois, maladroits comme toujours, ont voulu cacher derrière quelques préoccupations sanitaires ou « morales » un tenaillement beaucoup plus délicat.

Curieux comme cette bonne vieille rigidité canadienne française refait vite surface lorsqu’on nous pique en plein dans notre intégrité culturelle. Ça vous choque que je le souligne, hein? Parce que soyons honnête : qu’est-ce que ça peut bien foutre que vos doigts de poulets congelés Olymel soient halal ou pas? Certes, on a craint la contamination puisque que lors de l’abattage, on sectionne à la fois la trachée et l’œsophage des poulets pour les saigner. C’était un risque, en effet. Mais à ce que je sache, les autorités sanitaires n’ont levé le voile sur aucune contamination avérée.

Certes, les pauvres volatiles n’ont probablement pas la mort la plus paisible alors qu’on les égorge à moitié pour les laisser se vider de leur sang. Ben oui, c’est poche. Mais à ce que je sache, encore une fois, ce n’est pas la première fois qu’un scandale sur les méthodes d’abattage fait les manchettes, allons donc!

N’allez pas me faire croire que vous vous imaginez de pauvres bovidés vous dévisager d’un air piteux chaque fois que vous croquez dans votre hamburger Angus saignant. Et si tel est le cas, et que vous avez été horripilé par le passé, vous êtes probablement devenu, comme moi, un adepte de tofu.

Alors une atteinte à votre liberté individuelle, really? Est bonne. Ben ben bonne. Ce fut prodigieusement ridicule, je m’en suis étouffée dans mon quinoa.

Vos fougères d’arguments de fonctionnaires sont loin de dissimuler l’éléphant de votre inquiétude quant à l’affront culturel que vous ressentez. Parce que c’est ça, le nœud de l’affaire. Qu’on se le dise.

Je veux dire… bien qu’on se soit dits inquiets de la salubrité des méthodes et du sort de ces pauvres poulets qu’on saigne à coup de machette, le jupon bigarré du débat sur les accommodements raisonnables dépasse largement de toute l’affaire. La « liberté de choix du consommateur », vraiment le meilleur argument qu’on aura trouvé pour ne pas re-foutre de l’huile sur ce feu – déjà –  intarissable? C’est à en crever de bien-pensance.

Si vraiment la liberté de choix avait été au cœur du débat, une loi plus stricte sur l’étiquetage aurait été demandée avec véhémence par la population il y a belle lurette. Dès le moment où les additifs alimentaires et les abattoirs industriels ont été inventés, tiens!

Quel stratagème ridicule pour éviter d’avouer être choqué par la pratique « plus répandue qu’on le pensait » de rites venus d’ailleurs. Les gens ont eu un petit pincement au cœur qu’ils n’ont pas osé s’avouer lorsqu’ils ont réalisé qu’une pratique n’étant pas issue des mœurs traditionnelles québécoises prévalait dans l’industrie agroalimentaire. Ensuite, nous nous sommes sentis petits et ridicules dans nos chaussures et nous avons essayé de faire passer la grogne sous le couvert de la sacro-sainte liiiiiiiiiiiberté!

LE CHOIX, LE CHOIX, ON VEUT LE CHOIX!

Parce que c’est par choix que vous ingérez le mercure qu’il y a dans votre poisson d’épicerie? C’est aussi par choix que vous absorbez les hormones de croissances qu’on insère à votre insu dans vos T-Bones? Et vous avez aussi décidé en toute connaissance de cause d’intégrer à votre alimentation ces agents de conservation dont on essaie de faire abstraction sur les étiquettes des produits commerciaux? Allons donc!

Honnêtement, il m’arrive d’avoir honte de notre étroitesse et de notre bien-pensance crasse.

Alors en attendant que ça passe, je me concentre sur mon tofu, mon lait de soja et mes pâtisseries casher de la rue Bernard parce que pour vrai, sont juste écœurantes.

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