Bouffe des states : Nekot – Tarte au citron

Hugo Mudie teste des produits dénichés dans les plus obscurs temples de la grignotine « made in USA ».

Hugo Mudie, inventeur de la pouzza (fusion entre la poutine et la pizza) et Grand-Duc du glutamate met son expertise au profit des lecteurs d’URBANIA dans cette série où il testera pour vous des produits dénichés dans les plus obscurs temples de la grignotine de niche made in USA. Voici BOUFFE DES STATES.

Cette semaine, il s’attaque aux Nekot tarte au citron.

Je ne suis pas un grand amateur de dessert. Premièrement, j’ai facilement des caries et quand je mange du sucre, mes dents sont comme « Dude relax, on deal déjà avec tes reflux gastriques et tes brulements d’estomac depuis 20 ans, pas besoin de rajouter le sucre raffiné. »

En plus, je manque profondément de discipline et vis ma vie presque entièrement dans le moment présent, alors c’est quand même assez compliqué pour moi de laisser de la place pour le dessert. Après avoir mangé mon assiette, j’ai plus faim. Je viens de m’empiffrer parce que c’était bon. Peut-être que si je mange une simple crème de céleri, pas de pain, j’aurais un besoin d’un brownie vegan après, pour passer à travers mes tâches quotidiennes avec un peu de pep, mais en général, le dessert, c’est pour les perdants. Ça me donne un peu le feeling de me faire offrir d’aller me baigner quand je viens de passer 8 heures dans les glissades d’eau à Piedmont. J’en ai eu ma claque dog, j’me suis pas gardé de juice pour faire quelques bombes dans une piscine sans remous.

Par contre, ma grand-mère Mémé fait tellement une bonne tarte au citron que pendant des années, chaque année à ma fête et quelques autres fois dans l’année, elle m’en offrait une que je dévorais avec plaisir. Je me souviens même avec précision que dans le cas de la tarte au citron de Mémé, je pensais à me garder de la place pour celle-ci. Même que bien souvent, j’évitais de me nourrir, sachant que la tarte de ma grand-mère allait être mon repas. J’en prenais souvent 2 slices, même que j’ai souvenir de m’en être clenché une au complet lors d’un lendemain brosse de janvier. Cette ingestion avait presque battu mon record de 14 oeufs consommés à la Casa Corfu, un autre lendemain de brosse de janvier, en présence de cette même Mémé. Kill me please or make me care about février sans alcohol svp.

Bref, je capote sur la tarte au citron. J’en prends presque jamais par contre, car je sais qu’elle ne sera jamais aussi bonne que celle de Mémé.

Les Américains capotent sur les petits biscuits, crackers et autres friandises carrées ou rectangulaires prenant la forme d’un sandwich. Deux biscuits avec de quoi dans le milieu. Deux craquelins avec de quoi dans le milieu. Multiplie par 4-5-6, emballe ça dans un plastique transparent très tight et met ça dans un rack proche de la caisse dans un truck stop. L’Américain moyen se régale à tout moment de la journée. Ici au Québec, on mange nos craquelins et nos biscuits dans des boites de carton (souvent accompagnant un repas) ou en bol (pour checker District 31).

Impossible qu’un petit emballage vulgaire puisse contenir des souvenirs de mon enfance, déballant des cassettes de Green Day, de Punch Out et des bâtons de Hockey Christian USA sur le tapis gris du condo de Mémé à Anjou.

J’en ai goûté un shitload, souvent au fromage et/ou à la sauce Buffalo de toute sorte, mais j’étais jamais tombé dans le panneau des petits sandwichs faits de biscuit au goût de tarte au citron à la crème. Impossible de recréer ce délice avec si peu de marge de manoeuvre et d’ingrédients. Impossible qu’un petit emballage vulgaire puisse contenir des souvenirs de mon enfance, déballant des cassettes de Green Day, de Punch Out et des bâtons de Hockey Christian USA sur le tapis gris du condo de Mémé à Anjou.

La compagnie Lance a sa division « petits sandwichs de biscuit de dep » sous le nom de Nekot. Je sais que vous êtes déjà fourrés dans ces noms farfelus et moi aussi. Mais ne vous arrêtez pas là. « Poutine » n’est pas un formidable nom non plus, mais une fois une bouchée enfilée, bien fromagé, le mot devient synonyme de paix intérieure ( mais aussi un peu de regrets enfouis ).

J’ai plongé de façon gourmande en rentrant le petit sandwich sec, mais crémeux au centre, d’un seul trait. Une grosse bouchée. J’ai été surpris pas le goût prononcé du citron ( et peut être de la lime ) extrêmement similaire à celui dont j’ai rêvé lors de mes visites chez mes grands-parents. Comme mes dents sont sensibles à une dose de sucre élevée, j’ai apprécié le fait que ce biscuit, qui pourrait imiter le goût et la texture de la pâte à tarte à base de Graham de toute tarte au citron qui se respecte, n’était pas exagérément sucré ou gras. Ensuite est venue la petite crème au centre, bien douce et moelleuse. Pas très loin de la texture de la crème que nous pourrions retrouver au centre d’un délicieux roulée suisse sortie tout droit de son emballage chromé. J’en ai pris un deuxième plus méticuleusement et les mêmes saveurs me sont apparues à une exception près.

Pas très loin de la texture de la crème que nous pourrions retrouver au centre d’un délicieux roulée suisse sortie tout droit de son emballage chromé.

En mangeant doucement cette petite gâterie, le souvenir de la nourriture d’astronaute m’a fouetté gentiment. J’ai plané. En apesanteur dans Appolo 11. La tarte au citron de Mémé qui tourne dans le vide, je flotte et j’essaie de l’attraper, je tourne. Ce costume d’astronaute ne fut pas conçu pour les bonnes fourchettes. Je tends mes gros gants mr.muffler et je ferme les doigts. La tarte est toute petite. Asséchée. Comme la crème glacée au Centre des Sciences d’Ottawa. Je la regarde de plus près. C’est un Nekot. Tout était parfait. Avant l’explosion.

9.5/10

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