BOUFFE DES STATES : LE SODA AUX PICKLES

Hugo Mudie teste des produits dénichés dans les plus obscurs temples de la grignotine « made in USA ».

Je capote sur la liqueur douce. Assez pour que ce soit un genre de problème. Une dépendance qui m’occupe l’esprit assez souvent pour être dérangeante. À une certaine époque je buvais une ou deux canettes de Coke par jour, ensuite j’ai viré au Coke Zéro, puis je suis devenu Pepsi pour me diriger vers le Pepsi Diète, pour finalement tout arrêter ça (publiquement du moins) et me plonger tête première dans le café. Ces jours-ci je bois environ une ou deux liqueurs par semaine. Plus souvent qu’autrement du Jones bleu, pas le transparent à la gomme balloune, mais l’autre, celui plus opaque à la Limonade de Baies (Berry Lemonade).

Dans mes recherches récentes sur les plaisirs gastronomiques farfelus des Américains, j’ai peu touché au domaine du liquide. Les fantaisies gustatives sont souvent dans la catégorie des solides. La chips, le chocolat, le beef jerky, les bonbons de toutes sortes. Je me devais de rincer tous ces pêchés grossiers avec un liquide tout aussi féérique. J’ai trouvé. Lors d’un passage dans la ville de Cleveland.

Nous étions sur le chemin du retour de notre road trip estival vers Chicago et nous avons décidé d’arrêter dans la ville qui pleure encore LeBron. Manger, checker out le centre-ville et le stade des Indians et continuer notre retour lent, mais remplis de blagues, de flatulences et de blagues sur les flatulences vers la ville des Sœurs McGarrigle. Notre maison.

Presque aussitôt débarqués de notre CRV 2012, nous avons aperçu ce magasin du nom de Rocket Fizz où un impressionnant rack à Soda de toute sorte nous attendait. J’ai rapidement arrêté mon regard sur celui aux cornichons. Oui mesdames, le Pickle Flavored Soda de Lester’s Fixins. Compagnie américaine indépendante qui fait des sodas « à saveur de bouffe » à base de canne à sucre. Probablement pas meilleur qu’une simple Root Beer au niveau santé ( ou goût ), mais qui permet d’intervenir dans une conversation de party qui commence par :

–   Man, je reviens des States et j’ai mangé l’affaire la plus dégueu du monde…

Ici on coupe la parole pour intervenir :

–   Ça peut pas être pire que la liqueur aux pickles que j’ai bue!

Je dois avouer que je suis un grand fan du cornichon. Quand j’étais petit, je plongeais pieds joints dans les petits cornichons sucrés. Je pouvais facilement en manger une trentaine lors d’une Action de grâce chez Francine. J’en mangeais tellement que ma mère a blâmé cet amour des petits concombres mariné quand de petits boutons me sont apparus sur les cuisses lors de la puberté. Je crois pour ma part que c’était causé par l’anxiété et la masturbation.

Aujourd’hui, lors de mes visites de plus en plus rares au Harvey’s, je demande «  beaucoup de cornichons » dans mon veggie burger déjà très garni et demande gentiment à la délicieuse serveuse ou au charmant serveur d’en avoir une dizaine on the side.

Malgré cette vénération pour ces petites merveilles aigres-douces, j’avais mes doutes quant au projet de boire littéralement une liqueur aux pickles. Même si la liqueur douce est un de mes vices les plus collants.

J’en mangeais tellement que ma mère a blâmé cet amour des petits concombres mariné quand de petits boutons me sont apparus sur les cuisses lors de la puberté. Je crois pour ma part que c’était causé par l’anxiété et la masturbation.

J’ai cuisiné du tofu avec des piments rouge, sorte de fricassée non sportive et vers la fin du repas j’ai sortie la bouteille. Une bouteille de vitre, avec une étiquette qui ferait plus penser à une sorte de super-colle vendue en 1907 par un charlatan qui fait le tour des États du Nord en carriole tiré par un âne aveugle. Il serait peut-être temps que notre cher Lester engage quelqu’un d’autre que son neveu avec un léger traumatisme crânien (dû à un coup de pelle lors d’un Fourth Of July inoubliable) pour s’occuper du graphisme de ces étiquettes.

Lors de la première gorgée, j’ai tout de suite eu un grand respect pour la teneur en bulles. Une bonne liqueur douce, particulièrement à la première gorgée, doit être assez gazeuse pour envoyer une bonne charge de picotement au niveau du gosier. Effet réussi. Ensuite vient le goût. Mon cerveau s’attendait à du vinaigré et s’est fait surprendre par du sucré. Du très sucré même. Un peu le même effet que quand tu te rends au Vans Warped Tour après 17 ans d’absence. En 1995 le vinaigre pouvait te faire passer un bon après-midi dans le pit, en 2012 le sucre te fait regretter d’avoir choisi cette journée pour finalement refaire du mush avec tes vieux chums un peu louches du secondaire.

– Dude j’hallucine raide, c’est quoi ce band-là, les méchants en squelettes le soir de l’halloween dans Karate Kid ?

Mon cerveau s’attendait à du vinaigré et s’est fait surprendre par du sucré. Du très sucré même. Un peu le même effet que quand tu te rends au Vans Warped Tour après 17 ans d’absence.

À ma deuxième gorgée, j’ai gouté au cornichon. Littéralement le goût de l’intérieur d’un gros cornichon (comme aux Harvey’s), mais sans le côté vinaigré et sans la tendresse de la pelure rigide. Après la troisième gorgée, je me suis dit que finalement ça goûtait comme du crème soda si tu y ajoutais trois cuillerées de jus de bocal de cornichons à l’aneth. J’ai presque aussitôt regretté d’avoir mangé des piments rouges et du tofu. Le mix était vraiment mauvais et au moment d’écrire ces lignes, je me sens étourdi et déprimé telle une Eugénie qui slip n slide dans le vestiaire du US Open et qui se pète la noisette.

Je passerai le reste de la semaine avec des lunettes soleil et un gros hood sur la tête à marcher très lentement. Comme le reste de mon existence dans le fond.

En gastronomie hors-concours ou dans un vestiaire de compétition prestigieuse, il faut mettre des gougounes pour se déplacer vers le bain de glace après une défaite.

Sinon la chute est lourde. Et interminable.

2/10

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