On est où?

Avaler des kilomètres pour les vaners assassinés en Colombie-Britannique

Chronique d'un (pas si vieux) camper van.

Le 15 juillet dernier, Chynna Deese, originaire de la Caroline du Nord et son amoureux Lucas Fowler, originaire de Sydney en Australie sont morts dans d’atroces circonstances, tués par balles, au bord de la route, à proximité de la frontière du Yukon, en Colombie-Britannique. Un troisième corps non identifié a été retrouvé à proximité. Les principaux suspects dans cette affaire auraient mis le feu à leur camper van et sont activement recherchés depuis, au Manitoba. La nouvelle a particulièrement ébranlé la communauté des vaners dont notre collaboratrice Mélanie Leblanc fait partie. Elle a tenu à leur rendre un hommage bien personnel.

Paix et amour à vous deux, Chynna et Lucas.

Personne n’est indifférent. Ça en inquiète plusieurs, ralentit d’autres et en incite beaucoup à foncer et avaler de l’asphalte comme jamais. Je fais partie de la 3e catégorie. Si j’avais été dans le coin, je serais allée me recueillir à votre mémoire, pour faire du chemin sur votre élan de liberté.

On ne s’est pas croisés sur nos routes de la liberté, mais on aurait pu. Votre heureuse histoire de roadtrip, vos grandes bouffées de béatitude, c’est un peu les nôtres, j’imagine. Ça aurait pu être n’importe qui, n’importe quel voyageur, ça aurait pu être nous. Ce dénouement si sordide, cette conclusion qui n’aurait jamais dû se terminer ainsi. Chynna et Lucas, vous demandiez quoi d’autre que de poursuivre votre découverte du monde? De trouver le meilleur spot possible pour la nuit? Ça ne paraît pas croyable ce triste destin. Pourquoi? Comment? Au nom de qui? De quoi? C’est malheureusement le « talk of the road ». La communauté de vaners dont on fait partie sur les réseaux et sur les autoroutes est évidemment sous le choc. Personne n’est indifférent. Ça en inquiète plusieurs, ralentit d’autres et en incite beaucoup à foncer et avaler de l’asphalte comme jamais. Je fais partie de la 3e catégorie. Si j’avais été dans le coin, je serais allée me recueillir à votre mémoire, pour faire du chemin sur votre élan de liberté. Pour porter ce style de vie, cette passion, cet indescriptible sentiment. 

Ça me rappelle le lendemain de l’explosion à un spectacle d’Ariana Grande, mon amie Jasminou avait acheté des billets pour amener sa fille, Mlle Flo,  à son premier grand concert au Centre Bell. Conjurer le sort, faire un gigantesque « fuck you » à la vie « tu m’auras pas tout de suite pis tu me fais pas peur ».

On nous a souvent mis en garde dans notre voyage. Les Étatsuniens nous ont trouvés fous d’aller au Mexique, les Mexicains avaient le même discours par rapport au Guatemala, même chose quand est venu le temps d’aborder la question du Bélize. JAMAIS personne n’a mentionné que le Canada était dangereux. TOUJOURS on leur a répondu: « ça pourrait arriver n’importe où, ça pourrait arriver chez nous ». Malheureusement, l’actualité me donne raison pis ça me lève le coeur. 

Maintenant, on fait quoi? On en profite, on croque les paysages à grandes bouchées, on continue d’assumer notre hygiène corporelle parfois louche pis on vit. On vit crisse. On peut-tu juste respirer, normalement, faire ce qu’on aime le plus dans la vie et en profiter? 

 

Ce soir-là, la nature nous a donné les deux plus beaux arcs-en-ciel jamais vus de toute notre vie. Ce soir-là, il y avait un petit peu de vous dans le ciel.

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