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En septembre 2025, un rapport sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec a rapporté que les plateformes américaines comme YouTube et Netflix dominent l’espace médiatique des jeunes de 18 à 24 ans.
En parallèle, depuis environ deux décennies, la télé québécoise perd de plus en plus de plumes. Les budgets rétrécissent et l’industrie peine à rejoindre les jeunes. Les contrecoups s’en font ressentir : la chaîne VRAK, spécialisée dans ce type de contenus, a cessé ses activités depuis le 1er octobre 2023.
Le documentaire Après moi le déluge de Mounir Kaddouri, alias Maire de Laval, fait en collaboration avec l’Office national du film (ONF), s’intéresse à cet enjeu et soulève des questions sur l’avenir de la culture québécoise.
Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous le résume en quelques points marquants.
Tout au long du documentaire, ce qui frappe, c’est le rapport ambigu qu’entretiennent les jeunes interviewés avec la télévision. Sont alors tracés les contours d’un important débat : est-ce que ce sont les jeunes qui ne s’intéressent pas à la culture québécoise ou la culture québécoise qui ne s’intéresse pas aux jeunes?
Fidèle à sa ville natale, Mounir Kaddouri fait un tour à Laval, au Cégep Montmorency, afin de sonder ses étudiants. La majorité d’entre eux affirment qu’ils n’écoutent pas la télévision, ou très peu, en grande partie parce qu’ils ne s’y sentent pas assez représentés.
Jusqu’à maintenant, ça colle pas mal avec ce que j’entends auprès de mon propre entourage, issu de la génération Z.
Pourtant, certains jeunes évoquent une certaine nostalgie par rapport à des séries qui les ont marqués. Le chalet, Subito Texto ; quand Mounir mentionne ces émissions, les yeux de ses sujets s’illuminent.
La preuve est faite : la génération Z n’est pas complètement indifférente face à nos productions télévisuelles.
Alors, que s’est-il passé?
Ce qui semble avoir changé la donne, c’est l’arrivée de YouTube au début des années 2000.
Lorsque Mounir interrogent les jeunes à savoir s’ils écoutent des youtubeurs québécois, les étudiants énumèrent sans hésiter les noms de leurs créateurs de contenus préférés : Shahin, Aly Brassard, Gurky… Ils confient d’ailleurs préférer ces contenus aux productions actuelles.
Dès lors, une nouvelle question se pose : pourquoi ne retrouve-t-on pas des émissions québécoises sur YouTube, même si cette plateforme s’impose comme celle étant largement privilégiée par la Gen Z?
Le documentaire nous apprend qu’au milieu des années 1990, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui réglemente les communications au Canada, a choisi de ne pas réguler Internet, les nouveaux médias et les contenus qui s’y produisaient.
Lors de son implantation en 2005, YouTube s’est alors retrouvé dans une case à part, en marge du milieu télévisuel qui n’y voyait à l’époque que très peu d’intérêt.
« Bien des années plus tard, on peut le dire, c’était une erreur », admet Sylvain Lafrance, président du conseil d’administration de Téléfilm Canada et ancien vice-président principal de Radio-Canada.
« Let’s go! Là, on cook! », lance Kaddouri après avoir proposé un atelier à une classe d’étudiants en média. En petits groupes, ils doivent penser un pitch d’émission télé qui s’adresserait aux jeunes.
Au terme de l’atelier, alors qu’il écoute les différentes propositions Kaddouri fait remarquer à certains étudiants que leurs idées ressemblent beaucoup à des émissions québécoises qui existent déjà, comme Ça prend pas la tchas à Papineau ou Rouge forêt, respectivement diffusées sur ICI tout.tv et Télé-Québec. Surpris, les jeunes admettent n’avoir jamais entendu parler de ces productions et considèrent les écouter.
À mon avis, cet extrait en dit long sur les moyens que prend l’industrie médiatique québécoise pour rejoindre les jeunes. Personnellement, j’ai pris connaissance de l’existence de la série Rouge forêt grâce à une affiche dans le métro. Quand je défile mon fil Instagram, je vois rarement des publications en lien avec la télé québécoise, et c’est probablement la même chose pour ma génération.
Vous souvenez-vous de Fugueuse, avec Fanny et son bourreau Damien? C’est le cas des étudiants interviewés par Mounir qui en parlent avec enthousiasme.
Cette série avait tout pour accrocher un public composé majoritairement d’adolescents ou de jeunes adultes : des jeunes, une relation amoureuse toxique, la vie dans les rues de Montréal…
Le réalisateur du documentaire demande à Denis Dubois, qui a travaillé sur la deuxième saison de Fugueuse, s’ils s’étaient demandé pourquoi la première saison avait connu autant de succès auprès des jeunes. Question à laquelle Dubois répond par la négative.
Il s’agit là d’un moment révélateur du documentaire qui pose la question : l’industrie met-elle en place les efforts nécessaires pour aller chercher l’attention des jeunes?
Les cotes d’écoute sont ce qui permet de vendre un projet et d’attirer les agences publicitaires, ce qui influence grandement le contenu mis de l’avant.
Mounir cherche à savoir comment ces fameuses cotes d’écoute sont calculées. Pour ce faire, il rencontre Catherine Malo, vice-présidente principale chez Numéris, un organisme qui compile ces données.
Malo explique que les cotes d’écoute sont basées sur des estimations. Puis, elle atteste que, selon les données compilées par Numéris, la télévision représenterait 60 % du temps d’écran des 18 à 24 ans.
C’est sûrement la donnée la plus surprenante, presque absurde, du documentaire. Selon Numéris, les jeunes adultes passeraient plus de la moitié de leur temps d’écran à regarder la télévision, ce qui contraste fortement avec les observations faites par Mounir sur le terrain.
Et, on va se le dire, ce chiffre va aussi à l’encontre de mes propres observations quant à mes habitudes de consommation.
Pour vous faire votre propre idée, le documentaire est disponible sur la chaîne YouTube de Kaddouri.