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Stéphane et Josée, tous deux dans la fin de la cinquantaine, sont de grands voyageurs. Amateurs de voile, ils ont parcouru les mers du globe pour vivre d’adrénaline, de sel et de soleil. Il y a quelques années, ils ont troqué les billets d’avion contre un van. Une façon simple et spontanée de s’évader, sans trop d’organisation. Et ils sont bien décidés à vivre la version terrestre de leur aventure. « C’est la liberté totale », affirme Stéphane. Pas de plan, juste la route et le café du matin.
Et puis dans la dernière année, la politique est venue solidifier la passion du voyage intra-Canadien. « On ne va plus aux États-Unis », tranche Stéphane, sans hésitation. Le choix de découvrir le Québec s’est donc fait naturellement.
Le couple de voyageurs, qui sont des amis de ma famille, a accepté de m’ouvrir les portes de leur van, le temps de quelques jours passés sur la route, histoire d’en apprendre plus sur leur façon de voyager.
Le départ se fait en fin d’après-midi, parce qu’il n’y a rien de plus van life que de prendre la route à son rythme. Josée me présente l’intérieur du van avec la fierté d’une designer qui aurait soudain découvert que l’espace, c’est relatif, mais la créativité, illimitée, et elle m’explique avec enthousiasme que : « c’est particulier parce qu’avec l’espace restreint, tu peux juste prendre un élément de chaque chose. » Stéphane approuve en hochant la tête, « Alors on prend le meilleur! »
On file vers Saint-Donat pour des tartes au sucre (raison officiellement assumée), mais aussi pour quelques randonnées repérées par Stéphane (raison officieusement plus noble).
En chemin, les arbres en feu encadrent la route et Stéphane me parle de son nouveau dada : Terego.
Il m’explique, dans une longue tirade passionnée, que pour une centaine de dollars par année, on obtient accès à une panoplie d’endroits partout au Canada où dormir, refaire ses réserves d’eau, vider les réservoirs, mais surtout à des hôtes qui offrent quelque chose d’unique.
« Il faut absolument que les hôtes aient quelque chose à proposer aux gens qui y vont. Ça peut être une ferme où on peut avoir les animaux, on peut acheter leurs produits, ça peut être un endroit de yoga, ça peut être un restaurant, ça peut être une brasserie, ça peut être un endroit où ils fabriquent du gin. »
Josée renchérit, « C’est un véhicule pour stimuler l’économie locale. »
Ce soir-là, c’est “stimulation” version resto, même si je comprends vite que ce n’est pas dans leurs habitudes, puisque leur cuisine miniature, équipée d’un poêle, d’un chaudron et d’un frigo étonnamment grand, leur permet généralement d’être en parfaite autonomie.
« C’est sûr que tu ne cuisines pas comme tu cuisinerais à Montréal, surtout quand on est en autonomie. Il faut vivre avec la capacité de notre batterie. Tu ne vas pas faire un plat, une dinde au four qui va demander d’utiliser le four pendant 4 heures, ça, c’est impossible. »
La nuit a été étonnamment confortable malgré le zéro degré extérieur, surtout grâce au chauffage du van, qui n’est pas un luxe mais une nécessité absolue lorsqu’on envisage, comme Stéphane le dit avec un enthousiasme qui me donne froid rien qu’à l’entendre, de rouler jusqu’aux Monts Vallins et dans les Chic-Chocs cet hiver.
On déjeune dans un café local, Stéphane me parle des avantages de la « van life ». « La COVID a explosé le télétravail et la vie en van se prête très bien au télétravail. »
Stéphane complète : « parce qu’on fait beaucoup plus de plein air. On passe notre journée à se promener dans les montagnes. »
Le couple philosophe ensuite sur le fait que la van life est ce qu’on en fait, qu’elle peut être rapide ou lente, sociale ou introspective, sportive ou paresseuse, mais qu’elle est surtout flexible, et que c’est précisément ce qui la rend si addictive.
Stéphane continue sa réflexion, « la chose la plus importante si tu fais ce qu’on fait, c’est où est-ce que tu vas? Qu’est-ce que tu découvres? Puis, il y a des choses que si tu n’avais pas le van life, tu ne le ferais pas. »
Ils rêvent déjà à leurs prochaines aventures : Terre-Neuve en juin, un mois entier à explorer. Stéphane renchérit, « Si on n’avait pas de van life, on n’irait pas. Ou on irait, mais on ferait en avion, on irait voir une semaine. Là, on va passer un mois. C’est ça le « slow travel ». Ça te permet de découvrir autrement, quelque part. Ça te permet de découvrir de façon plus authentique. »
Une fois le Canada découvert, Josée me confie rêver à un autre pays, « L’Australie! Pendant trois ou quatre mois, j’aurais envie de le faire ». Pour Stéphane, son rêve se situe un peu plus proche, « au Mexique, au chaud! ».
Assez discuté, c’est le temps de faire une randonnée sur un sentier du Mont Tremblant, sous des couleurs absolument majestueuses, suivie de quelques flocons de neige à notre retour.
En retournant à la van, Stéphane ajoute, avec un sourire: « Une autre chose qui est vraiment le fun en van, c’est que quand t’es en auto et qu’il fait gris, ben t’es dans ton auto, c’est plate. Ici, on peut regarder Netflix… Non, pas Netflix, Crave ! Ou alors un petit jeu de backgammon avec un thé. »
Justement, on range nos bottes et la journée s’éteint tranquillement, avec une séance de lecture pour chacun, et un thé chaud, tandis que dehors, la neige devient pluie sur le pare-brise.
Je fais remarquer que rester connecté en permanence semble un peu contradictoire avec l’idée du « slow living », mais Josée corrige immédiatement le tir, avec conviction, en expliquant qu’ils ne sont pas hyperconnectés, juste connectés autant qu’ils le veulent. « Nous, typiquement, on va être connectés pour travailler, ou le soir pour regarder nos nouvelles ou prendre des nouvelles ou envoyer des photos. On est probablement un petit peu moins connecté que quand on est à la maison. »