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Le post-partum dure trois ans
Plus tôt ce mois-ci, j’étais en voiture avec trois amies de mon équipe de balle molle. Nous étions en direction du chalet d’une coéquipière pour passer une fin de semaine dans le bois entre femmes, coupe de vin à la main.
C’est là que ça a commencé. L’anxiété avec un grand A, assortie de la culpabilité avec un petit c. Voyons donc, que je vais passer une fin de semaine complète sans voir mes enfants! Il y a deux semaines, j’ai passé trois jours à Québec sans eux! Je suis donc bien une mère irresponsable, à priver mes enfants de soins maternels! Et s’il arrivait quelque chose à mes bébés pendant que je suis partie?
L’affaire, c’est que mes bébés, ce ne sont plus des bébés : ils ont quatre et deux ans. Mais je capote encore quand je m’en vais, au point d’en faire une crise d’angoisse dans l’auto et à devoir respirer à fond, les yeux fermés, pendant que Fanny, assise à côté de moi, fait subtilement rouler la conversation et s’assure de me laisser tranquille.
En plus de n’avoir aucune raison de m’inquiéter (mon chum gère mieux les enfants que moi), je suis médicamentée et je suis suivie par un psychologue. Alors, quand est-ce que je vais enfin pouvoir respirer?
On parle encore du 4e trimestre comme d’une théorie révolutionnaire : Oui, mesdames, c’est normal d’être sur le cul trois mois après avoir accouché, mais inquiétez-vous pas, on s’occupe de votre santé pendant ces trois-mois là!
Mais la réalité est bien différente : le post-partum, ça dure des années.
Loin d’être la seule
Sur Internet, le phénomène est bien connu : le post-partum, durerait en réalité trois ans, voire quatre.
Ça prend des années avant de finalement se sentir… soi. Le soi d’avant la maternité, avec en prime la santé, l’énergie, les idées, et l’appétit pour la vie en dehors du cocon familial.
Selon Naître et grandir : « Le nombre de mères présentant des symptômes dépressifs sans souffrir de dépression postnatale atteint un sommet pendant la période trois à six mois après l’accouchement (environ 41 %). »
Selon une étude américaine datant de 2020, certains symptômes dépressifs et anxieux peuvent se poursuivre jusqu’à trois ans après l’accouchement. Les chercheurs soutiennent d’ailleurs que les professionnels de la santé devraient garder l’œil ouvert pour ces symptômes jusqu’à deux ans après la naissance.
Une étude australienne datant de 2014 qui a suivi 1 507 nouvelles mères dans six hôpitaux publics a même déterminé que la prévalence des symptômes dépressifs était plus élevée quatre ans après l’accouchement.
Et une autre étude, celle-là provenant du Yale University School of Medecine aux États-Unis, souligne que même les symptômes physiques aussi perdurent après cette période. L’étude fait état d’une mère dont la santé des os et du foie a mis 56 mois à se stabiliser après l’accouchement.
J’ai fait le calcul pour vous : c’est 4,7 années.
Je peux bien ne pas avoir retrouvé la sensibilité d’une région de mon pelvis après la césarienne de ma dernière. Je peux bien être anxieuse et me sentir coupable. On se met la barre haute en s’il vous plaît pour fonctionner au maximum trois semaines après avoir accouché. Enweille, le lavage de planchers, le bouillon maison et le demi-marathon, tout en essayant de garder nos enfants en vie et en stressant à ce sujet-là chaque fois qu’on les quitte du regard.
Je comprends que pour bien des femmes, le retour à la normale post-bébé soit un processus qui s’étire sur trois à quatre ans : c’est à ce moment-là que les enfants commencent à manger leur spagat’ sans s’étaler l’équivalent d’une assiettée sur le thorax. Qu’ils s’habillent par eux-mêmes. Qu’ils disent s’ils ont faim ou soif. Qu’ils deviennent (enfin) autonomes.
Alors, avant quatre ans, donnons-nous un break bien mérité, consultons pour aller mieux, aimons la femme que l’on est encore, et profitons de la vie avec et sans nos enfants.
D’ailleurs, la fin de semaine de femmes au chalet a fait du bien en calvâsse.
Physiologiquement, il faut près d’une année pour que les organes retrouvent leur fonctionnement d’avant-grossesse. C’est plus long pour le cycle menstruel des mamans qui allaitent : on peut compter jusqu’à 36 mois avant le retour des règles (yé).
Une étude publiée en 2023 dans le prestigieux The Lancet Global Health et relayée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggère que pour le tiers des mamans, les « affections postnatales » persistent des mois, voire des années après l’accouchement : douleurs pendant les rapports sexuels et au niveau du périnée, incontinence anale ou urinaire, anxiété, dépression, peur de l’accouchement, infertilité secondaire…
À elle seule, la dépression post-partum toucherait de 15 à 20 % des mamans, avec de joyeux symptômes pouvant inclutre : un épuisement permanent ou des problèmes de sommeil, un sentiment de dévalorisation ou une culpabilité excessive, une anxiété extrême, un désintérêt pour les activités autrefois aimées, et parfois même des pensées suicidaires.