Parce que St-Valentin dans deux dodos. Parce que j’ai fait une virée à la pharmacie et que la panoplie montre-ton-amour-cheapement m’a fait un vif effet, j’ai eu une bouffée de « faut que je parle d’amour ».

J’pourrais dire des choses à propos de celui qui fait grrrr, qui fait tout chose, qui fait papillons dans le ventre et chaud dedans les pants et le corps. J’pourrais. Mais l’amour que j’ai envie de célébrer, c’est pas lui.

Y’a quatre personnes sua Terre à qui, sans y penser deux secondes, je donnerais spontanément un rein ou un bout de corps qui se partage. Et y’a deux personnes sua Terre pour qui, sans y penser pantoute, je pourrais me garrocher devant un autobus si ledit autobus devait les frapper. Ce serait un réflexe, en fait, un j’y pense même pas, une situation sans autre alternative que celle-là. Ce sont évidemment, mes p’tits ces deux personnes. Je dis évidemment parce que ça va comme de soi. Du moins, c’est supposé. C’est dans l’ordre naturel des choses de considérer comme quasi rationnel que se sacrifier pour sa progéniture, c’est normal. C’est supposé te venir tusuite quand ça te sort du ventre, quand tu les prends, pour la première fois, que tu colles ton nez sur leur peau encore pleine de stuff. BAM! Amour. BAM! Tout pour eux.

Sauf que non.
C’est un de soi qui, dans mon cas, n’a pas été de soi. C’est un de soi qui s’est gagné, travaillé. Un de soi qui me faisait un peu rusher de ne pas être aussi naturel que prévu. Quand tu as la progéniture dans le ventre, tu lis des livres sur la chose et sur l’après-chose. Tu te sens en symbiose avec ce qui grandit là dans ta chair. C’est notamment parce que tu l’es, en symbiose. Tu te flattes la bedaine, parles à son contenu, imagines un tas d’affaires. Systématiquement, de la joie, des joues roses, des p’tits cheveux qui sentent bons. J’me voyais souvent en train de tourner avec eux. T’sais comme dans les pubs. J’occultais le fait que je ne peux pas vraiment tourner sur moi-même sans vomir. C’est dire toute la force du ça va être tellement parfait cette aventure.

Il y a souvent un paragraphe à keke part, dans les livres, où il est mentionné que ça se peut que l’amour qui déborde ne te prenne pas tusuite. Ça semble échappé là, en fait. Avec une statistique, même. Un tout petit chiffre. Ça te laisse croire que ça ne te concernera pas. Et pis là, tu accouches. Tu prends la petite chose qui crie sa vie contre toi. Tu es contente. Té crissment épuisée. Tu sais pas trop ce que tu es supposée faire, en fait. Fa’que tu lui chuchotes deux-trois trucs, tu pleures aussi. Tu le rassures, lui dis que ça va aller. C’est un peu à toi que tu parles, en même temps. Parce que tu viens de saisir ce qui se passe. Tu viens d’être aspirée dans un quelque chose qui est bien plus grand que toi, qui te dépasse, te déborde. Tu vacilles. Mais t’en parles pas. Tu serres le petit corps gluant un peu plus fort. Tu te dis que ça va passer. Les heures le font, mais pas cette impression de basculement. Tu t’occupes de ce que tu as enfanté, le nourris, le changes, l’endors, le laves, lui parles, lui chantes des chansons, lui racontes des histoires, le cajoles. Tu fais tout ça. Ça va de soi, c’est ce que tu dois faire. Tu l’aimes, nécessairement. Mais y’a un p’tit vide, un p’tit espace, un lieu entre toi et lui où l’étincelle attendue semble s’éteindre avant d’avoir pu s’embraser. Une distance qui te laisse le sentiment que tu passes tout ton temps avec un étranger. Ça te fait un peu capoter. Tu te dis que té pas normale, que té une mauvaise mère, que t’étais pas faite pour être mère en fait, à quoi t’as pensé, esti.

Y’a les jours qui passent. Qui se ressemblent. Tu comprends ce que l’éternel retour du même veut dire. Un moment donné, en pleine nuit, tu le berces. Y’a sa petite tête dans ton cou, y bave un peu. Té trop une bouette de toi pour bouger et t’essuyer. Pis là, juste de même, ça te pogne. Au cœur, au ventre, dans toute ce que tu es. Une vague. Une déferlante. Ça t’emporte l’intérieur de corps. Tu l’aimes. Fort. Bin’que trop fort. Tellement fort. Et cette évidence : tu pourrais mourir pour lui n’importe quand. Y’en a plus de petit espace. Y’a juste ça. Ça qui ne facilitera rien, qui ne rendra pas l’expérience moins éprouvante, mais jamais t’auras connu un sentiment pour autrui aussi intense, aussi poignant.

Avec les années, j’ai eu le temps de le regarder un peu cet amour. Il m’a permis d’être plus forte que ce que je croyais, d’être solide pour eux, debout pour eux. Il m’a permis de réaliser que parfois je manque de courage pour moi-même, d’indulgence aussi, mais jamais pour eux. Les p’tits.

Fa’que vendredi, on va se faire une fondue au chocolat. Avec juste des fraises pis des bananes. On va faire un tas quelque part sur le divan ou par terre dans des doudous. Peut-être sous une cabane, mais ça chie souvent les cabanes de coussins. On va regarder un film, collés. Trio de l’amour qui fait pas grrrr, mais aaaaaw.

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