Camille Gladu-Drouin

Amnesia Rockfest 2015

Pardonne-nous le délai, cher Urbania, mais après le Rockfest on a pris quelques jours pour se remettre sur pieds. À nettoyer la bouette qu’on a ramenée et à se demander comment on te ferait bien un récit cohérent de la fin de semaine la moins reposante de l’univers. Parce que c’est le genre de chose qu’il faut digérer, vois-tu. Un peu comme revenir de voyage et laisser le temps à tous ces moments qui t’ont semblés du gros n’importe quoi de devenir les meilleurs souvenirs que t’en garderas. Ou quelque chose de même.

Alors voici, question de te faire une idée juste de l’expérience Rockfest, on t’a fait un petit guide de survie. En prime, Camille a eu beaucoup de fun à prendre des photos dans le moshpit entre les gros gars chauds qui essayaient de la frencher quand je regardais pas…

C’est quoi?

Le plus gros festival rock au Canada. Trois jours de double pédales de base-drum cent fois trop fort en plein milieu du charmant village de Montebello, transformé pour l’occasion en un amalgame compliqué de terrains de camping trash et de stands à poutine. Une mer de monde, beaucoup, beaucoup de commanditaires et de bébelles à vendre, de la musique forte et des hurlements 24h par jour. Le cauchemar absolu du maire du Plateau.

Ambiance?

Hum… disons un savant mélange de Mad Max le jour et de La nuit des morts-vivants dès que le soleil se couche. Pour vrai, là. Imaginez des dizaines de milliers de pouèls pas lavés depuis trois jours qui passent la journée au gros soleil à boire de la Bud sans trop se nourrir et à faire toute la drogue qu’ils peuvent trouver avant de déambuler en plein milieu de la rue en cherchant un spot où perdre connaissance. C’est impressionnant sur le coup (surtout à l’arrivée quand tu traverses la ville à 2km/h pendant qu’ils frappe dans les vitres du char en criant « rooooockfessssst! »), par contre pas du tout menaçant: en trois jours on a vu aucune bataille ni même engueulade sérieuse, ce qui serait impossible à imaginer mettons au Beach Club.  Conclusion : métalleux > douchebags. De très loin.

Où on dort?

Partout. Profitant de la manne qui envahit leur demeure, chaque pouce carré du village est transformé en camping et/ou en parking. Ça donne des tentes alignées dans le désordre n’importe comment sur les terrains privés, au bord des routes et dans le champ aux limites de la ville, là où se trouve le campement principal. Ça déborde jusque dans les villages avoisinants. C’est assez particulier de voir des maisons familiales transformées en camps de réfugiés tatouées et percés; on a même assistés à une scène surréaliste impliquant des enfants se baignant joyeusement dans leur piscine hors-terre entourée de tentes dans lesquelles de jeunes adultes baisent et se cachent pour faire de la poudre. Le tout dans la joie, le respect et la bonne humeur. Les gens de Montebello sont recevant, mettons.

Quoi mettre dans son backpack?

De l’eau en quantité suffisante pour pas perdre connaissance. Un t-shirt ou une pancarte à s’accrocher dans le cou où c’est écrit « montre-moi tes boules ». Des vêtements noirs, juste noirs. Des bottes pour marcher dans la bouette. Une lampe de poche pour essayer de retrouver sa tente. Beaucoup d’argent cash pour les hot-dogs à trois piasses et la bière flat à six. Des bouchons pour les oreilles question de ne pas revenir complètement sourd et un pince-nez pour survivre à l’odeur unique du festival, mélange de sueur, de merde et de friture, qui empire à chaque heure durant tout le week-end.

Comment on s’amuse?

La musique, la bière et la drogue, essentiellement. Pas beaucoup de parties de aki ici, ni d’activités en tant que telle sur le site. On crie « Rockfest calice! » et on se fait faire toutes sortes de propositions indécentes si on est une fille. Il y’a toujours la rivière des Outaouais où se baigner dans l’huile de bateau pour les plus courageux, et des manèges de foire qu’on ne devrait pas revoir l’an prochain. (voir risques/dangers)

Risques/dangers?

Niveau assez élevé. Outre les gardiens du terrain de golf de Montebello munis de battes de baseball qui t’attendent si tu traverses la mauvaise clôture, les insolations ont semblé occuper beaucoup l’équipe médicale. Les moshpits sont toujours un risque, surtout quand les barrières cèdent et écrasent des gens comme c’est arrivé pendant le set de The Offspring. S’endormir n’importe où n’est pas recommandé : outre les festivaliers qui se sont retrouvés glacés dans l’orage couchés en boule dans la boue dans la nuit de samedi, on a croisé quelques spécimens de lendemain de brosse couverts de la tête aux pieds de dessins et d’inscriptions grossières faites au marqueur permanent. L’organisation avait installé assez de toilettes chimiques cette année pour éviter le torrent d’excréments de 2013, mais ça reste un risque à prendre en compte.

Ah et des gars sont tombés de la grande roue, ça a fait les grands titres des journaux. Scoop : selon les témoins interrogés sur place, ils seraient plutôt juste “descendus” pendant qu’ils se trouvaient au top. Une bonne idée de gars brillants et très à jeun, on imagine.

Qu’est-ce qu’on ne voit pas ailleurs?

Autant d’offres d’affaires à échanger contre des boules (incluant bouffe, bière et substances illicites). Des tonnes de mohawks roses de dix pouces de haut. Du crowd surfing en chaise roulante (oui oui). Une maison arborant une enseigne géante qui se lit « Crosse ta plotte » (?!). Un dépotoir à ciel ouvert qui prend quatre jours à ramasser (sérieusement gang : des verres réutilisables? Des poubelles? C’est pas assez rock?).  Une très grande zone VIP clôturée devant la scène pour quelques privilégiés dans un festival punk.

Et la musique?

Le highlight absolu de ce festival, et de loin. Une programmation comme un fantasme de punk, de hard-rock et de musique industrielle qui n’existe nulle part ailleurs, et qui fait en sorte qu’on vient de partout au Canada et même aux USA pour participer à l’évènement. Souvenirs marquants, dans le désordre : le chanteur de The Offspring qui semble vraiment surpris et un peu déçu qu’on leur ait demandé de jouer Americana (sûrement leur pire album, on se souvient de l’horrible “give it to me baby/ han han, han han”) au complet. Le nouveau chanteur de Sublime qui a zéro charisme mais exactement la même voix que le défunt Bradley Nowell. Rancid qui joue And out come the wolves avec la même drive qu’il y a dix ans. La fanfare anarchique gitane de Gogol Bordello, certainement un des concerts qui a le plus levé de tout le festival; des gens généreux et vraiment contents d’être là. Slayer, qui ferait une excellente trame sonore pour une guerre mondiale ou mettons l’apocalypse. Un très bon set des Pixies, qui ont choisis d’aligner leurs tounes plus punks pour l’occasion. La présence inusitée de Snoop Dog, qui ne joue plus ses chansons on dirait (que 4 titres originaux dans tout le concert et des pièces d’autres rappeurs ou même de classic rock joués par le dj pendant qu’il fait juste bouncer…. étrange moment wtf).

Des trucs qu’on aurait jamais pensé voir de notre vivant : les Buzzcocks, Ministry, Skinny Puppy, Descendents. Personnellement, le vrai moment de nostalgie d’adolescence a été de loin le concert de Deftones, ayant à une certaine époque usé le disque Around the fur dans mon discman jaune. Côté québécois pas beaucoup d’offre mais quelques solides classiques; outre Grim Skunk et Mononc Serge, qui sont invités à TOUTES les éditions du festival en remerciement de leur participation aux tout débuts de l’affaire, le show de Groovy Aardvaark avec Vincent Peake déguisé en martien est certainement l’un des moments marquants tous genres confondus. On a beau dire, leur version garrochée du Petit Bonheur de Félix Leclerc avec le chanteur de Barf fait encore un effet monstre sur les métalleux du Québec, et comme on le soulignait plus tôt, un groupe généreux et énergique ça se sent. Une rumeur persistante veux que pendant le concert des Cowboys Fringants quatre individus non-identifiés aient investis le temps qui leur est alloué sur terre à lancer des verres d’urine sur la foule en criant “fuck les carrés rouges”. Ouan. Ah : et Nickelback avait annulé sa présence, au plus grand plaisir de tous.

Vraiment.

Conclusion

Le Rockfest est soit le meilleur ou le pire festival de l’année. C’est une aventure. Quelque chose de lourd, sale, bruyant et anarchique qui peut déborder n’importe quand, et c’est pas mal ce qui réunit tous ces gens. Le thrill de dire « j’étais là, et j’ai survécu même si j’ai plus de voix, d’ouïe ni de dignité ». Disons que ça s’adresse à un public averti et amateur du genre d’émotions fortes qu’on y offre, et qu’à l’œil, il y en a beaucoup. Après, c’est une question de gout. Tout le monde n’est pas motard, punk ou membre d’un club de Poignards.

Fortement déconseillé aux enfants, aux hipsters, aux foodies, et aux hippies aimant le calme et la nature.

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