Adieu

Vous avez le droit de prendre 45 minutes de votre journée pour rire de ma photo. C’est moi à 20 ans. Avec le «duckface», le signe «devil» pas clair, les bijoux à 5$ de chez Ardène, la queue de cheval de «douchette », la push-up bra, les yeux de félins pour rien, la fausse attitude rebelle, le tout cadré en diagonale… (Soupir) Enfin, c’est fini. Adieu ma vingtaine.

Adieu ma vingtaine, adieu aux questions existentielles : Qui suis-je, où vais-je, elle est où ma place, comment on fait une sauce à spag, je déménage où, avec qui, je m’inscris en quoi, je travaille où et je suis bonne dans quoi ? Vais-je me tromper, vais-je échouer, vais-je décevoir, vais-je tout rater ?

Adieu ma vingtaine, les tentatives d’amitiés ratées et celles qui se sont soudées et imprégnées en moi pour la vie. Une décennie de rencontres et de risques à bâtir et à s’entourer des gens qui nous aiment, nous acceptent, nous divertissent. Adieu amis opportunistes, égoïstes, égocentriques avec qui on peut juste aller danser et se soûler. Adieu aux amitiés superficielles, basées sur des valeurs de gamines gâtées.

Adieu ma vingtaine, adieu la petite fille qui veut trop plaire, qui ne veut jamais décevoir, personne, jamais, qui dit oui à tout, tout le temps, le sourire aux lèvres, un peu gênée, complexée, jamais assez belle, toujours inadéquate, inconsciente de ce qu’elle possède, de ce qu’elle est, de ce qu’elle a déjà.

Adieu aux abus d’un corps qui se croit immortel, jeune à jamais, indestructible, qui n’a pas besoin d’exercice, de sommeil ou de régime équilibré. Adieu insouciance, adieu les « je m’en fous de danser debout sur un bar »…

Adieu ma vingtaine, adieu au stress des loyers impayés, de l’Hydro qui menace de couper, de la mini-crise cardiaque à espérer que sa carte de débit va passer…Adieu la peur de ne jamais y arriver, de ne jamais se trouver.

Adieu ma vingtaine, adieu aux amours imaginaires, aux amours instables, aux amours qui font mal, aux infidélités cruelles, aux mensonges qu’on se raconte à soi-même. Adieu à l’abandon complet d’un cœur épargné, encore jamais blessé. Adieu, belles amours inassouvies ou brûlées, aux amours terminées dans la cruauté, aux ruptures qu’on ne voit pas venir et aux illusions brisées sous nos yeux, dans l’impuissance. Adieu aux premiers rejets, aux premiers abandons, aux premières larmes qu’on pense interminables, éternelles, mais qui finissent par disparaître.

Adieu ma vingtaine, adieu aux premières crises existentielles, aux premières blessures de femme, aux premiers patrons injustes, aux premiers mensonges d’adultes, aux premières trahisons. Adieu aux premiers échecs, adieu désillusion, adieu arrogance et attitude de jeune première, qui pense qu’on lui doit la lune. Adieu égoïsme et égocentrisme de jeune pédante.

Adieu ma vingtaine, adieu les shooters sucrés, aux soirées où je sortais trop maquillée, trop «paddée», tellement insécure et tellement désespérée de plaire et d’être acceptée, d’être regardée, d’être désirée. Trop, tout le temps, par n’importe qui.

Adieu premières déceptions, premiers échecs, premières remises en question… Adieu enthousiasme exacerbé par mes premières victoires, mes premiers accomplissements. Adieu naïveté d’enfant, adieu les regards des hommes intéressés par mon côté ingénue et innocente. Adieu petite femme qui avance et qui fonce sans savoir ce qui l’attend. Adieu.

Adieu ma vingtaine, adieu belle fille en talons trop hauts qui croit tout savoir de la vie, de l’amour et qui croit que ce sera facile de réaliser ses rêves.

C’est ma fête aujourd’hui. C’est une nouvelle décennie qui m’attend. Elle commence bien… je n’ai jamais été aussi bien entourée, je n’ai jamais autant travaillé, je n’ai jamais autant voyagé… et on va se le dire : physiquement, j’ai l’air vraiment moins ridicule qu’à 20 ans. (Oui, vous avez le droit de rire un autre 45 minutes). Et je l’affronte seule, comme une grande. Je passe maintenant de fille à grande fille, en espérant devenir une femme et une grande femme.

Je ne regrette rien de ma vingtaine. Ça a été une aventure intense, bouleversante, enivrante qui m’a permis de découvrir en moi des côtés insoupçonnés. De la ténacité, de la persévérance, de la force, de la résilience. Plein de choses que je ne pensais pas détenir. Je vais donc continuer ma quête de bonheur, armée de sagesse. Mais bon. Je suis encore une p’tite crisse pas très conventionnelle. Et je compte bien le rester.

Bienvenue, la trentaine. Je t’attendais.

Passionnée, critique et enflammée, Kim participe à plusieurs soirées d’humour pour présenter son humour social et partager sa vision de la société, des humains, de la vie. Car derrière son air coquin et bon enfant, se cache une fille indignée, qui cherche à éveiller les esprits et vous faire rire!

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