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Vous avez manqué une vente à 30% de rabais sur les accessoires de salle de bain. Ne paniquez surtout pas! C’est comme si vous ratez le métro, un autre passera dans cinq minutes. Sous peu, vous pourrez acheter au rabais le rideau de douche qui matche si bien avec vos serviettes décoratives.
Il y a des ventes « pour un temps limité seulement » qui existent pour à peu près toutes les occasions. Que ce soit le retour en classe, le Black Friday, le Boxing Day, les fêtes des mères et pères, la fin de saison, l’anniversaire d’ouverture d’une entreprise, une victoire du Canadien en saison régulière et la vasectomie du propriétaire d’un commerce… J’exagère à peine.
Toutes les raisons sont bonnes pour créer un engouement et un sentiment d’urgence chez le consommateur pour qu’il ouvre son portefeuille.
Plusieurs personnes de mon entourage admettent qu’elles ne sont pas excitées par un rabais si celui-ci est inférieur à 25%. Je fais partie du lot. C’est pourquoi je me suis rendue sur la rue Sainte-Catherine pendant la frénésie du Black Friday pour observer jusqu’où les gens allaient pour les soldes.
Comme vous, j’ai vu des vidéos de gens piétinés ou de véritables catfights pour une robe en réduction. Je ne m’attendais à rien d’aussi extrême, mais je croyais qu’il y aurait au moins des bousculades. Mais, non! Les clients étaient civilisés. Il y avait du monde, mais pas tant que ça. Où étaient les gens?
En ligne. Les Américains ont dépensé pour 7,4 milliards de dollars via leur ordinateur, leur cellulaire ou leur tablette durant l’édition 2019 du Vendredi fou. Un record inégalé, mais surtout une tendance qui s’accroît d’année en année. Sans surprise, les ventes en ligne commencent plus tôt et se poursuivent plus longtemps que celles en succursales. Vous comprendrez qu’il ne serait pas plus surprenant d’apprendre que cette tendance continuera d’allonger la grande fête du capitalisme l’année prochaine.
Pour en revenir sur mon expérience sur le terrain. Je convoitais des bottes, mais vu les circonstances qu’implique le back-store physique d’une succursale, une autre fille a acheté la dernière paire à ma pointure. Je ne lui ai pas tiré les cheveux. J’ai passé la commande en ligne.
Et c’est au moment d’aller récupérer mon paquet que j’ai constaté où le vrai party se déroulait : au comptoir postal. La file d’attente était gigantesque. Un homme d’une quarantaine d’années m’a dit que ça lui rappelait sa jeunesse quand il achetait ses billets pour Metallica et qu’il devait camper ou pisser dans une bouteille pour ne pas perdre sa place.
Les gens magasinent différemment, mais les ventes séduisent toujours autant.
Ce serait 57% des milléniaux qui consomment presque uniquement en ligne et ils sont 96% à se servir de coupons en ligne.
Les incitatifs ne manquent pas pour nous convaincre d’acheter en ligne. Très souvent, en achetant pour la première fois chez un commerçant, on nous offre un rabais en s’abonnant à l’infolettre, par exemple. Ça permet d’attirer de nouveaux clients et de populariser la vente en ligne par la même occasion.
Cependant quand une collection n’est plus tendance, d’autres détaillants négocient auprès des grandes marques pour acheter la marchandise au rabais. Elle sera revendue aux clients à une fraction du prix. On peut ainsi les retrouver dans des endroits chics tels Winners ou Costco. Il paraît qu’on gagne à y aller souvent.
Une étude menée à la Claremont Graduate University s’est penchée sur le phénomène. Les chercheurs ont pris deux groupes : un devait faire ses courses avec un coupon et l’autre n’en avait pas. Après l’exercice, les chercheurs ont découvert que le premier groupe avait un taux supérieur de 38% d’ocytocine (hormone associée à l’amour et au plaisir) et près du tiers des personnes avaient un niveau d’anxiété inférieur à l’autre groupe. En gros, ça indique que les promotions et les rabais nous rendent heureux.
Leur popularité ne date pas d’hier. Coca-Cola en offrait déjà en 1887. Dans les années 70, dans le journal La Presse notamment, on annonçait des ventes tout au long de l’année pouvant atteindre de 10 à 70 % de rabais sur tous les produits disponibles à l’époque. Nos grands-mères prenaient plaisir à découper les coupons.
Avant, les gens n’avaient d’autres choix que de magasiner dans les commerces de leur ville (ou les catalogues Sears et Distribution aux Consommateurs). Aujourd’hui, il y a non seulement plus de marques, mais le commerce électronique offre des possibilités presque infinies. Ce serait 57% des milléniaux qui consomment presque uniquement en ligne, car c’est plus commode, mais aussi à cause des promotions justement. Ils sont 96% à se servir de coupons en ligne.
Et, bien entendu, les entreprises savent très bien comment utiliser les soldes pour attirer la clientèle et vendre leurs produits tout en faisant du profit. D’autant plus que les tendances en consommation sont éphémères. Les marchands ont rapidement besoin d’écouler les vieux stocks pour faire place à la nouveauté. Pour éviter d’être pris avec des inventaires invendus, ils feront des soldes.