Germain Barre

Achèteriez-vous une maison où un meurtre a eu lieu ?

Bon deal pour certains, histoire d’horreur pour d’autres.

Vendre des maisons où des crimes sordides ont eu lieu, c’est la spécialité de Randall Bell. Pour lui, les maisons « stigmatisées » – comme il préfère les appeler – sont une occasion de conclure une bonne affaire. Après tout, ces choses-là n’affectent pas l’intégrité physique de la maison.

Mais les histoires morbides laissent souvent leur trace. Le manoir Los Feliz, théâtre d’un meurtre au marteau suivi d’un suicide en 1959, est demeuré essentiellement inhabité pendant près de 60 ans.

Un entrepreneur l’a finalement racheté à prix d’aubaine pour la rénover à son goût. Depuis, il n’a signalé aucun fantôme. Par contre, il a dû chasser mainte fois des touristes souhaitant se photographier (ou faire des rituels sataniques?) sur son terrain!

Une maison peut diminuer sa valeur de plus de 25%, et augmenter son temps sur le marché de 50%.

Clairement, acheter ce genre de maison là n’est pas pour tout le monde… Selon M. Bell, qui travaille aux États-Unis, une mort non naturelle dans une maison peut diminuer sa valeur de plus de 25%, et augmenter son temps sur le marché de 50%.

Et au Québec?

Dans la province, on observe un phénomène similaire. À la suite d’une mort violente ou à un suicide, la valeur des maisons serait affectée de 12,5 % dans la grande région de Montréal, selon une évaluation reprise par La Facture en 2017.

Si vous ne croyez pas aux maisons hantées, c’est donc l’opportunité de conclure une bonne affaire! Encore faut-il être au courant de l’historique de la maison que vous souhaitez acquérir… au fait, êtes-vous sûr que rien d’étrange n’est arrivé dans votre salon?

Ma maison a-t-elle vu la mort?

Rassurez-vous tout de suite : si un meurtre a eu lieu dans votre sous-sol, vous le savez probablement déjà.

Au Québec, les propriétaires qui vendent leur maison par l’entremise d’un courtier immobilier sont tenus de remplir la Déclaration du vendeur sur l’immeuble, un formulaire obligatoire.

Dans le document, le propriétaire doit répondre « oui » ou « non » à la question « À votre connaissance, y a-t-il déjà eu un suicide ou une mort violente dans l’immeuble? ». Et, à la lumière des informations contenues dans le formulaire, les courtiers ont ensuite l’obligation d’informer les parties de tout facteur pouvant influencer négativement la transaction, et ce, même s’il s’agit d’événements tragiques qui sont survenus­­ avant que les propriétaires actuels prennent possession de l’immeuble. 

Mais cette obligation ne concerne que les propriétés vendues avec l’aide d’un courtier immobilier, dont la pratique est encadrée par l’organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ).

Alors à quoi peut-on s’attendre lorsqu’on achète (ou on vend) entre « gens ordinaires »?

C’est flou

Selon la loi, lorsqu’une personne vend une propriété sans courtier, elle est tenue de déclarer tout élément affectant l’intégrité physique d’une maison. Et, a priori, les morts non naturelles ne rentrent pas dans cette catégorie.

Cependant! En 2013, un jugement de la Cour supérieure s’est appuyé sur un suicide pour annuler la vente d’un immeuble. Le décès avait alors été considéré comme un élément « de nature à influencer une transaction immobilière ».

Mais dans deux autres jugements aux petites créances de la Cour du Québec, ç’a été le contraire. Les juges ont estimé que la responsabilité de poser des questions subjectives – phobies, craintes, fantômes – revenait aux acheteurs.

Alors si jamais vous êtes du genre à avoir peur des revenants… mieux vaut demander directement au vendeur! Vos chances de gagner en cour s’il tente de vous en passer une p’tite vite seront bien meilleures.

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