Acheter une voiture en gang pour économiser

Ou comment être l’heureux propriétaire d'un tiers de bazou.

Une fois, c’t’ait un dude qui possédait « la Echo ». Ça, c’était un vieux char qui semblait être la propriété de tout le monde et de personne à la fois. Un genre de joyeux bordel ambulant. Il l’avait acheté avec son pote qui, lui, était au Mexique.

Tantôt pilotée par n’importe qui, tantôt stationnée n’importe où, faisant office de salon temporaire pour jeunes bums.

Si l’anticapitalisme pouvait prendre forme, ce serait probablement celle de cette petite Toyota usée par la vie et par les aventures. Elle était presque constamment en action : tantôt pilotée par n’importe qui, tantôt stationnée n’importe où, faisant office de salon temporaire pour jeunes bums.

Son propriétaire appelait ça « faire du parking ». « Hey Zac, viens-tu? On s’en va faire du parking en ville! ».

Au centre : la légende.

Si l’illustre Echo (rest in pieces) n’est pas nécessairement l’exemple économique par excellence, elle a fait naître un questionnement en moi : pourquoi ne pas partager les grosses affaires avec des ami.e.s?

Il y a déjà plein de petites choses qu’on partage. Le ketchup quand on est en colocation. Les chargeurs quand le téléphone d’un.e pote est passé d’outil à la fine pointe de la technologie à brique inutilisable.

Alors pourquoi pas un char?

Alors pourquoi pas un char? On s’entend qu’avoir un bolide à Montréal, c’est rarement nécessaire. Même que c’est un fardeau écologique, économique et urbanistique. Imaginez si toutes les autos parkées sur le bord des sens uniques de la métropole devenaient des jardins ou des pistes cyclables! J’en rêve.

Mais une fois de temps en temps, quand l’appel des grands espaces se fait entendre, j’aime bien avoir la chance de sortir de l’île. Et je sais que je ne peux pas téter ad vitam aeternam l’auto des autres en faisant semblant d’être au-dessus de notre dépendance au pétrole.

Tester les alternatives

La première fois que j’ai eu l’occasion d’acheter une voiture, j’ai plutôt choisi un scooter. Honnêtement, c’était bien, même si je me suis fait crier « laaaaaaame » par des kids de 14 ans en longboard quelques fois. Aucun regret : c’était l’outil parfait pour me rendre à ma job, qui était bien loin des transports en commun (et de chez moi).

La seconde fois, j’ai choisi un nouveau vélo. Aucun regret, encore une fois, mais je ne peux pas faire du cyclotourisme à l’année. Il trône maintenant dans ma salle à manger.

Le moteur n’est pas très efficace sur cette affaire-là.

Ensuite, j’ai essayé les services d’autopartage et j’ai loué des voitures.

Mais tout ça ne m’a pas suffi. C’était bien pour aller faire une grosse épicerie pas trop loin, mais pour partir en roadtrip 10 jours ou pour aller faire du camping plusieurs fois pendant l’été, ça revenait cher.

Par exemple, louer un char avec des assurances personnelles et le rabais de ma fédération professionnelle me revenait entre 75 et 175$ par fin de semaine, sans compter l’essence. Et si je n’avais pas ces privilèges, on ajouterait 15% au prix total, en plus des assurances qui coûtent une trentaine de dollars par jour.

Mettons que ça ne donne pas trop le goût de quitter la ligne orange.

La naissance de Jeunesse Rebelle

« J’ai l’occasion d’avoir un char qui roule bien pour pas trop cher, me lance un soir mon ancien coloc et excellent pote. On pourrait se trouver une troisième personne et se splitter ça? »

L’idée est arrivée pile au bon moment dans ma vie, et d’une personne en qui j’ai totalement confiance.

L’idée est arrivée pile au bon moment dans ma vie, et d’une personne en qui j’ai totalement confiance. Pourquoi pas? L’investissement initial était modéré, soit 1250$. Les plaques, elles, coûtent 224$ par an, et les assurances, environ 40$ par mois. Tout ça a été splitté d’abord en deux, puis en trois, lorsqu’on a finalement trouvé une autre personne pour se joindre au projet.

Et quel projet! La prénommée « Jeunesse Rebelle », une Mazda 3 sport 2010 rouge pétant, était arrivée dans ma vie.

On a aussi pensé l’appeler Cherry ou Steve, mais on a jugé qu’elle représentait davantage un concept qu’une personne.

Maintenant que le deed était done, il ne me restait plus qu’à apprendre à conduire manuel. Et à trouver une manière de fonctionner qui ne frustrerait personne…

Tips and tricks pour une #colAUTOcation sans tracas

D’abord, je ne vous cacherai pas qu’il faut savoir cultiver un certain laisser-aller. Namaste caliss. Drôle de conseil financier que de slacker sur la précision de votre budget… mais il faut trouver des solutions singulières aux idées singulières (comme partager entre adultes de la ville un char vieux de neuf ans conçu pour un.e ado de région).

Oui, parfois le char sera indisponible, et ça va faire chier. Oui, tous les utilisateurs ne vont pas profiter du bolide à la même fréquence. Et oui, certains vont ponctuellement débourser un peu plus pour le gaz des autres. Ou subir bien malgré eux le coût (partagé) d’une réparation niaiseuse, voire évitable.

Si tout le monde est de bonne volonté et communique allègrement, c’est possible.

Mais si tout le monde est de bonne volonté et communique allègrement, c’est possible. Être chill, ça vaut bien les quelques dollars perdus ici et là, selon nous. Parce que globalement, on sauve tous et toutes de gros sous!

Petit aperçu des règles qu’on s’est donné :

– On splitte tout égal. TOUTE : les assurances, l’immatriculation, les réparations, le petit gugusse pour faire recharger son cell et éventuellement un sticker de mauvais goût ou un couvre-volant en poil.

– On essaie de laisser l’auto « pleine » de gaz le plus souvent possible, ou sinon on indique (très approximativement) le coût de notre ride dans une application de partage de dépenses.

– On réserve nos déplacements dans un agenda en ligne commun, où l’on indique également l’endroit où le char est stationné et lorsqu’il faudra le changer de spot.

– Fuck acheter une vignette ou payer pour une place de stationnement. Les deux autres propriétaires habitent sur le Plateau, et moi dans Villeray. C’est un inconvénient, mais au moins, partager la responsabilité de trouver une place de choix à Jeunesse Rebelle, c’est un autre avantage d’être plusieurs propriétaires.

– On peut la prêter à n’importe qui. C’est l’automobile du peuple!

Pour le moment, ça marche redoutablement bien. Tout roule, comme on dit! Mais libre à vous de faire vos propres règles. On se voit sur la route (le moins souvent possible, quand même)!

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