À la rencontre des street artists montréalais : Starchild Stela

Active depuis une dizaine d’années sur la scène montréalaise, Starchild Stela s’est fait connaître avec ses personnages de poupée renvoyant à l’enfance et à une certaine image de l’innocence, accompagnés de messages dénonçant la cruauté du monde des adultes. “J’aime les mots durs et les tons doux. Et j’ai toujours dessiné ce style de personnages, d’aussi loin que je me rappelle”, dit-elle.

Si on décrit souvent son art comme “engagé”, elle explique ne pas vouloir “nécessairement passer de messages”, mais plutôt transmettre ses propres émotions. “Je dénonce souvent les nombreuses microagressions auxquelles je fais face. Je travaille régulièrement autour du soutien aux survivant(e)s de violences sexuelles, mais ce travail-là vient surtout répondre à mes besoins à moi, pour ma guérison et mon épanouissement personnel.”

Sans formation artistique particulière, Starchild Stela a fait, un temps, des études de genre et dit avoir des sources d’inspiration multiples. “J’aime les jouets de mon enfance, les fées, les cheveux de pouliche, les fleurs, la crème glacée, le pouding chômeur et le rap français des années 90.”

Starchild Stela ne souhaite pas se cantonner à l’image d’une “artiste féministe”, de la même manière qu’elle refuse d’enfermer ses créations dans un genre bien identifié. “Je ne genre pas mes personnages. Je m’identifie beaucoup avec l’identité ‘queer femme’ non binaire et je pense que mes personnages en sont un peu le reflet. Peut -être que ce sont des fées ou d’autres créatures magiques.” Pour URBANIA, Stela a choisi de commenter six de ses œuvres.

Voici un petit aperçu de son travail, avec les commentaires de l’artiste sur certaines de ses œuvres.

POOR, STYLISH AND CRAZY

“Je ne suis pas fan de l’hiver, mais j’essaie tout de même de peindre à l’extérieur, malgré le froid et la neige que je déteste. L’hiver pour moi, c’est une gerçure et j’étais sûrement de mauvaise humeur ce soir-là, quand j’ai peint cette œuvre. La citation ‘poor, stylish and crazy’ est un hommage à une personne extravagante de mon entourage qui est décédée l’été dernier. Quand quelqu’un que j’aime meurt, je fais une partie de mon deuil en créant des pièces en leur mémoire.”

AS LONG AS YOU LOVE ME BABY

“Avec mon amie, on a écouté un documentaire sur les Backstreet Boys. J’ai chanté la chanson As Long As You Love Me toute la soirée. Quand j’ai peint cette pièce sous la pleine lune, j’étais sûrement encore en train de chanter. Mon amie m’a dit de regarder en haut du mur : un jeune renard me regardait. J’ai continué mon affaire, et une minute plus tard, le renard était assis près de moi, à quelques pouces seulement. Il est resté là jusqu’à ce que je termine ma pièce. J’adore la ville et j’adore les mille façons dont la nature prend toujours le dessus. C’était une soirée de pure magie.”

UNAPOLOGETICALLY FEMINIST

“Ce dessin est plutôt générique pour moi. Je fais souvent ce genre de sketchs. Celui-là était avec mon agenda que j’ai perdu en début d’année, ce qui m’a rendu complètement dysfonctionnelle. J’en ai un autre maintenant, mais c’est pas pareil, je ne l’aime pas autant. Alors, si vous le trouvez, SVP faites-le moi parvenir!”

NEWMOON WISHES

“C’est une pièce que j’ai faite à l’automne dernier. C’était une journée d’exploration et de nature avec une amie. C’était aussi une journée de nouvelle lune. Je porte une attention particulière aux cycles de la lune. Je divise mon temps et mes projets selon les cycles lunaires et mon processus de création y est également relié.”

VENUS IN RETROGRADE

“J’adore l’astrologie. ‘Venus in retrograde’, c’est une phase émotionnellement drainante et j’avais le cœur lourd quand j’ai fait cette pièce. J’étudie l’astrologie à mes heures. Vénus est souvent associée à la romance et je suis une personne romantique malgré tout. J’écris souvent soit des messages féministes ou des messages de sorcières avec mes pièces. Les deux sont toujours très près de mes émotions.”

KEEP IT SURREAL

“Une pièce sympathique d’il y a quelques années. Je crois en la magie et pour moi, le graff c’est vraiment une des manifestations modernes de la magie. Je me souviens, c’était une belle journée relax avec une amie, une journée chaude d’été et de crème glacée. Par contre il y avait un homme qui n’arrêtait pas de nous parler quand on peignait, criss que ça m’énervait. Je suis vraiment intolérante avec les hommes qui viennent me cruiser en public, c’est jamais approprié. Surtout quand je travaille, c’est horripilant. Je peinture rarement en public parce que ce genre de contacts-là me fait sentir mal dans ma peau et je préfère de loin peindre dans l’intimité, en catimini avec un ami ou une amie proche.”

La fondation romeo’s ayant pour mission de préserver, promouvoir et démocratiser l’art et la culture urbaine, URBANIA vous proposera, à travers une série de billets, de découvrir les meilleurs street artists québécois.

romeo’s gin est une eau-de-vie fraîche et inspirante, aux multiples visages, reflétant la créativité montréalaise.

Pour lire le compte-rendu de la rencontre avec Antoine TAVA, c’est ICI.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up