À la rencontre des street artists montréalais: Miss Me

Si elle est née à Genève, en Suisse, c’est à Montréal, où elle vit depuis 2000, que Miss Me s’est véritablement révélée. « J’ai développé à Montréal la femme que je suis devenue. Je dois beaucoup à cette ville et à sa liberté d’expression, son ouverture d’esprit », dit-elle. C’est donc à Montréal qu’elle a plaqué, du jour au lendemain, son travail en publicité. « J’ai décidé de faire l’opposé de tout ce qu’on m’avait appris, de tout ce qu’une jeune fille bien devait faire, fermer sa gueule, être gentille et polie, et avoir un bon travail. »

Quand on lui demande les trois mots qui la définissent le mieux, Miss Me répond : « artiste, femme et grande gueule ». C’est pour pousser un coup de gueule contre la censure du corps féminin sur les réseaux sociaux qu’elle s’est lancée dans les collages il y a 5 ans. « Je n’avais pas la technique pour faire du graff, mais je ne voulais pas que ça m’arrête, j’avais des choses à dire, j’avais trop besoin de m’exprimer. »

S’exprimer notamment à travers ces fameuses « vandales » cagoulées à la poitrine dénudée qu’elle a collées un peu partout à Montréal, puis dans d’autres villes comme New York. « Les premières choses que j’ai mises dans la rue étaient très sexuelles, et c’était important pour moi que les gens comprennent que c’était fait par une femme et non par un homme. C’est aussi pour ça que j’ai choisi le nom de Miss Me. »

Au printemps dernier, l’artiste a rassemblé son armée de « vandales » au Centre Phi pour une installation qui a fait sensation. « Elles sont toutes éparpillées dans les villes, pour mener une sorte de guérilla. Et là, il y en avait quasiment 40, de 10 pieds de haut, toutes au même endroit. C’était une expérience extraordinaire. Sinon, je ne suis pas beaucoup dans les galeries. C’est un monde qui m’est étranger. »

PORTRAIT OF A VANDAL – MONTRÉAL

« À la base, les ‘vandales’ c’était mon coup de gueule par rapport à la censure que je subissais sur les réseaux sociaux. À un moment donné, j’en ai eu ras-le-cul de la manière dont Instagram et Facebook te censurent pour un téton. Ils t’envoient un message pour te dire qu’ils essayent de garder l’internet safe. On s’entend que sur Instagram et Facebook, y’a des messages de haine, de la vulgarité, de la pornographie, des appels à la haine, de la violence et ça passe. Alors que moi mon fucking téton, ça met l’internet en danger! Ça m’a tellement mise hors de moi que j’ai vomi cette image partout dans les rues. Et je continue à le faire.»

JAZZ SAINTS, AMY, NINA AND BILLIE – MONTRÉAL

« J’aime le jazz. Je chantais du jazz autrefois. Ces artistes (Amy Winehouse, Nina Simone et Billie Holiday) ajoutent de la magie dans ma vie. Et je cherche à leur rendre hommage. Beaucoup de ces artistes sont bien plus que des musiciennes hors pair. Ce sont des personnalités importantes qui n’ont pas hésité à porter des messages politiques à leur époque, comme Nina Simone et Billie Holiday, des messages qui ont encore une portée et un sens aujourd’hui. »

SAINT PAC – LA HABANA CUBA

« Je cherche à faire la même chose avec 2Pac qu’avec Nina Simone ou Billie Holiday. Quand j’ai fait ce collage, des dizaines de gens m’ont regardé faire et sont ensuite venus poser devant mes pièces, comme ces gars-là. Je suis aussi allée coller avec 2 gars du coin, hyper chou, et très connectés là-bas dans le monde du skate et du tattoo. J’ai ADORÉ Cuba, surtout les Cubains… moins la réalité plus problématique de la censure d’état, du rationnement alimentaire et de l’accès HYPER limité à l’internet (pour les locaux). »

BEAUTY – UBISOFT MONTRÉAL

« Je peins souvent mes pièces, pas toutes, mais la peinture est présente depuis le début dans mes œuvres. Ubisoft m’a demandé de ‘curate’ l’espace, le tout avec du papier. J’ai donc appelé 2 de mes artistes préférées : PONY (my giiiirl!) et HOR KOAR. Nous avons travaillé ensemble, sous ma supervision, pour réaliser le mur en entier (on ne voit que ma partie sur la photo). »

HOUSE OF QUEENS – LENNOXVILLE

« J’ai reçu un mail d’une jeune fille qui me demandait de venir peindre dans son école. Ses mots étaient tellement doux, sincères et touchants que je ne pouvais que dire oui. Donc j’y suis allée. C’était une école pour filles. J’ai été frappée par la beauté du site et de ses vieux bâtiments. J’ai passé 3 jours là-bas. J’ai mangé et traîné avec les filles dont certaines avaient 13 ans. J’ai découvert qu’elles étaient soumises à un règlement très dur. La pièce que j’ai peinte est un endroit qui leur est réservé pour échapper un peu à ces règles très strictes. Un endroit où elles peuvent parler fort et jurer. Un endroit où elles n’ont pas à porter leur uniforme. »

HOLYNIGHT, SILENT NIGHT – MONTRÉAL

« Je l’ai créé et collé partout à Montréal à Noël, dans la nuit du 24 au 25 décembre. On entendait les peurs et critiques sur les réfugiés syriens fuser de tous bords… C’était ma réponse et ma réflexion personnelle sur le sujet. C’était aussi pour faire un parallèle avec la famille de réfugiés du Moyen-Orient la plus célèbre au monde (Mary, Joseph et Jésus). »

La fondation romeo’s ayant pour mission de préserver, promouvoir et démocratiser l’art et la culture urbaine, URBANIA vous proposera, à travers une série de billets, de découvrir les meilleurs street artists québécois.

romeo’s gin est une eau-de-vie fraîche et inspirante, aux multiples visages, reflétant la créativité montréalaise.

Pour lire le compte-rendu de la rencontre avec Sandra Chevrier, c’est ICI.

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