À mort les petits hommes verts

En France, pays rationaliste si l’en est un, puisque l’on préfère fréquemment la collaboration au conflit, on croit aux extra-terrestres.

En tout cas, on y a cru au plus haut sommet de l’État, puisque face au phénomène des OVNIS, – ou ufologique, en globish – le gouvernement a créé dans les années 70 le GEIPAN, le Groupe d’Études et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés (au passage, on a quand même inventé l’acronyme « PAN », parce que merde, on est en France, on ne fait rien comme les autres).

Le GEIPAN est affilié au CNES, le Centre National d’Études Spatiales, et collecte depuis plusieurs dizaines d’années les témoignages des personnes ayant, sur le territoire national (y compris les DOM TOM, ce qui couvre donc une sacrée surface), vu quelque chose de bizarre dans le ciel, ou dans leur jardin – et je ne parle pas de nains en terre cuite ou de pratiques sexuelles déviantes dans les bosquets.

Peu nombreux sont les pays à avoir pris au sérieux le sujet, ne serait-ce que pour réduire à néant la majorité des témoignages en les expliquant rationnellement : phénomènes atmosphériques ou météorologiques, avions, ballons-sonde…

Mais, pour la France, vieux pays confit dans ses certitudes (« nous avons le meilleur système scolaire du monde, le plus égalitaire, notre médecine publique est parfaite, et personne n’arrive à la cheville d’écrivain de Jean d’Ormesson »), c’est surtout l’un des rares cas de prise en compte d’un phénomène nouveau, d’un changement de paradigme – oui, j’aime les gros mots – bref, de la nouveauté.

Et Dieu (qui n’a rien à voir là-dedans) sait que la question :  « sommes-nous vraiment seuls dans l’Univers ? » mérite d’être posée. Et pas seulement par les Raëliens.

Le GEIPAN, composé de scientifiques, mais aussi de militaires, peu connus pour leur tendance à la rêverie, reconnaît que 22% des phénomènes soumis à son expertise sont parfaitement impossibles à expliquer dans l’état actuel de nos connaissances.

Si je vous parle des OVNI, c’est que dans d’autres domaines, l’État Français se montre beaucoup moins curieux. Surtout quand il s’agit de nouvelles formes d’économie solidaire, d’agriculture raisonnée et de technologies respectueuses de l’environnement.

La semaine dernière, Rémi Fraisse, un jeune opposant à la construction du barrage de Sivens, dans le sud de la France, a été tué par une grenade offensive lancée par des gendarmes lors d’affrontements violents avec des Black Blocs. Remi Fraisse, de l’avis de tous, était un militant pacifiste, qui s’est juste retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Ce week-end, des manifestations en réaction à ce drame ont également dégénéré.

Oui, en France, les opérations de maintien de l’ordre finissent mal en général, malgré notre expertise reconnue en la matière (tellement reconnue que Michèle Alliot-Marie, toujours en avance d’une connerie, l’avait proposé à Ben Ali au moment de la révolution tunisienne de 2010). Les armes dites « non létales » comme les gomme-cogne (flashball) ou les tasers provoquent fréquemment des décès, des mutilations graves (énucléations…), le tout dans un total désintérêt des gouvernements de gauche comme de droite (mais qui voit encore la différence ?).

Le barrage de Sivens, on le découvre aujourd’hui, est une aberration écologique et économique, une de plus après l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, des litanies de rond-points inutiles et de lignes de TGV qui ne vont nulle part.

Mais pour en arriver là, il a fallu un mort.

Le poids des lobbies productivistes (industrie alimentaire, agrobusiness, transports routiers) étant ce qu’il est en France et la couardise de nos gouvernants faisant le reste, il vaut mieux être encarté à la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) qui met le feu à une préfecture que d’être un simple militant anti OGM qui démonte un Mac Donald. Et quand on fait partie des Black Blocs… Et bien, quand on fait partie des Black Blocs, on n’arrange rien.

Pourtant, le pire dans ce drame évitable, c’est une fois de plus la morgue des ministres, hauts fonctionnaires et autres préfets, qui traitent tous les opposants – y compris ceux qui siègent au Parlement Européen – d’irresponsables rétrogrades, quand eux sont évidemment les défenseurs du Progrès. Et que cela vienne de ministres d’un gouvernement socialiste particulièrement admiratif des bonnes vieilles recettes économiques (nucléaire, pétrochimie, armement), alors qu’il est en théorie allié aux Verts, est encore plus lamentable.

Quel refus de comprendre que le système a changé! Que le monde a changé. Que la croissance n’est plus synonyme de « progrès ».

En ces temps de théories du complot, je ne pense pas que François Hollande fasse partie d’une cabale internationale qui sait que le E.T est déjà parmi nous. D’ailleurs, franchement, si j’étais un alien, la dernière personne à qui j’irais confier que je suis là avec mes potes, c’est François Hollande. Il est incapable de cacher sa liaison avec une actrice, vous imaginez, un secret interplanétaire?

Non, au contraire : je pense que François Hollande et ses potes n’aiment vraiment pas les petits hommes verts.

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