À mort Alexandre Jardin

Tout le monde a son cheval de bataille. Roy Dupuis a les rivières. Pierre Falardeau a la souveraineté. Moi, c’est l’interdiction des livres d’Alexandre Jardin dans les écoles secondaires.

En troisième secondaire, un prof de français (croyant naïvement bien faire) nous avait imposé la lecture de Fanfan d’Alexandre Jardin. (Fanfan, c’est l’histoire d’un homme qui tombe amoureux d’une femme et qui décide de ne jamais lui avouer sa passion pour «prolonger éternellement les préludes de l’amour». Sur 233 pages, le personnage principal multiplie les tactiques pour séduire sa bien-aimée, sans jamais coucher avec elle, sans jamais l’embrasser). Quand on a 14 ans et qu’on est encore vierge, le concept de «passion qui dure toute la vie» est tout à fait charmant. Ça nous apparaît comme une révélation et on en vient à croire que, dans le fond, c’est ça la définition du vrai amour. Pendant les années qui suivent, Fanfan devient un modèle à reproduire. Une quête, genre. Jusqu’à ce qu’un matin, à 25 ans, on se réveille dans le bureau de son psy au lendemain d’une soirée Frenche ou Meurs, en train de lui dire que notre vie amoureuse est un échec et qu’on ne trouve pas la personne pour nous faire vivre la passion avec un grand P. – T’sais, dans  Fanfan… qu’on lui dit. – Oui, mais Fanfan, c’est pas la vraie vie, qu’il nous répond. La passion, ça ne dure pas toute une vie. Ça dure un an, gros max. Sur le coup, on ressent un petit pincement au cœur. On ne veut pas y croire. Comme un enfant à qui on apprend que le père Noël n’existe pas. On se demande ce qu’aurait été notre vie amoureuse si un professeur ne nous avait pas faire lire Fanfan en troisième secondaire. Après quelque temps, on en vient à la conclusion qu’elle aurait été beaucoup mieux. *** Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir et parce que la vie est trop courte, je crois sincèrement qu’il faut interdire les livres d’Alexandre Jardin au secondaire ou, minimalement, recouvrir les livres d’une mise en garde comme sur les paquets de cigarettes. C’est dans notre intérêt à tous.

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