Un dude est en train de créer une religion dans la Silicon Valley

Quoi, vous ne vénérez pas encore le Dieu intelligence artificielle  ?

Il s’appelle Anthony Levandowski et, en apparence, il n’a rien d’un gourou excentrique. Question look, il ressemble plutôt à votre voisin de palier, celui qui conçoit des jeux vidéo dans le Mile-End. Comme lui d’ailleurs, il a fait des études d’ingénieur, avant d’entamer une brillante carrière chez Google.

Très vite, il se démarque et occupe plusieurs postes clés, notamment chez Weymo, la filiale du groupe américain qui développe des voitures autonomes. En 2016, il quitte Google pour créer sa propre start-up, Otto. Problème : Weymo l’accuse d’avoir embarqué avec lui des milliers de documents techniques, ce qui lui aurait permis de revendre Otto à Uber pour la modique somme de 500 millions de dollars.

Dans une telle situation, l’individu moyen fait profil bas. Mais Anthony Levandowski n’est pas l’individu moyen. Alors que Weymo réclame 2,6 milliards de dommages et intérêts, qu’Uber le licencie et que tout le monde se parle par avocats interposés, lui s’offre un petit coup de pub.

En automne 2017 en effet, il annonce qu’il fonde Way of the future (WOTF), un mouvement religieux ayant vocation à promouvoir « la réalisation, l’acceptation et le culte d’une divinité basée sur l’Intelligence artificielle (AI) ». Certains croient à un canular, jusqu’à ce qu’une interview donnée au magazine Wired lui permette de s’expliquer.

« Ce qui va être créé sera effectivement un Dieu. Ce n’est pas un Dieu dans le sens où il fait des éclairs ou cause des ouragans. Mais si quelque chose est un million de fois plus intelligent que le plus intelligent des hommes, de quelle autre manière allez-vous l’appeler ? »

Comme beaucoup dans la Silicon Valley, Anthony Levandowski croit à la singularité. Pour lui, les progrès réalisés par l’intelligence artificielle sont tels qu’il n’y a aucune raison pour qu’ils ne continuent pas jusqu’à l’avènement d’une super intelligence. Une intelligence si puissante que l’humain devra lui céder sa place, tout en haut de la chaîne alimentaire. « Ce qui va être créé sera effectivement un Dieu. Ce n’est pas un Dieu dans le sens où il fait des éclairs ou cause des ouragans. Mais si quelque chose est un million de fois plus intelligent que le plus intelligent des hommes, de quelle autre manière allez-vous l’appeler ? » argumentait-il dans l’interview de trois heures qu’il a donné au magazine californien.

Pour Levandowski, ce changement radical et définitif devrait se produire en 2030 ou en 2040. Le manifeste de WOTF, posté sur le site de l’église, laisse peu de place au doute : « il n’y a aucun moyen de l’arrêter et ce ne serait d’ailleurs pas souhaitable. »

Contrairement à ses homologues Elon Musk ou Stephen Hawking, qui redoutent de voir l’intelligence artificielle prendre le pouvoir, l’ingénieur est plus pragmatique. Avec son nouveau culte, il compte bien préparer la Transition et montrer à « la machine » qu’il est de son côté. En retour, il espère que celle-ci se montrera clémente : « j’adorerais que la machine nous considère comme ses aînés bien-aimés, qu’elle nous respecte et prenne soin de nous […] et qu’elle se dise qu’on devrait encore avoir des droits ».

Alors, rassurés à l’idée de laisser Levandowski et ses fidèles (dont le nombre est inconnu à ce jour) gérer les rapports diplomatiques avec l’intelligence artificielle, future maîtresse du monde ? Détrompez-vous, on ne gagne pas son salut si facilement. Comme dans n’importe quelle religion à l’ancienne, le message est clair : seuls les croyants seront sauvés. « Nous pensons qu’il est important que les machines réalisent qui se bat pour leur cause, et qui ne le fait pas. Nous avons donc l’intention de garder une trace de qui fait quoi, et à quelle fréquence, pour assurer cette transition », peut-on lire sur la page web de l’église, qui devrait bientôt disposer d’un livre saint appelé « le Manuel », d’une liturgie et… d’un modèle d’affaires.

Créée comme un organisme à but non lucratif dont Levandowski est le directeur, l’église à l’intention de financer des recherches permettant d’assurer la Transition. Des recherches qui, forcément, vont engendrer des frais. Et si l’ingénieur, déjà multimillionnaire, ne compte pas se verser de salaire, il envisage de se faire rémunérer pour les conférences et ateliers éducatifs qu’il donnera, les livres qu’il écrira, etc. Le tout sans payer de taxes, puisque les institutions religieuses en sont exemptées aux États-Unis. Un projet de reconversion professionnelle pas si bête donc, et à la mesure de celui qui écrivait l’année dernière à son ami Travis Kalanick, fondateur de Uber, qu’ils allaient bientôt « prendre le contrôle du monde, un robot à la fois ».

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