À la défense d’H&M

Moi, les images de synthèse, ça me va.

J’ai beau retourner la question dans tous les sens, me mettre dans la peau d’une victime de l’anorexie ou d’une obèse morbide, je ne comprends pas les gens de s’offusquer qu’H&M ait utilisé des images de synthèse comme mannequins. Au pire, être à la tête d’un syndicat de mannequins, je m’inquiéterais pour la profession.

Pour le reste, honnêtement, je ne vois pas le scandale. On voit des mannequins de taille parfaite dans les vitrines de magasins depuis des décennies et on ne s’en offusque pas. On mettrait de vrais mannequins, je veux dire des personnes vivantes, dans les vitrines, qu’on trouverait que c’est de la cruauté envers les mannequins.

À la limite, ça démontre qu’avoir un corps comme ceux montrés par H&M n’est justement pas réaliste, puisqu’il s’agit d’images créées par ordinateur*. Personnellement, les vrais mannequins, les anorexiques, les botoxés, les chirurgiées, me rendent beaucoup plus mal à l’aise. Elles montrent que l’idéal est atteignable, à coup de sacrifices et de régimes de pamplemousse, et que si on ne l’atteint pas, c’est juste parce qu’on est de grosses paresseuses.

Et puis, pas tant que ça au fond. Des filles comme celles montrées dans les annonces d’H&M, en fait, ça existe. J’en connais plein. Il y a une tonne de filles dans mon entourage qui me complexent cent fois plus que les filles du H&M, justement parce qu’elles sont simplement le fruit de la nature. Des filles disciplinées, qui mangent bien, qui vont au gym. Et même parfois des filles qui font juste écœurer parce qu’elles mangent dix fois plus que moi et ne font rien pour entrer dans du 24. Triste de même.

Laissez-moi comparer des choses qui ne se comparent pas vraiment, mais qui donnent quand même à réfléchir. Je ne veux pas diminuer le problème de l’anorexie. Je sais que c’est grave, et qu’une fille anorexique, c’est une fille anorexique de trop. Mais l’anorexie touche 1% des adolescents. L’obésité, elle, est passée de 13,8% à 24,3% des adultes canadiens dans les 25 dernières années. À mon avis, et sans mauvais jeu de mot, notre problème d’obésité est beaucoup plus gros.

Depuis quelques années, on en est bien conscients. On sensibilise les gens à prendre soin de leur santé, à faire de l’exercice. Paradoxalement, on valorise les mannequins taille forte, moins menaçants pour l’estime de soi. Je n’ai rien contre les mannequins taille forte, mais je n’ai pas envie non plus qu’elles deviennent la norme. Même si c’est parce qu’elles ont des «gros os» et qu’en fait, elles sont en santé. Je n’ai pas envie que la norme, ce soit d’avoir quelques livres en trop. Que les gens regardent les vêtements sur des corps qui leur ressemblent, validant leur propre débordement lipidique.

Les filles d’H&M, selon moi, sont parfaites. Et si elles donnent envie d’aller au gym, pourquoi pas.

*Dans la mesure où c’est dit que ce sont des mannequins créés par ordinateur, bien sûr.

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