6000 $ pour retrouver Hélène

L'étrange quête d'un romantique anonyme.

Il y a quelques jours, je me suis attardée, comme plusieurs d’entre vous, sur cette publicité intrigante sur un coin d’écran de La Presse +. «Hélène, un trottoir, un soir d’automne, est-ce toi que je n’ai pas reconnue? Permets-moi de te revoir».

Intrigant.

L’annonce était seulement signée d’une adresse courriel ne laissant pas transparaître le nom de l’auteur. L’aura de mystère autour de cette histoire d’amour digne des plus grands films m’a poussée à lui écrire:

«J’ai vu votre annonce dans La Presse +, à deux reprises. Ça m’intrigue. Qui est cette chère Hélène qui fait battre votre coeur depuis 2018? Quelle est l’histoire du trottoir, un soir d’automne ? J’aimerais ça raconter votre quête et ainsi vous donnez une autre tribune pour votre recherche.»

Deux jours plus tard, toujours pas de réponse (et sûrement un peu d’impatience, moi qui réponds plus vite que l’éclair).

Puis, un courriel, au moment où j’avais cessé d’y croire.

«Il y a probablement moins d’histoires dans l’histoire que dans le geste lui-même, mais je pourrais vous appeler lundi prochain si cela vous convient. À l’heure actuelle, la quête se poursuit toujours (mais les annonces sont terminées).» Signé, «Cordialement, Un espérant».

Inquisition infructueuse

C’est la première fois que je m’entretiens avec quelqu’un dont je ne connais pas le nom. «Je veux rester anonyme», me dit-il d’entrée de jeu. Ni vous ni moi ne connaîtrons donc l’identité de ce grand romantique. Seul indice qui trahit son âge, sa voix de monsieur, qui ne sonne pas comme celle d’un jeune de mon âge, surutilisant des termes comme «yo, chill, comme». Il est articulé, mais surtout fait preuve d’une grande sagesse dans ses propos. Pas comme moi qui cherche par tous les moyens de le faire craquer.

L’histoire de l’espérant et d’Hélène est banale, mais nébuleuse. Ils se rencontrent à quelques reprises au tournant des années 2010. Une relation de travail, sans plus. Hélène quittera finalement la métropole pour un nouvel emploi, un peu plus tard. «Je pensais que je ne la reverrais jamais», lâche-t-il.

À l’automne dernier, l’espoir renaît. En revenant chez lui, un soir, une forme humaine attire son regard. Un problème de vision l’empêche toutefois de bien discerner la silhouette et le visage de l’inconnue. 

Ils se rencontrent à quelques reprises au tournant des années 2010. Une relation de travail, sans plus. Hélène quittera finalement la métropole pour un nouvel emploi, un peu plus tard. «Je pensais que je ne la reverrais jamais», lâche-t-il.

«C’était visiblement une femme, qui était sur le bord du trottoir et qui semblait attendre.» Il entre alors dans son appartement sans trop y penser. C’est dans les jours qui ont suivi qu’il a eu une illumination: et si c’était Hélène qui l’attendait sur le trottoir dans l’espoir qu’il la retrouve. «C’était compatible avec le genre de personne que j’avais vu, même si je n’avais pas pu voir son visage.» Il pensait déjà à elle régulièrement, mais là, Hélène s’est immiscée davantage dans son esprit.  

Fabulations? Peut-être, mais il a décidé d’aller au bout de l’affaire, ne serait-ce que pour calmer ses idées vagabondes. Le hic, il ne connaît même pas le nom de famille d’Hélène. «À l’époque où je la croisais, je n’ai pas cherché à lui poser cette question ou à en savoir davantage sur elle. C’est ça qui est la grande erreur», raconte-t-il. Un film d’amour, je vous dis. 

«Si c’était pas elle, je me suis monté un grand bateau », laisse-t-il tomber en riant.

Après quelques recherches infructueuses sur Facebook (il y en a en titi des Hélène sur le réseau social), il perd espoir. Mais l’idée que cette mystérieuse femme pourrait être sa Hélène ne quitte pas son esprit. «Si c’était pas elle, je me suis monté un grand bateau », laisse-t-il tomber en riant.

Ce qu’il peine à s’expliquer, c’est qu’Hélène ne pouvait pas réellement savoir où il habitait. Mais ce n’est pas ce qui le fait reculer dans sa quête étrange.

La rejoindre aux quatre coins du Québec

N’ayant rien à perdre, il décide donc de miser le tout pour le tout en achetant un espace publicitaire dans La Presse, un quotidien lu à travers la province. 

Une bouteille à la mer d’une valeur de 6000$. «J’ai bénéficié d’une prime si on peut dire, car lorsque j’ai passé la commande à La Presse +, les gens du département de publicité étaient touchés par cette commande-là, alors ils m’ont offert une publication gratuite.»  

Être romantique et nébuleux doit aussi venir avec un compte en banque bien garni. Mais alors, pourquoi payer une telle somme si seulement quelques indices peuvent permettre à Hélène de se reconnaître? Pourquoi ne pas être plus explicite dans l’annonce?

«Je ne veux pas rentrer dans les détails, parce que si je le fais, ça pourrait permettre aux gens de son entourage de l’identifier et je veux qu’elle soit totalement libre de se manifester ou pas. C’est très important pour moi», exprime-t-il solennellement.

L’annonce a été publiée à trois reprises dans La Presse + et pour l’instant, outre des journalistes inquisitrices comme moi, il a eu très peu de succès. «Je n’ai pas eu beaucoup de réponses. Deux un peu bêtes, deux-trois réponses qui se veulent des encouragements, une qui aurait pu être prometteuse. Je lui ai répondu avec deux questions d’identifications, mais je n’ai pas eu de nouvelles…» 

«Le geste que j’ai posé, c’est un geste d’espoir, mais en même temps, c’est le dernier geste que je pouvais poser raisonnablement.»

Ces annonces, c’était un peu le dernier au revoir. Après, il laissera partir Hélène pour de bon, même s’il conservera toujours leur histoire somme toute platonique dans son cœur. «Le geste que j’ai posé, c’est un geste d’espoir, mais en même temps, c’est le dernier geste que je pouvais poser raisonnablement. Je vois pas d’autres opérations qui pourraient avoir un minimum de succès. Je pourrais bien faire voler un avion avec une banderole, mais je devrais être au bon endroit au bon moment.»

La conversation se termine et ma curiosité n’est pas rassasiée. Je voudrais savoir tous les détails, lui donner une ultime chance pour la retrouver. Si seulement il me donnait plus de détails, elle pourrait se reconnaître, même si elle n’était pas sur le trottoir ce fameux soir d’automne 2018.

Cela dit, ce mystère est l’une des histoires plus cute que j’ai entendues. Je me dis que j’ai eu la chance de m’entretenir avec le dernier des romantiques, sans savoir s’il réussira un jour à retracer sa Hélène… pour apprendre qu’elle est peut-être finalement mariée avec trois enfants.

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