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Avec le coût de la vie qui augmente (allô, l’épicerie, le loyer et l’essence!), chaque dépense qu’on réussit à éviter permet de respirer un peu. Mais à un moment donné, couper, ça devient difficile. Et c’est là qu’une augmentation de salaire peut faire toute la différence.
On a demandé à Paméla Bérubé, cofondatrice et vice-présidente de GO RH, quelques conseils pour bien négocier une augmentation salariale.
Demander une augmentation salariale, ça ne se fait pas n’importe quand sous n’importe quel prétexte, souligne Paméla Bérubé.
Arriver à l’improviste quand le budget de l’entreprise est bouclé pour la prochaine année peut nuire à vos chances d’avoir gain de cause.
« Normalement, un employeur a des périodes où il est plus propice de discuter de salaire, explique la spécialiste. C’est souvent à la fin de l’année financière ou au début. »
Si votre patron organise des rencontres annuelles d’évaluation afin de discuter de votre rendement et de votre avenir au sein de l’organisation, sautez sur l’occasion pour parler de rémunération.
Selon les entreprises, les augmentations varient. Dans les boîtes syndiquées, les salaires sont encadrés par une convention collective. Vous devez donc prendre en compte des critères précis qui sont expliqués dans votre contrat de travail.
Là où ce n’est pas le cas, la manière d’augmenter les salaires peut varier.
« Même dans les milieux non syndiqués, il existe une structure salariale, explique la vice-présidente. La dynamique se doit d’être quand même équitable. On ne tombe pas dans la négociation à la pièce et arbitraire. »
Récompense-t-on davantage l’ancienneté ou le rendement? Connaître cette information peut vous faire épargner du temps et de l’énergie, souligne Paméla Blouin.
« Si ça fonctionne par ancienneté, même si vous atteignez toutes les cibles et que vous répondez aux attentes, si ça ne fait qu’un an ou deux que vous êtes là, vous ne pourrez pas vous attendre à gagner autant que vos collègues plus expérimentés, indique-t-elle. C’est un modèle plus rigide et plus traditionnel d’augmenter les salaires en se fiant à la date d’embauche plutôt que la performance. »
Une augmentation salariale, ça se planifie, aussi bien du côté de l’employé que de l’employeur, mentionne Paméla Bérubé.
« Il faut s’informer en allant voir quelles sont les données du marché par rapport à votre poste, détaille-t-elle. Il existe des études et des enquêtes de benchmark salariaux dans différents secteurs d’activités. Ça permet de savoir quelle est la rémunération attendue dans un rôle similaire au vôtre. »
Si vous avez pris le temps de bien documenter les augmentations salariales réelles dans votre secteur d’activité, votre patron ne sera pas surpris de vos demandes s’il a lui aussi fait ses devoirs pour revoir ses échelons salariaux.
Si vous planifiez une rencontre avec votre patron pour lui demander une hausse de votre salaire, prenez le temps de documenter pourquoi vous estimez la mériter.
À partir de votre liste de tâches, expliquez en quoi vous avez répondu aux attentes de votre patron. Donnez des exemples concrets de vos réussites et de votre progression au sein de l’organisation.
Si votre performance présente certains bémols, tenez-en compte et expliquez les leçons apprises.
Surtout, ne vous comparez pas aux autres, insiste Mme Bérubé. « Même si vous vous sentez lésé par rapport au traitement salarial d’un ou d’une collègue, demeurez axé sur votre prestation et les données du marché », recommande-t-elle.
Si vous pensez attendrir votre patron avec la hausse de votre loyer et du panier d’épicerie, détrompez-vous : il a probablement déjà entendu la même cassette d’un autre de vos collègues.
« Les gens vont parler de leur situation précaire, et les patrons sont sensibles à ce discours, nuance Paméla Bérubé. Mais ils ont aussi le souci de l’équité interne. Doivent-ils tenir compte de la hausse plus marquée du loyer d’un employé pour établir les hausses salariales de tout son personnel? La réponse est non. »
Idem si vous menacez de partir si vous n’obtenez pas ce que vous demandez. « Ce n’est jamais gagnant de tomber dans le chantage ou le marchandage, surtout si on veut maintenir une relation harmonieuse avec son employeur », prévient la vice-présidente.
Parfois, l’absence d’une hausse de salaire peut être compensée par des avantages sociaux. C’est une avenue à envisager, suggère Paméla Bérubé.
« Aujourd’hui, on parle beaucoup plus de rémunération globale que directe, qui concerne le taux horaire ou le salaire annuel, mentionne-t-elle. Compte tenu que les organisations ont des employés de plusieurs générations avec des besoins et des réalités diverses, le modèle unique de rémunération commence à être moins attractif et a moins d’impact sur la rétention des travailleurs. »
Ce faisant, plutôt que d’augmenter votre paie – et, incidemment, ce que vous retournerez à l’impôt –, vous pourriez obtenir des journées de vacances ou des congés supplémentaires, de la flexibilité pour effectuer du télétravail ou même une somme pour choisir parmi un éventail de services offerts dans votre assurance collective, par exemple.
« L’important, c’est que tout le monde y trouve son compte et que l’équité soit respectée », note Paméla Bérubé.
En somme, négocier son salaire, même si ça peut être stressant, ce n’est pas être ingrat, opportuniste ou difficile : c’est reconnaître la valeur de son travail dans un contexte où tout coûte plus cher et où la loyauté ne garantit plus automatiquement la sécurité financière.
La clé, au fond, n’est pas d’arriver avec des demandes déraisonnables ou un ultimatum, mais avec des arguments solides, une bonne lecture du contexte et une idée claire de ce qu’on apporte réellement à son employeur. Parce qu’au-delà du chiffre affiché sur le chèque de paie, une bonne négociation reste aussi une façon de rappeler à son boss qu’on mérite mieux que de simplement survivre jusqu’au prochain jeudi de paie.
Les ordres professionnels et certaines firmes en ressources humaines, dont Normandin Beaudry, publient régulièrement des études à ce sujet, indique Mme Bérubé. La capacité financière de l’entreprise, les données de l’industrie, l’indice des prix à la consommation (IPC) et d’autres facteurs peuvent influencer le fameux pourcentage que vous pourriez obtenir.
En ce sens, Paméla Bérubé déconseille de formuler une demande déraisonnable dans l’espoir d’avoir ce que vous voulez vraiment. « Demander plus pour obtenir ce qu’on veut, ça devient du gambling. En supposant que les deux parties ont fait leurs devoirs et qu’elles partent sur la même base, l’argumentaire sera plus solide et réaliste. Si la demande semble démesurée, ça peut au contraire mener à une attitude plus fermée de l’employeur. Il est préférable d’avoir une discussion franche et honnête, tout en maîtrisant les informations qui existent sur la rémunération d’un poste semblable. »