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5 questions à un « cueilleur » de sons de nature

Spoiler : ce ne sont pas toutes les baleines qui émettent des sons. 

Par
François Breton-Champigny
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C’est lundi matin et vos collègues de bureau ont leur rencontre de début de semaine à deux mètres de vous. Jocelyne énumère (encore) les recettes de cucurbitacées qu’elle a cuisinées pendant la fin de semaine pendant que Christian parle de son énième trek de la saison.

Vous n’en pouvez plus et décidez de mettre votre casque d’écoute avec comme trame de fond « Balade matinale dans un jardin japonais ».

Dans des contextes où le bruit ambiant peut nuire à la concentration et littéralement nous casser les oreilles, les sons de nature peuvent être un repère de choix. Derrière ces ambiances sonores into the wild se cachent souvent des gens passionnés de la captation, comme Stéphane Pigeon, ingénieur de formation et « cueilleur » de sons en tous genres, avec qui on s’est entretenu.

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Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre passion devenue métier?

Stéphane Pigeon : Je me suis un peu créé un métier bien à moi. Je suis loin d’être le seul à capter des sons à l’extérieur, mais je crois que je suis l’une des rares personnes sur la planète qui a comme vocation de capter et de créer des ambiances sonores qui servent à masquer des bruits que l’on n’a pas envie d’entendre, qu’on soit au travail, à la maison ou dans les transports en commun.

Pour créer ces « bulles sonores », j’opte très souvent pour des sons de nature que je vais capter moi-même. Ça nous rappelle en quelque sorte nos origines du temps où l’on était des chasseurs-cueilleurs et ça nous met inconsciemment dans une sorte d’état second.

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Comment choisissez-vous vos sons et vos destinations et quel genre de préparation ces voyages nécessitent-ils?

SP : Au départ, je prenais souvent le contexte des vacances ou de voyages personnels pour amener mes appareils et recueillir divers sons selon le lieu choisi. Puis, avec les dons reçus sur ma page myNoise, où je mets toutes mes créations, j’ai planifié deux fois par an des destinations spéciales basées sur des demandes récurrentes d’auditeurs comme des hurlements de loups en Finlande, par exemple.

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Une fois sur place, il faut beaucoup marcher et explorer les alentours pour trouver LA place idéale. Une autre stratégie consiste à faire le « Petit Poucet » avec des enregistreurs pendant une balade afin d’avoir le maximum de sons, puis de refaire le même chemin le lendemain pour cueillir le tout. Ensuite, j’écoute la totalité des enregistrements et j’en ressors les pépites pour en faire des montages intéressants.

Un autre élément important est de choisir un endroit où la pollution sonore en lien avec des activités humaines est quasi inexistante, ce qui est très difficile. C’est pourquoi j’affectionne particulièrement les destinations moins populeuses au nord de l’Europe.

Quels sons ont été plus complexes à capter?

SP : Je me suis rendu en Irlande en espérant capturer des sons de baleines. La météo était épouvantable depuis plusieurs jours et lorsqu’on a enfin pu embarquer sur le canot que j’avais loué après une certaine accalmie (l’embarcation ne doit pas avoir de moteur pour éviter les bruits pendant l’enregistrement), le chef de bord m’a informé que ce ne sont pas toutes les baleines qui émettent un chant.

Comme de fait, les spécimens qu’on avait repérés, des rorquals communs, ne chantaient pas… Je me sentais un peu nul de ne pas avoir pensé à cette option, mais finalement, je me suis rabattu sur des sons de tempête sur la côte que j’avais enregistrés les jours précédents et ce fut génial.

Si une personne se tourne vers sa droite ou sa gauche parce qu’elle a l’impression qu’un oiseau s’y trouve tellement le son est réaliste, c’est mission accomplie!

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Un autre challenge par rapport à une demande qu’on m’a souvent faite a été de capter des chants de huards. J’ai essayé de le faire en Europe, mais où j’étais, le couple de huards ne chantait que trois fois par nuit et ç’a été difficile de bien placer l’enregistreur au bon endroit pour avoir une bonne qualité de son puisqu’on ne sait jamais trop où ils seront.

Quels sons êtes-vous le plus fier d’avoir captés?

SP : Je ne dirais pas que je suis spécialement fier de tel ou tel son, mais j’en ai recueilli certains qui, selon moi, sont plus réussis que d’autres.

Par exemple, ceux de la tempête en Irlande sont riches en diversité (la pluie, le vent, les vagues sur les rochers) et leur combinaison est extrêmement efficace pour masquer tous les sons qui vous entourent.

Quel est votre « Saint Graal » du son, que vous aimeriez capter un jour?

SP : En fait, ce que je recherche n’est pas un son en particulier, mais bien d’offrir une expérience sonore immersive aux auditeurs avec seulement de simples écouteurs et des sons naturels.

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Pour moi, si une personne se tourne vers sa droite ou sa gauche parce qu’elle a l’impression qu’un oiseau s’y trouve tellement le son est réaliste, c’est mission accomplie!

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