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5 jours à pédaler entre Copenhague et Oslo
Cette route m’a permise de longer la mer et de humer les lilas plus souvent qu’autrement.
À la fin du mois de mai, j’ai enfourché mon vélo à Copenhague avec un objectif bien précis : me rendre à Oslo. Entre les routes du Danemark, le traversier vers la Suède, les forêts scandinaves, les villages de pêcheurs et les longues routes côtières, le parcours promettait une immersion complète dans le printemps nordique.
L’itinéraire pouvait prendre jusqu’à 846 km si je suivais à la lettre l’EuroVelo et 630 km si je suivais Google Map. La beauté de ces pays, c’est que les transports en commun sont très accessibles. Je partais dans un esprit de prendre le meilleur de cette route, et donc de compléter des distances chaque jour qui me permettaient de profiter de mon voyage.
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J’ai finalement décidé de prendre des trains par moment, afin d’alléger mes journées. L’itinéraire final emprunté, qui faisait environ 450 km à vélo, était plutôt plat avec quelques montées une fois en Norvège.
Voici donc le récit de ces 5 jours, pour ceux qui seraient tentés par l’expérience.
Avant de partir
C’est quoi, l’EuroVelo?
L’EuroVelo est un réseau comprenant 17 itinéraires cyclables qui traversent l’Europe.
La Kattegattleden est la première grande véloroute nationale de Suède, et l’une des plus belles de Scandinavie. Cette bande côtière encore méconnue longe des plages de sable fin, des falaises, des villages de pêcheurs et des réserves naturelles. En plus des routes EuroVelo 7, 3 et 13, c’est sur elle que j’ai pédalé pour arriver à destination.
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Le nécessaire pour la route
Au départ, je planifiais acheter un vélo sur Marketplace une fois sur place, à Copenhague, pour ensuite le revendre une fois arrivée à Oslo. Ça me semblait un bon plan, mais la réalité s’est avérée bien différente. Contrairement au Québec, où l’on trouve facilement des vélos d’occasion adaptés au cyclotourisme, l’offre locale était surtout composée de vélos urbains à une vitesse ou de modèles de type beach cruiser.
Après quelques recherches infructueuses, j’ai finalement loué un vélo. J’ai trouvé une entreprise spécialisée, One Way Bike Tours, qui proposait exactement le type de location dont j’avais besoin pour cet itinéraire. En plus, la location comprenait un cadenas ainsi qu’un kit de réparation.
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Côté équipement, j’ai privilégié la simplicité. J’ai enfilé des cuissards de vélo pour le confort, mais j’ai évité tout ce qui était lycra et équipement plus technique. La majorité du temps, je portais des chandails de coton, quelques couches chaudes en prévision des soirées plus fraîches et des vêtements imperméables en cas de pluie. Aux pieds, de simples chaussures de randonnée ont amplement fait le travail. Pour traîner le reste de mon matériel, j’ai emprunté les sacoches de vélo de ma sœur, et je me suis contentée de l’essentiel : un casque, deux bouteilles d’eau, un brûleur et sa bonbonne, un chaudron, un Aeropress, un bivouac, un matelas de sol et un sac de couchage.
Mes refuges pour les nuits
C’est probablement l’un des aspects qui m’a le plus marquée durant ce voyage. En Suède, j’ai découvert les vindskydd, ces abris à trois murs disséminés un peu partout dans la nature (ils sont tous répertoriés en ligne). J’ai donc bâti mon itinéraire autour de ces refuges, qui permettent de passer la nuit dans des endroits magnifiques, par exemple au bord d’un lac ou en pleine forêt.
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Cela dit, grâce au droit d’accès à la nature (allemansrätten), il est généralement possible de camper presque partout en Scandinavie. Toutefois, j’ai aussi opté pour des auberges de jeunesse à Copenhague et à Oslo, et à l’occasion, de charmants Airbnb pour profiter d’une vraie douche, recharger mes appareils électroniques et pour récupérer un peu avant de reprendre la route.
J1 – Copenhague à Skäret
Copenhague, 7 h 30.
Godmorgen. Ma mission ce matin : arriver dès l’heure d’ouverture de Prolog, un café local, afin d’y prendre un flat white avant mon départ vers la Suède. Entre chaque gorgée de mon excellent café, je regardais mon vélo libre, laissé libre dans la rue ; je ne suis pas encore à l’aise de le laisser ainsi, même si le vol de vélo est peu courant dans ce pays. Pour ce qui est de mon déjeuner, je me comporte comme une vraie Danoise : pain au levain, beurre fouetté et fromage. J’y prends goût. Je compte ramener un peu de leur cuisine à la maison.
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J’enfourche mon vélo, mon allié pour les prochains jours. Pour commencer le voyage, la nature me salue avec une douche. Malgré la pluie, le froid et la grisaille, je me campais dans ma joie.
En longeant la mer, j’ai fait la rencontre d’Armand, qui a pour projet de nouveau retraité de faire Grenoble à Cap Nord, en Norvège, à vélo. Ça fait déjà un mois qu’il est sur la route, et il lui en reste au moins deux autres à pédaler. On a roulé ensemble jusqu’au traversier. C’est grâce à lui que je décide d’abandonner Google Maps pour plutôt me fier à EuroVelo.
Après le traversier, je mets les roues en Suède. En m’arrêtant pour faire des courses avant la tombée de la nuit, je demande à la vendeuse du poivre de Cayenne. Elle m’informe que c’est illégal, ici. Les attaques ne font donc pas partie de la culture suédoise.
Mon vélo bien rempli, j’ai pris la route, encore une fois près de la mer, mais cette fois en longeant de grands champs de fleurs jaunes et de lilas.
Après 84 km, j’arrive au campement à Skäret (56°15’31.2″N 12°36’55.7″E) où je loge dans un adorable nid avec un toit herbé. Je m’y sens en sécurité. Une famille scandinave a partagé son feu avec moi. J’ai lu avec une infusion de lavande et le bruit de la nature. Je me trouve tellement chanceuse d’être ici. God natt.
J2 – Skäret à Halmstad
La journée commence bien. Le café goûte bien meilleur en nature et c’est un sentiment assez exceptionnel que de voyager avec tous ses essentiels sur son vélo.
Ce matin, j’ai roulé avec les moutons.
Avec l’excitation du départ, je n’avais pas encore frappé de mur. Le voilà qui se pointe le bout du nez au jour 2, peut-être dans l’appréhension de ce qui s’en vient.
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Je me suis donc rappelée de mon « pourquoi » :
J’aime faire du vélo.
C’est une célébration de la santé, du mouvement.
J’aime faire du vélo sur de longues distances. C’est à la fois glorieux et pénible.
Ça me permet de traverser toute une gamme d’émotions.
J’arrive à rester dans le moment.
Je garde le rythme.
J’adore toutes les personnes et les paysages qui croisent mon chemin.
Pour dîner, j’atterris dans un parc. Ici, le dimanche, c’est jour de repos, et presque tous les bons cafés sont fermés. Pour le lunch, je dois donc me contenter de deux hot dogs. D’ailleurs, mon régime suédois sera composé de beaucoup de saucisses et de brioches. Une fois rassasiée, je poursuis ma route.
Je suis bien heureuse d’avoir apporté deux cuissards. Je ne pensais pas dire ça, mais je les mets un par-dessus l’autre parce qu’à présent, ma plus grande souffrance est au niveau des fesses et du genou droit. Mes jambes ont un peu quitté la fête à ce moment. J’ai eu une bonne discussion entre ma tête et mon corps.
Par chance, la route est belle. La nature est grande. J’aperçois des chevaux, des oiseaux, des lapins, des vaches.
Je m’arrête à Bastad, dans une boulangerie, pour lire quelques pages de mon livre, Architectures de la joie. Une fois reposée, je prends la route pour atteindre Halmstad, où m’attend ma maison pour la nuit. J’ai un coup de chaleur, des douleurs. Le soir, je mange des pâtes et j’en profite pour appeler mon copain et ma famille.
J3 – Halmstad à Bua
Vous savez qu’une journée sera extraordinaire quand elle débute avec un grand bol de linguines nappés de sauce bolognaise et de fromage mozzarella . Je me motive en promettant qu’aujourd’hui sera une belle journée. Je m’équipe en prévision du soleil et je suis repartie.
Les 30 premiers kilomètres passent rapidement. Je roule en compagnie de trois hommes, un père et ses deux fils. Ça fait du bien d’avoir de la compagnie par moments. Je reste toujours aussi émerveillée par la mer et les paysages.
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Après 60 km, je m’arrête dans un café où je fais la rencontre de deux femmes d’un certain âge qui me demandent ce que je fais. Si je voyage toujours seule. C’est avec fierté que je leur réponds que oui. Je sais que c’est grâce à elles, à leurs mères et à leurs grands-mères que je peux rouler souverainement.
J’ai continué ma route en humant la brise salée.
115 km plus tard, j’arrive à Bua. Il s’agit de ma plus longue séquence jusqu’à présent. C’est ici que j’ai dû participer, contre mon gré, à une chasse au trésor : je savais où se trouvait mon abri pour la nuit, mais je ne savais pas trop comment m’y rendre.
Après avoir emprunté quelques rues, sans succès, j’ai finalement demandé de l’aide au seul homme que j’ai croisé après avoir passé une bonne heure à chercher. Il m’a indiqué qu’au bout du cul-de-sac se trouvait un sentier qui me permettrait d’atteindre mon abri.
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Grâce à ses indications, je suis enfin arrivée à bon port, près d’un lac et d’un étang. En sirotant une tisane de passiflore, je tente de demeurer paisible, malgré la sensation d’être très isolée, seule, en nature. J’enfile le chandail de Tristan, le foulard de Rosa, la tuque de Mia, et je m’endors en pensant à tous ceux que j’aime.
J4 – Bua à Halden
Malgré la beauté de la lumière, la journée débute plutôt mal. J’ai échappé mon café et à peine assez d’eau pour m’en faire un autre. Je reprends donc la route à sec. En sortant de la réserve naturelle, j’ai l’agréable impression de faire du vélo de montagne.
Ce matin, la route est belle et parfaitement chaude. En m’arrêtant à Kungsbacka pour dîner et lire, on me sert un panini au lieu du toast à l’avocat que j’ai commandé. Curieux, mais tant pis. Ça donne tellement faim, le vélo.
En après-midi, je longe des archipels et la mer. Elle est encore glaciale à ce temps-ci de l’année, mais je décide quand même de m’arrêter pour me baigner. Et je suis bien contente de l’avoir fait.
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Une fois rafraîchie, je reprends la route pour atterrir à Götebord, la deuxième plus grande ville de Suède. Assise dans un café, limonade à la main, j’en profite pour observer les passants et l’architecture. Il y avait plein de gens sur la terrasse, tous assis un à côté de l’autre en rangée. Ils riaient et parlaient fort. J’ai pratiqué mon anglais et écouté le suédois.
J’ai ensuite pris le train de Göteborg jusqu’à Halden, qui me permettra de mettre les roues en Norvège. Heureuse de la revoir. Je l’aime.
Encore un petit peu de vélo pour atteindre le 75 km de la journée et mon cocon pour la nuit.
J5 – Halden à Oslo
Après une bonne nuit de sommeil, je déjeune avec Marianne et Yngvar, mes hôtes Airbnb et un adorable couple de retraités au grand cœur. On a parlé de tout et de rien et ils m’ont partagé leur amour pour Leonard Cohen. Quand j’ai dit bye à Marianne, elle plantait du popcorn. Elle avait mis beaucoup de graines dans la terre. J’aime ce genre d’humain.
En les quittant, je croise un cycliste qui me demande où je veux aller. Il m’a accompagnée à travers la ville pour me mener à la bonne piste cyclable.
Cette journée est la plus difficile. Je roule près d’une route très passante avec des côtes, un peu comme la 117. Disons que c’est pas là que le pays dévoile toute sa beauté. J’ai écouté du Leonard Cohen pour m’aider à avancer.
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Je m’arrête pour le lunch à Sarpsborg. Une fois posée, je m’en remets à la routine : viennoiserie, flat white bu jusqu’à la dernière goutte et lecture. Mon livre est tellement bon que me convaincs de pédaler plus vite pour reprendre ma lecture bientôt.
Motivée, je pédale jusqu’à Moss où j’apprends que le camping où je comptais rester est fermé.
Après avoir évalué toutes mes options dans un restaurant de kebabs, je prends le train vers Oslo, où bientôt je trouverai un petit nid sécuritaire. Je suis déçue de ne pas faire une autre nuit en nature, mais la sécurité passe avant tout.
Je me console en me disant que je pourrai profiter plus longtemps d’Oslo, plutôt que d’avoir à rouler encore le lendemain (avec la pluie en plus qui s’annonce)!
J’arrive à Oslo, coup de soleil aux lèvres, les jambes bien fatiguées, mais le cœur immensément rempli. Prête pour un sauna près de l’opéra, un repas au Babbø Collective et une balade à vélo dans cette ville des plus charmantes demain.
450 km de vélo, 2 trains, 1 traversier! God natt, Scandinavie. Tusen takk!
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