Je ne suis pas encore mère, mais dernièrement, une personne que j’aime beaucoup m’a demandé : « OK, mais, quand vous allez avoir un enfant, qui va être le père? ». Sur le coup, j’ai hésité entre deux réponses.
Option 1 : prendre la personne dans mes bras en lui chuchotant à l’oreille qu’on va travailler ensemble, main dans la main, pour briser le concept d’hétéronormativité.
Option 2 : répondre simplement qu’il n’y aurait pas de père, parce qu’on avait comme projet d’être deux mamans.
Finalement, j’ai mélangé les deux options et j’ai ouvert une bouteille de vin pour qu’on puisse en jaser tranquillement.
Je suis consciente que la plupart du temps, c’est tout simplement de la curiosité mélangée à de la maladresse.
Après tout, j’ai rarement vu quelqu’un poser une question à un parent LGBTQIA+ en commençant par : « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises ».
Je passe le bonjour à tous ceux et celles qui ont compris le référent à Harry Potter. Les autres, faites comme si de rien n’était et continuez de lire.
Donc, si jamais vous avez des familles homoparentales dans votre entourage, ça se peut que dans votre enthousiasme, vous disiez des choses en utilisant les mauvais termes. Ça arrive, on vous aime pareil. OK, parfois on en parle aussi entre nous en riant un peu. J’ai dit un peu.
Alors, pour éviter les petites tensions pendant vos prochaines soirées barbecue, je vous propose mon petit top 5 des choses à ne pas dire aux parents LGBTQIA+.
1. « EST-CE QUE JE PEUX VOIR UNE PHOTO DU DONNEUR? »
En partant, parler du donneur de sperme ou de la donneuse d’ovule, c’est délicat. Je peux comprendre que ça vienne piquer la curiosité parce que c’est vrai que ça peut être intrigant.
Mais est-ce qu’on demanderait à quelqu’un qui s’est fait greffer un organe de voir une photo de son donneur? C’est un peu la même chose. Le donneur ou la donneuse ne fait, en général, pas partie de la famille de l’enfant. Le donneur de sperme n’est pas le père, tout comme la donneuse d’ovule n’est pas la mère et chaque famille n’a pas le même niveau d’aisance avec le sujet.
2. « LA MÈRE DOIT AVOIR DE BEAUX YEUX BLEUS! »
C’est le genre de chose qui peut arriver, même du côté médical. Une maman du groupe Facebook Coalition des familles LGBT+ (un groupe extraordinaire, en passant) m’a confié que la technicienne pour l’échographie leur avait demandé : « il mesure combien, le papa? ». Évidemment, ça devait seulement être par habitude, mais j’avoue que ça vient brasser un peu le moment magique où tu vois les orteils de ton bébé.
Pour être considéré comme étant le parent de l’enfant, il faut avoir un lien de filiation.
Le lien de quoi?
De filiation. C’est le lien de droit qui unit le parent à l’enfant et qui lui permet, entre autres, de porter le nom de famille de son parent. Ce lien n’a pas besoin d’être biologique, c’est simplement un lien légal. Donc, le donneur de sperme n’a aucun lien de filiation avec l’enfant tout comme la femme porteuse.
Oui, j’ai dit femme porteuse au lieu de mère porteuse. Le terme est de plus en plus employé pour éviter de mélanger toute la patente que je viens d’expliquer. En disant femme porteuse, tout est beaucoup plus clair!
3. « ALORS, C’EST QUI LA VRAIE MÈRE ENTRE VOUS DEUX? »
« C’est pas trop dur d’être le 2e père? »
« Mettons toi, es-tu sa mère pareil? »
« Lesquels des enfants sont à toi? » .
Il n’y a pas d’affaires de premier ou de deuxième. La mère qui ne porte pas n’est pas moins maman. Le père qui n’est pas impliqué génétiquement n’est pas moins papa. Personnellement, j’ai des amis qui ont vu plus souvent le livreur Amazon que leur propre père et personne ne remet en doute le lien de parenté.
4. « COMME T’ES PAS ENCEINTE, TU ES LE PAPA. »
Dernièrement, une maman m’a raconté qu’une infirmière du CLSC avait demandé à sa conjointe si elle allait se faire appeler papa.
Du coup, je pensais que c’était une histoire qui datait de l’époque où fumer dans les pouponnières était acceptable, mais non. C’était il y a 4 mois.
Bon, ça se peut de se tromper de prénom. C’est des choses qui arrivent. On se reprend, on passe le Go! et on repart avec le bon terme associé au bon genre. Mais quand le parent s’affiche comme étant une femme ou un homme et que l’on est clairement au courant, faudrait rester cohérent un peu. Encore plus quand on fait partie du personnel médical.
5. « OUF! QUAND ELLE VA ÊTRE MENSTRUÉE, VOUS ALLEZ FAIRE QUOI? »
« OK, mais qui va lui montrer à se raser? »
« La discipline doit pas être évidente sans père! »
« Mais ça va lui prendre une présence féminine/masculine! »
Oui, c’est vrai. C’est essentiel d’être entouré de personnes de tout genre. Mais tant qu’à moi, c’est tout aussi nécessaire d’être entouré de personnes de toute origine. Avoir des parents de même sexe, ça ne vient pas avec le forfait vivre dans une grotte pour les 18 prochaines années de notre vie.
Beaucoup d’enfants vivent dans des familles monoparentales et tout se passe bien pour eux. Il y a la famille élargie, les amis, les voisins, les professeurs, etc.
Si, un jour, mon enfant se demande comment raser sa moustache molle, ça me fera le plus grand des plaisirs de regarder une vidéo YouTube avec lui.
Ça fait 20 ans que je me rase les poils à des endroits pas mal moins évidents qu’en dessous du nez, je devrais bien m’en tirer.
En fin de compte, l’objectif, ce n’est pas de censurer la curiosité des gens. Au contraire! C’est super de démontrer que l’on a envie de comprendre une réalité qui est différente de la nôtre. Par contre, il faut s’assurer de le faire avec sensibilité et sans attribuer moins de valeur aux familles LGBTQIA+.
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