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4 raisons qui incitent à (trop) dépenser en festival
Dans les festivals, je me sens tout riquiqui, comme un animal frêle qui traverse la 20. Ma première (et dernière) présence à Osheaga remonte à 2011. Armée d’une boîte de biscuits Graham que le père de mon amie avait caché dans mon hoodie Gap, j’ai attendu des heures sur une pelouse brunâtre pour voir Arctic Monkeys.
À 32 degrés, les biscuits Graham étaient mous et secs en même temps, preuve que déjà en 2011, on faisait tout pour éviter de payer le prix de la nourriture et des boissons sur place.
Ces prix ne font que grimper, avec des canettes de bière atteignant 15 $ avant taxes à Osheaga. Ces chiffres sont tirés d’anecdotes sur Reddit, parce que sans surprise, le site officiel du festival ne liste pas les prix des consommations.
Si le dépanneur du coin me vendait une canette à 15$ + taxes, je dirais: « QUOI, avez-vous perdu la boule?? ». Pourtant, dans un festival, on accepte tous de payer très cher (sauf le père de mon ami qui a aussi caché une lager dans ma poche de kangourou). Pourquoi?
1. Le monopole temporaire
Qu’est-ce qu’Osheaga, Lolapalooza, Coachella et les autres gros festivals ont en commun, outre la garantie de recevoir un coup de poing dans la binette pendant le set d’un DJ émergent?
Ils ont tous lieu dans un endroit isolé: une île, une forêt, un désert. Une fois qu’on entre sur le site, il n’y a plus aucune concurrence. Si le festivalier ne s’est pas duct-tapé de la bouffe autour du nombril, il est obligé de consommer ce qui se vend sur place.
Les festivals sont bien au courant de ça, et peuvent ainsi vendre leur bière près de 20 $ sans ciller. Oui, les consommateurs vont chiâler que c’est cher, mais vont payer quand même. Sans alternative, on achète la Coors Light un peu chaude à 20 $, vu qu’on est déjà là.
2. Le biais des coûts irrécupérables (sunk-cost fallacy)
Le « vu qu’on est déjà là » me mène à dépoussiérer un concept dont j’ai appris l’existence dans mon cours d’introduction à la psychologie sociale : le biais des coûts irrécupérables.
Ce concept décrit notre tendance à laisser ce qu’on a déjà investi influencer nos décisions présentes. Le prix exorbitant de la passe festivalière, les heures passées à choisir notre outfit, le temps consacré à coller minutieusement des brillants sur nos mamelons (un investissement émotionnel majeur), tout ça nous pousse à continuer à dépenser.
On persiste à acheter encore plus, non pas parce que c’est encore avantageux, mais parce qu’on a déjà trop investi pour faire marche arrière.
C’est aussi pour ça qu’après avoir dépensé 24$ sur mon billet de cinéma, je dois me procurer le popcorn jumbo à 18$ qui m’assèche la gueule. La dépense supplémentaire m’aide à apprécier encore plus la dépense initiale; j’ai atteint le plein potentiel cinéphile.
3. Festival brain
Dans une chronique économique diffusée sur CBC radio, Paul Haavardsrud s’intéresse au phénomène du vacation brain, selon lequel lorsqu’on voyage, notre but est souvent de s’évader, fuir la routine, et oublier les tupperwares pourris dans le frigo.
Cette poésie mène souvent à l’oubli des habitudes en matière de gestion budgétaire, comme moi qui profite pleinement de mon voyage sur la côte d’Azur en prenant 6 Aperol Spritz servis par un Marseillais qui ne comprend pas le concept qu’on ne touche pas les étrangères.
C’est la même chose quand je me retrouve au cœur d’une ambiance festive. Entourée de copines et de musique qui m’empêchent de réfléchir, l’argent devient un concept aussi poreux que ma peau (je fais de l’acné d’adulte). Je m’exclame: « une autre tite frette! » sans gêne. Autour de moi, mes amies m’encouragent de plus belle en faisant la même affaire.
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4. La machine à cash des festivals
Une étude sur la tarification des festivals du Québec met en lumière une tendance marquée à la hausse des prix, avec une augmentation moyenne de 22,2 % par rapport à 2022, ce qui est largement supérieur à l’inflation générale (5,5 %).
Est-ce que je trouve ça déchaîné? Oui. Suis-je surprise? Non. Le modèle d’affaires d’une multinationale cotée en bourse, c’est évidemment de maximiser ses profits. Ce serait comme reprocher à un jeune homme insécure de citer Freud en première date.
Certes, organiser un festival coûte une fortune : cachets d’artistes, sécurité, assurances, scènes, génératrices, personnel, transport, honoraires d’avocats pour répondre aux plaintes de bruit des bourgeois de Saint-Lambert (oui, ils ont un site web).
Les organisateurs ne cherchent pas juste à rembourser les frais qu’ils ont déboursés, ils cherchent à générer des profits. Selon la même étude, la vente de boissons et nourriture représente environ 30% des revenus d’activités d’un festival.
Ce que j’en conclus: tant que les files d’attente devant les kiosques restent aussi longues que celles devant les toilettes chimiques, les promoteurs n’ont aucune raison de revoir leurs tarifs à la baisse. Nous, les piètres roturiers, on va continuer à payer.
Je me demande jusqu’où les festivaliers sont prêts à payer avant de se dire: « Finalement, je vais écouter Chappell Roan chez moi en buvant de l’eau ».
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