Le sentez-vous, le frisson dans votre dos? C’est pas juste le mercure qui lance un défi aux thermomètres.
Donald Trump vient d’entamer son second règne : tout nouveau et 50 % plus fasciste qu’avant!
Parmi les idées sur lesquelles le président semble avoir développé une fixation, il y a sa proposition d’imposer unilatéralement des tarifs douaniers de 25 % à certains de ses partenaires commerciaux… dont le Canada.
Si vous avez lu « tarif douanier » et que vous vous êtes immédiatement mis à penser à autre chose – n’importe quoi d’autre, parce qu’on dirait que ce terme a été conçu en laboratoire pour avoir l’air ennuyant – je ne vous en veux pas.
Moi aussi j’aimerais mieux penser à mon pool de Big Brother Célébrités (pour la postérité, ma prédiction, c’est que Liliane va remporter cette saison) qu’à une guerre de tarifs entre le Canada et les États-Unis. Malheureusement, c’est une situation très réelle qui risque d’avoir des impacts tout aussi réels sur notre portefeuille.
Fait qu’on regarde ça vite fait, OK? (Après, on va pouvoir retourner à Big Brother, promis).
#1. C’est quoi, un tarif?
On va commencer par la base : c’est quoi, un tarif?
En gros, c’est une taxe imposée aux importateurs de certains pays.
Le pourcentage (ou parfois, un montant absolu) de taxation diffère selon le produit et le pays d’origine. Par exemple, s’il y a un traité de libre-échange entre deux pays sur certains produits, ceux-ci ne s’imposeront pas de tarifs douaniers (d’où le terme libre-échange).
À l’inverse, un pays qui produit, par exemple, beaucoup de p’tites saucisses cocktail et qui voudrait protéger son industrie pourrait imposer des tarifs douaniers élevés aux commerçants étrangers qui voudraient venir vendre leurs p’tites saucisses ici.
Mais en quoi ça aiderait les Américains?
L’idée, c’est que les entreprises acceptent rarement de simplement réduire leurs profits, parce que capitalisme, et tout ça.
Généralement, les entreprises vont refiler la facture à leurs consommateurs.
Si soudainement la compagnie de p’tites saucisses étrangère doit payer 25 % de taxes, en plus des frais de transport, ben ses saucisses risquent de coûter plus cher que celles qui viennent du pays lui-même.
En théorie, les consommateurs risqueraient donc d’acheter leurs saucisses localement, parce qu’elles seraient moins chères.
Ça, c’est en théorie.
#2. Est-ce que les tarifs sont une bonne chose?
C’est un peu ce que Donald Trump soutient avec son idée de tarifs ; si les prix des produits venus du Canada sont plus élevés, les Américains vont alors préférer les produits américains, ce qui stimulera l’économie locale, en plus de donner de la job aux travailleurs américains, et d’enrichir les entrepreneurs au pays de l’oncle Sam.
Il veut aussi s’attaquer à une de ses obsessions : le déséquilibre commercial. À l’heure qu’il est, le Canada vend plus de produits aux États-Unis qu’il n’en achète. En novembre, on parlait d’un surplus de 8,2 milliards pour le Canada.
Trump, on le sait, aime gagner, ou du moins, donner l’impression qu’il gagne. Et pour lui, ce déséquilibre, c’est une défaite humiliante. Il espère donc que les tarifs vont rétablir l’équilibre (ou encore mieux, faire pencher le déséquilibre en sa faveur).
Le problème, c’est qu’il y a certains produits que les Américains ne peuvent pas produire à même coût que le Canada, ou du moins, pas rapidement. Si les Américains continuent d’en avoir besoin, ils pourraient se retrouver à payer plus pour le même produit, sans que ça ne change quoi que ce soit à la balance commerciale entre les deux pays.
Aussi, les États-Unis et le Canada sont les deux économies les plus liées au monde.
On est dans une situation absolument unique sur la planète. Si les tarifs de Trump rendent l’économie canadienne trop moribonde, il pourrait à son tour voir les exportations américaines baisser parce que tsé, les Canadiens auront moins d’argent pour acheter des camions Ford ou des cossins sur Amazon.
#3. Le Canada devrait-tu faire pareil?
La tentation est forte, face aux tarifs promis par le nouveau/ex-président, de répliquer par la bouche de nos canons tarifaires en imposant le même genre de tarifs douaniers sur les produits américains. Après tout, s’ils importent plus qu’ils n’exportent, ça sera eux, les perdants, non?
C’est la stratégie sur laquelle semble miser le bientôt ex-premier ministre Justin Trudeau, si on se fie à sa déclaration du 21 janvier dernier.
C’est certainement un levier de négociations, mais les conséquences potentiellement graves des deux côtés des tarifs américains s’appliquent aussi à des tarifs canadiens. Les Canadiens pourraient souffrir de telles mesures, et pas juste parce que le jus d’orange de la Floride sera plus cher.
Il ne faut pas non plus oublier que quand on dit que les économies américaines et canadiennes sont liées, c’est pas juste au niveau des échanges. Beaucoup d’entreprises ont des bureaux et des dirigeants des deux côtés de la frontière. Des compagnies comme GM, qui opèrent à la fois des usines au Canada et aux États-Unis, ne risquent pas d’apprécier d’être attaquées de part et d’autre de Lacolle. D’ailleurs, GM a imploré Trump de changer d’idée, mais avec le PDG de son compétiteur Tesla au lit avec le président, faut pas trop se faire d’espoirs (je pensais jamais prendre le bord de GM un jour).
Ça pourrait aussi virer les chaînes d’approvisionnement complètement à l’envers.
Soudainement, si le pétrole et l’acier canadiens deviennent plus chers, les entreprises américaines voudront-elles continuer à s’approvisionner ici? Vont-elles importer du pétrole russe? Ça leur tente-tu de faire affaire avec les Russes? Et l’acier, on le prend en Australie? OK, mais on le fait venir ici comment? Ça va coûter combien?
À l’inverse, si les voitures fabriquées aux États-Unis explosent en prix, on fait quoi? On ouvre une usine pour les fabriquer ici? OK, mais on fait venir les matériaux comment? On s’approvisionne où?
Vous voyez le casse-tête?
#4. Qu’est-ce qui va coûter plus cher?
Difficile à prédire, mais on va quand même se risquer à quelques prédictions (vous pourrez pas dire qu’on prend pas de risques pour vous, hein!) :
L’épicerie
Vous trouvez que l’épicerie coûte cher? Accrochez-vous, les cocos, parce que les produits alimentaires américains occupent 24 % des parts de marché au pays. Jus d’orange? Américain. Avocats, amandes, pistaches? Américains. Vos céréales pour déjeuner? Américaines.
Si le gouvernement canadien décide de répliquer aux tarifs américains avec ses propres tarifs, le prix de tout ça pourrait augmenter.
Je pense que je vais me partir un potager.
Le whisky
Y a rien de plus américain que le whisky, et les Canadiens en raffolent (on en a importé pour 76 millions en 2023).
C’est d’ailleurs l’un des premiers produits que le gouvernement fédéral souhaiterait cibler en réponse aux tarifs américains.
Bref, si vous ne pouvez pas vivre sans votre Jack Daniels, faites vos réserves.
Les voitures
On en a parlé plus tôt, mais les chaînes d’approvisionnement pour la fabrication de voitures lient le Canada et les États-Unis de très près.
Et tout le monde semble sur le bord de lancer un bâton de dynamite là-dedans.
Si vous vivez en Ontario ou dans une ville où on fabrique des voitures, y a de quoi être nerveux. Il pourrait y avoir des pertes d’emploi.
Mais au-delà de ça, si vous songez à changer d’auto, vous risquez de voir les prix monter, surtout si vous songez à acheter une américaine.
Notre conseil : prenez donc votre passe de transport en commun, et investissez dans une selle de vélo confortable.
L’énergie
L’énergie, c’est le nerf de la guerre ; le Canada a fourni 99 % du gaz naturel, 60 % du pétrole et 85 % de l’électricité importés par les Américains. C’est gigantesque.
En fait, c’est tellement énorme que c’est difficile d’imaginer les conséquences que pourraient avoir les tarifs, même pour les économistes (ce que je ne suis pas).
Toutefois, on comprend mieux pourquoi l’Alberta, dont l’économie repose entièrement sur le pétrole, semble être en mode panique.
#5. Qu’est-ce que Trump espère?
Des fois, il peut être un peu difficile à lire, notre (pas très) cher Trump.
Aux premiers abords, on pourrait croire qu’il espère simplement un meilleur équilibre commercial entre nos deux pays. Ça lui permettrait de pouvoir se vanter d’être un grand homme d’affaires et un fin négociateur, une image qu’il aime cultiver.
Mais curieusement, toutes ses menaces de tarifs semblent souvent associées à des rengaines sur le contrôle de la frontière canado-américaine et à l’entrée d’immigrants illégaux et de fentanyl.
En effet, il a souvent exigé qu’on renforce les frontières. Bon, normalement, c’est aux États-Unis de contrôler qui et quoi entre aux États-Unis, alors je sais pas trop ce qu’il espère de nous, peut-être qu’on donne des formations aux douaniers américains?
Peu importe, il semblerait que le dénouement de toute cette crise devra passer par des concessions au niveau du contrôle des frontières… jusqu’à la prochaine crise qu’il aura inventé.