3,7 KM

La semaine dernière j’étais en tournage pour une émission de tivi avec le Dr. Julien. On a passé deux jours dans Hochelaga pour comprendre comment il réussit avec si peu de moyens à donner un peu d’amour aux enfants de ce quartier perpétuellement en lendemain de veille. Faisait beau mais vraiment chaud, au point où je suais de l’intérieur de mes lunettes Ray Ban et ma chemise Fred Perry avait perdu de son enthousiasme. Le plateau de tournage était rempli de bouffe et j’enlignais des fraises juteuses une à une juste pour passer le temps. J’étais heureux comme un Français au Biodôme.

Entre deux scènes, je me suis planté sur le banc situé en face de la clinique du Dr. Julien où les kids rentraient avec leurs bobos et ressortaient avec un sourire. Pendant que je prenais mes emails sur mon Blackberry, y’a deux adolescentes de 15 et 17 ans qui ont commencé à étaler leur vie sur le parvis de la clinique. La plus âgée était en jogging, les cheveux frisés noirs, l’autre portait une jupe léopard en voie d’extinction. Je les ai écouté en faisant semblant d’updater mon statut Facebook.

Fille 15 ans : Ouain j’suis enceinte de mon premier

Fille 17 ans : Je suis passée par là, fille. J’en ai deux.

Fille 15 ans : C’tu vrai que tu peux pas boire quand t’es enceinte?

Fille 17 ans : Ben non, c’est des niaiseries ça. Moi je buvais des 40 onzes quand j’étais enceinte de mon premier. Jamais eu de problèmes. Regarde comment il est cute mon dernier.

Fille 15 ans : Ah ben ouain.

Fille 17 ans : Faut pas que tu crois tout ce que les médecins te disent.

Une fois par année, souvent autour du temps de Noël on regarde les images de TVA qui proviennent des quartiers défavorisés pis on se dit comment ils font pitié. Ça nous émeut. On donne un peu. On se sent bien. Mais la misère c’est pas une saison, c’est une condition. La pauvreté et sa cousine, la détresse, se tenaient là, en plein dans ma face. La seule chose que j’ai pensé à faire sur le moment c’est de sortir mon Blackberry pour une recherche sur google map. Je me trouvais à exactement 3,7 km de chez nous. Pour voir la vrai diversité de notre monde, pas besoin d’aller ben loin. Le Biodôme pour humains est ouvert même pendant les vacances de la construction.

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