3 choses que vous ne saviez pas sur l’Université de Montréal

Vous voulez savoir ce qui se cache dans la grande tour ?

Alors que les trois autres universités de la métropole ont leurs locaux au centre-ville, l’Université de Montréal est bien cachée sur la ligne bleue. C’est rare qu’on passe par hasard sur son campus, et si une station de métro ne portait pas son nom, je gage que bien des Montréalais auraient de la misère à la situer.

C’est pourtant la plus grande université québécoise et la première université francophone à avoir ouvert ses portes à Montréal (McGill est plus ancienne). Ça vaut donc la peine de savoir quelques trucs sur elle, même si on ne projette pas d’y étudier!

1. La tour est (presque) inaccessible

 J’aime l’Université de Montréal et je trouve que sa tour est incontestablement l’un des landmarks de la ville.

Par contre, soyons francs: sa forme phallique est évidente. Ça fait apparemment des dizaines d’années que les équipes sportives universitaires s’en servent pour se moquer de l’UdeM, et la dernière fois que j’ai feuilleté un journal étudiant à l’UdeM, il y avait une rubrique Les humains du Phallus, calquée sur le style Humans of New York. C’est pas juste moi qui ai les pensées mal tournées!

Qu’y a-t-il dans cette fameuse tour?

L’érection de la tour en 1941

Bon, maintenant que l’on a identifié l’éléphant dans la pièce (et qu’on refuse les jokes faciles de tour d’ivoire), passons à la question intéressante: qu’y a-t-il dans cette fameuse tour, à laquelle les étudiants et l’immense majorité du personnel n’ont pas accès?

Réponse toute simple: des archives. Rangées dans des milliers de boîtes, difficilement consultables (ce n’est pas une bibliothèque), et comptant potentiellement des documents non répertoriés, qui attendent d’être découverts par des chercheurs.

Il y a aussi sur la tour un nid de faucons, qui ont leur propre compte YouTube avec webcam live et compilation des meilleurs moments.

Le faucon Éole rapporte du pigeon montréalais.

Si ces réponses ne vous satisfont pas et que vous voulez avoir vraiment l’impression de visiter la tour, l’homme derrière le blogue Exploration Urbaine a complètement documenté sur son site son exploration complète de la tour (il est même allé sur le toit!), faite à partir de plans d’architecture du bâtiment. Il n’a pas reculé devant les portes barrées, les chantiers d’amiante et les ascenseurs réservés au personnel; son compte-rendu est vraiment drôle, et j’espère pas mal être exactement comme ça à 71 ans.

2. C’est à cause de l’université que le Quartier latin porte son nom

Avant d’habiter à Montréal, je pensais que le «Quartier latin» s’appelait comme ça puisqu’il était proche de la Petite-Italie ou parce qu’il contenait beaucoup de restaurants latino-américains. Je me suis rapidement rendu compte en arrivant ici que ces deux hypothèses étaient ridicules, et j’ai découvert la vérité: le Quartier latin de Montréal, comme celui de Paris, porte ce nom car il s’agit du quartier universitaire (et que l’enseignement dans les universités s’est longtemps fait en latin).

C’est que l’UdeM n’a pas toujours eu ses locaux sur le flanc du mont Royal comme c’est le cas aujourd’hui. En 1878, l’Université Laval a d’abord ouvert trois facultés (théologie, droit et médecine) dans le Vieux-Montréal. Son détachement montréalais grandit, et en 1895, un nouvel immeuble est inauguré sur la rue Saint-Denis, dans ce qui deviendra justement le fameux Quartier latin.

Il faut quand même attendre la fin des années 1910 pour que l’établissement devienne autonome et qu’il prenne le nom d’Université de Montréal.

Rentrée sur la rue Saint-Denis en 1937, alors que les étudiants ressemblaient tous à de petits Sherlock Holmes,
et que la parité ne faisait pas partie des préoccupations du moment

En 1943, l’UdeM déménage à l’emplacement qui est le sien actuellement, mais évidemment, on ne change pas le nom du quartier pour autant. Comme l’UQAM s’y installe en 1970, l’honneur est sauf: on peut continuer d’appeler ça le Quartier latin en paix. Ouf.

3. On y a fait des recherches pour le projet Manhattan

On le sait, les laboratoires et chaires de recherche sont souvent inintéressants pour la plupart des gens extérieurs au domaine concerné. Quand même, c’est difficile de rester insensible devant le fait que pendant la Seconde Guerre mondiale, un laboratoire de recherche installé dans l’Université de Montréal a collaboré au projet Manhattan, ce grand chantier qui sera à l’origine de la première bombe atomique.

Ce laboratoire secret a employé jusqu’à 340 chercheurs de plusieurs pays alliés, et était installé dans l’aile ouest du pavillon principal (celui avec la tour). On a caché à beaucoup d’entre eux le fait que leurs recherches contribuaient au développement d’une arme nucléaire.

La production de la première pile atomique à fonctionner en dehors des États-Unis.

Le labo a connu plusieurs remaniements de personnel et même des déménagements, parce qu’en temps de guerre, c’est facile de devenir suspicieux à propos de qui tu nommes sur ton comité de recherche nucléaire. Mais en gros, il tire son origine du déménagement de l’équipe britannique au Canada, histoire d’être dans un lieu plus sécuritaire et de faciliter la collaboration avec les équipes de recherche américaines.

Si vous voulez savoir ce qu’ils ont développé exactement, on peut lire sur le site de l’UdeM «ces travaux de recherche aboutiront à la production de la première pile atomique à fonctionner en dehors des États-Unis». Cet article du Devoir explique plus en détail ce qui s’y faisait, mais on vous conseille de ne pas cliquer sur le lien avant votre premier café de la journée.

Petites salutations au passage à Pierre Demers, l’un des rares chercheurs canadiens-français à avoir fait partie de l’équipe, qui a découvert «une nouvelle série d’éléments radioactifs du neptunium». Il a aussi vécu jusqu’à 102 ans, et est le fondateur de la Ligue internationale des scientifiques pour l’usage de la langue française.

Ce n’était pas l’homme le plus souriant du comté, mais il était certainement assez brillant et coloré pour compenser.

Pour finir sur une note plus légère, l’UdeM a aussi eu pendant l’hiver dernier l’un des plus longs abris tempo du Québec, alors que 40 abris bout à bout permettaient de gravir la côte menant au pavillon Roger-Gaudry (oui, la tour) pendant que des travaux étaient effectués à la rampe souterraine.

On a beaucoup dit que c’était moche; moi, je trouve que ça reflète bien le côté éclectique de Montréal, et que c’était beau d’une façon étrange la nuit. J’espère presque qu’il reviendra l’an prochain.

En plus, il a un bon orgueil (et un compte Twitter).

Pour lire un autre texte de Camille DP: «3 choses que vous ne saviez pas sur le parc La Fontaine».

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