2012 : un monde de fake

Si j’avais une seule chose à retenir de cette année qui se termine enfin, c’est qu’il n’y a plus rien de vrai.

La télé, les nouvelles, Internet, les potins, les politiciens, la police, Jacques Villeneuve, la vie, on ne peut plus se fier à rien.

Et je ne parle pas seulement de la vidéo virale de l’heure qui a obtenu plus de dix millions de visionnements en moins de 24 h. Vous savez, l’aigle qui kidnappe un bébé.

Combien de gens y ont cru? Combien ont désormais peur de se promener sur le Mont-Royal? Combien ont demandé une intervention publique pour chasser les vilains rapaces qui nichent dans nos parcs et nos campagnes? Et combien vont prendre cette vidéo de potache comme prétexte pour pouvoir se promener avec un fusil en cas d’attaque de volatile ou de délire de plumitif?

Le succès fulgurant et épidémique de cette vidéo drôlement bien réalisée est à l’image de notre époque. On s’enflamme à 20.36 Mbits/secondes (c’est ce qu’indique en tout cas à l’heure actuelle mon compteur de connexion Internet). Nous vivons chaque jour plusieurs épisodes de combustions spontanées. Mais aussitôt brûlé, aussitôt oublié.

On ne sait plus ce qui est vrai ou ce qui est faux. On nous fait croire tout et n’importe quoi. Scotchés à nos écrans comme des mouches à leurs étrons, nous attendons avidement le moindre scoop ou le plus petit potin, prêts à le retweeter sans même en vérifier la véracité sur Hoaxbuster.

La statue de la Liberté a été renversée par l’ouragan Sandy. Facebook va devenir payant. On a trouvé des traces d’une licorne en Corée du Nord. Une riche rombière de Côte d’Ivoire voudrait nous faire hériter de sa fortune. On en a vu et entendu de toutes les couleurs en 2012. Tellement que je ne me souviens même plus du moitié du quart du centième de tous ces moments complètement fake.

Des liasses d’argent dans des chaussettes? Des maisons à 1 $? Du gaz dans les cailloux? La candeur de Denis Coderre? Vrai? Faux?

Et puis il y a des horreurs auxquelles on aurait préféré jamais ne devoir croire. Des crimes qui dépassent l’entendement.

2012, c’est en effet aussi l’année où n’importe quel quidam a pu visionner sur Internet le démembrement et le meurtre de Lin Jun, un étudiant chinois de 33 ans, par un débile qui ne mérite pas qu’on le nomme ici. C’est l’année du massacre de 20 enfants et 7 adultes par un malade mental bien réel qui n’aura pas l’honneur de voir son nom écrit dans Urbania. C’est encore celle de la tuerie de 12 personnes insouciantes qui allaient au cinéma par un criminel qui ne vaut même pas qu’on se souvienne de lui.

Est-ce parce que le vrai est laid qu’on s’emballe pour le faux les yeux fermés?

À la veille de la fin du monde (mais là encore, même si je ne suis pas très familier avec l’humour maya, je me demande si ce n’est pas un canular), je souhaite plus de vérité dans nos vies, plus de sincérité dans nos sentiments, plus d’honnêteté dans nos gestes.

C’est un vœu naïf peut-être. Mais ça, ce n’est pas un vœu fake.

Pour suivre en vrai Pascal sur Twitter @pascalhenrard

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