Urbania - reportageshttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationSat, 25 May 2013 01:44:53 EDT60Spécial Anglos
- Biz de Loco Locass se plonge dans la peau de Lord Durham et revisite son fameux rapport à la sauce 2012
- la confrontation entre Émilie Dubreuil et l’ex-journaliste du Globe and Mail Jan Wong au sujet du « Québec bashing »
- des témoignages d'anglophones ayant choisi de vivre en « région »
- un souper de filles avec quatre perles rares: quatre anglophones séparatistes
- une série de photos de couples de célébrités exogames mettant en vedette Christiane Charrette, Denise Bombardier, Maripier Morin et leur conjoint anglo
- une enquête sur les cours d’anglais gratuits donnés par les mormons.
- une entrevue avec le responsable du doublage du film-culte Slap Shot
- Lateef Martin nous révèle les secrets les mieux gardés des anglos-montréalais.
- une révélation: c'est le joual qu'il faut apprendre aux anglos!

Et beaucoup, beaucoup, more, plus!



Cette édition est disponible sur notre boutique en ligne.

Mais c'est toujours plus simple, si vous vous abonnez!

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Découvrez nos vidéos préférées de Mike Paterson


Regardez les émission de télé auxquelles a participé Julie Blais-Comeau


Téléchargez l'album Les Filles du Roé de Robert Nelson et Kaytradamus


Visionnez encore plus de caricatures d' Aislin


Découvrez le top 5 des meilleures chansons de Jim Corcoran selon Urbania


Rencontrez un maître ès histoire du Canadien de Montréal


Pour rester dans la thématique «ANGLOS», consultez également ces articles:

Les photos d'ambiance du lancement: Partie 1 & Partie 2
Le photomatron du lancement: Partie 1 & Partie 2

C'est pas la première fois qu'on parle des anglos


Témoins de la Loi 101


O Canada. O Fucking Canada


Concours de photos Instagram Montréal Bilingue


La star du vendredi: Simon Roberts

Un serpent au paradis terrestre


La star du vendredi: James Pearson Howes




Avez-vous essayé le Bilingui-Z-ator ?

PS: S'abonner à Urbania ne coûte que 35$ par année!]]>
http://urbania.ca/canaux/reportages/3575/special-anglosSun, 23 Dec 2012 14:52:01 ESTcanadaquebecmontrealbilinguismebilinguelangueFrancofrançaisanglais2013hiver36specialmagazineurbaniareportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/3575/special-anglos
C'est pas la première fois qu'on parle des Anglos...

Sorry, I don't speak French!
Un des articles les plus lus et commentés de l'histoire d'Urbania. Issu du Spécial Montréal (#17).





Josh Freed
Une rencontre avec le populaire chroniqueur de The Gazette. Aussi issue du Spécial Montréal (#17).





Dear Anglo FB Friends
Une réaction controversée à l'attentat sur Pauline Marois le soir des dernières élections.





Quand Montreal a-t-elle perdu son accent?
Une chronique d'humeur sur la situation du français à Montréal.





Parce que c'est en anglais qu'on réussit dans la vie
Un constat sur la prépondérance de l'anglais dans les hautes sphères de la société.





Tirer la langue... et montrer le poing!
Une réaction face à certaines décisions de notre bon vieux gouvernement Harper.





Y veulent pas parler not'langue
Un point de vue sur l'apprentissage (ou non) du français par les anglophones.





Faut qu'on se parle
Un peu la même chose que l'autre juste au-dessus, mais écrit différemment par une personne différente.


Vous aimez ça?
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Le Spécial Anglos d'Urbania sera en kiosque dès le 14 décembre]]>
http://urbania.ca/canaux/reportages/3604/cest-pas-la-premiere-fois-quon-parle-des-anglosThu, 06 Dec 2012 22:41:55 ESTurbaniaurbanglosmagazineenglishanglaisanglophoneanglosangloreportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/3604/cest-pas-la-premiere-fois-quon-parle-des-anglos
Les Frères Goyette - Tabac d'orchestre


Si vous n'êtes pas trop familiers avec Soundcloud, dites-vous que c'est en cliquant sur le mot anglais «Download» (en haut à droite du «joueur») que vous allez atteindre le téléchargement espéré.

Vous pouvez aussi embroder la pièce musicale dans votre propre blogue en appuyant sur le bouton «Share».

Bonne écoute!]]>
http://urbania.ca/canaux/reportages/3411/les-freres-goyette-tabac-dorchestreWed, 26 Sep 2012 14:43:15 EDTorchestretabacdownloadtelechargementmp3chansongoyettefreresreportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/3411/les-freres-goyette-tabac-dorchestre
Spécial À la fermevia anecdotes croustillantes, faits vécus, entrevues et portaits.

Nous nous sommes intéressés davantage aux réalités de ces travailleurs et passionnés, afin de non seulement vous raconter ce qui se passe sur une ferme, mais également vous permettre de le vivre.

Dans cette édition automnale, vous retrouverez:

-une entrevue avec José Bové qui vous démontrera qu'il est possible de conjuger politique et ferme.
-une version moderne de Martine à la ferme, de Simon Boulerice.
-Lisa Leblanc raconte son histoire lorsqu'elle habitait en milieu agricole.
-une entrevue avec Errol Duchaîne permettra de faire le point sur l’état actuel de l’agriculture québécoise.
-plusieurs images et photos des grandes familles agricoles du Québec.

Ce ne sont ici que quelques exemples des textes parfois surprenants, d’autres fois touchants ou encore humoristiques que nous vous proposons.

Cette édition sera disponible en kiosque dès le vendredi 28 septembre (et jusqu'en décembre 2012).

Mais c'est toujours plus simple, si vous vous abonnez!

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En EXCLUSIVITÉ SUR LE WEB, régalez-vous de ces délicieux contenus d'une valeur nutrive incomparable!

-une chanson à télécharger gratuitement (mp3), gracieuseté des Frères Goyette
-Guindon à l'Expo Agricole en VIDÉO (et en super bonus: sa technique victorieuse de descente d'escaliers)
-le podcast du Souper de fermières
-Toutes les photos des travailleurs migrants de «San Remi»
-les coulisses de la séance-photo pour les produits «De chez nous»
-Star du vendredi: Detroit Je t'aime (agriculture urbaine à Detroit)
-Les photos des porcs de Wim Delvoye (tatoueur de cochons)


Pour rester dans la thématique «À LA FERME», consultez également ces articles:

-C'est pas la première fois qu'on parle de fermes...
-un hommage au plus beau métier du monde signé Pascal Henrard
-le récit d'anticipation « Si Montréal était une ferme »
-Les photos d'ambiance du lancement: Partie 1, Partie 2, Partie 3
-Le photomatron du lancement Partie 1, Partie 2, Partie 3
-Le texte de Robin Aubert, «Frida»


Et revisitez cette superbe mise en bouche signée Byebye Bambi!

La basse-cour d'Urbania

La poule
Le bouc
Le cochon
La lapine
L'âne

Découvrez le making-of de ces capsules.

WOW-LOL.

PS: S'abonner à Urbania ne coûte que 30$ par année!

BONUS:

Découvrez ce que Lisa LeBlanc pense d'URBANIA:



Et en guise de complément d'information, découvrez Le plancher des vaches sur le site de Radio-Canada Rive-Sud.





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http://urbania.ca/canaux/reportages/3403/special-a-la-fermeTue, 25 Sep 2012 10:19:51 EDTurbaniaterroiragriculturemagazinespecialfermea la fermereportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/3403/special-a-la-ferme
C'est pas la première fois qu'on parle de fermes...









Robert L. Evans est maire de Farmville
Une entrevue avec le maire de la vraie ville de Farmville. Pas du jeu sur Facebook.













Denis Lévesque, fondateur d'une ferme communautaire
Une entevue avec le Père Noël du Bio!













Agriculteur universitaire
Une entrevue avec le groupe P.A.U.S.E., responsable du premier jardin universitaire au Québec.













Gardien des poules de Rosemont
Une entrevue avec le gardien du seul poulailler de la ville de Montréal













Dresseur de chevaux
Une entrevue avec un passionné de courses de chevaux














La bataille d'Eccles Hill
Un petit topo vidéo sur un fait méconnu de notre histoire.













La ville de la semaine: Saint-Hyacinthe
Selon nous, St-Hyacinthe est la métropole agricole du monde. Rien de moins.













La ville de la semaine: Saint-Valérien
Et St-Valérien est son adjointe.













Marché Maisonneuve
L'épisode la série Montréal en 12 lieux sur le célèbre marché montréalais.













Le moment LOL hebdomadaire
C'est pas tout le monde qui est habitué aux animaux de la ferme.

Ça vous plaît?
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http://urbania.ca/canaux/reportages/3398/cest-pas-la-premiere-fois-quon-parle-de-fermesFri, 21 Sep 2012 15:40:07 EDTélevagefermieragriculteuragriculturefermereportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/3398/cest-pas-la-premiere-fois-quon-parle-de-fermes
Élections 2012
6 septembre





Incitation à la violence
par @PascalHenrard






5 septembre






Les petits pas par @andredesorel






4 septembre






Voter pour les nuls
par @JudithLussier






31 août




Urbania supporte officiellement le vote intuitif par @_URBANIA






31 août





Mémo avant le sprint électoral final: vote avec ta tête, pour l'amour! par @aurelolancti





30 août






Mardi soir, on fait la fête par @JoleneRuest






30 août






Aux 18% d'indécis
par @PascalHenrard






29 août






Y a-t-il quelqu'un au bout du fil...électrique? par @justiciersurb






29 août






Alzheimer électoral par @andredesorel







28 août






En tournée avec Léo (et Gilles Proulx) par @JudithLussier






27 août





Voter stratégique par @votestrategique






24 août




Le dilemme de Gouin, suite et fin : Une promenade avec Nicolas Girard par @aurelolancti







23 août




Pourquoi pas François Legault? par @PascalHenrard








22 août





Charlie Aussant par @andredesorel







21 août





Le projet fou de la gauche par @JudithLussier







20 août






Voter? Par





17 août





Une balade dans Gouin avec Françoise David
par @aurelolancti





16 août





Indépendant pour l'indépendance
par @JudithLussier






16 août





La campagne n'aime pas la ville par @PascalHenrard






15 août





Faut qu'on se parle par @justiciersurb






15 août





François et Sylvain par @andredesorel






14 août





Le thé Salada est bon et Jean Charest est parfait par @JudithLussier





9 août






Cousin, scrutin et cie par @caththerrien






9 août






Moustache, bourrelets et idéaux par @PascalHenrard






8 août






Batman, ministre de la métropole par @justiciersurb






8 août





Comme la plus belle fille du bar...
par @andredesorel






7 août






Manon Massé: par-delà la moustache par @JudithLussier






6 août






Deux poids, deux mesures par @etiennecp






2 août






Devoirs de campagne par @caththerrien






2 août






Élections: merci Jean par @PascalHenrard






31 juillet






C'est parti! par @andredesorel






31 juillet






Lettre à ma mère fédéraliste par @JudithLussier






24 juillet





Les dépenses électorales par @JudithLussier






16 juillet






Blâmer la victime en 140 caractères par @etiennecp






13 juillet






Crisser le feu dans Twitter... et ce qu'il nous reste de crédibilité par @aurelolancti





12 juillet






Les voisins par @caththerrien






11 juillet






Le 4 septembre. Ou pas par @PascalHenrard






27 juin






Lettre («d'amour») pour Jean Charest par @andredesorel]]>
http://urbania.ca/canaux/reportages/3299/elections-2012Tue, 07 Aug 2012 14:41:15 EDTreportagesectionsCoalition avenir quebecPVONQSPLQPQclaude sabourinparti vertjean-martin aussantoption nationaleFrançoise DavidAmir Khadirquébec solidairefrançois legaultcaqPauline MaroisParti Québecoisparti libéralCharestprovincialquebecélections 2012électionselectionreportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/3299/elections-2012
Spécial Parisiens
Dans ce numéro, Urbania contourne les clichés parisiens pour raconter l’histoire de ce qui se cache derrière les beaux monuments et lieux mythiques de Paris à travers des rencontres exclusives. 

Vous y retrouvez:

- Cœur de Pirate qui ouvre les portes de sa chambre de l’Hôtel Amour
- les Cataflics qui font une visite assez surprenante des catacombes
- Charlotte Le Bon (ex miss météo de Canal +) qui nous transporte à travers la ville sur son scooter

Et ce n’est là qu’un petit aperçu de la panoplie d’histoires, toutes plus loufoques les unes que les autres, que l’équipe d’Urbania a dénichées pour réaliser ce numéro audacieux.

Cette édition sera disponible en kiosque dès vendredi le 22 juin à Montréal (et jusqu'en septembre 2012).
Pour ce qui est de la distribution à Paris, vous trouverez la liste de tous les points de vente ici:

http://urbania.ca/blog/3242/points-de-vente-a-paris-du-special-parisiens

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En exclusivité sur le web, ne manquez pas ces succulents articles que nous publierons peu à peu au cours de l'été:

-Une entrevue avec un sapeur pompier (29 juin)
-Un reportage sur le marché de St-Ouen, ainsi qu'un photoreportage dans ses allées (11 juillet)
-Une entrevue de Rad Hourani (18 juillet)
-Une soirée chez Jim Haynes, l'homme le plus coloré de Paris (25 juillet)


et évidemment, les aventures de Guindon en vidéo:

#1 - Les personnages
#2 - Les bateaux
#3 - Escapade au Parc des Princes
#4 - Balade en métro
#5 - Le vélib'

et une capsule Vox Pop: Le Québec vu par les Français


Une image vaut mille mots:


LOL.]]>
http://urbania.ca/canaux/reportages/3177/special-parisiensThu, 21 Jun 2012 10:39:12 EDTreportagefrancespecial parisiensparisienspecialparishttp://urbania.ca/canaux/reportages/3177/special-parisiens
La petite histoire du dentierLes Égyptiens conçoivent des prothèses dentaires en bois de sycomore et en ivoire, qui sont fixées aux gencives par des crochets en or. C’est sûrement ce fait historique qui a inspiré les ornements buccaux bling-bling de Lil Wayne.

990
Le métier de dentiste n’existe pas encore. N’importe qui peut jouer dans la bouche des gens qui ont les dents détériorées par la malnutrition et la maladie – le curé, le barbier ou l’amie de la famille qui a un certain talent pour le macramé. À l’époque, les techniques utilisées sont plutôt barbares : décapitation de la dent par bris de la couronne ou ablation de la dent tout court. Heureusement qu’en Espagne, le chirurgien arabe Abulcasis, est là pour remplacer les dents manquantes par des os de bœuf taillés. L’inconvénient majeur pour les gens ayant subi ce genre d’opération est qu’ils se font régulièrement poursuivre par des troupeaux de vaches en rut qui essaient de les frencher. Certains résistent, d’autres succombent.

1560
Durant la Renaissance, on fabrique les premiers dentiers complets avec des dents humaines recueillies sur les cadavres gisant dans les champs de bataille. Les fermentations bactériennes qui se développent dans la bouche des patients engendrent une haleine de chacal décomposé, régurgité, puis trempé dans un bouillon putride de flétans et d’excréments liquides. Une modification de matériau dentaire s’impose.

1749
Jusqu'à la moitié du 18e siècle, les prothèses dentaires se portent dans un but uniquement esthétique et ne sont pas utilisées lors des repas, compte tenu du fait qu’on ne peut être assuré qu’elles resteront dans la cavité buccale lorsque viendra le temps de mâcher son ragoût de boulettes. Quoi de plus gênant que de retirer de sa bouche une fourchette sur laquelle est piquée une boulette, elle-même piquée à un dentier et ce, devant un auditoire ahuri qui reluque notre gueule transformée en une crevasse aux contours fripés et flasques? Rien.
 
1750
L’apothicaire français Alexis Duchâteau de Saint-Germain-en-Laye invente les premiers dentiers de porcelaine. Il découvre que ce matériau — à l’inverse de l’ivoire, qui finit par brunir —, reste plus blanc plus longtemps. Contrairement à la marque populaire.

1807
Maggiolo, chirurgien-dentiste français, est le premier prothésiste à fabriquer un dentier que les patients peuvent enlever et remettre à leur guise. Juste après cette invention, on a commencé à soigner des enfants qui, après avoir vu les dents de mémé sur le bord de l’évier, ont souffert d’un grave choc post-traumatique. C’est aussi durant cette période que sont nées les blagues de grand-maman qui enlève son dentier pour « taquiner » grand-papa... ou un jeune homme aux fantasmes discutables.

1818
Les dentiers tiennent maintenant grâce à des fils fixés dans les gencives. On disait de ces prothèses qu’elles étaient fragiles, mais surtout bruyantes. (On a demandé à Hi ! Ha ! Tremblay de nous parler des différents sons que peuvent générer les dentiers. La réponse bientôt sur www.urbania.ca)

1889
Probablement après avoir lu une BD de Spiderman ou débouché des toilettes, la maison française Contenau & Godart Fils conçoit une prothèse dentaire maintenue dans la bouche par un effet de succion, utilisant l’adhérence du caoutchouc mêlé aux muqueuses pour s’accrocher au palais de tonton. Hmm… Imaginer pépé retirer ce type de dentier engendre en l’esprit une onomatopée charmante.

20e siècle
À partir de 1910, les techniques de fabrication et la qualité des matériaux des prothèses dentaires progressent de façon fulgurante. On commence notamment à concevoir des dentiers en résines acryliques, en acier inoxydable, en vinyle, en Vitallium, en aluminium manganèse et en verre. Enfin, les vieux peuvent mordre à pleines dents dans des centaines de pommes d’amour et faire de beaux sourires à la Sébastien Benoit.]]>
http://urbania.ca/canaux/reportages/1863/la-petite-histoire-du-dentierThu, 06 Jan 2011 11:01:46 ESTdentierhttp://urbania.ca/canaux/reportages/1863/la-petite-histoire-du-dentier
Un tchador en peau de castor
Ceux-ci sont très fréquentés par des maghrébins à la pêche aux occidentales.  Prisonniers du chômage et d'une situation sans issue, ces derniers cherchent sur la toile la bonne pâte qui les tirera de leur marasme, en acceptant de les épouser et les parrainer.

Ces Marocains, pour la plupart, sont romantiques, charmeurs, convaincants et insistants. pas étonnant que les femmes autochtones, peu habituées à se faire chanter la pomme avec autant de verve, s'énamourent.
Ainsi, dans un bon nombre de réserves francophones du Québec, on trouve des femmes qui vivent, ont vécu ou sont en relation épistolaire avec des Marocains. Certaines se sont même converties à l’islam.

C’est une de mes amies autochtones, vivant dans la réserve du Plateau Mont-Royal, qui a été la première à me parler de ces histoires, qui la faisaient rigoler. Avec ses copines demeurées sur la Côte-Nord, elle échangeait des potins du genre: « Savais-tu qu’une telle est allée au Maroc rencontrer son fiancé? » Nous étions en plein cœur de la « crise » sur les accommodements raisonnables et j’ai décidé d’emblée qu’il me fallait faire un reportage sur cette immigration en région plus qu’éloignée.

Avant de réaliser ce reportage, je croyais connaître le Québec. J’avais fait la Côte-Nord, l’Abitibi, la Gaspésie, l’Estrie, la Mauricie… Mais quand je suis arrivée au bout d’un pont de bois suspendu, à une centaine de pieds au-dessus de la tumultueuse rivière Saint-Maurice, dans un désert d’épinettes noires, je me suis rendu compte que j’ignorais tout des réserves autochtones, de la misère noire des Montagnais, des Algonquins ou des Attikameks. Quand on pénètre dans une réserve, on pénètre dans un monde à la fois onirique et trash. C’est un choc. Un vrai. Celui qui pogne dans le ventre, celui qui transporte dans sa tête, dans son histoire, dans les tripes de notre inconscient collectif de coureurs des bois.

Quand je suis arrivée à Wemotaci, il était à peine midi. Quelques gaillards, avec casquettes et chemises de chasse, titubaient autour de leurs gros pick-ups et des femmes buvaient au goulot des bouteilles de rouge dans des sacs de papier brun. J’ai fait le tour de la réserve, de ses rues de poussière, où jappaient des hordes de chiens errants.
Partout, des gamins conduisaient des quatre roues. En face de l’auberge en fausses brique, se trouvait la station de train, un lien avec le monde. Un tas de pierres jonchait un abri de béton défoncé et bariolé de graffitis avec une affiche marquée d’une seule lettre: « W » pour Wemotaci. Un arrêt au milieu de nulle part dans le territoire immense de cette nation qui est demeurée nomade, jusque dans les années ’60.

Sur la galerie de l’auberge, un indien paraplégique et tatoué mangeait une poutine. À l’intérieur, la gérante, une femme dans la cinquantaine, la croix dans le cou, les yeux bleus, d’une bonté toute chrétienne, m’a expliqué que les Indiens étaient « ben fins, mais pas ben vaillants ». Elle a souri avec indulgence. Je lui ai coupé la parole pour lui parler du sujet qui m’amenait là: les Marocains. Elle en avait entendu parler. Du doigt, elle m’a montré une Indienne attablée dans la salle à manger: « Elle, elle pourrait t’en dire plus », me dit-elle.
Elle, c’est une représentante de l’Association des femmes attikameks. Ça faisait des semaines que j’essayais de lui parler, mais elle ne retournait pas mes appels. Je me suis approchée, puis présentée. J’ai été reçue avec une brique et un fanal: « Je ne vous ai pas rappelée parce que je sais que vous allez encore parler en mal des femmes autochtones. Je ne fais pas confiance aux journalistes blancs. De toute façon, qu’est-ce que ça peut vous faire que nos filles se marient avec des Marocains et qu’elles se convertissent à l’Islam? » Ce qui m’a frappé dans son discours n’était pas son hostilité ouverte, mais l’accent avec lequel elle s’exprimait. Elle traînait sur les voyelles, lancinait sur les consonnes, roulait chaque mot doucement dans sa bouche.

Deux désespoirs qui se rencontrent
Assise sur la terrasse de l’auberge, j’ai observé les allées et venues des pick-up. Dans la nuit odorante de la forêt boréale, les Indiens venaient acheter de la bière. J’attendais Suzanne Chilton et son mari Azziz.

Suzanne est la première femme amérindienne à avoir accepté de me raconter son histoire. Pourtant, j’ai téléphoné dans toutes les communautés, j’ai parlé avec des dizaines de personnes, mais en vain. Le sujet est délicat, tabou même. Surtout depuis la crise d’Oka. Les journalistes blancs n’ont pas bonne presse dans les communautés. Or, Suzanne s’assume. C’est une femme libérée et ouverte. Policière sur la réserve, elle et ses amours sont connues de tous. Elle m’a invitée spontanément à venir la rencontrer à Ouémon.

Le couple improbable est arrivé à notre rendez-vous. C’est une femme joufflue, rieuse, volontaire. Elle m’a dit qu’elle allait régulièrement à la chasse au castor et à l’orignal avec sa famille et ne s’offusquait pas de la présence insistante des maringouins.
Lui était maigre. Il venait de là où poussent les nectarines et coule le thé à la menthe. Il m’a avoué qu’il avait froid dans son petit manteau de nylon et s’étonnait encore du Canada qu’il avait gagné à la loterie. Que son beau-frère voulait l’amener faire du canot sur la rivière, mais qu’il avait peur des rapides. Que les jeunes de la communauté se suicidaient et qu’il ne comprenait pas pourquoi. Qu’il ne buvait pas et qu’il devait être un des seuls ici. Et qu’il mangeait hallal.

Suzanne et Azziz m’ont raconté leur histoire candidement. Il m’a expliqué qu’il avait simplement décidé d’envoyer une bouteille à la mer. « Mon seul espoir, c’était de trouver une femme à l’étranger pour me sortir de là », m’a-t-il dit simplement. Suzanne était inscrite sur un site et il est tombé sur elle. Elle, elle est tombée dans le panneau. Alcoolique et suicidaire, elle était aussi désespérée que lui.

Au bout d’un échange épistolaire soutenu, elle s’est rendue au Maroc passer quelque temps avec lui. Ils se sont mariés, il y a deux ans. Aujourd’hui, ils ont un enfant, une fille magnifique. Elle s’est convertie à l’islam et a cessé de boire.

En regardant Azziz, je ne pouvais faire autrement que de penser au dicton: « Tel est pris qui croyait prendre. » Tous ces efforts, tous ces rêves d’Amérique pour se retrouver dans un autre tiers-monde, car il s’agit bien de cela. La couleur de la misère y est ici différente, mais aussi vive et tenace. Une réalité relayée par les médias quand elle vire au tragique, mais ignorée au quotidien. Combien de Blancs ont déjà franchi le pont de Wemotaci et celui des préjugés sur les Indiens? Peut-être plus de Marocains que de purs laine.

Avant de quitter la réserve, j’ai rencontré Marcia, une des voisines de Suzanne, qui en est à sa deuxième histoire d’amour avec un Marocain. Pendant sa première idylle, elle aussi s’est convertie à l’islam. Aujourd’hui, dans son petit logement en plein cœur du village, elle s’installe plusieurs fois par jour pour faire sa prière. Elle se branche d’abord sur un site musulman où on entend en direct un imam chanter et puis s’agenouille sur un tapis orienté vers La Mecque. En plus d’avoir cessé de boire et de ne plus vouloir mettre fin à ses jours, Marcia porte aussi le foulard islamique. « Ça protège des mouches noires », me dit-elle.

* * *

Je garde un souvenir impérissable de cette image: l’image d’un Québec qui a définitivement tourné une page de son histoire, même dans le bois, même chez ces autochtones que l’on ne connaît pas.

À quand un tchador en peau de castor?
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http://urbania.ca/canaux/reportages/875/un-tchador-en-peau-de-castorThu, 19 Nov 2009 17:55:23 ESTwemotacimarocainquebecreservetchadorreportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/875/un-tchador-en-peau-de-castor
Une nuit avec Capone
À la suite d’une entrevue avec une travailleuse de rue du Centre-Sud, j’ai décidé de passer une nuit dans Ville-Marie avec un gars de la rue : Capone, l’un des itinérants les plus célèbres de Montréal et les plus respectés du milieu, un leader, un vieux de la vieille qui consomme encore, mais qui sait à quel moment s’arrêter. Avec lui, je savais que j’aurais accès aux endroits de la ville où la madame de la rue Panet n’a jamais mis pied et surtout, je savais que je serais en sécurité. Un peu comme la fille qui sort avec le boss de la gang au primaire. Le 31 août, le jour du chèque, je l’ai contacté pour lui demander de passer la nuit en sa compagnie. Il a accepté de me rencontrer le soir même, au coin des rues Sainte-Catherine et Berri.

31 AOÛT / 20 H 30, AVENUE LOUIS-HÉBERT / 

La météo annonce de la pluie. Après maintes hésitations, je décide d’enfiler mon manteau et ma casquette noire. Je garde mes souliers en vernis rouge par simple coquetterie. Avant de partir, j’appelle mon ami David pour lui demander de laisser son cellulaire ouvert. Réflexe de fille de la Rive-Sud. 

21 H, RUE SAINTE-CATHERINE / 

Devant le Archambault Berri, j’attends Capone, qui surgit finalement de nulle part. Il est vêtu d’un chandail à capuchon blanc Ogunquit, d’un pantalon d’armée, et ses longs cheveux bruns sont coiffés d’un béret basque. L’homme qui se tient devant moi n’a rien du sans-abri cliché avec des vêtements troués et des dents jaunes. Bien au contraire. Il a l’air d’un bum, voilà tout. En le regardant, je me demande une fois de plus dans quoi je me suis embarquée. 

Je lui propose d’aller prendre un café, histoire d’apprivoiser le personnage et surtout pour m’assurer que je suis bel et bien en sécurité, seule, avec cet homme aux mains serties de bagues en argent et enrobées de gants de cuir. 

21 H 15, RUE SAINT-DENIS / 

Sur la terrasse du Second Cup Saint-Denis, Capone me raconte son histoire. Né sur la Rive-Sud, il a connu une enfance heureuse : famille de classe moyenne, parents aimants, travaillants. S’il s’est retrouvé sans logis, c’est à cause d’une histoire avec la police qui a tourné au vinaigre. Recherché, il a choisi de refaire sa vie dehors et d’emprunter l’identité du célèbre mafieux pour ne pas se faire retracer. Voilà douze ans qu’il est sans domicile fixe, douze ans qu’il vit dans des squats dissimulés partout sur l’Île et qu’il passe ses nuits emmitouflé dans son manteau en carbone, plutôt qu’à la Mission Old Brewery. Pour lui, la rue, c’est un mode de vie qu’il prend au sérieux. Même s’il consomme toujours de la drogue, il oeuvre à titre de « pair aidant » auprès des autres itinérants et toxicomanes. Il leur fournit des seringues, il les conseille, les guide, écoute leur souffrance. Sa façon à lui d’oublier la sienne.

Une fois mon café terminé, je suis prête à partir. Étonnamment, naïvement peut-être, Capone m’inspire confiance. « Avant de partir, faut que j’aille acheter des cigarettes, dit-il. Je connais un Indien qui m’en vend 200 pour 5 $ pas loin de la Place Dupuis… » 

23 H, RUE SAINT-HUBERT / 

Premier arrêt, Capone m’entraîne dans un stationnement de la rue Saint- Hubert. « Ici, c’est l’un des gros points de vente de drogue du Quartier Latin », dit-il. Derrière des conteneurs, une quinzaine d’hommes discutent, vont et viennent, s’échangent des smokes, se passent de la dope. Un vrai tourbillon. Capone parle à tout le monde et moi, je reste bien collée à ses côtés. Je les regarde délirer, en leur renvoyant des sourires forcés. 

—Toi, t’es une bourgeoise ? me lance soudainement Capone. 
—Euh… non… Ben, ça dépend… 

Je regarde mes souliers en vernis rouge. La fille du 450 est démasquée.

MINUIT, RUE ONTARIO / 

Capone et moi remontons la petite rue Champlain. Il fait sombre. Arrivés coin Ontario, je m’arrête devant le CitiBar : un bar qui a l’air clean vu de l’extérieur, mais où traînent toujours une trâlée de transexuels. Capone accepte de m’y accompagner. 

Je passe la porte et balaie le bar du regard. L’endroit est plein à craquer. Prostitués transexuels et clients de tous les genres jouent au billard, boivent de la bière, se draguent. Je suis la seule fille, fille. Puis, mes yeux se fixent sur le stage : en avant de moi, un homme déguisé en femme, coiffé d’une ridicule perruque blonde et vêtu d’une paire de jeans très serrée fait du lipsync sur une musique d’Annie Villeneuve. La scène est surréelle. Incapable de contenir mon malaise, j’éclate de rire et demande à Capone de sortir. 

Une fois à l’extérieur, nous marchons quelques pas avant de nous immobiliser coin Ontario et Papineau. Capone me parle de l’ancienne piquerie qu’il y avait autrefois en haut du Pub Jacques- Cartier. 

—L’auberge Jolicoeur, c’t’ait la pire piaule qu’y’avait pas. Les filles allaient là avec leurs clients. Les gens se piquaient dans les chambres… Pis le proprio de l’hôtel était trop con pour mettre des bacs pour les seringues, fait que y en avait toujours plein dans les conteneurs dans la ruelle en arrière. Le monde allait fouiller dans les vidanges pour les prendre, pis y se faisait des wash avec. 

—Des wash ? 
—C’est quand tu vides plein de seringues, pis que tu récupères toute le liquide pour te l’injecter. 

Je ravale ma salive silencieusement.

—Mais tu l’sais qu’Ontario c’est la rue de la prostitution ? 
—C’pas Sainte-Catherine ? 
—Ben c’est différent. Les filles chargent pas 150$ comme sur Sainte-Cath. Elles ont pas de pimp non plus. Ici, elles font ça pour moins cher, genre 10-20 piasses. Pis elles sont à leur compte. 
—Elles sont où, là, j’les vois pas ? 
—On est le premier du mois. Elles ont pas besoin d’argent. Elles sont dans les crackhouse en train de consommer leur chèque. 
—Ils sont où, les crackhouse ? 
—Ben, y en a beaucoup dans Hochelaga, sur Sainte-Catherine, sur Lafontaine. Beaucoup aussi dans le Quartier latin et dans Montréal-Nord. Avant, y en avait plein sur les avenues à Verdun, mais la police est rentrée là-dedans. Depuis, ça se passe au métro Charlevoix, dans Pointe-Saint- Charles. Faut dire qu’les crackhouse, ça a beaucoup changé dans les dernières années… Avant, c’était le milieu [nldr : le crime organisé] qui gérait ça. Ils louaient un appartement et les gens s’y rendaient pour consommer. Aujourd’hui, les dealers prennent possession d’un lieu désaffecté, souvent insalubre, pis ils l’occupent. Les clients s’y rendent pour consommer du crack et certaines filles amènent leurs clients, jusqu’à ce que les voisins s’en rendent compte pis qu’ils appellent la police. Généralement, ça dure un mois. Ensuite, ils changent de place. 

À ce moment précis, je ferais tout pour que Capone me fasse visiter l’une de ces crackhouse. Pour voir des gens paranoïer parce qu’ils sont trop high et devenir complètement fous parce qu’ils sont trop low. Je veux voir des seringues, du sang, des wash, du crack. Découvrir son monde qui est à des années-lumière du mien. 

—Crois-tu que tu pourrais m’y emmener ?

00 H 30, RUE DUFRESNE / 

Mon guide m’entraîne sur Dufresne, située juste derrière la prison Parthenais. Capone s’immobilise devant un duplex. « Avant, j’avais un crackhouse au deuxième », explique-t-il. « Y avait une file d’attente presque aussi longue que la rue pour entrer ! » Aujourd’hui, impossible de se douter de quoi que ce soit : le crackhouse est devenu un appart tout ce qu’il y a plus de normal. Meublé Ikea. Sa phrase à peine terminée, il se retourne pour sonner à la porte derrière lui. « Ça te dérange-tu, on va arrêter chercher des cigarettes chez mon ami ? » Je n’ai pas le temps de répondre que la porte s’ouvre déjà. 

Un homme d’une cinquantaine d’années apparaît. 

—Salut Capone. 
—Est-ce que Dédé est là ? 
—Entre. 

Un épais nuage de fumée s’échappe de l’appartement meublé de bibelots de chats, de statues de la Sainte-Vierge et d’un immense écran géant branché sur Musimax. Trois gars sont assis autour de la table en mélamine noire couverte de bouteilles de Boréale, de pailles, de cigarettes et de cendriers. Le premier, c’est Dédé. Un grand maigre, souriant. À côté de lui, en chemise blanche avec des bretelles, c’est Gérard. Il a l’air si âgé qu’il pourrait être mon grand-père. Et finalement, à l’autre bout de la table, Marc, le plus jeune des trois, qui porte un chandail psychédélique de Yes. 

—A’ veut de la neige ? demande Dédé. 
—Non, c’t’une journaliste. Elle fait un article sur la rue. 
—Ah bon. Assis-toi. Veux-tu quelque chose à boire ?

Verre de Coke à la main, je m’assois sur la chaise berçante en cuir, en me disant que ma mère ferait sûrement une syncope si elle me voyait dans cet appart’ de Centre-Sud. Je suis à peine installée que Dédé, complètement gelé, déballe son sac. 

—T’sais la rue, c’est pas plus beau, pas plus laid. C’est juste différent. Moi avant j’avais toute. Une maison, un chalet, des enfants, une femme. Toute. Pis j’ai toute quitté. Il fallait que je l’essaie. J’suis resté là un maudit boutte, pis j’ai aimé ça.

On est comme une grande famille dans la rue. Là aujourd’hui, j’t’en appartement pis je pense rien qu’à une chose : y retourner. 

—Étais-tu heureux dans la rue ? 
—Oui. 
—Plus que maintenant dans ton appartement ? 
—Oui. J’ai peine à croire ce qu’il me raconte. Mais je le crois sur parole. Dédé est trop vieux, trop expérimenté pour jouer une game. Il poursuit : 
—T’sais l’hiver, quand tu te r’trouves dans un champ, tu’ seul, pis qu’y fait moins vingt, tu penses à toi, à ta vie. La rue, c’est le meilleur endroit pour faire le point. J’étais bien, pis je manquais jamais de rien, surtout pas à manger.

Ceux qui mangent pas, c’est parce qu’ils sont trop paresseux pour se lever le cul pour aller en chercher. Y a 116 organismes qui donnent de la bouffe à Montréal ! Moi, j’tais même plus gros quand j’étais dans la rue… 

Impossible d’interrompre Dédé. Pendant une heure, il enchaîne les histoires, comme les cigarettes. Il parle de Céline Dion qu’il aime tant. De Nancy, une prostituée qui a reçu de la coke de sa mère pour ses 13 ans. Elle en a aujourd’hui 26, elle souffre de troubles bipolaires et vient de tomber enceinte de Michel, un transexuel. Je l’écoute et renvoie la balle, tout en retenant mes haussements de sourcils et mes cris d’étonnement… Soudain, Dédé arrête de parler pour appeler son pusher. Dix minutes plus tard, il tient entre ses mains un minuscule tube de verre. 

—S’cuse-moi de faire ça devant toi ma chérie, mais t’es chez nous. 
—Non, non. Ça va. Je lui réponds que ça va, mais ça ne va pas du tout.

J’ai les mains moites, le coeur qui bat comme lorsque j’étais petite et que j’attendais en ligne pour faire le Boomerang à la Ronde. Stay cool. La tête dans un nuage de fumée, Dédé place la fiole au-dessus de sa bouche. Je détourne les yeux vers la télé qui diffuse un vidéoclip de Marie-Mai, mais c’est plus fort que moi : il faut que je regarde. Puis il incline légèrement la tête, inhale, expire. Rien de trop traumatisant. 

Quelques secondes plus tard, Capone se lève pour aller aux toilettes. J’attends. Dix, quinze, vingt minutes... Puis, il revient. Incroyablement calme. Alors qu’il était si verbeux depuis le début de la soirée, voilà qu’il se referme comme une huître et qu’il arrête de parler. Je sais par son attitude qu’il a consommé. Mais quoi? Plus tard, lorsque je lui demande ce qu’ils ont pris, Capone m’avoue que c’était du crack. 

Il est trois heures du matin. Je propose à Capone d’y aller. En sortant de l’appartement, Dédé nous suit, fait un court arrêt au parc Coupal et revient. « Je viens de voir la petite Marie dans le parc », dit-il. « Quand je suis arrivé, elle chialait qu’elle n’avait pas eu de client. J’lui ai donné une cigarette, pis une auto est arrivée pour l’embarquer. J’crois ben que j’lui ai porté chance ! » Porté chance. 

3 H, RUE SAINTE-CATHERINE EST / 

—Bon, tu veux voir c’est quoi un crackhouse ? 
—Oui. 

Capone m’amène de l’autre côté du pont : dans Hochelaga, là où ça brasse pour vrai. Nous marchons sur la rue Sainte-Catherine et il s’arrête devant un appartement complètement délabré qui donne sur la rue. « Ici », dit-il.

Nous ouvrons la porte du bloc qui est débarrée. À l’intérieur, une série de portes, dont l’une où il est inscrit « Albert » à la mine. Plus loin, on entend du bruit, et de la fumée s’échappe de sous la porte. « C’est là », dit Capone. Mon pouls s’accélère. Il me regarde, hésitant… 

Puis me ramène dehors. 

« Je peux pas t’amener là, c’est trop dangereux », dit-il. « Les gens qui entrent dans les crackhouse doivent absolument consommer... Quand ils ont fini, ils doivent partir pour laisser la place à d’autres. Ils n’aimeraient pas ça que tu sois là, pis y se douteraient de quelque chose s’il te voyait. Surtout le dealer. Pis en plus y a du monde qui font des psychoses… Non, c’est trop dangereux. » 

4 H 30 BOULEVARD SAINT-LAURENT / 

Sur le chemin du retour, je le bombarde de questions. 

—Pis les hlm Jeanne-Mance, en face du cégep du Vieux, c’tu vrai que c’est fou ? 
—Moins qu’avant. Nous autres on appelle ça le « Project ». C’est les Noirs qui contrôlent ça. 
—Pis Saint-Laurent/Sainte-Cath, c’tu encore là que ça se passe ? 
—C’pas si pire que ça. C’pas dan-ge-reux. 
—Qu’est-ce que tu regardes à terre ? 
—Rien. 
—Là, comment est-ce que tu vois Montréal ? 
—Comme toi. 

Visiblement, Capone commence à en avoir marre de toutes mes questions. Puis il s’arrête devant un hôtel coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent : le Botero. « Là, c’est le plus grand bordel en ville. C’t’un motel de passes. Moi, j’rentre jamais là, y a toujours des descentes », dit-il. La porte est ouverte. Devant moi, un immense escalier orange. Mon coeur bat à tout rompre à la seule idée d’y rentrer.

HÔTEL BOTERO, UNE SEMAINE PLUS TARD 

Je grimpe les escaliers oranges. Au comptoir, je demande une sieste d’une heure en échange de 20$. L’employé m’assigne la chambre la plus isolée de l’hôtel, en me tendant deux débarbouillettes. Même pas de clé. Dans les corridors, je croise des hommes et des femmes qui courent de tous bords tous côtés à la recherche de smack. Je croise des prostituées tellement puckées, aux bras de leur client tellement straight. Dont l’une, qui a l’air âgée d’à peine 15 ans. Une fois dans la chambre, le photographe prend quelques photos du lit insalubre et des draps jaunis, dans lesquels même un sans-abri n’oserait pas se coucher. Chaque fois qu’il appuie sur le déclencheur, je simule des cris de jouissance pour camoufler le bruit de son appareil et éviter tous soupçons. Après vingt minutes à tourner en rond, je sors de la chambre. Dans le corridor, un autochtone, complètement stone, bave par terre. Je fais mon chemin jusqu’à la réception, remets les débarbouillettes au commis, puis part en lui feignant le sourire de la fille qui vient de baiser. 

6 H, RUE BERRI / 

De retour à notre point de rencontre, je dis au revoir à Capone, épuisée. J’ai le goût de le serrer dans mes bras, mais je me retiens. Je dis merci, puis rembarque dans ma voiture. 

7 H, AVENUE LOUIS-HÉBERT / 

J’arrive chez moi, prends un grand verre d’eau et saute dans mon lit pour m’enrober dans ma couette blanche en plumes d’oie. Je suis complètement vidée. Incapable de fermer l’oeil.
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http://urbania.ca/canaux/reportages/776/une-nuit-avec-caponeTue, 20 Oct 2009 11:14:13 EDTCaponeprostitutionintinérancecrackhousecrackmontrealcatherine perreault-lessardcatherine perreault-lessardurbaniahttp://urbania.ca/canaux/reportages/776/une-nuit-avec-capone
Xavier CaféïneSamedi, 16 heures. En pleine après-midi, à la lumière du jour, Xavier Caféïne est loin de passer inaperçu au dépanneur de Cap-aux-Meules, avec sa camisole noire, son chocker et son sex-appeal naturel. Même quand il zieute un étalage de gommes Bazooka, il le fait avec la rock attitude.

Pendant qu’il fait le plein de cigarettes au comptoir, j’en profite pour acheter un six-pack d’Écume, la bière locale des Îles, en prévision de notre barbecue de requin chez Julien Livernois, ex-membre de WD-40 et drummer d’adoption pour le show aux Îles.

- Ça fait 19,95$ me dit la caissière. 
- Vingt piastres pour un six-pack? Comment ça, c’est cher de même?
- C’est de la bière forte.
- Ah, bon.

En tendant un billet de vingt, j’aperçois derrière la caisse, une copie d’un magazine à potins, mettant en vedette Priscilla de Loft Story. Avant de partir de Montréal, j’avais appris de sources plus-que-sûres que Caféïne était un fan fini de la télé-réalité de TQS. 

- Y paraît que t’es membre privilège du site et que tu suis les lofteurs sur internet sans arrêt. C’est vrai?

La suite de cet article dans notre édition Québec disponible en kiosque dès maintenant.
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http://urbania.ca/canaux/reportages/710/xavier-cafeineTue, 29 Sep 2009 12:25:56 EDTV TélétqsTélé-réalitémontrealloft storyspectacleiles de la madeleineshowbizmusiquexavier caféïnereportagehttp://urbania.ca/canaux/reportages/710/xavier-cafeine
Laval lifeVoir la capsule vidéo sur notre webTV

Comme c’est important de ne jamais oublier d’où l’on vient – c’est J. Lo qui l’a dit–, Urbania a cru bon envoyer son reporter faire un voyage initiatique dans sa contrée natale pour qu’il se transforme, le temps d’une soirée, en Lavallois pur et dur. Son escapade, au lieu de lui permettre de renouer avec ses racines, semble lui avoir rappelé pourquoi il a jadis choisi de déserter l’île Jésus. Récit d’un périple en terrain hostile. 

Je suis officiellement arrivé à Montréal en 2004, mais j'y travaillais et y étudiais déjà depuis 2000. Par contre, jusqu'à la fin de mon secondaire 2,  en 1994, je n'y avais jamais mis les pieds. C'est donc dans cette fenêtre de six ans que tout s'est joué, que mon destin a pris une direction inattendue. Qu'est-il arrivé? Probablement rien de précis, mais plutôt un ensemble de facteurs qui ont fait en sorte que j'ai tourné le dos au modèle lavallois qui me guettait:

- J'écoutais du Rage Against The Machine, du Green Day et plein d'autres groupes « anti-conformistes ».

- Je m'auto-proclamais communiste.

- J'haïssais le look Tommy Hilfiger – CK One – Nautica. 

- Je faisais partie des équipes d'impro et de Génies en Herbe de mon école secondaire, ce qui m'obligeait à fréquemment franchir la Rivière-des-Prairies, comme on franchit le Rubicon.

- Je n'aimais pas les poupounes surmaquillées de mon l'école.

- Je venais de Laval-des-Rapides, le LDR, La Dure Réalité, le coin le plus pauvre de Laval. Le mot «argent» n’avait pas la même signification pour moi que pour les Lavallois issus des autres quartiers, comme Duvernay ou Sainte-Dorothée. 

- Et je pense surtout que j'avais un léger complexe de supériorité intellectuelle envers mes compatriotes.

En résumé, plus je lisais le Voir, moins j'écoutais Beverly Hills 90210.  

Après un passage obligé (et néanmoins très agréable) au Cégep Montmorency, l'évidence me sautait aux yeux: je n'avais jamais volé de mags de char, je n'avais jamais vendu de « pulule » au Red Light, et le Beach Club de Pointe-Calumet n'était absolument pas synonyme pour moi de sortie estivale réussie. 

Dix années ont passé depuis mon illumination. Dix années où je n'ai jamais toléré que quiconque dise quoi que ce soit contre la ville où j'ai grandi.  Parce que, à Laval, on est fier. En tout cas, moi, je le suis. Quelqu'un m'a déjà demandé de quoi exactement j’étais si fier et je n'ai pas été capable de répondre. J'espère trouver la solution à cette énigme pendant mon « voyage ».

Vendredi,15h30

Le premier rite de passage auquel est confronté un jeune Lavallois pour accéder au noble titre de « vrai de vrai » est l'obtention d'un permis de conduire. Et l'étape suivante est l'acquisition d'un bolide motorisé. J'ai attendu mes 20 ans avant de me munir de tels ornements. La Société de transport de Laval et mon vélo me convenaient parfaitement. Depuis que je vis la montréalité, je n'ai plus de voiture puisqu'un char me servirait seulement une fois par jour – pour le changer de bord de rue en fonction des interdictions de stationnement.

Heureusement, mon ami Gabriel possède un splendide pick-up Ford Ranger 1987 rouge, qui n'a rien de la Honda Civic Hatchback blanche avec un logo Nike dans la fenêtre arrière. Malgré ce faux-pas stylistique qui risque de compromettre ma couverture et de faire réaliser à mes compatriotes que je suis un imposteur, nous nous élançons sur l'autoroute 15 en direction Nord.

16h00

On arrive au Carrefour Laval par la porte d'en arrière. Ça devait faire cinq ans que je n'étais pas venu au Carrefour. C’est plus horrible que jamais. Premièrement, ils ont fait des rénovations pour donner un look « village antique » aux corridors, mais c'est juste laid. Deuxièmement, tous les magasins de pauvres ont disparu : il n'y a plus de pharmacie, plus de Dollarama, plus d'animalerie qui pue, etc. On dirait que maintenant, ils acceptent seulement les boutiques de vêtements supposément haut de gamme. Où sont rendus le Pascal et le Miracle Mart de mon enfance?! 

Premier arrêt pour faire de moi un vrai Lavallois: le magasin Un Autre Monde, où je vais me procurer un t-shirt Ed Hardy, comme en porte mon idole, Maxim Lapierre. Pour une raison qui dépasse mon entendement, ces gaminets (et leurs vulgaires imitations) ont vraiment la cote auprès des beaux mecs musclés et bronzés et tatoués et habitant la banlieue. Personnellement, je trouve que ça a juste pas de bon sens de dessiner des affaires laides de même, de les imprimer sur du linge et pire, d'ajouter des petits brillants dessus. J'aimerais vraiment passer une heure dans la tête de la première personne qui s'est dit: « Wow, c'est super beau! Je vais en porter en espérant que tout le monde fasse comme moi.» Je suis certain que je vivrais plus d'émotions fortes que dans le Monstre à la Ronde.  Cette tête-là doit être folle.

Je réussis à me dénicher un chandail sans paillettes (ouf!) et déjà, je me sens mieux dans mes biceps, le gros. Il faut rendre au designer Christian Audigier ce qui appartient à Christian Audigier: ses t-shirts laids sont quand même très confortables.

Cependant, un t-shirt ne fait pas le moine.  Mon look mérite encore quelques améliorations avant de pouvoir réellement tromper la vigilance des yeux à l’affût. Prévoyant de nature, j'ai déjà enfilé des jeans et des chaussures « convenables ». Ça coûte cher en titi ces affaires-là, puis je pense pas que vous avez le goût de payer votre revue 20$ pour que j'aie des petites espadrilles Puma blanches fluo. Faque j'ai fait mon possible: j'ai mis des Adidas blanc foncé et des jeans pas-assez-troués, comme je l'apprendrai plus tard. Pour l’instant, des orteils jusqu'au cou, je passe le test. Reste juste à m'organiser le portrait.

17h00

Étape suivante: me faire percer les oreilles, au singulier, à gauche. Un seul endroit au Carrefour fait ce genre de boulot : le Ardène, la capitale mondiale du vol à l'étalage par des gamines rebelles de 15 ans. Je passe entre un petit thug latino pré-adolescent et un bébé.

Je n'ai jamais eu de boucle d'oreille parce que j'ai toujours trouvé ça très inutile. Je ne suis pas assez superficiel pour penser que des bouttes de métal plantés dans ma peau peuvent me donner une meilleure apparence. 

On m'avait dit que le perçage ferait un peu mal, mais c'est même pas vrai.  Se faire trouer le lobe correspond à peu près, sur l'échelle de la douleur, à éternuer. J'ai choisi le modèle de bijou de base: le faux-diamant rond. Je me sens pas viril pour deux cennes, mais ça a l'air que je le suis, buddy.

17h30

Petit arrêt dans un photomaton pour immortaliser la transformation en cours. J'en profite pour sonder deux jeunes filles et leur demande de me montrer quelqu'un dans la foule qui possède le look «lavallois» : elles me pointent! Oui! Je suis sur la bonne voie! Avant de les laisser repartir voler des bébelles au Ardène, je les interroge par rapport à ce que je pourrais améliorer dans mon image pour encore plus fitter. « Il te faut des beaux trous dans tes jeans pis du gel dans tes cheveux», lancent-elles en chœur. 

Oubliez les trous dans les jeans. Par contre, le gel, c’est faisable.

18h00

Avant d'aller manger, on fait un détour par une pharmacie pour me «crêper» les cheveux. Trouver le rayon des peignes n'a pas été facile, c'est un département que je visite rarement. J'ai été assez étonné de découvrir qu'on peut se procurer une belle panoplie de peignes pour à peine deux dollars. Wow, à date, c'était le fait-d'arme de mon voyage à Laval.

J'opte pour un truc « radical », un gel qui procure une tenue exceptionnelle. Mes cheveux sont un peu longs et je ne vois pas trop comment je pourrais me coiffer un faux-mohawk. La seule solution, c'est de tout envoyer par en arrière, selon la mode gréco-chomedeyenne de 1996. Je réalise l'opération coiffure dans le parking du Centre Laval, à la lumière du soleil bientôt couchant, en me regardant dans le miroir du côté passager du Ford Ranger. La dernière fois que j'avais mis du gel dans mes cheveux, ça devait être en première année du primaire. J'avais oublié que ça laissait les mains dans un état de dégueulasse aigu. Pas grave, on s'en va manger. Même les restaurants de Laval ont habituellement des salles de bain.

18h30

Le restaurant L'Académie, situé au cœur du Centropolis de Laval (ancêtre du Quartier 10-30 de Brossard), devrait faire l’affaire. L'endroit est chic et moderne; on détonne avec la clientèle. Avec mon t-shirt Ed Hardy, ma boucle d'oreille et mes cheveux lichés, je suis plus proche du look « motard » que du look « souper d'anniversaire de papi » préconisé. Je n'allais pas trouver l'essence profonde de Laval ici, je le savais déjà. Les gens se déguisent pour venir à l'Académie; il s'agit pour eux d'une grande sortie, alors ils font comme moi, ils se travestissent. Ça nous fait au moins ça comme point commun.

Pour approfondir mon enquête, je prends la peine d'interroger notre serveur.  Son opinion: les clients lavallois sont plus exigeants que les Montréalais. Parce qu'ils sont plus riches, parce qu'ils ont acquis un certain standing en quittant la métropole, ils s'attendent à un niveau de confort plus élevé et ont des attentes supérieures. Et ils ne se gênent pas pour le faire savoir. Seraient-ils donc des parvenus? «Mmm... Mouain... Si vous voulez... J'osais pas le dire, mais oui, c'est ça», me répond le serveur, mal à l’aise.

Ah-ha! Je suis enfin sur une piste.  Pour faire vrai, j'ai décidé de me plaindre moi aussi: « Ma soupe est pas assez tiède », que je lui ai dit .  Il m'a regardé sévèrement, et est reparti en cuisine me chercher un autre bol.

19h45

Après une bonne bavette de bœuf dans un resto pseudo-chic, rien de mieux qu’un bon film américain au Colossus. Ah! Le Colossus! Cette merveille architecturale est le pire exemple de construction de toute l'humanité.  Elle mériterait que l'ONU crée un genre de patrimoine mondial des choses laides juste pour empêcher les architectes de répéter les erreurs du passé. 

On est légèrement en retard sur notre plan de match, alors on ne perd pas de temps à analyser le comportement des cinéphiles qui s’y trouvent. On se garroche dans la salle numéro 7 pour visionner ce qu'on pense être une vue de type lavallois: « Transformers 2: La revanche ».  

À la sortie du film, la clameur populaire s'élève dans le corridor : « Y'a des chars pis d'la chicks en masse, chummy! Tu vas aimer ça, le gros! Asti, y'a rien qu'd'l'action d'un boutte à l'autre, c't'écoeurant c'te film-là…» 

[Pause de deux heures et demie]

La clameur populaire avait semi-raison.  Y'a d'la chicks, des chars pis de l'action, mais je me suis profondément ennuyé.

Il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent à l’intérieur. On va dehors rencontrer une petite bande d'ados qui espionnent le vent. Je voudrais leur poser des questions, mais ils parlent juste anglais, comme tant de jeunes qu'on a croisés au Carrefour et au Centropolis. Je n'écoute même pas leurs réponses. Sur ma petite fiche signalétique du Lavallois-type, j’inscris: « doit posséder des enfants unilingues anglophones ». 

01h00

Après notre passage au Colossus, le mythique Fuzzy de Laval qui nous attendait.  Pour ceux qui ne le sauraient pas, cette place est aux banlieusards testostéronisés de 18 ans ce que le Cæsars Palace de Las Vegas est aux gros gamblers: le paradis. J'étais déjà venu une fois, à l'apothéose de ma passe révolutionnaire marxiste, parce que les membres de ma ligue d'impro y organisaient un party bar open. Je suis toujours prêt à mettre mes convictions politiques de côté, pour un bar open. Néanmoins, j'étais resté une grosse demi-heure maximum parce que le service était anormalement lent et que le barman m'avait chicané, fâché que je lui ai laissé des cinq cennes en guise de pourboire. Il les avait pitchés au bout de ses bras en hurlant: « Toé tabarnac, tu viens pu à mon bar!  Le service est pas gratisss!! »

Douze ans plus tard, rien n'a changé: le ballet des Honda Civic sur le parking, la sécurité exagérée, le son à chier, un animateur de foule qu'on comprend pas quand il parle, les gars tous habillés pareil, les filles toutes bronzées et coiffées pareil, et bien sûr, les célèbres cages pour danser dedans. La différence, c'est qu'il y a douze ans, ces gens m'intimidaient. En 2009, la confiance gonflée à bloc, la tête haute et remplie de gel, arborant le plus beau t-shirt de la place, c'est moi qui suis intimidant.

Je m’approche d'une des cages et je gueule: « Eille! Prochaine fois qu'elle descend (parce que oui, les cages se meuvent de bas en haut), j'embarque pis tu sors, le gros! » Et le petit gars qui étudie en informatique m'a laissé sa place gentiment. Ça fait 30 secondes que je  bounce sur un beat complètement ridicule et déjà, je sens les regards se poser sur moi. Ce ne sont pas des regards de répréhension; ce sont des regards de désir.  

Trois pauvres filles qui ne se doutent de rien m'ont rejoint dans ma prison de danse.  Alors que nous nous élevons dans le firmament du Fuzzy, je comprends soudainement à quoi tient la fierté d'être Lavallois : plus tu rentres dans le moule et cherches à t'y conformer, plus tu vas avoir du succès. Et plus tu auras du succès, plus tu pourras facilement acquérir les accessoires qui te permettront de t'ajuster aux modulations constantes de la forme du moule. Et tu pourras fonder une famille, et apprendre l'anglais à tes enfants... C'est ce que, inconsciemment, j'ai compris et rejeté à 16 ans et il a fallu que je vienne faire mon frais au Fuzzy pour que ça me rentre comme il faut dans la caboche. Finalement, moi, je n’ai jamais réellement été fier d’être Lavallois; j’aimais juste pas ça quand les gens riaient de mes origines en généralisant. Mais ils avaient peut-être raison. Et moi je suis en train de faire la même chose qu’eux.

Je laisse les filles m’idolâtrer pendant encore une minute ou deux, puis je sors de la cage. Je m’apprête à aller partager mon illumination soudaine et à célébrer le succès de «l’Opération Laval» quand tout à coup la sécurité nous tombe dessus à cause de nos appareils photos et vidéos. Un faux-Steven Seagal s'est approché de moi et m'a fortement conseillé de le suivre dans un dédale de corridors glauques.  

Arrivé dans une salle sinistre éclairée aux néons d'hôpital et aux halos des moniteurs de surveillance, j’ai eu droit à un entretien avec une bonne demie-douzaine de monsieurs à l'apparence, (comment dire, en évitant qu'on place une bombe sous mon vélo?)...robustes? Ils trouvent que j’ai l’air louche et que je ne cadre pas trop dans le décor. 

- Pourquoi que vous faites ça... prendre des photos pis filmer? 

- Pour le fun, que j’ai répondu avec toute l'intelligence qui m’habite. 

- Faites-vous ça pour Nightlife Magazine? 

- Ouais, c’est ça. Je fais ça pour Nightlife Magazine. 

- Ok, ça va. Mais vous pouvez pas les utiliser. T’imagine si ça se ramassait sur Youtube ces affaires-là? 

Ça veut donc dire que malgré mon t-shirt Ed Hardy, malgré le gel dans mes cheveux, malgré ma boucle d'oreille et malgré mon attitude de gagnant, j’étais facilement repérable.  Quelque chose a dû m'échapper... Une manière de bouger? Un accessoire caché? Une poignée de main secrète? Peu importe, j'ai échoué dans ma tentative de redevenir un parfait Lavallois. Et il s'en est fallu de peu pour que je retourne à Montréal couvert de goudron et de plumes...


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http://urbania.ca/canaux/reportages/673/laval-lifeMon, 14 Sep 2009 11:51:30 EDTsexefillesbarFuzzyed hardylavalguindonreportageshttp://urbania.ca/canaux/reportages/673/laval-life
McCastlesLe style Frankenstein

- Oui, je suis avec mon conjoint devant le bureau des ventes. On aurait aimé visiter quelques-unes des maisons à vendre.

- Ch’ui à Laval avec des clients présentement, mais j’peux t’dire toute suite que que le 3765 de Louvier est 1,5 millions, le 3708 de Lugano est 795 000 $ et le 3910 de Lisbonne est 750 000 $. Ça fait que r’garde ça pis rappelle-moi.

Ça ne s’invente pas. On est en plein cœur d’un tout nouveau développement, dans un fief de la Rive-Sud. à l’ombre du «quartier» Dix30. Le seul argument de vente de l’agent immobilier: le prix indécent des gentilhommières qui trônent au beau milieu d’anciennes terres agricoles. Doit-on comprendre: a) Si vous ne pouvez pas vous les payer, ne perdez pas votre temps ni le mien b) On s’en crisse des spécifications techniques de la maison. C’est hot justement because ça coûte la peau du cul c) Toutes ces réponses.

Mais on n’a pas fait tout ce voyage sur la 10 pour se faire expliquer pourquoi les châteaux de banlieue coûtent cher. On veut plutôt savoir pourquoi on a affaire à des émules de villa romaine et à des pastiches de châteaux médiévaux. Pourquoi l’expression de ce nouveau luxe fait-il échos à une architecture du passé, un passé lointain, tantôt européen, souvent monarchique?

«Ma lecture du phénomène, c’est que dans une période de grand pluralisme, de grand multiculturalisme, il y a un malaise qui s’installe et on essaie de recréer une hiérarchie dans la société», commence la professeur à l’École de design de l’UQAM, Anne-Marie Broudehoux. «On vit à une époque hyper nostalgique. Avec le modernisme qui a sévi au cours du 20e siècle, on a voulu effacer le passé et essayer de tout réinventer avec une architecture austère et dépourvue d’ornementation. Depuis les années 1960, il y a un revirement de situation. On veut redécouvrir notre passé. Ça semble être cyclique, puisque à l’époque victorienne, on a aussi redéveloppé un  goût pour le pittoresque. C’était déjà un retour sur l’époque médiévale.»

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants

Le hic, c’est qu’à part le Château Frontenac, les palaces made in Québec ne sont pas légions. Faut-il scruter notre passé de colonisé dont les seuls résidus de royauté s’occupent à faire des salam malek à Sarko?

«Tout d’abord, je ne pense pas que les gens appellent leurs maisons des «châteaux», avance le directeur scientifique du Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle (L.E.A.P.) à l’Université de Montréal, Jean-Pierre Chupin. Je crois simplement que certains propriétaires vont au maximum de luxe qu’ils peuvent se payer, pour autant que cela paraisse». Ainsi, le besoin irrépressible de montrer les reflets dorés de son foin pousse-t-il quelques âmes fortunées à faire ériger balcon renaissance, frontons néo-classiques et fenêtres en ogive. «Le problème, c’est qu’il n’est pas rare de voir toutes ces références dans une seule construction. Qui plus est, il arrive souvent que les règles d’assemblage ne soient pas respectées et que les disproportions soient évidentes, de là le monstre, le petit côté Frankenstein.»

Rien à voir avec Versailles ou les châteaux de la Loire, donc, mais plutôt avec un fantasme, une chimère… Et si c’était tout simplement la transposition distordue d’un rêve sponsorisé par un certain Walt Disney?

«(…) On s’est libérés du folklore pour se taper le poulet du colonel. On est sortis de Saint-Henri et du faubourg à m’lasse pour se payer la platitude de Sainte-Dorothée ou de Pierrefonds. On a vendu l’armoire en pin en échange du set de cuisine chromé. Et vive le gréco-mexicain-flamboyant! Toute une libération! On a changé de maître et c’est tout. En 20 ans, on est passés de peuple de colonisé à touristes impérialistes sur les plages d’Acapulco.»
Pierre Falardeau, Le Consommateur consommé, 1979

Photo: Olivier Blouin
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http://urbania.ca/canaux/reportages/639/mccastlesFri, 21 Aug 2009 09:46:53 EDTreportagepierre falardeaujean-pierre chupinquebecanne-marie broudehouxuqammaisonrive-sudlavaldix30bungalowluxehttp://urbania.ca/canaux/reportages/639/mccastles
Carnet de Gaspésie: Jour 3Le Festival en chanson de Petite-Vallée amène chaque année son lot de dignitaires. Normal, puisqu'il s'agit d'un évènement subventionné en région.  

Ainsi, le président des Caisses Populaires remet un prix et fait un discours; le tout nouveau député libéral de Gaspé vient faire son tour sur le parvis de l’Église et serre des mains; même le député de Matane fait le voyage et met son veston et sa cravate pour se tremper dans un petit bain de foule, au milieu de ce nowhere frigorifiant, devenu l’espace d’une semaine le centre du monde artistique du Québec. 

Il a toute une bouille Monsieur le député de Matane : on y devine le visage de l’enfant espiègle qu’il devait être alors qu’il rêvait déjà de l’Assemblée Nationale. Il a le regard allumé, gris clair, pince sans rire et la politique dans l’ADN. 

À 34 ans, Pascal Bérubé a quelque chose d’un peu anachronique, l’idée qu’on se fait des députés de campagne d’une autre époque. Il connaît tout le monde par son p’tit nom, s’intéresse à Madame chose et à Monsieur Machin, les écoute attentivement, sincèrement. Un peu anachronique et, donc, attendrissant. Le député aime sa job : il travaille une centaine d’heures par semaine sans geindre et ça porte fruit: aux dernières élections provinciales, il a réussi à faire augmenter son score de 20 %. 

Anachronique un peu, mais, paradoxalement, résolument branché sur tout : musique, art, cinéma et, surtout, internet.  À la dernière élection, il a fait sortir le vote par Facebook, intéressant les jeunes de sa région politiquement apathiques à l’exercice démocratique.  Comme son comté est immense, une vingtaine de villages sur des centaines de kilomètres, son bureau de comté est ambulant. Il se promène donc de village en village, écoute ses concitoyens et essaie de trouver une solution à leurs problèmes parfois abracadabrant. Ici, on consulte son député pour une job, une contravention, une chicane de voisin, une chanson. 

Pascal Bérubé est Péquiste bleu foncé. Il croit à la souveraineté, il en rêve en regardant la mer (mais, si le mot existait, je parie qu’il serait d’abord «Gaspésiste»). Revenu dans sa région après l’avoir, comme tant de jeunes de la péninsule, désertée, il croit que la souveraineté passe d’abord et avant tout par l’occupation du territoire. 

En ce moment par exemple, il se bat pour la réouverture du service d’obstétrique de l’hôpital de Ste Anne des Monts, fermé depuis 18 mois : « Les gens pensent que la Gaspésie, c’est une belle carte postale, mais faut qu’elle vive cette carte postale. En ce moment, il n’y a pas juste une pénurie de médecins, on manque de dentistes et d’orthopédagogues, mais comment voulez-vous que des gens viennent s’installer chez nous s’ils n’ont pas de services de bases ? En haute Gaspésie, le cellulaire ne rentre pas, il y a encore des villages qui n’ont pas Internet…ça n’a aucun sens!» 

En attendant,  si au moins le député pouvait nous promettre un peu de beau temps…
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http://urbania.ca/canaux/reportages/494/carnet-de-gaspesie-jour-3Sun, 05 Jul 2009 20:59:17 EDTpascal bérubégaspésiedeputéhttp://urbania.ca/canaux/reportages/494/carnet-de-gaspesie-jour-3
Carnet de Gaspésie : Jour 2Il fume des Matinées Light, le paquet brun et jaune qui traînait sur la table à café de mon grand-père. Il les fume, l’une après l’autre, sans discontinuer. Il a d’ailleurs le teint jauni de ceux qui se gave de nicotine et les rides qui vont avec. Il a 62 ans et l’air un peu efféminé. C’est un grand homme, un homme bon, au regard profond de bienveillance,  un de ces regards qui vous «regaillardisent» l’âme. C’est le curé suppléant de Petite et Grande-Vallée. 

En le regardant fumer, on se dit qu’il doit être en paix avec la mort et faire confiance au créateur, qui a aussi créé la cigarette. Il prend un p’tit coup aussi, monsieur le curé. Un bon vivant quoi. Et ces jours-ci, il tripe solide. Il héberge dans sa maisonnette  sur le bord de la rivière, deux des chansonneurs qui participent au festival en chanson de Petite-Vallée : deux gars, dans la trentaine, athées il va sans dire, mais créateurs comme lui. «Il faut être un artiste quand on est curé. Dimanche, je vais célébrer les funérailles d’un jeune homme de 25 ans, il faut trouver les bons mots, l’inspiration. C’est dur d’écrire ce genre d’homélie. Il faut aussi donner un bon show. L’Hôtel, c’est comme une scène. Nous sommes des hommes de théâtre en quelque sorte. » 

Jacques Pelletier célèbre cette année son 30 ième anniversaire d’ordination, mais il a de plus en plus de difficulté à embrasser les règles et les rituels qui régissent son institution. « J’ai de la misère à célébrer des mariages, je trouve que c’est un peu …comment dire… dépassé!  Dans l’Église, il y a deux chose : la loi et l’amour. Je trouve les lois de l’Église souvent stupides. Pensez aux prêtres qui découragent les Africains d’utiliser le condom, aux positions du Vatican sur l’avortement, à certains évêques d’ici que je ne nommerai pas…tout cela, ces règles anachroniques appliquées avec aveuglément me donnent mal à mon église jusque dans mes tripes. C’est à cause de toutes ces conneries que nos fidèles nous ont désertées et d’ailleurs ils ont bien fait ! J’en ai assez d’entendre les Catholiques dire qu’il faut ramener les gens à l’Église. Ce qu’il faut c’est les ramener à l’amour ! »

Dans ce coin de pays, où les clochers ont façonné le paysage, s’y sont imprégné même, réfléchir sur l’institution catholique et sur ce pays de Canadien Français, où l’eau bénite s’est évaporée doucement est une bénédiction offerte par la mer qui allonge le regard et probablement les idées. Ici, même la mer a décroché de la foi. Dans le cimetière adjacent à l’église, il n’y a plus de Jésus en croix sur le Calvaire.  «L’an dernier, par un soir de grand vent, Jésus a crissé le camp su'a mer», m’expliquait en riant l’autre curé du village, Julien Bonneau, celui qui reste au presbytère. 

Jacques Pelletier, lui, ne veut plus y habiter. «Je suis en réhabilitation sociale depuis que je suis sorti de prison», dit-il. Après avoir été le curé de la paroisse dans les années 80, le prêtre est allé travailler comme aumônier au pénitencier de Rivière-des-Prairies. Pendant dix ans, il a écouté des gars qui avaient tué leurs femmes, violés des enfants. Et, il les a aimés. «Ces gars-là, c’est des bombes ambulantes, un jour ils pètent les plombs et 25 coups de couteau plus tard, ils se réveillent libéré d’une violence qu’ils étouffaient depuis longtemps. Tout ce que tu peux faire, c’est d’être là. Pas pardonner, pas sermonner, pas appliquer les lois de l’Église : être là tout simplement pour ces êtres détruits. C’est ça l’évangile. » 

C’est quoi Dieu ? Jacques Pelletier me regarde avec un air moqueur…« Dieu, c’est Jésus Christ, parce qu’il avait un body comme nous autres et nous a enseigné qu’on pouvait atteindre le beau et le bon tout en étant humain. Dieu, c’est un compagnon de route qui m’aime inconditionnellement et à qui je dis tous les soirs : J’ai fait de mon mieux, pis si t’es pas content t’avais rien qu’à te débrouiller pour qu’il en soi autrement. Arrange-toi donc avec tes troubles. Bonne nuit.» Amen. 

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http://urbania.ca/canaux/reportages/493/carnet-de-gaspesie-jour-2Fri, 03 Jul 2009 16:53:31 EDThttp://urbania.ca/canaux/reportages/493/carnet-de-gaspesie-jour-2