Urbania - enqueteshttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 24 Apr 2014 09:09:11 EDT60Eau minérale électorale avec Pierre Céré
Dans l’attente du match, le candidat péquiste de Laurier-Dorion, Pierre Céré, s’est offert une pause de porte-à-porte et d’appels téléphoniques pour discuter franchement de politique.

-    Non, je ne prends pas d’alcool pendant une campagne électorale. C’est un conseil que Gilles Duceppe — l’ancien chef du Bloc québécois — m’a donné. Et je vais le suivre, m’explique Pierre Céré au moment de faire sa commande.

Trêve d’alcool au Miss Villeray, la seule boisson qui touchera la table de la soirée est de l’eau minéralisée. Mais même sans alcool, il n’en fallait pas plus pour que Pierre Céré se livre totalement à la conversation. L’ancien porte-parole du Conseil national des chômeurs est en fait un grand livre ouvert qui ne se cache pas pour parler et pour donner son opinion personnelle sur des enjeux de société.

Calme, il calcule chacun de ses mots avant de les prononcer sans pourtant se censurer. Plus près du philosophe de gauche que du politicien typique, le candidat critique même son propre parti quand il vient le temps pour lui d’expliquer sa pensée.

-    Je ne suis pas un produit, je suis un esprit libre. Ce ne sont pas des stratèges en communication qui dicteront mon message aux électeurs, m’explique-t-il.

Avant de s’être lancé en politique cette année, Pierre Céré raconte avoir été un homme progressiste qui a même fréquenté au cours de sa vie des gens de l’extrême-gauche. Son cheminement vers le Parti québécois ne s’est fait que tout récemment. À l’automne dernier, un ministre qu’il ne nommera pas l’a convaincu de s’ajouter à l’équipe de Pauline Marois.

-    J’ai tenu une conversation très ouverte et très franche avec ce ministre sans quoi je n’aurais sûrement pas pris cette décision.

Le Parti québécois, selon lui, est une belle coalition de personnalités de différents milieux qui cherchent à améliorer le Québec. S’il est élu, sa voix plus progressiste ne sera pas mise sous silence par des géants des affaires comme Pierre-Karl Péladeau. D’ailleurs, s’il y a des dossiers qu’il compte revendiquer à l’intérieur de parti, ce sont des politiques pour aider les communautés culturelles du Québec.

Sur le terrain de la Charte

Pierre Céré le dit lui-même, il a la peau sensible quand il est question d’enjeux identitaires. Par le passé, il a critiqué publiquement le Parti québécois pour un projet de loi qui visait à créer une citoyenneté québécoise. Le projet a depuis été mis en arrière-plan par le parti, mais n’a jamais été officiellement abandonné. Mais de nos jours, c’est plutôt un projet de Charte de valeurs qui suscite les critiques et les applaudissements.

Pour le candidat péquiste, le projet de Charte n’a rien d’irritant. Il comprend que de nombreux électeurs issus de communautés culturelles sont inquiets par cette politique, mais il ne lancera toutefois pas de pierre à son parti.

-    La seule solution, c’est l’écoute. Il faut prendre le temps de discuter avec les électeurs et de partager avec eux notre opinion.
 
Il me raconte alors qu’une jeune bénévole d’origine pakistanaise travaille à son local électoral. Elle viendrait donner de son temps au parti justement à cause du projet de Charte. Un projet qui, selon Pierre Céré, permettrait de briser les chaînes de nombreuses femmes immigrantes à la maison. Par contre, il concède que le Parti québécois aurait dû passer le projet de loi avant de partir en élections.

-    Un genre de « in-between » avec l’opposition aurait été acceptable. Surtout que rien n’aurait empêché le PQ de passer les points plus sensibles du projet après avoir remporté une majorité à l’Assemblée.

Il est vrai qu’un tel scénario aurait probablement orienté la campagne sous un angle beaucoup moins identitaire. Surtout que, pour le candidat, la grande absente des élections 2014 est l’éducation.

De l’indexation à la gratuité

-    Ça va paraître bizarre venant d’un péquiste, mais il ne faut pas que l’ASSÉ lâche son combat, admet Pierre Céré.

Le candidat ne se cache pas pour le dire. Il croit qu’ultimement le Québec devrait se doter d’un système d’éducation gratuit pour tous. Cependant, il ne veut pas condamner le sommet de l’éducation tenu par sa chef Pauline Marois et son collègue, le ministre de l’Éducation supérieure, Pierre Duchesne. Ce sommet s’était conclu à l’hiver 2013 avec l’ajout d’une indexation aux frais de scolarité et une baisse du crédit d’impôt pour les études.

-    Je crois que Pierre Duchesne a fait un excellent travail. Et étant donné qu’il fallait faire des choix entre des bourses et le crédit d’impôt, je crois que le gouvernement a pris la meilleure décision.

Enfin, pour le moment. Parce que selon Pierre Céré, il faudra un jour réinjecter massivement de l’argent dans le système d’éducation et ouvrir la voie à la gratuité scolaire. La question est de savoir si son parti sera du même avis et s’il se portera comme défendeur de la question rendu à Québec.

D’ici là, Pierre Céré a encore les deux pieds dans Montréal et il a du millage à faire s’il veut ravir Laurier-Dorion au libéral Gerry Sklavounos. Fraîchement arrivé en politique, il avoue avant de terminer notre entretien n’être pas encore habitué à tout ce que comporte la joute électorale. Les appels et le porte-à-porte le dépaysent encore un peu. Et il est dur de dire s’il aime la chose.

Pour ce qui est du Canadien, je n’ai appris le résultat que plus tard en soirée. L’équipe a perdu, mais s’est tout de même qualifiée pour les séries. N’en déplaise à certains politiciens, les séries se tiendront seulement après les élections. J’imagine que ce sera alors le bon moment pour inviter Gilles Duceppe et Pierre Céré à prendre un verre parce que l’eau c’est rafraichissant, mais plate en même temps.

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4977/eau-minerale-electorale-avec-pierre-cereFri, 04 Apr 2014 13:57:54 EDTWilliams Fonseca-BaetaParti QuébecoisPQpierre cérélaurier-dorionquebec2014électionsreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4977/eau-minerale-electorale-avec-pierre-cere
Thé électoral avec Andrés FontecillaCette semaine, c’était au tour du co-porte-parole de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, de nous inviter dans un bar de son quartier afin d’assister à un match de soccer.

-    « Tu prends un thé marocain? » me demande d’emblée Andrés Fontecilla.

Nous sommes dans un typique houka-bar de la rue St-Hubert tout juste au nord de la rue Jean-Talon. L’endroit, bien que peu enfumé pour le moment, est déjà rempli par une dizaine de clients, tous venus assister à un duel espagnol entre le FC Barcelone et l’Atlético Madrid.

-    Un thé marocain? C’est quoi exactement?
-    Un thé marocain, c’est un thé marocain, me répond-il du tac au tac pour me taquiner.

J’acquiesce du même coup et commande deux thés marocains au serveur. La boisson, au final, n’avait rien de très sorcier. C’est du thé, du thé rouge. On se reprendra donc pour l’alcool. Après tout, Andrés a encore bien du monde à rencontrer dans la journée.

Il est d’ailleurs déjà prêt à faire du porte-à-porte. Sérieux, il porte la cravate et le veston et cela même dans un bar qui transpire la détente. Pourtant, un peu à l’image de sa cravate aux teintes orangées, couleur de son parti Québec solidaire, Andrés Fontecilla est jovial et n’hésite pas à plaisanter quand les conversations deviennent plus sérieuses. On le sent confiant et confortable. Sa voix ne semble jamais agacée. C’est à se demander s’il est humain et capable de colère!

- Je vous écoute, mais si ça vous dérange pas, je vais regarder le match en même temps, ajoute-t-il toujours avec un ton moqueur.

Andrés Fontecilla adore le soccer et ne cache pas son parti pris pour l’équipe de Barcelone. Son joueur préféré, l’Argentin Lionel Messi, est l’étoile de ce club. Sans oublier, me dit-il qu’un Chilien, un certain Sanchez, est aussi membre de l’alignement. Son admiration pour le sport n’est pas étrangère à ses origines. Natif du Chili, il s’est établi au Québec avec sa famille à l’âge de 14 ans. Comme bien d’autres Chiliens de l’époque, la famille Fontecilla a quitté le pays sud-américain alors sous la dictature de Pinochet. Sa jeunesse, raconte-t-il, s’est faite sans coup d’éclat. Il était un garçon plutôt discret, mais tout de même batailleur. Dans son quartier de Côte-des-Neiges, il n’était pas rare que de jeunes Québécois et Latino-américains en viennent aux coups pour expliquer leurs différends. Ce n’est qu’en arrivant au cégep qu’il sort de l’ombre. Il tordra dorénavant les langues sales plutôt que les gros bras.

    - C’est là que je me suis vraiment ouvert et intéressé à différents enjeux politiques. J’ai rencontré beaucoup de personnes à l’époque et je me suis même fait des petites amies québécoises, ajoute-t-il toujours en plaisantant.

Les « trois Parizeau »
En 1995, le Québec est à la une des journaux partout autour du monde. La province tient un référendum sur sa souveraineté. Un scrutin auquel Andrés Fontecilla a été plus spectateur que participant. Alors en séjour d’un an en Haïti comme observateur des droits de la personne pour les Nations Unies, il suit du coin de l’œil la soirée référendaire. Une soirée dont il garde un souvenir amer, particulièrement à cause du discours du chef du Parti québécois, Jacques Parizeau. Ce dernier avait alors déclaré que le « OUI » avait perdu à cause de l’argent et du vote ethnique.

-    Comme la majorité des immigrants, j’ai été blessé par les propos de Jacques Parizeau. Il venait de nous exclure du projet souverainiste. C’est comme s’il venait nous dire que la souveraineté c’était une affaire de Québécois de souche.

Une exclusion qui a remis en doute pendant longtemps les valeurs souverainistes du candidat solidaire. Si bien qu’encore aujourd’hui, il n’est pas capable de pardonner cette tache noire au dossier de l’ancien Premier ministre du Québec.

-    Il y a trois Jacques Parizeau. Le premier, celui d’avant 95, dont j’admire la franchise et le courage d’avoir tenu un référendum. Celui d’après 95 qui a amené des propos intéressants et nuancés dans le débat. Et finalement celui de 95 qui a pris les immigrants comme tête de Turc.

Et, selon lui, le dernier de ces Jacques Parizeau s’apparente beaucoup au Parti québécois actuel avec sa Charte des valeurs. Un projet qui alimente le sentiment d’exclusion des nouveaux arrivants et les éloigne d’une discussion sur la souveraineté.

D’ailleurs, lorsqu’on lui demande s’il est souverainiste, Andrés Fontecilla n’hésite pas à raconter ses aléas à travers les années avant d’en être venu à adhérer au projet. Tout comme le joueur du FC Barcelone qui prend alors le ballon à l’écran, il raconte avoir dribblé longtemps avec la question sans jamais avoir été en mesure de trouver la bonne trajectoire. Son cheminement comme immigrant souverainiste ne s’est accompli qu’à son arrivée chez Québec solidaire. 

- Pour moi, la souveraineté, ça ne peut se faire qu’avec un projet social pour tous les Québécois.

Malheureusement pour le joueur du FC Barcelone, lui, sa trajectoire n’a amené le ballon qu’à frôler la lucarne. Un tir qui a tout de même épaté la galerie du houka-bar.

La persévérance d’Andrés Fontecilla
Rien n’est acquis dans Laurier-Dorion. Si le candidat libéral Gerry Sklavounos semble avoir transformé la circonscription en un château fort libéral, Andrés Fontecilla croit être celui qui surprendra tout le monde le 7 avril prochain. Pourtant, avant d’y arriver, Andrés devra avant tout amener une majorité d’anciens péquistes de Villeray à changer d’allégeance politique. Un processus qui est long, mais qui commence à fonctionner pour lui.

-    C’est la même ostie d’histoire qu’en 2012. Les gens que je rencontre veulent sortir Gerry à tout prix, mais ne savent pas pour qui voter. Pourtant, cette fois-ci, je le sens, à la place de voter pour le Parti québécois, les gens de Laurier-Dorion vont voter pour Québec solidaire.

La tendance lui donne raison. En 2004, Andrés Fontecilla s’était présenté dans cette même circonscription pour l’Union des forces progressistes, un des ancêtres de Québec solidaire. Il avait alors remporté 4 % des voix. En 2012, il en a récolté 25 %. Il projette maintenant convaincre près du tiers de l’électorat de voter pour lui. Et il n’entend pas s’arrêter là.

Pour remporter la circonscription, il doit faire une percée du côté de Parc-Extension, un arrondissement surtout habité par des familles immigrantes. Pour les convaincre, il promet aux familles une éducation supérieure gratuite et de meilleurs services sociaux. 

-    Ce n’est pas en promettant des baisses d’impôts comme le Parti libéral que nous allons améliorer la situation financière des familles immigrantes. Ces familles bien souvent ne font même pas assez d’argent pour avoir de l’impôt à payer, affirme le candidat avec fermeté.

Du coup, on le remarque rapidement : les questions sociales comme l’équité salariale et l’aide aux chômeurs sont des thèmes qui soulèvent bien plus la passion d’Andrés Fontecilla que ceux de la souveraineté et de l’identité. Le candidat en perd même de vue la partie qui se joue devant lui. Il ne devrait pourtant pas.

Pour la première fois de la partie, son équipe, le FC Barcelone parvient à marquer. Ce but leur permet de niveler la marque. C’est maintenant 1-1. Un score qui nous gardera sur la faim puisque le prochain match entre les deux équipes n’aura lieu qu’au lendemain des élections. D’ici là, il est permis à tous de rêver. Pour Andrés Fontecilla, c’est une question de persévérance. Il veut la victoire. Si ce n’est pas pour cette fois-ci, ça le sera certainement la prochaine fois.


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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4972/the-electoral-avec-andres-fontecillaThu, 03 Apr 2014 13:47:22 EDTWilliams Fonseca-Baetaatletico madridfc barcelonethéquébec solidaireandres fontecilla2014electionreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4972/the-electoral-avec-andres-fontecilla
Guindon au SkyVenture Montréal
Guindon, raconte-nous comment ça s'est passé!

-Guindon : OK.

Préparatifs
Ce n'est plus un secret pour personne que je rêve de voler. Suite à mon envolée particulièrement torride à bord d'un Cessna que je pilotais, j'ai appris une leçon : fini les déguisements ridicules qui nuisent à ma performance et qui font en sorte que je m'évanouisse presque pendant mon banc d'essai. Non, cette fois-ci pour aller m'aérer les ouïes dans une cheminée, je ne me costume pas. En fait, je ne me prépare même pas.  J'ai envie de me laisser porter par le vent, dans tous les sens du terme. Après tout, Pierre Lambert ne s'était même pas préparé quand il était allé à l'Aérodium avec Marilou.

Arrivée
Accompagné de mon patron et ami Philippe Lamarre, je reviens sur les lieux du crime. Les plus historiens parmi vous se rappelleront sans doute de mon controversé reportage Guindon à Laval, lequel fut décrit par nul autre que Patrick Lagacé comme étant « dégoulinant de mauvaise foi ». Car voyez-vous, le SkyVenture Montréal est adjacent au célèbre Colossus de Laval, le cinéma soucoupe-volant. Faut dire que j'ai une drôle de relation avec le Colossus puisque dans cet extrait (à 11:55) d'un film québécois méconnu, j'ai déjà pitché des poissons dessus. Mais le poids des années ayant fait son œuvre, je crois que je peux tenter un retour incognito au Centropolis de Laval.

Formation

Après les formalités d'usage remplies, (on doit signer un formulaire de décharge en cas de blessure, ce qui est normal), on monte à l'étage du simulateur et déjà, on peut voir des Icares en herbe s'exercer au simili-vol. En effet, des militaires de l'armée canadienne viennent régulièrement s'entraîner. Je les trouve un peu poches, comparés à Pierre Lambert. (SPOILER ALERT : plus tard, après l'avoir moi-même essayé, je réaliserai que j'étais dans le champ, et que les militaires étaient très bons.) On nous présente ensuite à notre instructeur Jordan, qui nous amène dans une petite salle de classe pour nous expliquer les rudiments de base du vol yogique simulé. La formation commence par l'écoute (et le regard) d'un DVD. Franchement, ça ne semble pas très très compliqué : tu te pitches au-dessus du vent, tu écartes les jambes et les bras, tu t'arques le dos par à l'envers et tu suis les signes manuels de ton instructeur. Pis là, tu voles très haut, tu fais des pirouettes, tu es Mario Bros avec un queue de renard, tu es le gars de Red Bull qui a sauté en bas de l'Univers. That's it. Jordan revient à la fin du DVD, s'assure qu'on a tout bien compris, complète les explications avec des informations supplémentaires sur la position de vol et les signaux manuels, pis on est prêts. (Les signaux, c'est important parce qu'à cause du bruit qu'il y a dans le simulateur, on ne s'entendra pas parler.)

Déguisement

On me met un casque, des lunettes et une chienne. Une chienne, c'est un one-piece avec une fermeture-éclair. Celui-ci est ajusté et muni d'élastiques aux chevilles et aux poignets, mais d'autres corps de métier (dont les garagistes) préfèrent une chienne plus ample et aux ourlets plus dévergondés. C'était la pause Ton Petit Look. Je l'avoue, je ne déteste pas porter une chienne à l'occasion, surtout lorsqu'elle est multicolore.

Premier vol
Juste avant de prendre notre envol, Philippe et moi, on pose pour des petites photos souvenir (qui s'avéreront peut-être les dernières de notre vie.) Vous pouvez voir ces photos dans la galerie associée à ce texte.  Je suis semi-stressé. Je veux m'amuser et je sais que ça va être amusant, mais je veux aussi être bon. Je suis le premier à m'élancer. Je prends la pose de ces initiés polynésiens avant la chute et je me garroche à tout vent.

LE VENT EST FORT. JE FLOTTE.

En moins de deux secondes, je trouve ça vraiment le fun, mais soda que c'est pas facile de rester en équilibre! Jordan, qui est avec moi dans le simulateur, m'aide à avoir une bonne position de vol en faisant des signes avec ses doigts :  déplie les jambes, plie les jambes, écarte les bras, plie ton dos, sourit, regarde-moi, tout va bien, déplie les jambes, tout va bien, écarte les bras, etc... Bref, c'est rushant! Mais Justin est un pro et je fais du mieux pour suivre ses instructions. Ce que je remarque le plus, c'est que le moindre petit mouvement des mains ou des pieds a une incidence directe sur ma direction et mon altitude. Bon, je parle d'altitude, mais ici, on parle d'un gros mètre, peut-être deux... Après une minute, je m'expulse de la chambre à vent et c'est le tour de Philippe.

Il est pas mal bon le sacripant! Ça lui vient tout naturellement et son contrôle est meilleur que le mien. Pendant que je commence à être jaloux, je me découvre des muscles que je ne me connaissais pas, particulièrement sous les bras. La minute de Philippe écoulée, je me relance dans l'arène éolienne avec la ferme intention de faire mieux que mon boss.

Deuxième vol

Ma détermination ne change rien. J'ai beau vouloir être un adroit pilote de moi-même, contrôler ma simple stabilité est un exploit en soi. Il y a tellement de paramètres à essayer de gérer en même temps que ça en est très mélangeant. Je profite néanmoins de l'expérience, c'est sûr.  La preuve, c'est que je ris tellement que j'ai de la bave qui me remonte dans les yeux à cause du vent. Mais calvaire que c'est exigeant. Désorienté et entremêlé dans mes propres membres, je rentre au vestiaire.

Philippe est encore très bon à son deuxième vol, mais comme moi, il semble expérimenter le surplus d'informations voyageant entre le cerveau et les membres, ce qui cause une drôle de non-coordination vraiment pas adéquate quand on essaie d'être Néo dans La Matrice.

Troisième vol

Alors que les deux premières envolées étaient d'une minute, la dernière est de deux minutes pour qu'on profite pleinement de l'expérience. J'éprouve encore des problèmes de coordination qui ne me rendent pas du tout élégant : je fonce dans la vitre, je m'aplatis sur le ventre, je m'élève involontairement de quelques mètres...avant de refoncer dans la vitre. Par contre, la deuxième minute, c'est le nec plus ultra, le summum, l'apothéose, le firmament! En instructeur super expérimenté et professionnel qu'il est, Jordan (qui a été à bord du simulateur avec nous pour toutes nos envolées) me prend par les poignées que j'ai dans le dos (c'est pas une joke) et m'amène au sommet du tuyau-ventilateur à une vitesse folle et en faisant des pirouettes acrobatiques indescriptibles. Je vole à 10 mètres de haut. Je danse sur le vent. J'espionne les pauvres mortels retenus au sol par la gravité de leur vie. Je suis le maître du monde. Je suis Pierre Lambert. (Mais Jordan n'est pas malheureusement pas Marilou.)

On redescend. Je sors de la chambre à air les jambes molles et sous le choc d'avoir réalisé mon rêve. Je regarde Philippe subir le même traitement-choc après avoir pris une petite pause d'Éole pour réinitialiser ses circuits de communication tête-bras-jambes. Il est très haut. J'étais très haut. C'est fou. Je suis heureux.

Retour à la réalité
Philippe redescend et, tout de suite, on partage nos émotions fortes : le drôle de mélange de joie d'avoir volé et la prise de conscience de la difficulté de le faire correctement quand on est inexpérimentés.  Pendant ce temps, Jordan offre une petite démonstration de ses habiletés. Il est incroyablement bon. Il fait des moves de jeux vidéo et de films d'action. Constat : on ne sera pas des Air Jordan tout de suite. Nos muscles des quatre membres manifestent leur mal de vivre de manière assez soutenue pendant qu'on enlève nos déguisements. On continue notre post-mortem en attendant notre petit cadeau : un DVD souvenir de notre performance époustouflante. (Voyez le tout dans la vidéo ci-bas!) On remercie tout le monde et on décolle.

Conclusion
Je sors de là enchanté, fier d'avoir réalisé mon rêve. Je vais être racké demain, mais je m'en fous.  Je reviendrais ici en coup de vent, avec un vent d'enthousiasme, contre vents et marées.

Et j'ai hâte de montrer à ma blonde mon DVD! D'ici là, j'amène Philippe manger dans un fleuron de la gastronomie rapido-lavalloise, le Ciel Bleu.



Pour voir la galerie-photo, c'est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4952/guindon-au-skyventure-montrealThu, 27 Mar 2014 13:59:11 EDTFrédéric Guindonguindonlavalmontrealskyventuresimulateurchute librevolreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4952/guindon-au-skyventure-montreal
Bière électorale avec Gerry Sklavounos« Il va y avoir du sport, de la bière, mais aussi de la politique. » C’est sur ces termes que j’ai invité Gerry Sklavounos, le député de la circonscription Laurier-Dorion depuis 2007, à écouter un match de soccer autour d’une bière. Aussitôt l’invitation lancée qu’un rendez-vous était prévu pour le lendemain dans le quartier de son local électoral. 

Je prends donc la route pour Parc-Extension, « Parc-Ex » pour les intimes,  un quartier tout juste à l’ouest de Villeray habité essentiellement par des familles immigrantes. Une réalité qu’on découvre assez rapidement lorsqu’on se rend sur les lieux. Exit les arômes américains à la Hamburger Helper, ici les rues sont parfumées en permanence aux épices indiennes, asiatiques et latino-américaines. Et c’est dans une allée particulièrement gourmande et exotique de Jean-Talon Ouest que se trouve mon lieu de rendez-vous ; le Café Cozmos. Tout petit, ce bar grec de type café aux couleurs pastel meublé de quelques tables et téléviseurs passe inaperçu dans le décor ambiant de la ville. 

Dès mon entrée, un homme debout au bar me voit et me crie une phrase en grec. Je lui acquiesce un salut de la tête sans trop savoir s’il m’accueillait ou s’il m’insultait. Son accent n’est pas le seul de la place. La vingtaine de clients assise au Cozmos discute en grec en attendant la tenue du match de soccer à la télévision opposant justement un club grec, l’Olympiakos, à une légendaire équipe anglaise, le Manchester United. Inutile de préciser que les clients du Cozmos ont un parti pris pour l’équipe hellénique: à peine les joueurs montés sur le terrain qu’un homme se dirige vers un des écrans de télévision pour bénir d’un signe de croix les différents sportifs apparaissant à l’écran. Un tel geste aurait pu être qualifié d'ostentatoire par certains politiciens, diraient les mauvaises langues. 

Parlant de politiciens, Gerry Sklavounos entre quelques minutes après le commencement de la partie. Son arrivée ne passe pas inaperçue. Même si la plupart des yeux sont rivés vers les téléviseurs, une bonne majorité des clients prennent le temps de le saluer et même de lui dire quelques mots en grec, que je ne saurais comprendre. 

Le candidat libéral, un Montréalais d’origine grecque, est bien connu du quartier. S’il a vécu son enfance sur le Plateau Mont-Royal, c’est dans Parc-Ex qu’il a passé la majeure partie de sa vie. 
- C’est beau comme quartier. C’est même dépaysant. Il n’y a rien comme ça à Montréal, non?

D’ailleurs, la fierté semble être une caractéristique qui définit bien Gerry. Grand et loquace, ce dernier a un tic lorsqu’il vante ce qu’il a fait pour son quartier. Il prend à deux mains les rebords intérieurs de son veston pour le replacer d’un trait. Geste qu'il répétera sans cesse au courant de notre entretien. 

Aussitôt à table, le même client qui m’avait accueilli à mon arrivée au bar vient voir Gerry Sklavounos pour lui parler quelques minutes en grec. Je tente sans grand succès de traduire leurs échanges qui semblent très sérieux. 

- Il me racontait que son frère a eu un malaise avec son cœur. Fort heureusement, on a pu le soigner juste à temps dans un établissement du quartier. 

Un établissement qui dessert depuis peu, selon Gerry, des patients qui seraient habituellement envoyés dans des hôpitaux plus éloignés sur l’Île de Montréal.  

Malgré le sérieux du sujet, je profite de l’occasion pour lui demander de trinquer puisque nos deux premières pintes arrivaient à table. C’est sur un « yamas » (désolé, je ne suis même pas trop sûr de l'orthographe correcte), un genre de « cheers » en grec, que nous trinquons à l’occasion. Gerry Sklavounos ne cache pas son appréciation pour ce genre d’activité. 

-Pendant la campagne, j’aime bien venir ici lors de grands rendez-vous sportifs pour rencontrer mes électeurs. 

Pourtant, il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous sportif. Gerry m’avoue qu’il a une affection particulière pour l’Olympiakos. Une équipe qui, tout comme lui dans sa campagne dans Laurier-Dorion, débute avec quelques points d’avance sur ses adversaires.  
 
Après avoir remporté les élections de 2007 et 2008, Gerry Sklavounos a mené une campagne plus serrée en 2012 contre le Parti Québécois et Québec Solidaire, ses deux plus proches poursuivants. Pour 2014, le député sortant ne se compte pas gagnant d’avance. Il veut conserver son bassin d’électeurs dans Parc-Ex, mais veut aussi gagner du terrain dans Villeray, un quartier surtout habité par des francophones et des étudiants.

- D’ailleurs, ça peut paraître surprenant, mais d’après notre travail sur le terrain, bien des jeunes optent en ce moment pour les Libéraux, dans Villeray. 

Surprenant, indeed. Deux hivers se sont écoulés depuis le printemps érable, mais des carrés rouges flottent encore et toujours sur les balcons de Villeray. Alors pourquoi un changement du rouge écarlate pour le rouge libéral ? 

- Le Parti Québécois a peut-être annulé la hausse des frais de scolarité, mais il a baissé le crédit d’impôt aux études. Au bout du compte, les étudiants vont maintenant payer le même prix que si la hausse avait passé. Je le sais, je l’ai moi-même calculé.

Fâché, le candidat affirme que son parti a changé de position quant aux coûts pour des études supérieures. Les libéraux appuieraient une indexation des frais de scolarité et seraient contre une baisse du crédit d’impôt. Il qualifie d’ailleurs cette baisse de hausse déguisée. 

Déguisé ou non, un joueur de Manchester trébuche dans la zone du gardien de l’Olympiakos et un tir de pénalité est donné. La clientèle du Cozmos se met du même coup à railler. L’équipe grecque souffre son premier but de la partie. 

Gerry prend une gorgée de bière et enchaîne sur ses priorités pour la circonscription. Avec un taux de chômage plus élevé que la moyenne montréalaise, il n’est pas surprenant que l’emploi soit une question primordiale dans Parc-Ex. 

- L’histoire de l’immigrant diplômé chauffeur de taxi, ce n’est pas de la fiction, commence-t-il à raconter. Quand on parle d’immigrants ici, on devrait parler de réfugiés économiques. Les immigrants qui viennent s’établir au Québec viennent essentiellement trouver un emploi qu’ils n’arrivent pas à obtenir chez eux. 

Pourtant, dans plusieurs de ces cas, la langue française agit comme barrière dans l’atteinte de succès de certains de ces immigrants. Une difficulté que Gerry Sklavounos comprend bien. Même si son français sonne sans faute, il cache un petit accent. Un peu comme si Sugar Sammy avait travaillé son français pour parler plus québécois. Le candidat libéral l’avoue, il a fait toute son éducation en anglais. Et assez curieusement, c’est à coup de burgers qu’il a appris le français. 

- J’ai appris le français en travaillant au McDonalds au coin de Jean-Talon. C’est par le travail qu’on peut enseigner le français aux immigrants, et non le contraire. 

Pour prouver son point, le député a l’intention d’aider les différentes communautés culturelles de Parc-Ex dans la création de pôles industriels dans le quartier, notamment, un pôle où des immigrants sud-asiatiques pourront développer leurs expertises en télécommunications. Un plan qui ne se réalisera jamais selon lui sous la menace d’un référendum ou d’une charte du gouvernement péquiste. 

- Les gens de Laurier-Dorion ne veulent rien savoir d’un référendum. Ils en ont peur. Et je suis le seul candidat avec des chances de gagner qui est contre la tenue d’un référendum. 

Pourtant, la partie n’est pas jouée. Si Parc-Ex semble acquis pour le candidat libéral, les électeurs de Villeray peuvent changer la donne. Gerry Sklavounos devra faire attention de ne pas crier victoire trop rapidement. Surtout qu’au coup de sifflet final de la partie, son Olympiakos, lui, a vu s'échapper une victoire presque certaine. 

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4939/biere-electorale-avec-gerry-sklavounosMon, 24 Mar 2014 15:50:11 EDTWilliams Fonseca-Baetabière électoraleGerry Sklavounosolympiakos FCreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4939/biere-electorale-avec-gerry-sklavounos
Beau, bon, pas cher: le journalisme à l'Île Maurice
À StreetPress, on en a marre : crise de la presse, trop d’impôts, trop de charges… Le ras-le-bol fiscal guette notre patron. Son constat est clair, un journaliste coûte trop cher. Et si Renault délocalise ses usines en Roumanie, pourquoi ne pas faire pareil ?! On ne vous cache pas que ça fait quelques temps qu’on y pense dans les hautes sphères, surtout depuis qu’à la rédaction certains parlent carrément de se syndiquer…

Offshore
« Si ça continue, je vais finir sur la paille. Déjà l’an dernier, j’ai dû revendre l’un de mes yachts pour payer les notes de frais des journalistes », témoigne Jo, fondateur de StreetPress. Quand Rosemees Company Limited, une société « opérant en offshore » (sic) a contacté l’équipe de StreetPress, la direction était plus qu’emballée: « On avait déjà commencé à discuter de qui nous pourrions nous séparer », confesse sous couvert d’anonymat un responsable des ressources humaines de l’équipe du pure-player.

Il faut dire que l’offre était alléchante : « Nous sommes en mesure de vous faire économiser entre 40-60% sur les ressources humaines », promet la publicité tombée dans nos boîtes mail. Et ce, grâce à des « plate-formes » situées à l’Île Maurice ou Madagascar pour des articles en français (il est également possible d’avoir du contenu en anglais, espagnol et italien grâce à des plate-formes situées en Inde et en Argentine). Wouaou, une multinationale de la sous-traitance journalistique qui nous propose de produire beaucoup plus d’articles pour beaucoup moins cher !

Pas d’amateurs
Sur son site internet, l’entreprise revendique « près de 1000 employés ». Ses cœurs d’activités: le télémarketing et les centres d'appels. Une page est également consacrée à la « rédaction web ». Elle propose de « peupler un site internet », et assure de la qualité de son service :

« Pour nous, être rédacteur web est un métier à part entière, et nous n’avons pas d’amateurs ou de gens “compétents” à vous proposer. Notre personnel est professionnel (…). Nos journalistes web ont été formés afin de concilier une écriture simple, facilement compréhensible et claire pour l’internaute afin de répondre efficacement et rapidement à ses besoins d’information. »

Notre big boss, salivant d’avance à l’idée de réduire sa « masse salariale » en augmentant ses marges, mandate l’auteur de ces lignes pour contacter l’entreprise prestataire.

Low-cost
Au téléphone, on nous assure qu’il n’y a « aucun problème » pour faire du contenu journalistique. D’ailleurs, leurs rédacteurs sont au niveau : de bac à bac+3 (NDLR: équivalent de cégep à baccalauréat au Québec). Et pour StreetPress, « pas besoin d’un bac +3, un niveau 2 devrait suffir », affirme notre interlocutrice. Plus modestes que leur confrères hexagonaux, les journalistes mauriciens « ne signent pas les papiers. Vous pouvez nous donner un pseudonyme ». Ah, comme c’est pratique ! On pourrait peut-être garder les signatures de nos actuels journalistes...

Ça coûte combien ?
Le tarif de base est de « 0,019 euro le mot », soit 9 euros 50 l’article de 500 mots (environ une demi-page dans un journal comme Libération). Comme l’idée, ne nous en cachons pas, c’est de virer un journaliste (moi?), nous avons décidé de comparer leur offre avec le coût d’un salarié de StreetPress, soit pour l’entreprise quelques 2500 euros par mois (charges comprises). La commerciale nous demande de patienter quelques instants, le temps de faire ses calculs. « Si je vous fais un tarif dégressif, pour 2500 euros, je peux vous proposer 330 articles de 500 mots environ. » Soit le nombre de papier produit par toute l’équipe de StreetPress en… 11 mois ! Un tarif alléchant (7,57 euros l’article), d’autant plus qu’il n’y a ni charge, ni taxes à ajouter. Quant aux modalités de paiement: c’est 50% à la commande, le reste à la réception des papiers. Le tout à régler « par virement bancaire ou Western Union ».

Droit social
Et les salariés dans tout ca ? Grâce aux joies des internets, on finit par mettre la main sur une ex-plume de la boîte qui nous raconte le fonctionnement de Rosemees Company : une vingtaine de salariés s’occupent de la rédaction des articles en « se basant sur la presse et le web ». Et même si l’ambiance est « plutôt détendue », pas question de mollir si on veut atteindre les objectifs fixés : 21 papiers par jour. Pas vraiment un problème pour notre rédacteur. « J’arrivais à en faire environ 40 en une journée », pour un salaire de 22 000 roupies, environ 530 euros, « plus des primes ». Ce qui correspond au salaire moyen à l’Île Maurice.

Délocaliser StreetPress serait presque une forme d’aide au développement donc… « Tu crois que, comme pour un don à une ONG, on peut le déduire de ses impôts ? », m’interroge Jo, toujours avide de nouvelles méthodes d’optimisation fiscale. Je ne crois pas, mais selon l’Expansion, le pays bénéficie de « l’un des régimes fiscaux les plus généreux au monde » avec un taux d’imposition de seulement 15% pour les entreprises et… 0% sur les dividendes.

Clients
Streetpress n’est visiblement pas la seule entreprise tentée par ce système : Rosemees Company, sur son site internet, assure travailler pour « les plus grands opérateurs médiatiques anglophones et francophones ». Info ou intox ? Par mail, l’entreprise de sous-traitance nous balance, articles à l’appui, une liste d’une vingtaine de sites internet. Certains squattent le top 50 des sites les plus visités de France. Contactées, les entreprises nient. Impossible de vérifier.

L’ex-salarié nous explique cependant que Rosemees Company fournit des articles à de nombreux sites de presse féminine, du secteur du jeu vidéo – « deux personnes ne faisaient que ça, ils testaient même les jeux chez eux » – mais aussi de nombreux sites techno et bricolage.

Test
Encore indécis ? Pas de problème, Rosemees Company Limited nous propose un « article test » sur un sujet de notre choix.

> StreetPress : Un article style reportage, sur l’ouverture d’un bar à chats, à Paris, c’est possible ?

> Rosemees Company Limited : Sans problème !


Il suffit d’envoyer un article qui servira de modèle pour le format et le ton. Nous choisissons un reportage sur le « vapor-lounge », un bar où l’on vient déguster les cigarettes électroniques proposées par la maison.

48 heures plus tard, le résultat tombe dans notre boîte mail. Le papier est bien écrit et tous les éléments du reportage y sont. « Les yeux pétillants » de la patronne, description, ambiance… On s’y croirait presque. Quand on pense que les journalistes de StreetPress perdent leur temps à partir sur le terrain, alors que mater quelques vidéos de France 3, Le Figaro ou Europe 1 suffit à faire illusion. Et puis, pas de véritable risque de se faire prendre pour plagiat, puisque les citations, bien que reconnaissables, sont légèrement reformulées. Ah, ce sens du détail !

Pour lire l'article en question, rédigé par un « journaliste » mauricien, c'est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4926/beau-bon-pas-cher-le-journalisme-a-lile-mauriceWed, 19 Mar 2014 11:44:12 EDTMathieu Molard / STREETPRESSjournalismemadagascarmauricemondialisationdelocalisationstreet pressreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4926/beau-bon-pas-cher-le-journalisme-a-lile-maurice
Ta télé veut avoir du sexe avec toi – Pourquoi on ne couche pas avec ses amis en 4 points
D'un autre côté, je dois avouer qu'il m'est déjà arrivé de découvrir chez une vieille connaissance une odeur que je ne lui connaissais pas, un petit quelque chose neuf et animal qui met le feu aux poudres, qui fait que les évènements s'enchainent et que BIM, nous nous retrouvons à donner raison au vieil adage.


L'amitié homme – femme se casse la gueule

Et après ? Est-ce qu'on peut vraiment se rouler dans la paille ensemble pour ensuite se séparer en se donnant une bonne tape dans le dos ou est-ce le début de la fin ? Vivre de grands moments de plénitude charnelle, en toute amitié, est-ce possible ?

On dit aussi que la télévision ne ment jamais. Pour répondre à cette question sexistentielle, j'ai déniché quatre séries dans lesquelles les personnages ont affronté le grand virage de l'amitié.

1 . Ami particulier ou homme objet : fucky buddy, qui es-tu ?


Avant toute chose, définissions ces aventures extra-amicales.

Dans Sex and the City, durant un cours de yoga, Carrie explique à Charlotte ce qu'elle appelle un Fuck Buddy :

- Carrie : Un fuck buddy est un gars avec qui t'es sortie une ou deux fois, tu sais que ça ne mènera à rien mais il est bon au lit, donc tu gardes le contact.
- Samantha : C'est un peu comme allo-bite.
- Charlotte : Tu veux dire que t'appelles ce mec juste quand t'es ... chaude ? Il vient de tout de suite ?
- Samantha: ben, ce n’est pas un esclave, il a quand même une vie ...
- Miranda: … mais t'es pas obligée de la connaitre.
- Carrie : Et la livraison est garantie dans les six heures maximum.
- Charlotte : Vous en avez toutes un ?
- Miranda : Le mien a déménagé à Chicago alors maintenant on fait du phone-sex.
- Carrie : Que fait-il à Chicago ?
- Miranda : Je n'en ai absolument aucune idée.


Hannah de la série Girls ne connait pas vraiment Adam non plus, mais elle l'apprécie vraiment. Le problème, c'est qu'entre deux grands moments de sexualité débridée et une fois le lit refait au carré, c'est le silence radio. Elle se contente donc de « presque » jouir à chaque fois que Adam a du temps pour la voir.

Dans Scrubs, en revanche, les deux amants se connaissent très bien puisqu'il s'agit de Eliott Reid et de John «J.D» Dorian, deux des personnages centraux de la série, qui passent neuf saisons à se séparer pour mieux se remettre ensemble. Dans l'épisode en question, ils ne sont plus en couple mais craquent et s'offrent des retrouvailles enflammées sous l'arbre de Noël. Comme dit JD, ils sont adultes et il n'y a aucun mal à se faire plaisir. Eliott ajoute : « je suppose qu'on pourrait juste être des sex buddies », une véritable victoire pour JD, puisque ce serait la phrase que « tous les hommes rêvent d'entendre ».

L’ami d’oreiller, ça peut donc être quelqu'un qu'on ne connait pas vraiment ou au contraire quelqu'un qu'on connait un peu trop bien, quelqu'un qu'on aimerait connaitre plus (ou pas du tout).


Sex and the City


Friends aussi nous livre une histoire d'ex avec Monica et Richard qui, après un cours de cuisine particulier, décident de célébrer le bon vieux temps. Monica dit : « on peut être amis et coucher ensemble » et Richard lui répond : « oui, ce serait juste un truc qu'on ferait, comme du racquetball. »

Après quelques secondes malaisantes, Monica demande à Richard si il a d'autres racquetball buddies. C'est le cas, il a d'ailleurs un rendez-vous prévu dans la semaine. « Est-ce que tu veux que je l'annule ? » - « non, non » s’exclame-t-elle, éclatant d’un rire forcé.

2. Les femmes ne font pas la différence entre sexe et sentiments

Ce que la télévision m'apprend, c'est que si ces aventures d'amitié augmentée échouent, c'est principalement de ma faute. Mes synapses de femme étant directement connectés au col de mon utérus, dès que ça s'agite là en bas, je perds la raison.

Turk, le meilleur ami de JD, le prévient à ce propos : « Les femmes ont du mal à séparer le sexe des sentiments. Tu crois que tu t'en sors bien mais bientôt elle te dira, JD, j'ai besoin de toi. » Et Eliott de confirmer plus tard : « Je ne peux pas en rester là, je ne vais pas réussir à séparer le sexe des sentiments et on redeviendra un couple. Et ce n'est pas ce qu'on veut non ? »

Même constat du côté de Hannah, qui vit mal le fait que Adam ne réponde jamais à ses messages. Prétextant qu'elle se balade dans le quartier, elle débarque chez lui, l'embrasse et lui dit : « Je t'aime tellement, je ne sais pas pourquoi tu disparais. » Ce à quoi il répond qu'il est là, parce que Adam vit le temps présent, il cueille le jour alors que Hannah spécule sur le pourquoi du comment. En le quittant, elle lui demande : « on se voit bientôt ? », il lui répond : « oui, envoie-moi un message » (auquel il ne répondra pas.)

De son côté, Sex And The City renforce le cliché en admettant qu'avoir un sex-buddy, c'est se comporter comme un homme. C'est ce que dit Samantha à Charlotte, la voix tintée d'admiration, quand cette dernière lui raconte qu'elle a un double rendez-vous prévu le lendemain. « Je ne sais pas comment je vais faire pour manger deux fois dans la même soirée » ajoute Charlotte. Commentaire de Carrie en voix-off : « et là soudainement, elle est redevenue une femme. »


Le genre expliqué par Carrie Bradshaw

Pour nos épicuriennes urbaines, le Q plan c’est un truc de femmes modernes, qui se dédient corps et âmes à leurs carrières et qui n'ont pas le temps de s'investir dans une relation ...

Prenons 30 secondes pour établir un petit raisonnement :

Je suis une femme qui travaille >  j'ai un fuck-buddy > Avoir un fucky-buddy, c'est se comporter comme un homme > Une femme qui travaille est donc ... un homme



3. Le monde entier s’invite dans mon lit

Ce qui explique peut-être la différence entre les hommes et les femmes dans ce type de relation, c'est la manière dont ils sont perçus par le monde extérieur.

Marnie, la meilleure amie de Hannah, lui dit « Adam ne peut pas te faire ça. Il ne peut pas, il n'est pas autorisé, ce n'est pas ton copain » quand elle lui raconte les soirées qu’elle passe en compagnie de Adam. Quand celui-ci lui envoie par erreur une photo de son penis mi-mou (ou mi-dur, si on est optimiste) destinée à une autre, Hannah le prend à la rigolade. Mais ses collègues de travail lui disent qu'elle doit se faire respecter, qu'elle doit avoir plus d'amour-propre.


Girls


On attend Eliott jalouse et honteuse alors qu'en réalité, elle assume plutôt bien le fait de recoucher avec son ex :

- Turk à JD (à propos de la vendeuse du magasin de bonbons de l’hôpital) : La vendeuse, tu l'as .. ?
- Carla : Turk, Eliott est là.
- Eliott : Ça m'est égal.
- Carla : Ah, alors j'imagine que quand je suis passée devant la chambre de J.D il disait à un autre Dr Reid de ne surtout pas s'arrêter.
- JD (qui feint de se sentir gêné) : Cette conversation commence à me mettre un peu mal à l'aise et je suis sur que Dr Reid ressent la même chose.
- Eliott : Non, tu peux mh mh avec qui tu veux, ça m'est égal.
- Voix-off de J.D : Tu veux jouer à ce petit jeu hein ?

Pour Charlotte, un sex buddy, ce n'est pas « une relation saine. » Quant à Carrie, elle ne voit son ami que quand elle entre dans des phases d'instabilité, où elle enchaine les nuits blanches, se lève tard et mange de la bouffe chinoise bien grasse.

De manière générale, si une personne se défend de vouloir avoir une relation sexuelle avec un ami, elle est tournée en ridicule par son entourage, comme Monica qui retrouve ses Friends dans la cuisine, qui lui demandent où elle était la veille. Elle explique être sortie avec Richard, qu’ils ont été mangé ensemble en toute innocence. Ça n'existe pas les burgers innocents répond Phoebe. Elle a passé du temps à essayer de l'oublier et maintenant elle va fêter ça en allant manger avec lui, ajoute Chandler.

Bien que Monica répète ne pas vouloir sortir avec Richard mais simplement être amis – Ross revient à la charge en disant : des amis nus.

4. Les mecs ne pensent qu'à ça


Scrubs


Si les femmes sont de gros cœurs sur pattes, le centre névralgique de l'homme, c'est bien connu, se situe plutôt en dessous de la ceinture. Quand les femmes se confient, les hommes en profitent puis coupent les ponts une fois qu'ils ont obtenu ce qu'ils veulent.

Après que Eliott ait mis un terme à cette aventure qui risquait de la blesser, elle dit à J.D : « Je sais que ce sera plus dur pour toi d'être juste des amis. » et plus loin : « Parce que t'es un mec. » Bien qu'elle lui ait expliqué clairement qu'elle ne voulait plus coucher avec lui, J.D insiste puis se venge en sortant avec une autre un soir où Eliott est plus bas que terre.

Le lendemain, elle lui dit :
- « J'avais besoin de ton aide et tu m'as laissé tombée. »
- « C'est toi qui a érigé toutes ces barrières, qui a dit qu'on ne sortait plus ensemble. »
- « Je ne voulais pas un petit ami hier soir, je voulais un ami. »

J.D finit par s'excuser de ne pas avoir été à la hauteur mais pense au fond de lui : «plaque-la par terre et monte-la comme un lion. »

Même scénario dans Friends, Monica répétant à plusieurs reprises à Richard qu'elle n'est pas prête à le revoir mais finissant par céder devant son insistance et dans Girls, Hannah ouvrant son cœur à Adam qui couche une derrière fois avec elle pour l'envoyer balader le lendemain.

CQFD : Les hommes et les femmes sont faits pour être en couple.

Triste constat : il semblerait que le couple soit la seule voie acceptable si l’on veut avoir des relations sexuelles respectueuses et épanouissantes.

Vous avez l'impression que quelque chose ne tourne pas rond ?

La télévision est souvent décrite comme une fenêtre sur le monde. Je la comparerais plutôt à un trou de serrure : elle permet de regarder ce qui se passe chez les autres mais son champ de vision est très réduit.

Hommes comme femmes, nous sommes souvent victimes de représentations qui ne nous correspondent pas mais qui influent sur notre manière d’interagir avec ce qui nous entoure et sur nos propres identités. Les premiers doivent jouer les conquérants désabusés alors que les secondes sont condamnées à vivre des plaisirs coupables. Les uns gagnent, les autres perdent. Présenter les hommes et les femmes, les gens en général, comme des rivaux, c’est nous obliger à nous méfier constamment les uns des autres. Or, la base d’une relation qui roule, c’est la confiance et le respect. Et ceci est valable en amour, en amitié et même pour les amis pour qui on a beaucoup d’amour.

Bon, on m’informe d’une épidémie de chlamydia alors ne vous faites pas trop confiance non plus.


Un garçon, une fille, un virage bien négocié


Elisabeth Meur – Poniris
@elimeur

Friends est une série télévisée diffusée sur NBC entre 1994 et 2004.
Épisode commenté : Celui qui persiste et signe - The One Where Monica And Richard Are Friends
(Saison 3, Épisode 13)


Sex and the City est une série télévisée diffusée sur HBO entre 1998 et 2004.
?Épisode commenté : L’homme objet – The Fuck Buddy
(Saison 2, Épisode 14)


Scrubs est une série télévisée diffusée sur NBC entre 2001 et 2008, puis sur ABC entre 2009 et 2010.
Épisodes commentés : Mon copain de lit – My sex Buddy (Saison 2, Épisode 11)
Mon nouvel ex-amoureux – My New Old Friend (Saison 2, Épisode 12)?


Girls est une série télévisée diffusée sur HBO depuis avril 2012, elle compte aujourd'hui trois saisons et est toujours en cours de production.

Épisodes commentés : ?Hello, New York 1 - Pilot (Saison 1, Épisode 1)
De l’efficacité des préservatifs - Vagina Panic (Saison 1, Épisode 2)
C’est le lot des audacieuses - All Adventurous Women Do (Saison 1, Épisode 3)
Le journal d’Hannah - Hannah’s Diary (Saison 1, Épisode 4)
Pas facile d’être une fille facile - Hard Being Easy (Saison 1, Épisode 5)
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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4912/ta-tele-veut-avoir-du-sexe-avec-toi-pourquoi-on-ne-couche-pas-avec-ses-amis-en-4-pointsThu, 13 Mar 2014 13:34:57 EDTElisabeth Meur-Ponirisrelationfemmehommesexeamouramitiéamireportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4912/ta-tele-veut-avoir-du-sexe-avec-toi-pourquoi-on-ne-couche-pas-avec-ses-amis-en-4-points
Les discrètes : l’altruisme au temps du selfieLes discrètes nous plonge au cœur de la congrégation des Sœurs de la Providence, une communauté religieuse née à Montréal en 1843 et qui se consacre aux plus démunis. En filmant le quotidien de ces femmes, la réalisatrice dresse par omission un portrait acerbe de notre société actuelle et des temps à venir.

Dès le titre, la discrète fait écho à son opposée, l’ostentatoire. Avant d’être un mot servi à toutes les sauces pour alimenter un débat sur le caractère alarmant ou non d’une tête voilée, l’ostentation dans sa connotation première signifie faire parade de ses qualités ou de ses avantages.

Quand on se décide pour un téléphone à mille dollars plutôt que pour un autre moins couteux, on pèche souvent par ostentation : on en profite pour montrer à notre entourage qu’on en a les moyens, qu’on est une personne fréquentable et ça nous distingue de tout un tas d’animaux de bassecour.

L’ostentation, c’est parfois faire des choses stupides juste parce qu’on peut.

À la fashion-week de Londres, Nokia présente une jupe ostentatoire composée de quatre-vingts téléphones intelligents

Parfois, c’est le fun mais là où le bât blesse, c’est quand l’objet de notre ostentation n’est pas seulement un bonus pour nous qui le possédons mais un gros point noir dans la figure de celui qui ne le possède pas. On évolue dans un monde où tout est codé et même un t-shirt donne à penser sur notre identité profonde. L’une des sœurs présentes dans le film, consciente du danger, le souligne très bien : « s’habiller laïc, c’est toujours un problème : on ne sait jamais quoi se mettre. »

Séance de shopping entre Soeurs

Les magazines auraient donc raison de nous mettre en garde contre le fashion-faux pas. Mais glissons-nous un instant dans la peau de cette femme ou de cet homme qui, à un moment, a fait un vrai pas de côté, voire plusieurs. Si ce n’est pas évident de sortir avec des chaussures « so 2013 », avoir les dents usées par 20 ans de consommation de drogues, c’est tout de suite une autre paire de manches. Au-delà des apparences physiques, 20 ans c’est long : ça laisse le temps d’intégrer tout un tas de comportements et d’en oublier d’autres. Mais sur le temps d’une vie, c’est pas grand-chose et admettons que cette femme ou cet homme ait vraiment la force de s’en sortir et qu’elle / il y arrive, elle / il continuera à porter les stigmates de son histoire et ça, ça ne pardonne pas.

Ça ne pardonne pas parce que aujourd’hui, l’échec ne fait plus partie de notre vocabulaire. Depuis qu’on est petits, on nous a collé comme animal de compagnie la chimère du parcours parfait (être sur la plus haute marche du podium, décrocher des mentions puis se trouver un bon parti ou une femme bête et jolie et puis vous connaissez la suite) et que cette petite bête-là continue à être nourrie par tout un tas de publicitaires, qui nous flattent en nous racontant que ce chandail Abercrombie, taillé sur mesure pour des gens beaux, minces et riches est fait pour nous et qu’on l’a mérité.

Brisons un peu nos propres mythes et admettons qu’on a surtout eu une chance énorme, comme celle de ne pas avoir perdu sa mère à l’âge de 5 ans, morte du SIDA et d’être resté seul avec son père junkie. Gardez vos drama queen pour votre soeur, je n’invente rien: c’est l’histoire bien réelle d’une des intervenantes du film, Kathie, qui a été recueillie à l’âge de un an et demi par la sœur Annette.

Et c’est comme ça que les Sœurs de la Providence interviennent : elles ouvrent la porte aux moins chanceux et s’adressent à eux comme à des êtres humains. Elles ne font pas des miracles, elles ne transforment pas l’eau en vin : elles se contentent de regarder un homme dans les yeux, même quand il n’a pas souvent l’occasion de se laver et elles l’écoutent. Une activité à la portée de tous, qui ne demande pas l’acquisition d’un matériel particulier.

Les Sœurs soutiennent les femmes du centre de détention Tanguay

À nos athéistes les plus clairvoyants et à ceux qui se sont fait tatouer carpe diem sur le front, ne vous fatiguez pas à cracher dans le bénitier, le bien-fondé ou non de la religion ce n’est pas le sujet de ce film.

Durant l’entrevue qu’elle m’a accordée, Hélène Choquette a tenu à être claire sur ce point :

 « Les discrètes, ce n’est pas un travail de journalisme. Je suis une documentariste avant tout et même si je respecte une certaine rigueur journalistique, je ne cherche pas forcément le contre-point de vue. J’ai choisi de ne pas critiquer l’institution religieuse. On sait que l’église a commis des erreurs par le passé mais ce n’est pas ce que je voulais questionner. On a voulu faire un film sans fard, simple, qui ressemble aux Soeurs. Les discrètes ce n’est clairement pas un film d’action mais c’est un film de bonnes actions. »

Les discrètes, c’est une réflexion sur le poids de nos actes, sur ce qu’ils racontent de nous et sur notre besoin criant de pouvoir échapper de temps à autre aux jugements. À travers le regard de la réalisatrice, on entre dans le monde de l’anti bling-bling.

C’est aussi un film qui raconte le temps qui passe et la manière dont notre société a évolué au cours du dernier siècle. Et même si les discrètes sentent un peu la boule à mites des fonds de tiroirs de nos anciens, on en vient à se demander si elles ne sont pas beaucoup plus en avance sur notre temps que nous.

 « Aujourd’hui, on parle beaucoup de décroissance. Les Sœurs remplacent l’élastique de leurs jupes plutôt que d’aller en acheter une nouvelle, elles récupèrent le linge des Sœurs décédées. Ce sont des femmes qui vivent dans une véritable simplicité. »

Atelier tartines pour les itinérants de la place Émilie-Gamelin

Pour conclure mon interview sur une note positive, j’ai demandé à la réalisatrice comment elle envisageait notre futur proche :

« Quand j’ai réalisé Les réfugies de la planète bleue [qui abordait la thématique des réfugiés climatiques], la monteuse m’a demandé pourquoi je n’avais pas fait un happy-ending. J’ai été obligée de lui dire qu’après trois ans de recherches et de tournage, je ne voyais pas de solution. Le problème est tellement global et puis on est sectaires, tous refermés chacun sur notre petite réalité, sur notre petit confort. »

Plus tard, les Internets m’informaient d’un nouveau phénomène de mode chez nos jeunes les moins aguerris : se photographier en utilisant comme décor les itinérants que l’on trouve sur son chemin. Je ne peux donc que donner raison à Hélène, 2050 ça ne sera vraiment pas drôle.


Deux mecs qui vivent le rêve canadien
Source : http://joelarqui.tumblr.com/post/76629016109/selfies-homelessguy

Mais en attendant, profitons-en pour aller voir Les discrètes : Comme un dimanche chez grand-maman, c’est pas palpitant mais ça met du baume au cœur. Et puis, on sait qu’elle n'en a plus pour très longtemps.


Le film Les discrètes sera présenté le 22 février en avant-première à l’auditorium de la Grande Bibliothèque, dans le cadre des Rendez-Vous du Cinéma Québécois.

Plus d’informations : http://www.rvcq.com/festival-32e/programmation/films/1786/discretes-les


Pour me suivre sur Twitter : @elimeur

(Photo du haut: image tirée du film
Les discrètes)]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4858/les-discretes-l-altruisme-au-temps-du-selfieThu, 20 Feb 2014 14:02:23 ESTElisabeth Meur-Poniriscongregationsoeurreligieusereligionhelene choquetteRVCQfilmdiscretesreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4858/les-discretes-l-altruisme-au-temps-du-selfie
Clic! Il fait clair. Vive la lumière!Entre les rangs, puis, quand on lève la tête, le joyeux délire de Trouve Bob sur le Pavillon Président-Kennedy de l'UQAM nous captive et nous donne irrésistiblement envie de compléter le parcours en découvrant les six autres façades de jeu.

Pour cet article sur les coulisses de la création des deux œuvres luminothérapeutiques, nous nous sommes entretenus avec Rémi Vincent, de Champagne Club Sandwich, et avec Rami Bebawi, architecte associé chez Kanva, une firme de Montréal qu'il a co-fondée en 2003 avec Tudor Radulescu.

Puisqu'il est quand même étonnant de voir une boîte d'architectes participer à un concours d'installations artistiques, Bebawi mentionne d’emblée que Kanva ne fait pas simplement que de l'architecture, mais aussi de la recherche & développement, et que c'est dans cette optique que s'inscrit la création d’œuvres artistiques, qu'elles soient éphémères ou permanentes.

Pour lui, l'important, c'est de « comprendre le site et son origine. On veut que nos œuvres racontent l'histoire du lieu où elles se trouvent. » Dans le cas de Luminothérapie, le site était très intéressant pour ses collègues et lui, principalement pour deux raisons. De un, la place des Festivals, c'est gros, immense. Et de deux, c'est un oasis encadré par une densité urbaine assez intense.

Avant de soumettre quelque idée que ce soit, ils se sont promenés sur le site, ont étudié les volumes, l'orientation, la forme de la place et ont rapidement fait le constat que celle-ci est sise entre le Mont-Royal et le fleuve de la même manière que les rangs à l'époque du régime seigneurial. Un premier lien avec l'agriculture était fait. Puis, quand on y pense, l'agriculture est une affaire de cycles. Le rôle de la lumière, dans nos vies et les vies des végétaux, est de stabiliser l'état et de ramener vers des cycles plus réguliers. Kanva commençait à tenir quelque chose, mais il manquait encore un élément...

Ils se demandaient comment mettre en valeur l'agriculture. La solution est venue du vent. Le vent existe. Et sur la place des Festivals, il peut être assez soutenu.  De là, un lien s'est fait entre le vent et les tiges de blé qui se balancent dans les champs. Le concept de base prenait définitivement forme : on installerait un champ de blé lumineux en plein centre-ville de Montréal, en souvenir de l'histoire agricole du Québec.


Premières ébauches (Crédit photo: Kanva)

Ne restait qu'à trouver le moyen de le faire! Évidemment une panoplie de tests ont été effectués pour trouver les bons matériaux, qui réagiraient convenablement, et ce, à des coûts raisonnables.

Aidés par leurs complices Boris Dempsey et Pierre Fournier, des artisans du métal renommés, les créateurs d'Entre les rangs en sont arrivés à un prototype qui comprenait une tige de nylon (plastique) surmontée d'un réflecteur de vélo. C'est ce prototype final qui allait être reproduit pas moins de 28 500 fois pour l'installation!

Présentation d'un prototype (Crédit photo: Kanva)

De septembre à fin novembre 2013, les « lutins du Père Noël » de Kanva ont travaillé d'arrache-pied pour fabriquer ce nombre titanesque de tiges, en déclinaisons de 3 à 5 pieds de hauteur. En plus, ils devaient préparer les 350 bases de plastique recyclé qui supporteraient les tiges. Un beau petit contrat! Parallèlement à tout cela, les architectes de Kanva ont fait appel à Aménagement Côté Jardin pour concevoir l'organisation « végétale » du site. Le lien avec l'histoire agricole du Québec était poussé à fond! L'histoire ne dit pas si c'était la première fois que cette boîte reconnue en aménagement paysager travaillait avec des non-végétaux...

Fabrication d'une base (Crédit photo: Kanva)

Aspect à ne pas négliger lorsque l'on prépare un projet pour Luminothérapie, la lumière était aussi simultanément en train d'être testée. Conçu par Udo Design, l'éclairage d'Entre les rangs est en fait une projection lumineuse de 13 minutes, cyclique, qui balaie le site comme le ferait le soleil lors d'une journée normale, du lever au coucher. On a même pensé à des petits flashes représentant des lucioles le soir venu... Pour en arriver à la « chorégraphie de lumière » finale, Bebawi et sa bande ont loué un local adjacent au leur et y ont mené une foule d’expériences lumineuses.

Local de tests (Crédit photo: Kanva)

C'est pendant ces essais qu'est inopinément débarqué un Patrick Watson curieux et émerveillé. Il n'en fallait pas plus pour que le célèbre musicien montréalais embarque à son tour dans le projet en proposant d'en faire la trame sonore. Inspiré par les tiges de blé, il suggère une musique principalement composée d'instruments à corde et 100% analogique, jouée par de vrais musiciens. Résultat : la bande-son de l’œuvre se marie admirablement bien à sa « bande-lumière », grâce aux atmosphères texturées, toutes en douceur.

À ce stade-ci, on pourrait se dire que, niveau défis techniques, l'équipe de Kanva en avait plein son casque de construction, mais semble-t-il que non, parce qu'ils ont eu l'idée d'ajouter une composante d'interactivité au projet, pour en faire une véritable expérience sensorielle. L'idée était de faire en sorte que la musique soit altérée en volume par le vent en différents points de l'installation, un autre clin d’œil à l'agriculture. En installant un capteur de vent muni d'une hélice, le programmateur Marouane Sahbi a pu arriver à cette fin.

La conception allant bon train, début décembre 2013, l'assemblage sur la place des Festivals pouvait avoir lieu. Kanva disposait donc de deux semaines avant le lancement de Luminothérapie pour compléter son installation.

Installation sur la place des Festivals (Crédit photo: Kanva)

La première journée, sous un soleil radieux, tout allait à merveille et les choses avançaient à un rythme normal. Mais quand on a su qu'une tempête monstre se préparait pour le surlendemain, on a dû accélérer le processus. Ainsi, ce sont 60 personnes qui ont travaillé jour et nuit pour terminer l'assemblage des 350 bases... en une journée et demie plutôt que 2 semaines! Restaient tout de même l'éclairage (80 sources LED), la musique (20 haut-parleurs) et les capteurs de vent à mettre en place, des Festivals. Et, bien évidemment, cacher tout le filage de ces appareils. Pas un mince défi! (mais qu'ils allaient relever avec brio...) D’ailleurs, si vous passez par là, vous remarquerez un panneau mentionnant le nom de tous les collaborateurs : une liste assez impressionnante! 

Plus d'un mois après l'ouverture de Luminothérapie, Bebawi s'avère très satisfait de l'affluence sur les lieux (notamment pendant le congé des fêtes) et est emballé par les réactions des gens. « Les gens aiment ça parce qu'ils comprennent l’œuvre. En plus, c'est tellement photogénique. On voit partout sur les réseaux sociaux des photos d'Entre les rangs! »

L’hiver, c’est fait pour jouer

Du côté de chez Champagne Club Sandwich, les créateurs de Trouve Bob, les défis n'ont pas été les mêmes, mais ils ont été tout aussi nombreux. Pour faire la lumière (tou doum tssssit!) sur le processus de création de ce jeu haut en couleurs projeté sur des façades d'édifices, nous avons rencontré Rémi Vincent, un des deux membres de cette maison fondée en 2013 (l'autre étant Gabriel Poirier-Galarneau).

Les deux concepteurs-réalisateurs particulièrement doués pour le motion design avaient déjà créé, collectivement, des identifications pour ICI Radio-Canada et un vidéoclip, en plus d’avoir contribué au Parcours lumière du Quartier des spectacles, lorsqu'ils ont entendu parler du concours organisé en vue de l'édition actuelle de Luminothérapie. Sachant le potentiel du lieu (des lieux, dans leur cas...) et connaissant l'étendue du phénoménal parc de projecteurs-vidéo du Quartier des spectacles (un des plus vastes au monde), ils n'ont pas hésité à soumettre un projet.

« En fait, on nous proposait de nous amuser dans un véritable terrain de jeu », souligne Vincent. « On voulait partir sur une idée où, contrairement à une expérience solo, on touche vraiment les gens, où on les force presque à participer. » En plus de l'aspect participatif, ils se sont rapidement mis à la recherche d'une idée qui impliquerait quelque chose d'un peu fou, de très rigolo, avec des personnages. Par-dessus ça, ils se sont fixés l'objectif d'arriver à un résultat chaleureux, dans l'optique de contrer les effets néfastes de l'hiver et d'insuffler une atmosphère de festival estival au quartier.

Esquisses de personnages et de décors (Crédit photo: Champagne Club Sandwich)

Une fois tous ces éléments identifiés, ne manquait qu'un fil conducteur, une colonne vertébrale. C'est là qu'est intervenu le concept général de Trouve Bob : un jeu vidéo dans lequel le personnage principal, caché, doit être retrouvé par les joueurs, un peu à la manière des livres Où est Charlie? « L'avantage d'un tel concept, c'est qu'on n'a pas besoin d'expliquer les règles. Tout est dans le titre! En fait, il n'y a même pas de règles. »

Après avoir soumis une vidéo d'une minute présentant leur projet, les deux membres de Champagne Club Sandwich ont appris qu'il était retenu. Considérant l'ampleur de la tâche qui les attendait, ils se sont tout de suite mis au travail. Car Trouve Bob, ce n'est pas une simple projection vidéo sur un mur blanc rectangulaire horizontal. Non, ce sont SEPT projections vidéo différentes sur SEPT édifices aux formes bien évidemment différentes et pas du tout régulières.

Pour arriver à leurs fins, ils se sont adjoints les services d'Aurélien Jeanney et Delphine Dussoubs, qui ont travaillé sur l'animation des personnages et des décors, et de Jean-Sébastien Roux, qui a composé la musique. Pour chaque site de projection (la place de la Paix, le métro Saint-Laurent, le Centre de design de l'UQAM, le clocher de l'UQAM, la Grande Bibliothèque, le Pavillon Président-Kennedy de l'UQAM, et le Cégep du Vieux-Montréal), l'équipe a conçu 3 niveaux de jeu à difficulté croissante. Le premier tableau de chacun d'entre eux est relativement facile, mais de nombreux personnages s'ajoutent dans les suivants, tandis que le temps alloué pour trouver Bob diminue. 

Animation d'un personnage (Crédit photo: Champagne Club Sandwich)

Pour créer les univers dans lesquels se retrouve Bob, Champagne Club Sandwich s'est inspiré de la morphologie des immeubles où sont projetés les jeux. Ainsi, le Cégep du Vieux-Montréal avec ses grandes fenêtres rondes qui font penser à des hublots est devenu un bateau, et pourquoi pas un bateau-pirate tant qu'à y être! Quant au clocher de l'UQAM, sa forme évoquait une fusée. Bob s'y retrouve donc dans l'espace...

Un des principaux défis consistait à définir un workflow efficace pour gérer la production de ces nombreuses et complexes et immenses projections vidéo. Et ça, c'est en tenant compte du fait que le temps de rendu pour exporter les fichiers vidéo pouvait être de 2 à 3 jours pour l'ensemble des 7 lieux. 

En faisant des tests d'images fixes et animées assez fréquemment sur les surfaces des immeubles, ils ont pu se faire la main. Mais plusieurs paramètres entraient en ligne de compte quand venait le temps de faire les ajustements : l'échelle de l'immeuble, son format, le recul du spectateur et la pollution lumineuse sont autant d'éléments qui pouvaient modifier les premières versions créées. Plusieurs allers-retours entre le Quartier des spectacles et leur studio de création ont été nécessaires avant d'arriver aux versions finales.

Animateur au travail (Crédit photo: Champagne Club Sandwich)

Mais l'aspect le plus compliqué de la production n'était pas ce que l'on pourrait croire : « Le plus dur, je te dirais, c'était de cacher Bob. Soit c'était trop facile, soit c'était trop difficile. Même nous, on plaçait Bob et le lendemain, on oubliait où on l'avait mis. », raconte Rémi Vincent. Quel taquin furtif ce Bob! 

Quand on lui demande, un mois après le dévoilement de Trouve Bob, comment il perçoit sa participation à Luminothérapie, même son de cloche que chez Kanva : « Ce qui était cool, c'est qu'on ne nous demandait pas de créer sur un format traditionnel. Ce sont 7 formats étranges avec des fenêtres ou des toits, et on devait se baser là-dessus pour créer. Nous, on ne voulait pas faire quelque chose juste pour être vus; on voulait faire quelque chose avec lequel les gens pourraient jouer. Et on a super bien réussi, je crois, même si on n'est pas des game designers. »

Rami Bebawi de Kanva a quant à lui la conclusion parfaite à toute cette histoire : « J'adore la relation entre Entre les rangs et Trouve Bob, le contraste entre les deux. Eux, c'est très pété, très fou.  Tandis que nous, ça inspire le calme et la sérénité. Mais dans les deux cas, c'est accessible à tous, gratuitement. Ça décloisonne l'art. Ça peut donner le goût aux gens d'expérimenter, de jouer avec les objets du quotidien! »

Dépêchez-vous d'en profiter, il ne reste que deux semaines...

Entre les rangs et Trouve Bob, dans le cadre de Luminothérapie
Jusqu'au 2 février dans le Quartier des Spectacles


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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4765/clic-il-fait-clair-vive-la-lumiereMon, 20 Jan 2014 12:56:45 ESTUrbania patrick watsonEntre les rangsTrouve Bobquartier des spectaclesluminothérapiereportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4765/clic-il-fait-clair-vive-la-lumiere
Virée à Palm Springs avec Louise Archambault
Dans le circuit des festivals, celui de Palm Springs s’est taillé une place de choix quant au cinéma étranger. Du 3 au 13 janvier, 187 films de 60 pays y ont été présentés. L’évènement a attiré près de 135,000 festivaliers, dont 7% viendraient du Canada, selon la directrice du festival, Helen du Toit.

Le coucher du soleil au Ace Hotel

La piscine du Ace Hotel


C’est d’ailleurs le Canada qui était le pays en vedette lors de cette dernière édition, attirant sur le tapis rouge des stars internationales telles que Matthew McConaughey, Sandra Bullock, Julia Roberts, Tom Hanks et Meryl Streep. « L’extraordinaire succès des films canadiens sur la scène internationale nous a incité à mettre les projecteurs sur les films provenant de notre voisin du Nord », explique Helen du Toit, également canadienne.

Évidemment, plusieurs oeuvres québécoises étaient présentées, dont les plus récents films de Louise Archambault (Gabrielle), Sébastien Pilote (Le démantèlement), Denis Côté (Vic + Flo ont vu un ours), Mathieu Roy (L’autre maison), Chloé Robichaud (Sarah préfère la course), ainsi que le remake anglophone de La Grande Séduction, réalisé par Don McKellar.  

J’étais présente lors du festival et me suis entretenue avec Louise Archambault. Passionnée de grands espaces et d’équitation, lorsque celle-ci m’a proposé d’aller explorer le désert à cheval, j’ai dit oui sans hésitation.

Conversation et récit photo:

Comment trouves-tu Palm Springs jusqu’à présent? Tu t’y plais?
Oui vraiment! Je suis allée dans un endroit perdu, c’est vraiment dans les montagnes. C’est un ancien endroit où il y avait des tournages de westerns, où ils ont gardé les maisons iconiques et c’est aussi un bar. C’est une famille qui tient l’endroit, la madame a les cheveux longs gris, c’est très folk country.


Ah! Tu es allée à Pioneertown, au Pappy & Harriets! J’y suis allée aussi! Un passage obligatoire lorsqu’on vient à Palm Springs, parait-il.
Oui, exactement! Le soir, tu as un premier band qui est plus local et vers 8-9 heures tu as le band invité, comme Bon Iver et Mumford & Sons. Pour 5$!

La petite ville de Pioneertown où l'on retrouve le célèbre Pappy & Harriets


Nous étions dans le même avion à notre arrivée en Californie. Quand tu survoles les montagnes et que tu regardes par le hublot, ton esprit s’évade où? Tu penses au film, tu as des attentes?

Gabrielle, c’était le film canadien qui était pré-selectionné aux Oscars, alors s’il avait passé au deuxième tour, dans les neuf finalistes, c’est sûr qu’il y aurait eu beaucoup plus d’attentes ici et qu’il y aurait eu beaucoup de relations de presse. Maintenant, le film est quand même déjà acheté aux États-Unis et il va être distribué dans quelques salles. Moi j’ai fait le film, ça c’était mon gros travail. Et maintenant c’est de le partager et c’est d’avoir le plaisir d’avoir des spectateurs. Quand on a des spectateurs, qu’on a cet échange et que ça leur parle cette histoire-là, c’est génial. Comme ce soir, le Questions-Réponses après la diffusion du film, c’était super. Il y avait de bonnes questions.

Tu as présenté Gabrielle dans plusieurs pays. Remarques-tu des différences chez le public, ou est-ce que le film génère des réactions plutôt universelles?
On se posait justement cette question avant de sortir le film et maintenant qu’on a fait quelques pays, incroyablement, la réaction est à peu près tout le temps la même. On se rend compte que le sujet au fin fond est très universel: le besoin d’aimer et d’être aimé. Moi, ce qui me réconcilie avec l’être humain, c’est le désir d’ouverture sur l’autre. On veut tous avoir des défis. Des fois, on les surmonte; des fois, on se casse les dents. Mais c’est ce qui fait qu’on se construit en société.

Autant en Estonie, qu’en Allemagne, qu’ici aux États-Unis, j’ai vu la même chose. C'est sûr qu’il y a peut-être quelques différences, par exemple en France, il y a une sortie assez importante du film, dans à peu près 150 salles. Les gens m’en ont parlé et le sujet de la déficience intellectuelle, c’est encore délicat. Tu te rends compte que oui c’est tabou, mais les gens veulent en entendre parler et veulent échanger sur le sujet.


Louise Archambault à cheval dans le Indian Canyon Reservation


Quand tu as réalisé Gabrielle, est-ce que tu cherchais ça, justement, créer un dialogue à propos des relations chez les personnes avec des déficiences intellectuelles?

Je savais que la sexualité chez les déficients intellectuels, c’est un sujet délicat. J’ai tendance à vraiment aller sur le terrain pour m’inspirer des gens et avoir une authenticité dans ce que j’écris. Je ne voulais pas me faire prendre au jeu et avoir une histoire didactique. Je voulais écrire une bonne histoire, qu’on croit aux acteurs, aux personnages. Le reste, si ça ouvre un échange, un débat, un questionnement sur ce sujet là, c’est fabuleux. Mais si j’écris et que je réalise un film pour ça seulement, je pense que je passe à côté du cinéma de fiction.

Et toi dans ta vie, ça t’est déjà arrivé de te sentir outcast? Te souviens-tu de la première expérience, où tu t’es sentie différente?
Oh! Qu’est-ce que c’est difficile à répondre comme question! Mon premier souvenir… je devais être très jeune! Écoute, nous, on habitait dans une maison dans la montagne, dans une maison pas de voisins. Et je pense que j’avais tendance à parler aux arbres et parler au ruisseau et parler à la nature toute seule et à imaginer plein de choses. Et à moment donné, d’avoir quelqu’un, ma soeur, qui me regarde, qui éclate de rire et à me dire, qu’est-ce que t’as à te parler de même! Et à me trouver bizarre, étrange. Alors oui, c’est vrai que j’étais beaucoup dans mon imaginaire (rires).

Ce qui te sert visiblement très bien aujourd’hui! Qu’en est-il des scènes d’amour, ont-elles été difficiles à tourner?
C’était particulier, mets-en!

Parce que tu as quand même passé plus d’un an avec Gabrielle, avant le tournage du film. Vous parliez beaucoup de sa sexualité?
Oui, avec Gabrielle, mais aussi avec sa mère. Sa mère a eu différentes versions de scénarios. Je me demandais si tout le monde allait être à l’aise avec ça. Gabrielle n’a jamais fait l’amour dans la vraie vie. C’est quelque chose que je lui demandais, pour sa mère aussi.

Pour Gabrielle, tout ce qui est inhibition c’est pas compliqué. La première fois qu’on a répété une scène d’amour, Gabrielle embrasser Alexandre c’était pas compliqué pantoute! À moment donné, c’était comme, « OK Gabrielle tu peux arrêter! » C’était Alexandre qui était plus pudique et je disais « Alexandre sois plus sensuel, come on! » Tsé lui il ne voulait pas aller au-delà, il voulait la respecter, alors il fallait que je travaille là-dessus. Le jour J, la mère de Gabrielle était sur le plateau de tournage et à ce moment, je sentais plus de fragilité chez Gabrielle, car il y avait le regard de sa mère et elle se sentait comme une petite fille tout à coup.

Dans les dernières quinze années au Canada, il y a seulement deux femmes dont les films ont été soumis pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère...

C’est vrai, lesquelles?

Alors il y a eu Léa Pool en 1999 avec Emporte-moi et Deepa Metha pour Water en 2006.
Ah oui! Go girls!

À ton avis, qu’est-ce qui explique ce manque de femmes en réalisation et en scénarisation au cinéma?
Il en manque de moins en moins honnêtement, je pense. Je ne peux répondre précisément, mais mon expérience à moi d’écrire, de réaliser des films, d’être dans la création -- ça demande un investissement énorme, une implication. C’est sûr qu’à mon humble avis, quand tu commences à avoir des enfants, c’est très difficile de départager le temps. De dire, OK, je fais fi du quotidien.

Je pense qu’en général, et là je généralise, les femmes, on a tendance à vouloir protéger la famille et à penser à ça avant soi-même, avant la création. Alors de départager et de dire, OK je m’accorde du temps pour la création et on mangera une pizza surgelée pis ca va être ça, on le fait moins.

Personnellement, je ne me suis jamais sentie jugée par exemple par les institutions, parce que je suis une femme. Peut-être que je l’ai été à mon insu, mais vraiment à chaque fois que j’ai présenté des projets, j’ai senti de l’intérêt. En tout cas, on m’a appuyée.

Peut-être une question de confiance?
Je crois que tu as mis le doigt dessus. D’ailleurs, il y a eu un exercice qui a été fait en psycho... il y a une annonce publicitaire pour une job, alors il y a un gars qui regarde l’annonce. Lui il dit, OK, ça demande tant d’expérience, et il va dire: good enough, moi j’ai assez d’expérience pour ça, je pense que je suis un bon candidat, j’applique. La fille, même niveau d’expérience, va regarder la job et se dire: oh, je pense que je devrais faire une autre job avant parce que je ne suis pas assez qualifiée.

Le parc national de Joshua Tree à une trentaine de minutes de Palm Springs


C’est la cérémonie des Oscars qui s’en vient, tes films préférés de 2013?
Aaaah! Mais je n’ai pas tout vu! J’ai tellement travaillé!

Je m’en doutais. OK, alors, qu’as-tu pensé des débuts hollywoodiens de Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée?
Je suis tellement fière de Denis et Jean-Marc, mais tellement! Ce sont mes amis, ça fait très longtemps qu’on se connait et tu sais, ça a l’air têteux, mais je trouve vraiment que Denis et Jean-Marc, les deux, sont arrivés à un sommet dans leur art et dans la réalisation. Jean-Marc, je pense que c’est son meilleur film [Dallas Buyer’s Club]. Pis lui est pas d’accord, mais moi je pense que c’est sa meilleure réalisation, avec rien [NDLR: le film a été tourné avec un budget de $5 millions]. Il a fait le montage. Le scénario est très bon aussi, excellente direction d’acteurs. Les acteurs se sont investis à fond, mais Jean-Marc y est pour quelque chose. Il a engagé un directeur-photo québécois, c’est vraiment bien fait.

Denis, je crois qu’avec ce film [Prisonniers] il est devenu plus raffiné, il a développé une élégance au niveau de la réalisation, c’est assez sobre. C’est un thriller, il aurait pu y avoir du sang, il aurait pu y avoir un jeu exacerbé. Le jeu est juste. J’ai pas vu le scénario, mais je suis certaine qu’il a bonifié le scénario au niveau des personnages. C’est vraiment bien fait, je suis super contente!

Est-ce que tu aspires aussi à Hollywood?
J’aspire à des bons films. On m’a offert dernièrement un film américain, j’ai dit non. Je me suis dit, « je suis conne de dire non ». Mais le scénario pour moi n’était pas à la hauteur, j’aime mieux travailler sur les films que j’ai en ce moment qui sont au Québec.

C’est comme ça que tu fais tes choix, par rapport au scénario?
Absolument. Si le scénario a une substance et que je sens que je suis à la hauteur pour aller mettre en scène cette substance, oui. Mais si je sens qu’il y a quelque chose qui est trop artificiel, je me dis, non, pendant un an et demi je vais travailler la dessus? Ça va m’aspirer et ça ne me donnera rien. Hollywood, ça peut aussi être des feux de paille. Je pense que tu veux raconter de bonnes histoires avant tout. En ce moment, je travaille avec un carré de sable au Québec et au Canada. J’ai un projet au Canada anglais qui s’appelle After The End, c’est l’adaptation du pièce de théâtre britannique écrite par Paul Gross et en se moment c’est Sarah Gadon qui est pressentie pour l’actrice principale. Alors on va voir ce que ça donne! Mais oui, j’aimerais tourner à l’étranger ou ailleurs, absolument!

Prends-tu des vacances avec tout ça?
Bin là, j’ai pris une journée dans le désert! Je trouve ça fabuleux! Faudrait bien que je prenne des vacances cette année, car les vacances c’est ce qui fait que tu reset et que tu peux être plus prolifique au niveau créatif par la suite.



Les frais de déplacements ont été couverts par Téléfilm Canada.
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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4751/viree-a-palm-springs-avec-louise-archambaultTue, 14 Jan 2014 13:43:51 ESTTamy Emma Pepintelefilm canadafestivalquébécoiscinémagabrielleentrevuepalm springslouise archambaultreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4751/viree-a-palm-springs-avec-louise-archambault
Watatatow : l’école de la vie… à la télévisionWatatatow, c’était le reflet d’une réalité québécoise. C’était nos vieux chums. Les miens, en tout cas! »

On peut définitivement qualifier Mélina, 31 ans, de plus grande fan de Watatatow au monde. Non seulement s’est-elle clanché tous les épisodes, mais elle a consacré son mémoire de maîtrise au téléroman pour ados le plus populaire de tous les temps. Mais elle n’est pas la seule à avoir été au rendez-vous chaque soir de semaine à 17 h pendant 14 ans. Vous aussi. Peut-être ne l’avouerez-vous pas, mais vous avez regardé Watatatow bien au-delà de l’âge raisonnable pour le faire. Les cotes d’écoute, elles, ne mentent pas : en 2002, trois ans avant que Radio-Canada n’en tire la plogue, 81 % des 473 000 téléspectateurs de cette émission originalement destinée aux 12-17 ans étaient… des adultes. Toi, moi, nous autres.

« Beaucoup de jeunes du cégep et de l’université nous regardaient », se souvient Monique Lalande, productrice associée à l’époque, pilier de l’émission. « J’avais une nièce qui n’avait plus du tout l’âge de regarder ça, mais quand elle rentrait de l’université, elle s’assoyait devant le téléviseur pour voir ce que ses amis étaient devenus. »

Sophie était alors victime de la drogue du viol, John et Vanessa faisaient dire Sainte-Toton trop souvent à Jocelyn et Michel Couillard, ayant vieilli trois fois moins vite que nous, avait officiellement 17 ans. L’acteur qui l’incarnait, Hugo St-Cyr, pouvait enfin cesser de se raser la barbe deux fois par jour pour ne pas trahir son âge réel : 24.

Lorsqu’il avait reçu le petit joueur de batterie aux oreilles décollées en audition, le producteur Jean-Pierre Morin était loin de se douter qu’un jour, il serait incapable de s’en débarrasser. « Nous voulions parfois ajouter de nouveaux comédiens, pour rajeunir l’émission, mais il était impossible de se débarrasser des Couillard, des Laurin ou de Vincent. Les jeunes y étaient trop attachés », se souvient-il.

C’est cool, carrément buzzant
Tout a commencé au tournant de la décennie 1990. Radio-Canada veut, elle aussi, présenter une émission pour ados et approche Jean-Pierre Morin, fort du succès monstre qu’est Le Club des 100 watts. « On me disait que les jeunes n’écoutaient pas de fiction à la télévision. À ça, je répondais : “C’est sûr qu’ils n’en écoutent pas, vous n’en faites pas!” J’étais convaincu qu’en leur parlant de leurs préoccupations, ça les intéresserait », se rappelle le producteur.

À l’époque, il y a bien Degrassi qui parle de drogue, de sida et de suicide, mais ici, personne ne se reconnaît vraiment dans les voix doublées de Joey ou de Christine « Spike » Nelson. Au Québec, la plus récente fiction jeunesse, Beau temps, mauvais temps, date de 1950! Au Club des 100 watts, les dramatiques mettant en vedette Annie Major-Matte et Sébastien Bergeron sont trop courtes et pas assez fréquentes au goût des fans de Marc-André Coallier, qui en redemandent. À défaut d’avoir leur émission, les jeunes écoutent Chambres en ville, qui traite d’enjeux beaucoup trop vieux pour eux, et fuient les émission pour enfants. « Dans la télévision jeunesse, tout le monde était beau et gentil, propre et parlait bien. C’est sûr que les ados sacraient leur camp! » fait valoir Jean-Pierre Morin.

Ainsi, Watatatow devient le premier véritable téléroman jeunesse au Québec. On fait alors la connaissance de la famille Couillard, des jumelles Fraser (interprétées par les filles de Louisette Dussault), d'Einstein, de Raphaël, de Greg (l’ami anglo), de Bérubé, le bum de la Cellule-Ose, et de Pascale Cusson, interprétée par la microscopique Marie-France Monette.
Mais bon, téléroman est un bien grand mot. Les premières saisons de Watatatow mettent en scène des épisodes fermés, dont les intrigues simples (« Mon ami me vend 10 cassettes Nintendo 25 $ chacune. Je peux les revendre facile 40-45$ si vous me passez 250 $! »), entrecoupées de riffs de guitare électrique, se bouclent dans la demi-heure. Ce n’est qu’en 1994 que les trames narratives des différents clans commencent à se poursuivre d’un épisode à l’autre.

Mais bon, téléroman est un bien grand mot. Les premières saisons de Watatatow mettent en scène des épisodes fermés, dont les intrigues simples (« Mon ami me vend 10 cassettes Nintendo 25 $ chacune. Je peux les revendre facile 40-45$ si vous me passez 250 $! »), entrecoupées de riffs de guitare électrique, se bouclent dans la demi-heure. Ce n’est qu’en 1994 que les trames narratives des différents clans commencent à se poursuivre d’un épisode à l’autre.

« C’est là qu’on a commencé à développer des thématiques plus dramatiques, comme l’homosexualité ou le sida », se souvient le scénariste Richard Blaimert, à qui l’on doit le suicide du personnage interprété par Mahée Paiement. « Plus c’était dramatique, plus ça marchait. “Je veux ma chambre”, tu peux pas surfer là-dessus pendant dix ans. »

Pour parler de suicide aux jeunes de façon adéquate, on a engagé des éducateurs. Le scénariste raconte : «Des spécialistes et des pédagogues vérifiaient nos textes. Une des script-éditrices, Sylvie Denis, était pédagogue de formation. Elle avait travaillé sur des shows comme Passe-Partout et je me disais que ça allait être plate, travailler avec une éducatrice. Quand t’es dans la vingtaine, t’as envie de pousser les limites, pas de te faire dire quoi faire par une pédagogue. Finalement, elle était tellement pertinente que je l’ai gardée sur Le monde de Charlotte et presque tous mes projets par la suite. »

L’une des principales protagonistes du virage dramatique de Watatatow est Élyse Aussant. D’abord recalée du concours « Devenez une vedette de Watatatow », on lui donne sa chance pour interpréter Émilie, une adolescente tourmentée dont les traits de highliner ont dû occasionner un dépassement de coûts au département du maquillage. « Elle n’était supposée être là que pour un épisode, mais voyant la charge émotive que cette ado-là portait, Jean-Pierre a décidé de lui créer une famille la saison suivante », se souvient Monique Lalande. Ainsi apparaîtront grâce à elle sa mère Ginette, son beau-père Jocelyn, sa chum Manon, Victor, Simon, Colin, Lou et plus tard, John et Vanessa.

La jeune Émilie inspire Jean-Pierre Morin, mais elle retient aussi l’attention de la haute direction de Radio-Canada. Pas nécessairement pour les bonnes raisons. « Les patrons n’aimaient pas trop les familles dysfonctionnelles, même si je leur répétais qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire : je voulais qu’Émilie l’ait difficile, pour que les jeunes puissent se raccrocher à son succès par la suite. Si Émilie pouvait s’en sortir malgré toutes les conneries qu’elle faisait, eux aussi », croit toujours le producteur, oubliant presque qu’il parle d’un personnage de fiction.

Si la société d’État est si réticente à l’idée de donner autant de visibilité à une mère adolescente qui s’en sort, c’est qu’elle est la cible de critiques de la part de vigilantes des bonnes manières. « C’est vrai que pour une émission regardée par des 9-12 ans, on était pas mal sur la ligne », admet le directeur des émissions jeunesse de Radio-Canada d'alors, Michel Lavoie.

Dans nos souvenirs d’ados, les boucles d’oreilles de Michel, la veste cloutée de Bérubé, les magouilles de Chicoine et les problèmes de drogue de Nadège n’avaient rien de si subversif, mais pour Jean D’Auteuil, de Rimouski, c’était inacceptable. « Quel parent laisserait ses jeunes enfants passer sa demi-heure chaque soir en privé avec vos ados hargneux, agressifs ou pervers, s'y instruire de leurs complexes, troubles, irrespects, baise, dope et compagnie? C'est précisément ce que fait Watatatow. Vous fertilisez l'ivraie et semez le chiendent dans leur esprit, et y fauchez le liseron. […]En vertu de quelle équation autre que la cote d'écoute pouvez-vous prétendre qu'une large diffusion des graves problèmes de certains jeunes déviants va en faire jaillir les solutions […], qu'un tel épandage massif de fumier dans l'esprit de nos jeunes et très jeunes va y faire fleurir la vertu?», écrit-il dans une lettre ouverte au Soleil intitulée « Watatatow: une émission irresponsable et perverse». On était en 1996.

« Les critiques qu’on recevait le plus souvent concernaient le langage, se remémore Michel Lavoie. “Toé pis moé”, c’était trop familier pour Radio-Canada, qui avait la réputation d’être plus pointu et dont la mission était d’être un modèle de bon usage de la langue française. Mais si on avait mis ça trop straight, les jeunes auraient trouvé ça phony. »

C’est twit, c’est nul, tu vois ben qu’c’est poche

En fait, pour être totalement honnête, on trouvait ça parfois phony, la langage watatarien. Surtout ces fameuses formules qui mettaient la table durant le générique d’ouverture débile écœurant. Les expressions d’ados passent au tordeur de RBO dans un sketch savamment intitulé Watatoton. « C’est sharp à l’os », c’étaient nos parents qui disaient ça pour avoir l’air cool.

Même chose, d’ailleurs, pour « Watatatow ». « Je n’ai jamais tellement aimé le titre, admet aujourd’hui Michel Lavoie. Je trouvais que ça sonnait comme un mot de vieux choisi pour les jeunes. Mais Jean-Pierre m’a assuré que les jeunes disaient ça. Je me suis dit que je ne comprenais pas parce que j’étais trop vieux. »

Nan. Selon un sondage à l’interne, Monsieur Lavoie avait vu juste. Mais ce n’est pas un titre un peu off qui allait rebuter la jeunesse d’écouter massivement le téléroman qui lui était destiné. Au plus fort de son histoire, Wata atteignait des cotes d’écoute de 800 000 téléspectateurs. « On battait régulièrement les nouvelles! », s’enorgueillit encore Jean-Pierre Morin.
Comment faisait ce vieux routier pour être pile sur les enjeux qui intéressent les jeunes? « Je les invitais chez nous, je leur préparais un spagat', leur donnais une bière, et quand ils se dégênaient, là on jasait! », révèle Jean-Pierre Morin.

« Jean-Pierre croyait beaucoup à la recherche terrain et aux focus groups», se rappelle Monique Lalande. « Il aimait questionner les jeunes sur ce qui les préoccupait. C’est comme ça qu’il travaillait sur le Club des 100 Watts. » C'est comme ça qu’il a trouvé Marc-André Coallier, d’ailleurs.

On peut dire que Watatatow a été une pépinière de talents, car plus de 300 acteurs sont passés sur son plateau. Et l'émission a fait office de véritable école pour Blaimert, qui a pondu par la suite Le monde de Charlotte, Cover Girl, Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Penthouse 5-0 et, plus récemment, Nouvelle adresse. « Jean-Pierre avait une méthode très précise de nous faire écrire. On devait remplir des cases dans des feuilles de structure, qui dictaient ce qui devait arriver avant la première pause et qui limitaient les changements de costume des comédiens, permettant ainsi de tourner un épisode par jour », se souvient-il. « C’était une méthode très rigoureuse, inspirée de la façon de faire américaine. Ça m’a beaucoup appris. Je ne sais pas si j’aurais passé à travers mes autres projets sans cette école », dit celui qui a écrit plus de 100 épisodes de Watatatow.

Comme lui, Isabelle Langlois (Rumeurs, Mauvais karma), Sylvain Charbonneau (Kif Kif, Ramdam) et Danielle Dansereau (Le Négociateur, L’Affaire Dumont) ont tous fait leurs premières armes avec Watatatow. « Je voulais des scénaristes qui n’avaient aucune expérience, pour qu’ils n’aient pas de mauvais plis », explique Jean-Pierre Morin. « Sinon, ça aurait donné un téléroman à la Monsieur le ministre, où c’est tellement lent que t’as des scènes qui se poursuivent d’une pause à l’autre! »

Déraper dans l’mille, c’est complètement débile
École de jeu, école d’écriture, curieusement, par contre, l’école en tant que sujet était plutôt secondaire à Watatatow. Durant les premières saisons, Claude Legault y incarne un professeur d’informatique et Danielle Panneton interprète la directrice Maryse Baribeau, mais leur présence n’a rien à voir avec celle des profs dans Zap ou dans Virginie. « Dans Wata comme dans la vie, l’école n’est qu’un théâtre, qu’une scène où se déroule l’intrigue », explique la maîtresse du sujet Mélina Leblanc-Roy. « Le parascolaire était beaucoup plus important. La Cellule-Ose, dont on salue le jeu de mot, Chez Allaire, le billard, le Spot 1 et le Spot 2 sont beaucoup plus intéressants pour les jeunes. »

Tout comme l’est le concept de colocation, relativement moderne à l’époque. « Les colocs, ça répondait au besoin qu’ont les adolescents de savoir ce que va être leur vie lorsqu’ils seront plus vieux », explique Monique Lalande. « C’est pour ça que la deuxième émission préférée de nos auditeurs qui écoutaient Le Club des 100 watts, c’était Chambres en ville». Ainsi, les colocs Guy, Vincent et Ben, incarnés par Charles Lafortune, Michel Goyette et Michel Charrette, nous faisaient miroiter ces jours de liberté, mais aussi de responsabilités.
Mais pour Mélina Leblanc-Roy, les colocs, c’était peut-être une façon de garder captif un public qui avait vieilli avec Michel Couillard, Séverine Gagnon, Marie-Claude Rioux et Isabelle Bélanger, mais qui était rendu au cégep ou à l’université et qui devait, lui aussi, donner sa part du loyer à ses colocataires.

« Watatatow a duré 14 ans, la vie d’un ado », fait remarquer Mélina. « Normalement, on aurait dû arrêter d’écouter ça en 1995, mais on a continué. Au début, je nous jugeais, d’être restés accrochés à une série pour ados si longtemps, puis j’ai réalisé que ça faisait partie de nous. Qu’on était la génération Watatatow. »

Toi, moi, nous autres.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4615/watatatow-l-ecole-de-la-vie-a-la-televisionTue, 19 Nov 2013 14:29:26 ESTJudith Lussierspécial étudiantsécoleadolescencejeunessequebectélévisiondéraper dans l'millewatatatowreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4615/watatatow-l-ecole-de-la-vie-a-la-television
Livreurs en herbeExpérience requise
N'allons pas croire, comme le véhicule trop souvent l'imagerie populaire, qu’être pusher est une job réservée aux consommateurs désargentés qui cherchent à se payer leur dose ou aux petites frappes en échec scolaire. La mission n'échoit pas au premier décrocheur venu, il faut une certaine expérience du milieu, « avoir ses entrées », comme on dit. La panacée étant encore de naître dans le bon quartier. C'est le cas de Simon, qui entre en connexion avec le milieu à quinze ans, par l'intermédiaire de son frère. Il commence doucement : distribution de bags de weed dans la cour du cégep.

Formation

À double titre, l'expérience sert de révélateur. Pour Simon, d'abord, qui goûte aux joies de l'argent facile. Et pour les têtes de réseaux locaux qui lui découvrent de franches dispositions au commerce de proximité. Ces années tiennent lieu de formation. Simon apprend à « garder les yeux ouverts, à rester attentif en permanence ». Il se familiarise avec les produits et les clients. Mais le temps des études arrive vite, et il n'est plus question de gagner un peu d'argent de poche, l'heure est à se trouver une job. Simon passe à la livraison.

Aptitudes

Il se forme sur le tas, au fil des livraisons. De toute façon, les codes et les exigences sont les mêmes – discrétion, rapidité, prudence, loyauté. Il est nécessaire d'avoir une bonne connaissance du milieu, une petite expérience de la revente, et un véhicule personnel. Nécessaire, mais pas suffisant. D'abord et avant tout, il faut, comme Simon, avoir fait ses preuves et gagner la confiance du boss.

Rémunération

Sans conteste, c'est le principal avantage du métier qui sur cet aspect, surclasse la plupart des jobs offertes aux étudiants. Simon touche 25% du montant de ses ventes. Tous frais déduits, sa moyenne quotidienne se situe entre 120 et 150 $ pour six heures de travail. Entre 20 et 25 piasses de l’heure ! Et c'est une fourchette basse. Et c'est – évidemment – net d'impôts.

Mais surtout, arpenter la ville en voiture est autrement plus reposant que de flipper des burgers dans un resto, ou de remplir les rayonnages chez Jean Coutu.

Horaires
Juste derrière la rétribution, les horaires constituent l'un des gros attraits de la job. Jugez plutôt : des shifts de 6h maximum, jamais d'horaires coupés, et aucune livraison avant 12h ou après 23h. Quatre shifts par semaine, (12h-18h, ou 17h-23h), dont un ou deux en fin de semaine parce que la demande est plus forte. Mais, par conséquent, le salaire est plus élevé.

Relations de travail
Côté hiérarchie, la place est des plus paisibles. Simon voit son boss et fournisseur une à deux fois par semaine, histoire de lui donner son argent et de refaire les stocks. Et il ne voit jamais ses collègues, avec qui il entretient une relation strictement téléphonique : des voix grésillantes qui égrènent dans son oreillette les adresses à livrer.

Conditions de travail

Ne seraient-ce les risques inhérents à la profession, on pourrait qualifier celle-ci de tranquille. Car à la différence des livreurs licites – qui, quelle que soit la marchandise transportée, livrent avant tout un combat contre le temps – le dealer à domicile, lui, n'a pas besoin de se presser. Mieux : il doit s'en empêcher. Conduire prudemment et sans infraction. Ne pas attirer l'attention. Payer ses stationnements. Ainsi considérée, la job ressemble fort à une promenade en ville, ponctuée d'arrêts fréquents, mais furtifs.

Risques du métier

Évidemment, la politique répressive à l'oeuvre au Canada n'est pas sans conséquence sur les dealers, qui se retrouvent de facto dans le collimateur de la police – aux côtés des consommateurs. Or, même si le risque d’arrestation est faible et les peines encourues minimes pour les primo-délinquants – ce qui est le cas de Simon –, d'éventuels démêlés judiciaires ne sont pas à exclure, et il le sait. « Pis en plus, j'perdrais ma job », prédit-il, semblant plus inquiété par cette perspective que par la menace policière en tant que telle, qui ne l'empêche pas d'opérer, en plein centre-ville de Montréal, à l'heure de pointe. Dans les premiers temps, il a trouvé ce risque « épeurant », puis « excitant ». Aujourd'hui, il dit s'y être « habitué ».

Perspectives d'avenir

La filière donne tous les signes de prospérité à long terme. « Tous les voyants sont au vert » diraient les analystes économiques. D'une part, parce que les chances sont quasi nulles que la consommation de drogues, et par conséquent, sa revente, ne cessent un jour. Et d'autre part parce que le gouvernement canadien ne semble pas prêt à abandonner sa politique de prohibition forcenée, offrant ainsi un boulevard aux organisations criminelles qui prospèrent dans les méandres de l'économie informelle.
Pour autant, l'avenir n'est pas si radieux pour les petites mains du système. Il n'y a pas trente-six manières d'envisager son avenir lorsque l'on est pusher à domicile. À vrai dire, il y en a deux : ou bien on se fait arrêter par la police, ou bien non. Et dans chaque cas, restent alors la possibilité de se ranger des voitures, ou celle de persévérer pour tenter de s'élever dans la hiérarchie du crime organisé. Mais les places sont chères, les prétendants nombreux et les « recruteurs » plutôt tatillons.

Autant dire que si la filière a encore de beaux jours devant elle, les perspectives de carrière pour le petit personnel restent aussi restreintes qu'incertaines.

Conseils pratiques
Si, comme c'est à redouter, tu as, lecteur, plus de 18 ans. Si, en plus de cela, tu n'as jamais de près ou de loin été en cheville avec aucun trafiquant d'aucune sorte. Si pour finir, tu n'as pas de goût particulier pour les menottes et les règlements de compte, alors suis notre conseil : ne t'essaye pas au trafic de drogues, il est trop tard pour toi. D'autres, des plus jeunes, feront ça bien mieux. Et ils n'aiment pas partager leur part du ghetto.

Mais si malgré tout, petite tête brûlée que tu es, tu décides de ne pas suivre les recommandations d'Urbania, sache que tu devras t'armer d'un moral solide pour te sentir capable. Et d'une morale vacillante, pour ne pas te sentir coupable]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4521/livreurs-en-herbeMon, 21 Oct 2013 11:22:07 EDTJérôme Houardlivreurlivreur de drogueemploivendre de la droguedroguereportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4521/livreurs-en-herbe
Les cinq d'OxbrigdeCe texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTSen kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

On les a réunis autour d’une pinte au pub The Eagles, à Cambridge. Julien est arrivé le premier. À 24 ans, il est diplômé d’Oxford et étudie maintenant en doctorat d’économie à Cambridge. Notre espion québécois a amené avec lui Alex, de la Nouvelle-Zélande, géant de 6 pieds 5, une des stars de l’équipe d’aviron. Il était aussi accompagné d'Annette et de Sun, deux Américaines qui vivent dans le même collège que Julien, ainsi que d'Anja, tout sourire  d’avoir déposé sa thèse d’économie juste avant de nous rejoindre. 

Ils sont nombreux, les anciens pensionnaires d’Oxbridge à avoir fait de grandes découvertes lors de leur passage dans un des collèges. Par exemple, c’est dans le jardin du Trinity College de Cambridge que Newton s’est pris une pomme sur la tête, et ce n’est pas très loin que Darwin a développé la théorie de l’évolution. Les deux universités ont ainsi éduqué une centaine de chefs d’États et de premiers ministres, plusieurs rois, 12 saints et 85 prix Nobels. Julien nous le confirme : « On dit qu’Oxford forme les futurs premiers ministres, et Cambridge, les futurs prix Nobel. » 

Mais encore faut-il y être admis.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus
Car la sélection est rude. Il y a mille ans, il fallait vouloir devenir prêtre. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’être premier de classe. Oui, un excellent dossier scolaire permet d’être convoqué à un entretien, mais à la suite de ces entretiens, seulement 20 % des postulants seront finalement admis.

Et une fois sur place, on peut chercher longtemps l’université. Pas de grosses bâtisses austères ici, car l’université est une fédération de collèges. « Un collège est un lieu de vie et d’étude. Il y en a de très grands, certains sont très vieux, d’autres juste pour les diplômés ou exclusivement pour les femmes », explique Julien. 

Urbania : Qu'est-ce qui distingue Oxbridge du reste des universités dans le monde? 

Alex : C'est le principe des tutors. On est réunis, pour chaque matière, en groupe de 3 ou 4 avec notre professeur. Chaque semaine, on a des lectures et des questions sur nos lectures. C’est différent des autres universités, où on ne se fait interroger que durant les examens.

Julien : C’est vraiment très intense! 

Anja : Les tutors enseignent dans leur collège, mais on n'a pas de vraie classe, on va plus dans leur bureau.  

Sun : S’il n’a pas de bureau, on peut faire ça dans son salon, ça arrive parfois!…

Julien : Mais je crois qu’il y a un règlement qui spécifie qu’il ne doit pas y avoir de lit dans la pièce...

Alex : Sûrement pour une bonne raison!

Une loi ancestrale non écrite
À Oxbridge, pas de vieux parchemins à l’encre délavée avec les règles du collège : ce sont les anciens étudiants qui inculquent les règles aux nouveaux. 

Anja : C'est l'association des étudiants qui s'en assure dès la cérémonie de matriculation. 

Urbania : Qu'est-ce que c'est?

Sun : C’est une série d’événements au cours desquels on introduit les étudiants à la vie universitaire. Ça dure une semaine et ça débute avec le Matriculation Diner, auquel on assiste quand on rejoint notre collège pour la première fois. 

Alex : Une chose qui m’a marqué lors des Matriculations, c’est quand j'ai signé le livre du collège avec un crayon uniquement utilisé pour ça. Il était vieux!

Annette : C’est amusant de tourner les pages et de voir qui était là avant toi : « Oh, regarde, c’est Newton! » Moi, ça m’a fait totalement freaké out…

Anja : Dans mon collège, on n’a pas cette tradition. On a deux semaines d’introduction où on se saoule avec tout le monde. C’est un gros party!

Urbania : Mais pourquoi les collèges n’ont-ils pas tous les mêmes règles, et surtout, pourquoi certains conservent-ils ces traditions? 

Annette : Avant la cérémonie de matriculation, les collèges font un sondage demandant si on veut abolir les traditions. Et, chaque fois, le résultat est le même : 80 % des étudiants veulent les garder. Ça a quelque chose de sympathique de perpétuer ces rites séculaires. Ça crée une continuité avec les gens qui étaient là avant nous.

Les traditions sont aussi là pour rappeler aux nouveaux étudiants qu’ils font maintenant partie de l’élite universitaire, et surtout, de la société anglaise. Entre autres traditions, nos cinq taupes nous parlent aussi du Formal Hall, un souper solennel qui n’est pas obligatoire mais qui a lieu cinq fois par semaine dans le great hall. Comme dans un souper d’Harry Potter, tel que nous le décrit Julien : « C’est très impressionnant. Le repas est servi aux chandelles. L’hiver, quand il fait noir plus tôt, on voit à peine son voisin. Les professeurs sont installés à une table surélevée qui domine la salle. C'est un souper solennel où on doit porter notre toge. »

Texte : Guillaume Reboux
Photos par Valérie Paquette

Ce texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTSen kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania
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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4504/les-cinq-doxbrigdeFri, 11 Oct 2013 14:45:12 EDTValérie Paquette & Guillaume Rebouxspécial étudiantuniversitéAngleterrecambridgeoxfordreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4504/les-cinq-doxbrigde
« C'est l'équivalent d'un spaghetti en poudre... »


[Prise de son et montage : Clément Baudet / Montréal, Octobre 2013]]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4497/cest-lequivalent-dun-spaghetti-en-poudreWed, 09 Oct 2013 13:34:01 EDTClément Baudetculture physiquespaghettipomper du ferdroguesupplémentsmusculationgonfletteentrevueaudioreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4497/cest-lequivalent-dun-spaghetti-en-poudre
Payer sa session en trente tounesCe texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTS, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

Lapdance lounge, mi-soirée, me reste trois heures pour faire limite mes 500 piasses et je doute en être capable tant la place est morte. Le double de demain ne sera pas assez pour faire break-even.

Enfin, il y a eu ce client qui m’a demandé de l’y joindre; de m’asseoir non pas sur lui mais à côté sur la banquette, par empathie. Pathétique. Un type qui porte le poids du monde sur ses épaules et qui pense me sauver. Oh ! Et pourtant, il ne répondra pas à mes questions, ne me trouvera pas drôle, ne rira pas de mon accent. Un weirdo. Pourquoi me choisir ? Ai-je dansé pour lui hier soir ? C’est quoi son nom, déjà ? Il est de Montréal ? Nanh, j’en doute. Policier ?

Vivement que la toune commence, qu'on en finisse.

D’un bond, je me lève quand le DJ mixe vers Roxette. Dos au mur, je le fixe, une main sur ma hanche, ma robe à 24 boutons-pression prête à exploser, mon sourire soulignant mon indécence. Je vais lui en donner, un bon show. Hop ! Je titube vers sa face avec ma grâce juvénile.

***

C’est pas sorcier : c’est un calcul mathématique qui mène l’une à choisir de servir du PFK ou une autre de se laisser pincer les boules. Je sais pas pour le PFK, parce que je suis paresseuse; j’ai préféré passer deux semaines par fin de session à me dénuder plutôt que de me claquer deux shifts par jour pour un maigre salaire qui paierait mes chères études universitaires.

À dix-huit ans moins deux jours, j’étais déjà serveuse sur le plancher de danse du Big Bang rue Amherst, à me faire tipper 10 cennes la bière. Trois mois d’esclavage qui ne se racontent pas. Pour la suite, par contre, ça se couche sans problème sur une ou deux pages...

Un soir, on était frostés dans un after, des filles m’ont parlé de Niagara Falls; leur Eldorado-à-20-piasses-la-toune, pas-besoin-de-faire-d’extras, tu-vas-te faire-deux-mille-balles-par-jour, viens-donc ! Donc, j'y suis allée. Et j’y suis restée 5 ans (le temps de rembourser mon prêt et mon ordi). J’avais troqué l’insulte de ramasser les corps morts des ados pour vider le portefeuille de touristes américains, et ça m’allait très bien. Pour les attouchements indécents, c’était kif-kif. Pour mes notes, j’étais bolée alors y avait pas plus de mal là-bas qu’ailleurs.

Trous noirs, gros bruns et paillettes

Les premières fois, c’est en autobus qu’on s’y rend. Tu prétends partir en vacances, et ô merveille, personne ne te pose de question. Mais ça ne prend pas de temps que tu vois les chutes arriver à 160 km/h, la pédale dans le tapis de ta bagnole flambant neuve dès que la cloche du dernier cours a sonné. Pas une minute à perdre quand tes plates-formes doivent spinner sur le plancher à 21 heures tapantes.

Le plus difficile, c’est d'expliquer comment t’as payé la voiture. Pour les uns, tu travailles dans un bar et c’est payant que l’crisse. Pour les autres, tes parents sont riches. Mais tu apprécies franchement le fait qu’aucune pitoune de ton université n’ait eu la même idée que toi pour payer sa dette.

Ce texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTS, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania
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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4485/payer-sa-session-en-trente-tounesMon, 07 Oct 2013 10:42:41 EDTAnonyme pas vraiment avoir d'argentpayer sa sessiondansestripteaseétudiantsspécial étudiantsreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4485/payer-sa-session-en-trente-tounes
Retour au bercailCe texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTS, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

L’organisation des Jeux du Canada avait fait appel à l’une des formations électrojazz les plus en vue de l’heure pour clôturer deux semaines de compétitions à Sherbrooke. Urbania en a profité pour aller les rencontrer dans leur ville natale. Après quelques tergiversations et l’appel des estomacs affamés de cinq garçons qui allaient donner un spectacle en tant que Qualité Motel le soir même – leur projet musical uniquement électro, où les gars se glissent derrière cinq consoles –, c’est au mythique restaurant Louis des premiers jours, rue King Est, que toute l’équipée sauvage s’est ramassée.
 
Attablés au deuxième étage du resto, prêts à attaquer des Maxi Louis poutinés (« C’est la meilleure chose ici, a dit Jules, tu prends le Trio Maxi Louis et tu changes ta frite pour une poutine »), on est passés aux choses sérieuses. Mais ce n’est jamais si sérieux, avec France, DRouin, Jules, To et Luis de Misteur Valaire. Car les masques tombent et le fun fait place... à encore plus de fun, finalement.
 
Sous les néons, sur les bancs d’école
C’est que les gars se connaissent depuis longtemps. Jules et Luis allaient tous deux à l’école Sainte-Anne (et y ont appris les rudiments de la batterie) tandis que les trois autres faisaient leurs premiers pas scolaires en musique, à l’école Sacré-Coeur. Leur amitié avec France est née sur le terrain de jeu et dans les scouts. Des liens qui se sont solidifiés sur les bancs de l’école secondaire Mitchell-Montcalm, que quatre des cinq gars fréquentent pour y étudier le jazz. Luis, de son côté, est allé au Séminaire Salésien et jouait plutôt du rock chez les frères. Il  rejoignait toutefois les quatre autres après les classes pour jouer, jammer et mettre sur pied de nouveaux projets musicaux, tel qu’Anticlopédie, une formation jazz expérimental à huit têtes, ou encore O?zone, vers la fin du secondaire, tout juste avant de lancer Misteur Valaire.
 
 Les gars savaient aussi apprécier le punk-rock (« J’écoutais du punk-rock parce que je faisais du skate! », dit To), le ska punk à la Reel Big Fish (« Ça a vite passé, c’était surtout en secondaire 1 et 2 » s'excuse presque Jules), les fabuleuses compilations Big Shiny Tunes (« J’écoutais ça pis Jaco Pastorius » mentionne France), le grunge (« … jusqu’à Our Lady Peace, genre » précise Luis), Van Halen et Pink Floyd. « J’étais plus rock au cégep, mais au secondaire, j’étais plus all jazz », dit à ce sujet DRouin.
 
Après avoir agacé gentiment Luis parce qu’il n’avait pas fréquenté la même école secondaire que les autres, le ton sur lequel la conversation allait se dérouler était donné et les gars se sont lancés. « Y a pas de gêne à avoir», disait Luis. « La musique nous a soudés, mais on était tous amis bien avant ça. »
 
Dreads, vêtements de lin, vol à l’étalage, bandana, Miles Davis, Charlie Parker, biologie, les gros seins de Maggie Tremblay, Bosco bicycle, bière Navigator, pétage de gueule par un plus vieux, poils de toutes sortes, etc. Tout y est passé au cours de l’heure qu’a duré l’entrevue et a contribué à défaire l’image parfaite et calculée de Misteur Valaire que les cinq drilles projettent. Ils travaillent en effet avec une précision et une aisance fascinantes, et leurs spectacles semblent toujours si faciles à balancer au public, bien que la somme de leurs efforts soit considérable.

Photo: John Londono

Ce texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTS, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4432/retour-au-bercailMon, 30 Sep 2013 13:17:10 EDTJulie Ledouxspécial étudiantsrue king estlouis des premiers joursmaxi louis poutinésécole sainte-annemusiqueMisteur Valairesherbrookereportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4432/retour-au-bercail