Urbania - enqueteshttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 20 Jun 2013 08:43:02 EDT60Les hauts et les bas de Grandpa Elliott
Le samedi matin, il m’est coutumier de promener mon vélo dans les rues du Quartier français, sans but, guidée par les artistes de rue, leurs musiques, leurs spectacles, leurs œuvres ou leurs tours de magie, mais rechercher Grandpa Elliott dans l’idée d’en apprendre davantage sur lui, ça ajoute du piment, et ici, on les aime les piments ! Il est vrai que la magie du net peut nous en dévoiler pas mal sur ce talentueux musicien, mais je cherche autre chose, ce qui ne se voit pas, ce qui ne se lit pas. Après coups de fil et messages lancés comme des bouteilles à la mer, discussions au hasard, rencontres inopinées, je l’aperçois enfin !

Je suis au croisement des rues Royale et Toulouse, son endroit stratégique. Il est passé deux heures de l’après-midi. Ma première pensée est étrange: je me demande si je ne suis pas passée à côté de lui la semaine précédente sans l’avoir remarqué. Oui, je cherchais un être guilleret, animant la foule, faisant danser les passants. Oui, je tendais l’oreille dans l’idée d’un air de « Stand by me » même si j’espérais plutôt « We are gonna make it ». Il n’en est rien. Je découvre Grandpa Elliott assis derrière ses caisses en plastique près d’une boutique de souvenirs. Des touristes qui s’arrêtent quelques minutes pour écouter un groupe folk lui tournent le dos. Je regarde de plus près, c’est bien lui. Je m’approche.

Écouteurs aux oreilles, l’artiste suit une émission radio. Il me faut plusieurs tentatives et une bonne blague pour lui faire retirer un des deux « bouchons». Grandpa Elliott est clair et net, il y a les bons jours et il y a les mauvais. Malheureusement, les mauvais sont plus nombreux. L’homme qui a donné maints concerts et dont le talent a tant fait vibrer ne pense pas une seconde à me faire danser. Il me propose une photo, prise deux ans plus tôt dans les rues de New York, pour dix-neuf dollars quatre-vingt-quinze. Aujourd’hui, Grandpa ne répondra pas à de nouvelles questions, à quoi cela servirait-il ? Aider d’autres personnes à s’enrichir ? Sans mâcher ses mots, il me suggère d’acheter le livre « Sidewalk Saints » dans la boutique d’à-côté ou de taper son nom sur un moteur de recherche. Lui, il ne partagera plus rien. Et pourtant… J’ai lu ce livre et bien des articles dénichés sur la toile mais rien ne pourra remplacer les quelques minutes passées à ses côtés. D’après le vieil homme, il ne s’agit pas d’être heureux, il me parle de faux contrats, de manipulations, et du loyer qu’il reste encore à payer.

Je suis sans voix. Comment peut-on avoir apporté tant de bonheur et en être là, avec les mauvais jours plus nombreux que les autres ? Ce croisement de rue n’est pas un choix, c’est celui qu’il connaît le mieux. Où irait-il s’il n’était pas là ? Grandpa Elliott, connu à travers le monde, est écœuré. Tout le monde profite de son image, certains sont devenus millionnaires grâce à lui, et personne ne lui a rien donné, « not even a penny… » me dit-il.

Une dame s’arrête, lui adresse quelques mots de remerciement, accepte d’acheter une photo, lui glisse un billet de vingt dollars dans la main. Sa cécité l’oblige à demander de combien il s’agit. Ça aidera à payer le loyer.

Je pars, reviens, ne sais que penser, que faire.

« The Meaning Of Life Is To Find Your Gift. The Purpose Of Life Is To Give It Away. » Cette citation de Pablo Picasso m’avait interpelée il y a quelques temps sur le sens de la vie. Grandpa Elliott et ses déceptions sont là pour tout chambouler dans mon esprit. Il n’est pas le seul. Combien d’hommes ont été élevés au rang de star pour ensuite être jetés après avoir été consommés ?

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Le Spécial RUE sera disponible en kiosque et en version numérique dès vendredi!


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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4045/les-hauts-et-les-bas-de-grandpa-elliottTue, 11 Jun 2013 13:28:33 EDTmusicienharmonicaruenew orleansnouvelle-orléanselliottgrandpareportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4045/les-hauts-et-les-bas-de-grandpa-elliott
Bienvenue au Jardin géologique
En marchant dans le Jardin avec Andrée Hallé, chef de section Programmation et muséologie à l’emploi du Jardin depuis 16 ans, – bon, d’accord, nous avions un kart! – nous nous sommes rendus compte que l’histoire de l’institution montréalaise était résolument coulée dans le roc. Après tout, le jardin est sis sur une immense ancienne carrière qui aurait rendu jaloux Monsieur Miroc.

Voici donc l’histoire rocambolesque des roches du Jardin.

Retour dans le passé
Dans le jardin des lilas, au pied d’un buisson, bien peu de visiteurs remarquent cet amas de pierres grises. Il s’agit des ruines d’un bâtiment du Mont-de-La-Salle, institution d’enseignement des frères des Écoles chrétiennes, construit de 1885 à 1887 et découvert en 2000 lors de fouilles. Ironie du sort, Conrad Kirouac y étudie pendant deux ans au tournant du siècle. Conrad deviendra plus tard le frère Marie-Victorin et fondera le Jardin botanique en 1931. Les frères quittent le Mont-de-La-Salle en 1917 et le bâtiment est la proie des flammes en 1925, puis détruit.
Déjà, au début du 20e siècle, on avait identifié l’immense site, qui allait de Rosemont à Pierre-de-Coubertin, pour en faire un immense parc. Marius Dufresne – qui a fait ériger avec son frère Oscar le château Dufresne, coin Sherbrooke et Pie-IX – élabore, en 1915, un ambitieux projet comprenant des pistes de courses de chevaux, un amphithéâtre pour le hockey et la crosse, des lacs artificiels, des hôtels, une galerie d’art, un aquarium, un zoo et un casino… Le jardin de Dufresne ne verra jamais le jour, mais le projet, plus modeste, de Marie-Victorin s’en inspire dans les grandes lignes.

Le Jardin, une ancienne carrière
En marchant dans l’Arboretum, la partie chouchou du Jardin d’Andrée Hallé, on remarque une grande variation dans la dénivellation du sol. C’est qu’il y moins de 100 ans, tout le nord du Jardin était une immense carrière de calcaire. Une bonne partie des bâtiments voisins –comme le Marché Maisonneuve, mais pas le château Dufresne qui a été construit avec des importations italiennes – comportent des pierres de la carrière de la cité de Maisonneuve. «Je suis toujours étonnée quand je me dis qu’ici, avant, c’était un trou! fait remarquer Mme Hallé. C’est incroyable ce qu’on a réussi à faire.»
À quelques endroits dans le jardin, on remarque même des trous dans les pierres pour le dynamitage. Les plans originaux, dessinés par Henry Teuscher, prévoyaient des jardins suspendus dans la carrière, qui a été toutefois été remplie avant l’aménagement du site. Lors de notre passage, nous avons pu voir les nouvelles stations d’interprétation de l’Arboretum (photo) réalisées par Atelier in situ et qui seront inaugurées le 14 juin. Scoop!

Histoire de cailloux
L’accouchement du jardin japonais a été douloureux. L’architecte paysagiste Ken Nakajima a dessiné les plans en 1967, pendant l’Expo. Mais le projet avorte. Lorsque l’on reprend l’idée, 20 ans plus tard, une histoire de pierres complique encore la tâche. Aucun des gros cailloux qu’on présente au Japonais ne font l’affaire, et il serait trop coûteux de faire venir des pierres d’outre-mer. C’est finalement après une visite à Thetford Mines que Nakajima découvre la péridotite – non ce n’est pas une maladie mais bien une pierre verdâtre – qui concorde avec sa vision (photo).
Dans le jardin chinois, la pierre jaunâtre près de la pagode vient d’aussi loin que… l’île Sainte-Hélène. Les pierres grises trouées qui remplissent les aménagements et servent de sculpture viennent toutefois du lac Tai, près de Shanghai. Dans la pagode, on trouve même une petite exposition sur les gongshi, ou pierres à images, ces minéraux troués mais non sculptés, qui ressemblent à de véritables œuvres d’art.

Jardin de roches
Au sud du jardin alpin, Andrée Hallé me fait découvrir une petite promenade que je n’avais jamais vue auparavant. De part et d’autre du chemin, on trouve une multitude de roches – et quelques cactus qui survivent à travers. Du quartz au titane, en passant par l’amiante. Les panneaux d’interprétation, un peu défraichis, parlent même des différents types de minéraux. Visiblement passionnée par le sujet, Mme Hallé imagine bien voir un parcours géologique dans l’Arboretum.

En vrac
• Lors de notre visite, on mettait en place les immenses structures des Mosaïcultures. L’événement, qui couvrira une bonne partie de la surface du Jardin, débute le 22 juin.
• L’institution montréalaise travaille à un nouveau jardin qui devrait voir le jour en 2015. L’espace dédié à la phytotechnologie montrera les vertus des végétaux, des toits verts aux marais filtrants.
• Une nouvelle serre multifonctionnelle pour tenir des événements sera construite à côté du nouveau Centre de la biodiversité. Elle devrait être prête d’ici 2017.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4037/bienvenue-au-jardin-geologiqueMon, 10 Jun 2013 09:56:35 EDTmarie-victorinplantegarnotterochegeologiquemontrealbotaniquejardinreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4037/bienvenue-au-jardin-geologique
Portes ouvertes sur la Maison BleueCe texte est extrait du Spécial BÉBÉS (#31 - Automne 2011) disponible sur la Boutique Urbania

Et parfois de tout ça en même temps. Des femmes qui vivent dans un contexte loin d’être idéal pour donner naissance à un bébé et qui ont besoin, à ce moment marquant de leur vie, d’une épaule sur laquelle s’appuyer.

En 2005, Amélie Sigouin travaillait comme éducatrice à la petite enfance. C’est durant son congé préventif de maternité qu’elle a imaginé et mis sur papier le projet de la Maison Bleue : une maison humaine, où les femmes enceintes vivant dans un contexte de vulnérabilité pourraient trouver du soutien et où les enfants seraient suivis en bas âge.

L’idée a germé lors de ses études en éducation, mais aussi lors des longues discussions avec sa mère, la Dre Vania Jimenez. À l’époque, celle-ci suivait des femmes enceintes au CLSC de Côte-des-Neiges. Le tandem mère-fille était donc témoin des problèmes qui se créaient très tôt dans la vie d’un enfant, mais n’avait aucun moyen de les empêcher. Un jour, le Dr Gilles Julien, un bon ami de la famille, leur a alors dit : «Quand je les reçois à 4-5 ans, ils ont déjà mal et sont déjà hypothéqués. Pourquoi vous n’intervenez pas durant la grossesse, histoire de prévenir les problèmes en amont? »

La mère et la fille ont mis leurs énergies en commun et entrepris de mettre leur projet sur pied. Deux ans plus tard, en 2007, grâce aux efforts de tout un chacun, la Maison Bleue ouvrait ses portes, dans l’ancienne maison du bedeau, rue Plamondon, à Côte-des-Neiges. Aujourd’hui, une centaine de familles sont suivies chaque année. Autour d’elles, une équipe de médecins-accoucheurs, de sages-femmes, de travailleuses sociales, d’éducatrices spécialisées et de bénévoles fait des pieds et des mains pour les aider.

La Maison Bleue Côte-des-Neiges connaît un tel succès qu’une deuxième Maison Bleue est maintenant ouverte depuis mai dernier dans Parc-Extension, sur la rue Querbes. Et ce n’est que le début.


Amélie Sigouin, directrice générale et cofondatrice

« Les femmes qui viennent à la Maison Bleue portent en elles à la fois ce qu’il y a de plus laid — leurs problèmes —, mais aussi ce qu’il y a de plus beau : un bébé. À la Maison Bleue, notre mandat, c’est de leur donner à la fois un nid et des ailes pendant et après leur grossesse. On leur donne des outils pour qu’elles soient autonomes et on leur donne aussi tout le soutien dont elles ont besoin. Prenons l’exemple d’une maman ex-prostituée ou ex-toxicomane, qui l’a pas eu facile dans la vie. Si elle rechute, elle va avoir besoin d’un filet. Nous, on ne la laissera pas tomber. On va tout le temps croire en elle. Mais au-delà de notre travail avec la mère, notre objectif, c’est le bonheur de leurs enfants. On veut que les petits loups soient le mieux possible, qu’ils ne partent pas en retard par rapport aux autres enfants dans la vie, malgré le fait qu’ils aient connu de la négligence ou l’abus dans leur milieu familial. C’est là qu’on s’en va .»


Isabelle, sage-femme
« À la Maison Bleue, je suis responsable des suivis de grossesse. C’est aussi moi qui donne les cours prénataux et qui s’occupe des visites à domicile pour aider les mères à accueillir leur bébé. L’éventail de femmes que je rencontre dans mon travail est très vaste. Certaines viennent tout juste de débarquer au pays, d’autres sont suivies par la DPJ. Certaines sont victimes de violence conjugale et d’autres ont des problèmes de toxicomanie. Il arrive aussi que je rencontre des femmes qui soient enceintes d’un viol. Ces mamans doivent recevoir une attention particulière et, surtout, être traitées avec beaucoup de délicatesse : elles ont besoin de soutien, de compassion, d’écoute et de solidarité. Si elles n’en reçoivent pas, elles ne pourront pas en donner à leur bébé en retour. Il ne faut pas oublier que l’enfant qu’elle porte est aussi victime du viol. Personne ne choisit de naître ainsi. Personne ne choisit que son père soit le violeur de sa mère. C’est pourquoi, au-delà de l’acte qui a été commis, il faut que la mère puisse accueillir son enfant, qu’elle puisse créer un lien d’attachement avec lui, afin qu’une complicité se développe entre eux. Leur bonheur est intimement relié : on ne peut pas avoir une belle grossesse et avoir un beau bébé en forme — physique et mentale — quand la mère est dans une situation de détresse. À la Maison Bleue, on est là pour l’aider à se sortir la tête de l’eau, pour l’aider à reconnaître ses forces et pour lui rappeler que la vie est bonne, que la vie est belle. Parfois, je dois me le rappeler moi aussi. Certaines histoires sont parfois tellement déchirantes qu’elles me font pleurer. »


Jessica et Antonio

«  J’ai grandi et je vis toujours à Montréal-Nord. Quand j’étais plus jeune, j’ai eu un enfant, mais la DPJ me l’a enlevé, parce que j’avais des problèmes de consommation. Même chose pour mon deuxième, qu’ils sont venus m’enlever, dans mes bras, à l’hôpital.  L’année passée, je suis tombée enceinte de mon troisième, avec mon nouveau chum, Antonio. Même si j’avais arrêté de consommer et que j’avais travaillé fort sur moi-même depuis ce temps-là, j’avais peur que la DPJ me l’enlève. Ça m’angoissait et j’en ai parlé à des travailleuses sociales de mon quartier que je connaissais depuis longtemps. Elles m’ont proposé d’aller à la Maison Bleue pour voir ce qu’ils pouvaient faire pour moi. Moi, je connaissais pas ça. La première fois que je suis entrée, j’étais gênée et je savais pas si je pouvais leur faire confiance. J’ai parlé avec la travailleuse sociale et j’ai tout de suite senti que leur approche était différente de la DPJ. À la Maison Bleue, ils sont vraiment là pour t’aider. J’ai décidé de leur faire confiance à mon tour et ils m’ont appuyée dans ma démarche pour garder mon enfant. À mon accouchement, la travailleuse de la Maison Bleue était là. Quand le monde de la DPJ est arrivé pour voir si tout se passait bien, ils ont vu que j’étais bien entourée. Ils se sont rendu compte que j’avais un filet de protection autour de moi s’il se passait quoi que ce soit. Sur place, ils ont finalement signé les papiers pour que je puisse garder mon bébé. Ça a été tout un soulagement. Je vais me souvenir de ce moment-là toute ma vie. Depuis mon accouchement, tout se passe bien. Je suis avec un père extraordinaire, qui prend soin moi. Le bébé est super calme. Comment ça va être dans cinq ans? Je ne le sais pas. Je vis un jour à la fois. Mais je sais que si la Maison Bleue n'avait pas été là, je n’aurais probablement pas pu garder mon bébé. Grâce à eux, j’ai eu une deuxième chance dans ma vie. »


Variane
«  Le 14 novembre, j’ai quitté le Cameroun dans l’espoir d’une vie meilleure. Quand je suis arrivée au Canada, j’étais en retard dans mes règles. J’ai passé un test de grossesse et c’est là que j’ai découvert que j’étais enceinte. C’était tout ce que j’avais toujours souhaité. À l’époque, j’étais hébergée par des amis à moi. Après trois mois, ils m’ont mise dehors et ils ont coupé tout contact avec moi. Je me suis retrouvée seule. Complètement seule avec mon bébé dans le ventre. Je me suis mise à avoir des crises d’angoisse : je ne savais pas où j’allais accoucher ou encore qui allait s’occuper de moi, je ne savais même pas comment fonctionnait le système hospitalier. Au Cameroun, les femmes reçoivent du soutien de la part de leur mari ou de leur famille : là, je n’avais absolument personne pour m’aider. Imaginez arriver à l’hôpital sans personne, toute seule… C’est à ce moment que je suis allée au CLSC de mon quartier, Côte-des-Neiges. J’ai raconté mon histoire aux intervenants et ils m’ont référée à la Maison Bleue. Je ne savais pas ce que c’était. Ils m’ont dit : « Tu vas voir, c’est comme une famille, ils vont pouvoir t’aider.» Et c’est ce qui est arrivé. Dès que j’y suis entrée, j’ai senti que je n’étais plus seule. Deux mois avant mon accouchement, ils m’ont trouvé une accompagnatrice, qui m’a suivie jusqu’à terme et qui est venue avec moi à l’hôpital. Durant le travail, elle a pris soin de moi : elle m’a massée et m’a donné des trucs pour diminuer la douleur. Après l’accouchement, comme j’étais seule et très fatiguée, la Maison Bleue a envoyé quelqu’un pour m’aider à faire des courses et nettoyer ma maison. Je ne sais pas ce que j’aurais pu faire sans eux. Aujourd’hui, je vis dans un trois et demi dans Ahuntsic. C’est propre et c’est tranquille : je me sens mieux là-bas. Franchement, je pense que le pire est derrière moi. Le plus beau est à venir. »


Channable
« Je suis née sur l’Île de Saint-Vincent. En 1998, j’ai déménagé au Québec en espérant être plus heureuse. J’avais une petite fille d’un an, mais je n’ai pas pu l’emmener avec moi : elle a dû rester sur place, avec les autres membres de ma famille. Ça a été la pire épreuve de ma vie... À mon arrivée à Montréal, j’ai rencontré un autre homme avec qui j’ai eu trois enfants. Quand je suis tombée enceinte de mon troisième, je suis allée au CLSC et ils m’ont référée à la Maison Bleue. À l’époque, j’avais des problèmes à obtenir ma citoyenneté canadienne et ça me stressait beaucoup. Dès que je suis entrée, je me suis sentie bien. Je leur ai parlé de mon problème et ils m’ont aidée avec mes papiers. Ils ont même déboursé les frais pour que j’obtienne ma résidence permanente ! Pouvez-vous croire ? Après ça, ils m’ont aussi aidée dans mes démarches pour retrouver ma fille, que j’avais laissée à Saint-Vincent. Au mois d’avril, elle est venue me rejoindre au Canada. Elle a maintenant 14 ans. Je ne peux pas dire à quel point je leur suis reconnaissante. Pour moi, la Maison Bleue, c’est devenu ma deuxième maison. Aujourd’hui, dès que j’en ai l’occasion, je n’hésite pas à redonner aux autres femmes que je rencontre là-bas. Quand une de nous déménage ou a besoin d’un coup de main avec la peinture, on se mobilise et on lui donne un coup de main. C’est une famille. »
 

Vania Jimenez, médecin de famille et cofondatrice
« Même si la mission de la Maison Bleue n’est pas seulement centrée sur l’immigration, la grande majorité des femmes que nous accueillons sont des réfugiées ou des immigrantes récentes. Dans leur pays, ces mamans seraient prises en charge par leur communauté : elles auraient tout leur village autour d’elles pour les appuyer dans leur grossesse. Mais pas quand elles arrivent ici. Elles restent souvent dans leur ghetto, seule et démunie, avec leur enfant. Avec la Maison Bleue, j’ai l’impression de les aider dans leur trajectoire, mais surtout, d’avoir recréé un village autour d’elles. Entre ses murs, on y retrouve le même esprit communautaire, et je suis convaincue qu’on a créé un modèle qui fonctionne. Chaque semaine, je ne compte plus le nombre de success stories

(Photos par Julie Artacho)]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/4015/portes-ouvertes-sur-la-maison-bleueMon, 03 Jun 2013 10:39:35 EDTorganismefamilleenfantbébémaison bleuereportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4015/portes-ouvertes-sur-la-maison-bleue
De retour du Festival del cartel, Havane 2013
Je dois confesser que mon appréciation du graphisme cubain restait accroché à la vague des années 60-70. Les affiches de cinéma de René Azcuy, Eduardo Muñoz Bachs ou Antonio Perez Ñiko, réalisées dans le cadre des productions de l'ICAIC (Institut cubain de l'art et de l'industrie cinématographiques) demeurent des morceaux d'anthologies colorés, pop-artisés, qui détonnent avec la production de l'École polonaise qui sévit à la même époque. Parallèlement, résonnent celles de l'OSPAAAL (Organisation de solidarité des peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine) destinées à la défense des peuples opprimés. Elles incarnent, aujourd'hui encore, un modèle de l'affiche engagée. Depuis les années 90, baptisées par les Cubains de Période spéciale pour symboliser une époque de grande pauvreté suite au désengagement du gouvernement russe, l'affiche cubaine semblait être tombée en désuétude.

La réalité est bien différente. Cette première visite a donné lieu à d'incroyables rencontres, notamment celle avec Sara Véga, spécialiste du cinéma cubain et des affiches cinématographiques de l'ICAIC (1), qui m'a ouvert les yeux sur une Havane dont j'étais loin d'imaginer la force et le dynamisme créatif actuel, celui d'une génération de jeunes créateurs qui nous ressemblent tant. Je me plais parfois à prétendre que nous sommes deux îles, celle de la Havane et celle du Québec. Deux solitudes d'où émergent une créativité riche et avide de reconnaissance. Dans les deux cas, elle ne se fait pas sous les feux de la rampe ou en grande pompe mais sous l'impulsion de passionnés, un peu fous comme moi, qui choisissent de s'investir pour les faire connaître.

C'est avec cette volonté de concevoir un projet susceptible de provoquer une rencontre inusitée entre ses deux réalités, ses deux bassins de graphistes que je retournais en sol cubain, en 2013. Il suffit parfois d'une circonstance inattendue pour provoquer les choses. Les festivités entourant l'anniversaire des 50 ans d'Icograda (2) (The International Council of Graphic Design Associations) en sont le cas. Qu'elle ne fut pas ma surprise de recevoir un matin, l'invitation d'Hector Villaverde, graphiste cubain dont la carrière couvre cinq décennies, me conviant comme panéliste au symposium sur l'affiche, au titre évocateur de « El rol del cartel en el mundo contemporáneo (3)  ». Située dans le superbe Centro hispanoamericano de cultura, situé sur le Malecón, cette rencontre phare du Festival del cartel Habana (4) », proposait de discuter sur diverses questions du type : L'affiche polonaise est-elle toujours vivante (5) ? ou, L'affiche, un moteur du changement social ?

Le point culminant de cette rencontre s'est opéré dans la salle, ofrant au public une nouvelle perspective sur l'état de l'affiche havanaise. Symptomatique d'une communauté graphique en porte-à-faux entre une génération qui a vécu la révolution et une autre née après, c'est Olivio Martinez, l'un des derniers graphistes ayant contribué à la notoriété de l'OSPAAAL, qui lance un débat avec sa présentation au titre provocateur de « El Cartel… ¿Cuál? », L'affiche... quelle affiche? Son propos tient du fait que l'affiche cubaine actuelle ne propose plus de message engagé, plutôt une esthétique propre à l'affiche culturelle. De son point de vue, il est préoccupant que les graphistes s'éloignent de leur engagement politique et social. L'échange qui a suivi cette intervention, dans le public, est un signe des dissensions entre deux générations. Elle démontre la nécessité de trouver de nouveaux repères pour cette communauté, les graphistes insulaires.

Un de mes plus grands moments? Une rencontre inattendue avec Olivio, au cours de laquelle, connaissant mon intérêt pour l'affiche engagée, il me remet un DVD comprenant ses archives personnelles. Son souhait, les promouvoir au sein de concours d'affiches engagées, tel "The Palestine Poster Project " (6) où l'on retrouve ses affiches réalisées pour l'OSPAAAL depuis les années 60.
          
C'est ça La Havane!

Celui qui croit connaître Cuba en se dorant la pilule sur une plage de sable blanc, à laquelle la population locale n'a pas accès, ni connaît rien. Il faut arpenter les rues de La Havane, sans guide, côtoyer, discuter avec ceux qui l'habitent pour commencer à percevoir la richesse de ce peuple fier, créatif et avide de se faire entendre et reconnaître pour ce qu'il est. Isolé sur son île, il est incapable de s'auto-suffire et souffrant depuis des décennies de tout ce qui chez nous, constitue les abus d'un autre type de système, je pense à la surconsommation ou la « blasitude »...

La Havane, ce sont les surprises et les contradictions qui s'étalent au grand jour. Au coin d'une rue, je découvre les restes d'une installation photographique de l'artiviste JR (7) datant de 2012, The Wrinkles of the City. Bien connu pour son travail photographique engagé, ses portraits, plus grands que nature, illustrent et jettent une lumière nouvelle sur les gens qui habitent chacun des lieux qu'il investit. En arpentant le Malécon ou la vielle Havane, les investissements étrangers sont visibles. Les façades sont ravalées, les rues réhabilitées à l'originale à grands coups sur les pavés, au grand plaisir des touristes qui sont persuadés d'avoir vue la vraie Havane. Dérivez des tracés usuels et vous serez fascinés par la découverte de-ci, de-là, d'échafaudages abandonnés depuis si longtemps que la végétation en est devenu un élément architectural à part entière.

 Là-bas, de temps en temps les maisons s'effondrent. Là-bas, l'eau ne coule pas à volonté, quand elle ne coule pas du tout, exception faite des hôtels de touristes. Là-bas, pas de toilettes publiques avec P-cul et essuie-tout qui déborde des poubelles. Là-bas, pas de chasse d'eau qui coule, mais un système organisé du D et des écarts sociaux que le tourisme contribue à creuser.

Pourtant, il suffit de visiter une école de graphisme, l'ISDI, l'Institut supérieur de design ou la Casa de las Americas (8) , pour être parachuté chez nous. Ici ou là, même jeunes branchés, même gentry culturelle, mêmes centres culturels où les œuvres les plus variées s'affichent sur murs blancs. Seule différence, le vin rouge ou le mousseux cheap des vernissages est remplacé par un fond de rhum ambré.

Les visiteurs sont bigarrés, d'origines culturelles variées, puisque écoles d'art, de cinéma ou de graphisme, attirent chaque année de nombreux étrangers. Je ne serais donc pas la seule qui se fascine pour cette richesse insulaire? Les graphistes d'autrefois ont laissé la place à une génération qui règne sur l'affiche culturelle en tout genre. Chaque événement inscrit à la programmation du Festival le démontre, comme cette exposition Carteles del Centro Pablo de la Torriente Brau. Le slogan matraqueur et propagandiste s'est transformé en une maîtrise de la typographie et de l'image illustrative et digitale de haut niveau. Pour nous, graphistes occidentaux, pris dans nos quotidiens, partagés entre l'envie du travail d'auteur et celui nécessaire du commercial, il y a dans le travail cubain un aperçu de ce qu'est le travail sans contrainte, celui de la commande chaperonnée par un client. Jalousie peut-être? Ou preuve supplémentaire que le travail d'auteur, accompli à l'aide d'une liberté de création peut définir une production culturelle forte, intemporelle et signifiante.

Néanmoins, si liberté créative il y a, sa réalisation sur le papier n'est pas acquise. L'impression est un problème récurrent à La Havane. La pauvre qualité du papier rend les graphistes et leur école dépendants de commanditaires étrangers ou du recours à la sérigraphie qui demeure leur signature. Qu'elle soit réalisée chez un ami, dans le fond d'un appartement, ou dans le très officiel « el taller de la serigrafia Rene Portocarrero », sa bonne conduite dépendra de la disponibilité de l'encre ou du fixateur, cette semaine. Mais quel espace que cet atelier! Le temps d'une soirée, celle du collectif  « CACa  en el Taller (9) », je suis transportée dans un lieu habité autant par les affiches que par les racks de séchage et autres dispositifs sérigraphiques. À l'entrée, une affiche sérigraphiée, sur le thème de l'infirmière lubrique, orne le mur. L'endroit, à la chaleur suffocante, est une véritable fourmilière. De jeunes gens impriment en direct les affiches qui partent comme de petits pains pour la modique somme de 5 CUC (10) . Une forte musique techno pénètre chacun de nous, diffusée grâce au travail d'un DJ et de son assistante semblant tout droit sortie de l'affiche thématique de la soirée. Dans la salle, les verres de rhum passent sur des plateaux que d'autres assistantes médicales tout aussi sexy s'amusent à faire circuler! Entre de larges colonnes peintes en rouge sont tendues les œuvres récentes du collectif, toutes aussi originales les unes que les autres.

Mais où sommes-nous? Nous sommes à La Havane Darling, un lieu où demain n'est pas encore écrit, mais où son imaginaire, sa vitalité se dessinent encore sur l'affiche.

Vous n'avez pas fini d'en entendre parler...

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Valérie Yobé est professeure et chercheure en design graphique au sein de l'École multidisciplinaire de l'image (ÉMI) de l'Université du Québec en Outaouais (UQO). Elle débute sa carrière comme publicitaire en France pour suivre ensuite une formation en Graphisme au Québec où elle est installée depuis 20 ans. Elle détient un doctorat en sémiologie de l'Université du Québec à Montréal.

Crédits photos : Marc Trépanier©, Paul Tana©, Catherine Saouter©, Valérie Yobé©.

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(1) - L'ICAIC a été fondé en mars 1959. En 1960, l'organisme crée Cine Cubano et le projet Cinemóviles qui a permis une diffusion unique du cinéma cubain dans les régions les plus isolées de l'île. Les dix premières années de son existence ont été baptisés « Década de Oro», l'Âge d'or du cinéma cubain. Aujourd'hui, l'institut est le centre névralgique de la création et de la production cinématographique cubaine. Il existe également la Escuela internacional de cine, television y video de San Antonio de los Baños, et soutenu par la Fundación del Nuevo Cine Latinoamericano. De nombreux étudiants provenant de tout l'Amérique latine viennent y étudier la direction, le script, la photographie, l'édition.

(2) - http://www.icograda.org/feature/galleria/galleria515.htm

(3) - Le rôle de l'affiche dans le monde contemporain

(4) - Cartel est le mot désignant une affiche en espagnol

(5) - Avec en vedette, une exposition, The Polish Poster, Hereafter, démontrant que la création polonaise est bien vivante.
À lire sur : http://www.culture.pl/web/english/events-calendar-full-page/-/eo_event_asset_publisher/L6vx/content/poster-art-forges-polish-cuban-connection

(6) - http://www.palestineposterproject.org/special-collection/artists-and-collectives/olivio-martinez

(7)  - http://www.jr-art.net/projects/the-wrinkles-of-the-city-la-havana

(8) - La Casa de las Americas participe à la diffusion et aux échanges culturels, littéraires et scientifiques entre les États d'Amérique latine et des Caraïbes. Elle participe aux activités de promotion culturelle, à l'organisation de concerts, concours, expositions, festivals et séminaires.

(9) - C.A.C.A (merde en espagnol) sont les initailes de Club Amigos del CArtel. “Cartel” est le mot qui signifie affiche en espagnol

(10) - CUC, pesos convertible cubain, développé pour les touristes. Un dollar canadien donne 0.99 CUC

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/4005/de-retour-du-festival-del-cartel-havane-2013Tue, 28 May 2013 17:04:51 EDTcubainaffichegraphismegraphiquedesignla havanehavanacubareportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/4005/de-retour-du-festival-del-cartel-havane-2013
Sous le pont
J’ai été excité à l’idée d’avoir une toute nouvelle perspective sur Jacques-Cartier et sur la ville jusqu’au moment d’arriver à la petite échelle permettant de descendre sur des planches de bois. Sous celles-ci : le fleuve vert.

C’est en marchant sur la piste cyclable, casque vissé à la tête, après avoir salué Jacques-Cartier lui-même, que Marc Simard, ingénieur et chargé de projet au pont, m’a amené dans la petite cage au dessus de l’échelle. Ne manquait que le père Fouras pour me lancer une énigme à laquelle j’aurais inévitablement donné la mauvaise réponse, trop absorbé par l’idée d’emprunter l’échelle… Dix barreaux – avec la petite jambe qui shake et rendue trop lourde par mes caps d’acier – plus bas, nous étions sur la pile no 23, l’un des 28 piliers du pont. Bienvenue sous Jacques-Cartier.


Sur le pilier
Vrai : une fois les deux bottes sur le béton du pilier, le coup d’œil est spectaculaire et inédit. À ma droite, La Ronde, colorée. À ma gauche, en se penchant un peu, le Vieux et le centre-ville de Montréal. On me rassure en me disant que les piles ne bougent pas d’un brin, contrairement au reste du pont. Des amortisseurs empêchent aux vibrations du tablier, causées par la circulation, de se transmettre aux pieds du pont. Sous le pont, pas de bouchons, mais tout un monde. Autour des poutres d’acier conçues pour briser le vent, passent, entre autres, les fils d’Hydro-Québec et les tuyaux de Gaz Métro.


Dans le pavillon
On remarque ses quatre tourelles qui dépassent le tablier, au-dessus de l’île Sainte-Hélène, mais on connaît peu le pavillon de Jacques-Cartier, bâti en même temps que le pont – son toit est carrément le tablier. À l’origine, le premier étage devait devenir une salle d’exposition et le deuxième (photo), une immense salle de bal. À visiter les lieux abandonnés, on en devine tout le potentiel. Côté est, la fenestration nombreuse devait offrir une vue spectaculaire sur l’eau – La Ronde n’existait pas. La crise économique ayant frappé à l’inauguration du pont, le site n’a presque jamais servi. On compte une exposition connue d’artisanat en 1934. Sinon, l’endroit a servi d’entrepôt pendant la guerre, puis à la Ville de Montréal. Même les pigeons ont abandonné le pavillon; on les a forcé du moins, leurs fientes étant néfastes pour la structure! Chaque 15 minutes un cri de faucon retentit dans le bâtiment pour faire fuir les volatiles qui y ont laissé quelques plumes.


Dans la pierre angulaire
La pierre angulaire du pont a été posée en 1926 dans la pile no26, qui se trouve rue Notre-Dame, à Montréal, à côté de la vieille station de pompage Craig. On ignore aujourd’hui à quel endroit exactement dans le pilier elle est. Mais chose certaine, elle cache une capsule temporelle comprenant des journaux du 7 août 1926, des pièces de monnaie de l’époque, des photos et divers documents.


L’histoire des courbes
Le pont Jacques-Cartier a parfois été surnommé le pont croche, à cause des trois courbes que dessine son tablier. La première, au-dessus de l’île Sainte-Hélène, est causée par le fait que les piliers doivent être placés dans l’axe du courant. Comme l’île fait dévier le flot, il fallait changer la trajectoire. La deuxième, à l’entrée de Montréal, ne vise qu’à réaligner le pont sur les axes nord-sud de la métropole. La troisième (photo) est due à l’obstination d’Hector Barsalou, qui possédait une usine à savons et qui a refusé d’être exproprié. Les constructeurs n’ont eu d’autres choix que de contourner le petit bâtiment qu’on peut toucher en marchant sur le trottoir est. On raconte que les lois d’expropriation ont été modifiées après cet épisode afin de forcer plus facilement la main aux autres Hector Barsalou.  

D’un bout à l’autre
Il est possible – pour qui en a l’autorisation bien sûr – de traverser le pont d’un bout à l’autre, sous le tablier. «Il en prendrait presque huit heures», ironise à peine Marc Simard. C’est que la petite passerelle de bois qui traverse le pont de 2 687 m (à peine plus court que le Golden Gate de San Francisco) est une véritable course à obstacles. Au-dessus de l’eau, par exemple, il faut contourner des échelles et des parties de la structure. Sur la terre ferme, à Montréal, Longueuil ou sur l’île Sainte-Hélène, en levant la tête, on remarque facilement la passerelle.


En vrac :
• Le buste de Jacques Cartier situé sur la piste cyclable à la hauteur de l’île Sainte-Hélène a été offert par la France en 1934, lorsque le pont du Havre a été rebaptisé Jacques-Cartier pour marquer le 400e anniversaire de l’arrivée de l’explorateur au Canada. Déception : de l’île Sainte-Hélène, on remarque clairement qu’il est vide. Cheap, les Français?

• Jacques-Cartier comptait à l’origine trois voies. On avait réservé une voie de chaque côté pour le tramway qui n’a finalement jamais roulé sur le pont. En 1956 et 1959, ces voies ont été ouvertes aux automobilistes.

• Le pont était payant de son inauguration, en 1930, jusqu’en 1962. Il en coûtait alors 0,25 $ par automobile et son chauffeur (plus 0,15 $ par passager), 0,15 $ par piéton et cycliste et de 0,03 $ à 0,15 $ par animal, selon son espèce.

• Le corridor, au-dessus de l’île Sainte-Hélène, qui permet de passer du trottoir ouest au trottoir est par les tourelles sera rénové cette année pour le rendre plus attrayant.

• La Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain indique que Jacques-Cartier pourrait vivre jusqu’à 150 ans. On prévoit donc le conserver jusqu’en 2080.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/3975/sous-le-pontTue, 14 May 2013 15:36:39 EDTcraigbarsalouChamplainmontrealile ste-hélènejacques cartierpontreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3975/sous-le-pont
Retour moderne dans le passé
De l’autre côté de la rue, l’imposante gare Viger était pas mal plus vivante qu’aujourd’hui. Entre les deux, où l’autoroute Ville-Marie cicatrise le paysage, on retrouvait un immense parc aux grands arbres touffus.

C’est d’abord l’École des hautes études commerciales (HEC) qui s’y installe, en 1910. Le square Viger est alors considéré comme l’un des plus beaux jardins de la ville. Les temps changent… HEC demeurera propriétaire du bâtiment jusqu’en 1970 avant de céder sa place au Collège Dawson.

Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que les Archives nationales investissent les lieux, donnent au bâtiment le nom de Gilles-Hocquart – en l’honneur du 14e intendant de la Nouvelle-France qui a été l’un des premiers à s’intéresser à la conservation des archives – et entreprennent des travaux de rénovation et de conservation du bâtiment. Le centre est l’une des neufs adresses régionales des Archives nationales.

Aujourd’hui, dans ce lieu encore peu connu des Montréalais, on compte 25 kilomètres de documents. «On arrive à quasi saturation», indique l’archiviste Frédéric Giuliano qui me fait faire le tour du propriétaire. Visite d’un endroit moderne qui cache les traces de notre histoire.



Les géantes
Ces quatre géantes accueillent les visiteurs qui se rendent à la salle de lecture des Archives. Elles n’ont pas toujours été à cet endroit. Œuvres du sculpteur américain Henry Augustus Lukeman, elles sont ajoutées au haut des colonnes de la Banque Royale, rue Saint-Jacques, en 1907. Usées par le temps – l’une a perdu un bras –, elles ont été retirés en 1991, puis sauvées par Paul Desmarais, de Power Corporation, qui en a fait don aux Archives en 1999.


La salle de lecture
Logée dans l’ancienne bibliothèque de HEC, la salle de lecture du Centre d’archives en impose. Entièrement rénovée au tournant du millénaire, elle marie l’ancien et le moderne. Urbania a eu le privilège d’y prendre des photos, ce qui est habituellement interdit! Certains disent que les planchers de verre des différents étages ont été givrés quand les filles, vêtues de jupes, ont commencé à fréquenter les HEC. «Une légende urbaine», confirme, rabat-joie, Frédéric Giuliano. La grande majorité des gens qui visitent les archives le font pour découvrir leur généalogie.


Digne d’un film policier
Flash-back de l’université où j’ai dû manipuler ces machines à microfilms pour consulter des découpes de journaux! Le Centre d’archives de Montréal compte 15 000 microfilms. «Le travail de numérisation sera l’un des grands défis qui nous attend», concède M. Guiliano. À des postes de visualisation, quelques têtes grises consultent des documents. Presque chaque semaine, l’endroit reçoit aussi la visite de policiers qui tentent d’en savoir plus sur des dossiers non résolus. Près de la moitié des documents gardés au Centre sont des archives judiciaires. Le Palais de justice conserve ses archives pendant 30 ans, puis les envoie sur la rue Viger.  


Intrusion privée
Dans leur très vaste collection, les Archives nationales comptent 15 millions de photos, dont 8 à 9 millions à Montréal. Des photos officielles et publiques, mais aussi un bon lot de collections privés. Ainsi, l’archiviste Giuliano me montre de vieux daguerréotypes dans de jolis petits coffrets datant du début du 20e siècle et ayant appartenu à la famille Landry. Je me sens presque gêné de regarder les pommettes rouges de cet homme dont je ne sais rien. Pour calmer mon malaise, on me montre aussi des négatifs sur verre pris lors de la construction du pont Mercier, en 1930, et un immense rouleau de négatifs de vieilles photos aériennes de Montréal.


De tout
On trouve vraiment de tout aux archives. Des correspondances de Clémence Desrochers jusqu’à une lettre anonyme, écrite sur écorce de bouleau, parce qu’en 1913, le papier se faisait rare! Sur la photo, Frédéric Giuliano me montre un jugement de la cour de 1934, condamnant un homme à un an de travaux forcés et à une caution de 1 000 $ pour blasphème oral, parce que le malheureux avait tenu une conférence sur les vices des papes. Le pape François lui aurait sans doute lavé les pieds.


Musée technologique
Il n’y a pas que les milliers de documents conservés aux archives qui sont des reliques du passé. Cette salle de visionnement réservée au personnel ressemble à un véritable musée des technologies. C’est que pour lire certains documents qu’on reçoit, il faut encore des projecteurs ou des lecteurs Beta. «Quand on voit une vente de garage, on regarde toujours si quelque chose pourrait nous intéresser», lance M. Giuliano. La plupart de ces documents seront par la suite numérisés pour éviter de les perdre à jamais.


24 entrepôts
Le centre de Montréal compte 24 magasins pour conserver ses archives. Dans l’entrepôt des photos, où la température est maintenue à environ 12 degrés, on peut sentir l’odeur de vinaigre caractéristique à ces documents. Le simple fait d’ouvrir la porte du frigo des photos couleurs, gardé à cinq degrés, et d’y rester 30 secondes, suffit à faire augmenter la température. Sur la photo, le plus grand magasin du 435 Viger Est est rempli de documents légaux. «Environ 80 % des documents qu’on trouve dans ces boîtes sont des papiers de divorce! » indique Frédéric Giuliano.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/3926/retour-moderne-dans-le-passeFri, 19 Apr 2013 17:44:10 EDTdocumentdivorcefrederic giulianovigermontrealquebecnationalarchivescentrereportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3926/retour-moderne-dans-le-passe
Guindon devient rouxCe texte est extrait du Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

Évidemment, la personne toute désignée pour se faire dire qu'elle était volontaire était notre fidèle reporter Frédéric Guindon. Voici son récit.


Je ne suis pas roux. Je ne l'ai jamais été. En fait, je ne me suis même jamais teint les cheveux de quelque couleur que ce soit. Même pas en vert dans le temps où Green Day, Offspring et les chemises de garagiste avec un petit nom brodé au-dessus de la pochette à Craven A étaient à la mode.

Mais selon ce qu'on m'a appris (et je refuse toujours d'y croire), les roux ressentent de l'ostracisation, sont victimes de préjugés et leur vie n'est vraiment pas facile, surtout quand ils sont jeunes. J'en aurai le cœur net. Je vais devenir roux pendant un mois afin de tester leur supposé calvaire. Un peu comme quand le Journal de Montréal avait peinturé un de ses journalistes en Noir pour qu'il vive le racisme au quotidien, mais en moins toton.

4 janvier, 14 h : Transformation extrême

Par un pas beau vendredi après-midi, je me rends au Studio M & W situé sur la rue McGill, dans le Vieux-Montréal. En marchant, je trouve ça rigolo parce que je réalise que ça doit faire 15 ans que je ne me suis pas fait jouer dans les cheveux de façon professionnelle. À partir de l'adolescence, je me suis toujours fait couper les cheveux dans des partys pour le lol, ou par des amoureuses pour le love. Mais jamais par des personnes possédant des diplômes dans le domaine du cuir chevelu.

J'entre dans le salon, et j'ai un choc : c'est chic. Mes souvenirs de Bérangère sur le boulevard Cartier à Laval-des-Rapides sont relégués aux oubliettes. En 2013, on accueille les clients d'un salon de coiffure avec des pantoufles, une robe de chambre et une coupe de vin rouge. « Bienvenue au 21e siècle » que je me dis, et je me dirige déjà vers la chaise qu'on m'assigne pour le grand bouleversement.

Stephan W, mon coiffeur / peintre en cheveux, ne m'explique pas alors les différentes teintes que je pourrais choisir. Il m'annonce qu'il a déjà sélectionné la teinte parfaite et que ça l'amuse beaucoup de faire ça, parce que d'habitude, aucun gars ne veut volontairement devenir roux. Là, il va se payer la traite. Il ouvre son grand catalogue Prismacolor, se rend au chapitre consacré au orange et me pointe l'échantillon qui fait le plus mal aux yeux : celui de la couleur qu'avait Youppi quand les Expos sont allés le chercher au magasin des mascottes, orange fluo cône estival d'autoroute. Je ne pense pas qu'il a essayé de trouver le meilleur match avec le brun complexe de mes yeux ou le rosé délicat de mes joues. Je pense qu'il a juste pris la couleur la plus pétante parce qu'il veut qu'il m'arrive des affaires comiques. C'est correct. Il sait ce qu'il fait. Sans perdre de temps, il sort ses pinceaux et ses pots de peinture et il se met à me tartiner la tête. Et pour vrai, je trouve ça très drôle. J'ai l'impression d'avoir de la pâte à dents dans le fond de la tête. C'est froid et ça sent fort.

Mais le plus drôle, c'est quand Stephan sort ses petits pinceaux pour me faire les sourcils. « Tu vas pas me faire les sourcils » est ma question. « Oui, je vais te faire les sourcils » est sa réponse. Il me fait les sourcils.

L'opération ne dure qu'une trentaine de minutes, et ensuite, je dois attendre que la couleur imprègne mes cheveux. J'en profite pour immortaliser le moment pour les chanceux qui suivent Urbania sur Instagram. Cela devient la photo la plus likée depuis qu'on a ouvert notre compte : preuve que les roux ne sont, comme je le crois, absolument pas des victimes. Par contre, ils font d'excellentes bêtes de foire.

Après une petite séance de lavage et de séchage, je suis officiellement roux. La moitié du salon de coiffure est pliée en deux en me regardant et en me pointant du doigt. OK, j'ai peut-être surestimé la vie des roux. Je remercie tout le monde et je pars affronter le monde extérieur. Ma collègue Joanie me tient la porte pour sortir. Je m'élance sur le trottoir, la tête haute, fier comme un paon, et la PREMIÈRE personne que je croise part à rire en me voyant.

Ça va être un mois d'enfer.

4 janvier, 16 h : Boulot, métro, dodo, calvaire

Après une halte routière au bureau où mes collègues deviennent les deuxièmes, troisièmes, quatrièmes, etc. personnes à s'esclaffer en me voyant, je vais affronter le monde réel une fois de plus. Je prends le métro pour la première fois avec ma nouvelle tête. À ce stade-ci, je me pose la question : « Ai-je réellement l'air d'un roux ou ai-je plutôt l'air d'un crisse de tapon qui a l'intention de se déguiser en Ronald McDonald en fin de semaine? » Je ne suis pas encore assez expérimenté en rousseur pour établir un diagnostic fiable, mais je sais que je suis clairement le centre d'attraction pour Grosse Douceur et Pique-Burger, bien évachés dans le coin du wagon. Je peux vivre avec ça...

En entrant chez moi, mon petit chien, qui a l'habitude de me sauter dessus à mon arrivée, ne modifie pas son comportement, à mon grand bonheur. Il me reconnaît et ne semble nullement importuné par mon cap orangé. Le contraire m'aurait chagriné. C'est donc dire que jusqu'à maintenant, les humains se sont moqués de moi à plusieurs reprises, mais les animaux ont continué de m'aimer malgré ma différence. Brave bête.

J'ai hâte de parader devant mon amoureuse, la douce madame Guindon, mais elle travaille tard et ce n'est que le lendemain matin, en me réveillant, que j'ai droit à ses premières douces impressions :

« AAAHHH! Y a un roux dans mon lit! Pis, CALVAIRE! Y t'ont même fait les sourcils! »

Ma femme est quasi traumatisée. Je lui demande si elle aime ça (je suis naïf de même). Elle me dit que non. Deux morceaux de robot pour l'honnêteté. J'envisage un gros mois d'enfer.

Mais une fois la surprise passée chez les gens que je côtoie chaque jour, et qui me connaissent, et qui savent que d'habitude j'ai les cheveux bruns, je peux passer aux choses sérieuses, c'est-à-dire vérifier le seuil de tolérance du commun des mortels envers les roux.

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/3896/guindon-devient-rouxTue, 09 Apr 2013 14:54:49 EDTbérangèrepique-burgergrosse douceurteinturecoiffeurrousseurrouxguindonreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3896/guindon-devient-roux
Dans les coulisses des coulisses
Ce cauchemar, une interprète de Suor Angelica de Puccini, présenté il y a quelques années par l’Opéra de Montréal dans la mythique salle montréalaise, l’a vécu. Prise dans l’ascenseur, d’où elle entendait tout ce qui se passait sur scène, elle a manqué son cue. Gageons qu’elle est devenue une adepte des escaliers.

En presque 50 ans – l’établissement fêtera son jubilé d’or en septembre –, le plus vaste complexe culturel au pays (8 000 sièges dans six salles) a son lot d’anecdotes du genre. Derrière comme sur la scène. Comme cette cantatrice de la Flûte enchantée qui est entrée sur scène et s’est posé directement sur le distributeur de glace sèche avec sa grande robe de cantatrice… La boucane lui sortait du décolleté. Fou rire dans la salle.

Michel Gagnon nous a fait visiter les passerelles de Wilfrid-Pelletier, les salles de répétitions et l’atelier de costumes de l’Opéra de Montréal. Voici ce qui nous a marqué.



Sur les passerelles
Nous marchons à 11 mètres au-dessus de la scène de Wilfrid-Pelletier, sur la passerelle technique. D’ici, on remarque l’impressionnant système à contrepoids qui permet aux techniciens d’installer les projecteurs et autres éléments de décors. Aujourd’hui, tout est automatisé, mais on fonctionne encore selon le bon vieux système double : quand les techniciens accrochent un objet à la structure, on ajoute, de la passerelle, le double du poids pour contrebalancer, m’explique Michel Gagnon. Pendant un spectacle, ça bourdonne ici et sur la passerelle supérieure, fixée à 27 mètres de la scène.


Ginette guette
À l’arrière-scène de la salle Wilfrid-Pelletier, difficile de manquer la grande photo de Ginette Reno accrochée au mur depuis plusieurs années, comme en fait foi la chevelure de la diva. Pourquoi Mme Reno est la seule à avoir eu droit à l’honneur ? On ne sait pas trop, me lance M. Gagnon! Mais il semblerait qu’un technicien de la salle, lié d’amitié avec la grande dame, aurait fait installer le portrait. Ça fait changement de la reine!


Le meilleur siège
Quel est le meilleur siège de la salle Wilfrid-Pelletier, qui compte 3 000 places? «Le M1», me dit M. Gagnon. C’est le siège qui est situé en plein milieu du parterre. C’est d’ailleurs au-dessus de cette place que les décorateurs et les metteurs en scène installent leur table de travail quand ils imaginent leur spectacle. Tout est donc pensé pour que la vue de ce point soit la plus optimale possible.  


Caverne d’Ali Baba

L’Opéra de Montréal compte son propre atelier de costumes. Ici, la dorure et les froufrous sont maîtres. On trouve environ 4 600 pièces qui ont servi aux productions des dernières années. Tous les vêtements sont dûment identifiés avec le titre de la production et la scène dans laquelle le costume est utilisé. On reprend parfois de vieux costumes et on les modifie pour une nouvelle production.


Silence, on répète
Le complexe de la Place des arts compte plusieurs salles de répétition pour la danse, l’opéra ou la musique. La bande de Kent Nagano ne répète plus ici maintenant que l’Orchestre a son propre espace à l’Adresse symphonique. La salle de répétition utilisée par l’Opéra de Montréal est de la même taille que la scène de la salle Wilfrid-Pelletier. Pendant notre passage, les éléments du décor de Dead Man Walking, un opéra moderne, y étaient installés. Les carrés de bois sur les murs améliorent-ils vraiment l’acoustique? «Absolument pas!» indique Michel Gagnon.]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/3887/dans-les-coulisses-des-coulissesFri, 05 Apr 2013 13:36:54 EDTmontrealsymphoniqueorchestreoperacoulissespdaplace des artsreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3887/dans-les-coulisses-des-coulisses
Barbe-RougeCe texte est extrait du Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

L’entrepreneur dans la fin vingtaine a de quoi être fier de sa marque de commerce : son imposante barbe rousse lui aura valu deux titres de champion du monde, une série télé, plusieurs commanditaires, l'écriture d'un livre et une renommée internationale. Portrait d'un Barbe-Rouge des temps modernes.

Jack Passion (semi-nom d’artiste : Passion est bel et bien son deuxième nom) a la pilosité faciale précoce. Natif de Walnut Creek, petite ville de Californie, il a 12 ans lorsque son sillon nasal et ses joues se couvrent d'un duvet plus important qu'avant. « J’ai toujours eu du poil au visage. Ça fait partie de mon identité. » Dès 13 ans, il doit se raser quotidiennement. L’année suivante, il court-circuite sa toilette quotidienne en optant pour les favoris, qui deviendront rapidement sa marque de commerce.

À l’université de Santa Cruz en Californie, où il étudie la philosophie et la musique électronique, il se rase le matin, au réveil, et une seconde fois à l’heure du lunch. Cette routine exigeante a tôt fait de l’épuiser. « C’était trop pour moi. J’ai compris que mon corps essayait de me dire quelque chose, et j’ai décidé de l’écouter. » Donc, début vingtaine, il s’abandonne à ce qui est, selon lui, sa destinée : il range le rasoir et se laisse pousser la barbe. Longuement.

Et plus elle pousse, plus sa barbe a de la personnalité. Ses favoris rouge foncé se dégradent en un orange clair, ce qui ne surprend personne dans sa famille. « Mon grand-père était effectivement reconnu pour ses cheveux très noirs et sa moustache… orange vif ! »

Poils Académie

Sa barbe devient rapidement légendaire sur le campus. Plusieurs de ses amis le poussent à participer aux World Beard and Moustache Championships, compétition biennale internationale célébrant les plus belles barbes et moustaches du monde entier. Les trois catégories (Moustache, Barbe partielle et Barbe complète) se déclinent en 17 sous-catégories, du petit goatie (barbichette) à la turbo-méga-grosse-thunder barbe.

C’est donc à 21 ans qu’il participe pour la première fois au Championnat, qui se tient à Berlin en 2005. Il n’oubliera jamais son premier voyage en Allemagne : il voit du pays, rencontre des personnages qu'il trouve fascinants. Couronné 3e dans sa catégorie – Full natural beard, la plus prestigieuse –, il rit de sa déconfiture. « Je ne trouvais rien de prestigieux dans le fait d’arriver, finalement, deuxième perdant. What a joke ! »

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/3886/barbe-rougeFri, 05 Apr 2013 11:30:21 EDTjack passionorangepoilchampionnatChampionlonguebarberousseurrouxreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3886/barbe-rouge
À la recherche d’un acteur porno rouxCe texte est extrait du Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

Un super-baiseur roux pour venger tous les humiliés des cours de récré ? Quel concept réjouissant !  StreetPress part en mission pour Urbania chez les vétérans de l’industrie porno made in France.

Boire un pastis avec Matthew Spit, notre reporter roux maison, a fini de nous convaincre : « Faites de quoi sur les roux dans le porno. Ça, c’est quelque chose que je n’ai jamais vu ! » On le regarde : Matthew mesure 1 m 95, chausse du 9 et arrive à tenir un ballon de basket Spalding taille 7 d’une seule main... Ferait-il de la prospection en vue d’une reconversion professionnelle ? « Non, mais trouver un roux qui ait réussi dans le porno, ça rappellera qu'eux aussi ont un sexe et qu'en plus, ils s'en servent au moins autant que les autres ! » Le voilà, le premier super-héros roux du 21e siècle !

13 coups de fil, toute l’industrie française au courant de notre quête et…

 « Je suis vraiment désolée. J’ai demandé à tout le monde – et partout – mais personne ne trouve d’acteur porno roux… » Un coup de fil à Adeline de chez Dorcel Productions (la multinationale de la porno française), et nos ambitions pour rétablir la justice se râpent comme une carotte dans un robot culinaire. Pourtant, Marc Dorcel est à peu près le Hugh Hefner hexagonal, producteur de milliards de scènes de double pénétration et de kilomètres de saucisse à l’écran… mais pas un rouquemoute dans le répertoire de son iPhone 5. « À moins que vous ne considériez que Rocco Siffredi soit roux ? » tente Adeline. Mouais… Ce ne sont pas les quelques poils pubiens potiron de l'étalon italien qui pourront laver les revers d’une décennie de tentatives de drague. Non, ce qu’on veut, c’est du rouquin, du vrai ! Avec si possible un gros grain de beauté qui ressort sur sa peau laiteuse, de jolies petites taches de rousseur sur les pommettes et surtout… qui baise à tout va.

Problème : notre quête de l’étalon roux sent la débandade à plein nez. Jointe par StreetPress, Katsuni, la plus grosse star française du X de ces dernières années, « ne voit pas comment [nous] aider ». Tandis que Nina Roberts, 33 ans et plus de 150 films au compteur entre 2003 et 2010, est catégorique : « J’ai beau réfléchir, je n’ai jamais tourné avec un acteur roux de ma vie… » Nina Roberts, la pornstar cool des années 2000, écrit des livres avec la romancière Virginie Despentes, aime le punk rock, les tatouages et sort avec des métalleux chevelus. Elle a beau être ouverte d'esprit, elle n'a jamais offert sa croupe à un hardeur roux. Conformisme, quand tu nous tiens.

Mais comme dirait l’autre, c’est quand on s’y attend le moins que ça nous tombe dessus. Et on a le numéro du réalisateur porno Fred Coppula, alors ce serait bête de ne pas s’en servir. D’autant plus que Fred, comme il le dit lui-même, c’est « un peu moins de 100 acteurs » qui sont passés devant sa caméra :

 - Allô Fred ? Dis-moi, un acteur roux qui a déjà déchargé sur un de tes tournages, ça te dit quelque chose ?

- Mais oui, j’ai déjà fait tourner un roux !

Le temps suspend son vol. Les mots du réalisateur résonnent dans notre tête. Le sang nous monte au visage et nos mains deviennent tellement moites qu’on en lâcherait le combiné. Quoi ?! On aurait trouvé ?! La perle rare ! Le Mark Zuckerberg du cream pie ! Le Michael C. Hall de l’éjaculation faciale ! Oui, on le tient ! Une belle leçon pour tous ceux qui ont le désespoir facile.
Coppula s’empresse d’ajouter :

- C’était au tout début de ma carrière et le mec était masqué.

On pleure. Des acteurs qui préfèrent cacher leur crinière rutilante plutôt que d’assumer leurs exploits sexuels à la caméra : voilà où ça mène, des siècles de bûcher et de blagues grasses.

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- Robin D'Angelo, de StreetPress (un webzine urbain de société. À Paris, mais pas que.)

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/3880/a-la-recherche-d-un-acteur-porno-rouxWed, 03 Apr 2013 13:35:27 EDTbitesexeadultefilmpornoacteurrousseurrousserouxreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3880/a-la-recherche-d-un-acteur-porno-roux
Youppi est-il roux?

Narration: Benoit Côté
Musique originale: Pierre-Alain Faucon et Benoit Côté
Texte: Charle Desbiens-Lamarre
Réalisation: Le collectif Belle Bebelle]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/3858/youppi-est-il-rouxTue, 26 Mar 2013 14:42:23 EDThockeybaseballmontrealcanadiensExposmascotterouxyouppireportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3858/youppi-est-il-roux
La ligue des têtes roussesCe texte est extrait du Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

Rencontre avec Jason Prince, cofondateur avec son frère de la RedHead League de Montréal.

« Êtes-vous roux ? Si oui, rejoignez-nous. Écrivez à redheadedleague@eudoramail.ca. »

Voilà le genre d'annonce que publiait la RedHead League dans le Hour, un journal gratuit de Montréal. Lapidaire, mais avec le mérite d'être claire: on veut des roux. Soit. Mais pourquoi? Faire une étude scientifique, monter une milice vengeresse, réaliser des fantasmes inavoués... ? Et qui était derrière cette annonce ?

Jason Prince, avec son frère John, est le créateur de cette énigmatique ligue des têtes rousses. Mais Jason n'est plus roux : il est gris-blond. « J'ai 47 ans et mon roux tend à s'estomper. Mon frère Johnny, lui, continue à se teindre en roux. Ça fait plus jeune. » (Retiré dans son chalet au moment de l’entrevue, ce dernier ne pourra pas nous en dire plus.)   

L'idée d'un club de roux leur est venue pendant l'hiver 2000. Au comptoir d'une quincaillerie d'Outremont, une superbe jeune fille au sourire éclatant et à la chevelure de feu les avait soufflés. « Johnny et moi étions effervescents après cette rencontre. Subjugués par cette beauté, nous avons décidé de créer la ligue des têtes rousses. » Pour rencontrer un maximum de jolies rousses, donc? « Oui et non... enfin, pas vraiment! Le but était vraiment de rencontrer des gens intéressants. On a d'ailleurs tout de suite édicté une règle non formelle entre nous: pas de date dans le cadre du club. Comme ça, pas de chicane. » Loin d'eux aussi l'idée de monter un groupe de parole basé sur la souffrance d'être roux. D'ailleurs, les Roux « anonymes », c’est un peu absurde...

« Nous voulions bâtir une communauté, raconte Jason. À la fin des années 1970, mon frère et moi étions réputés pour faire le plus gros party d'Outremont. À l'école secondaire, j'avais déjà créé l'association des enfants de psy pour partager mes expériences avec d'autres enfants. » Le temps aidant, les amis se sont éloignés et Jason a senti à nouveau le besoin de créer quelque chose. D'où l'idée de l'association.

Bienvenue dans le mythe
Pour recruter les futurs membres, les Prince s'inspirent de La Ligue de Rouquins, un Sherlock Holmes dans lequel un personnage roux est piégé par des malfrats à la suite de la publication d'une annonce dans les journaux. « Comme nous soupçonnions que notre association pouvait attirer des voyeurs ou des gens qui fantasmaient sur les roux, nous ne donnions pas le lieu de réunion dans le libellé, mais une adresse courriel. On rencontrait les gens en personne avant de les intégrer au club. C'était un genre de rite initiatique qui faisait aussi office de pré-vérification. On s'assurait ainsi d'avoir du monde aux intentions honnêtes. Tout ça avait l'air très formel, mais en fait, on s'amusait beaucoup! »

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http://urbania.ca/canaux/enquetes/3855/la-ligue-des-tetes-roussesMon, 25 Mar 2013 14:11:40 EDTPrincesherlock holmesredheadrouquinliguerousseurrouxreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3855/la-ligue-des-tetes-rousses
Pourquoi McGill est awesome en cinq points[NDLR: Le reporter Vincent Fortier est en mission. Il est parti explorer les coulisses d'édifices ou de lieux emblématiques de Montréal. Dans ce premier reportage, il dévoile les secrets de l'Université McGill]

Vous savez, la blonde sans ambition, le meilleur ami geek, le sportif aux pecs parfaits et la-laide-qui-n’est-finalement-pas-laide qui se mêlent sur le gazon plus vert que vert de leur établissement collégial ou universitaire de renom.

Après tout, McGill est la Harvard du Canada. Ce n’est pas moi qui le dit, mais bien Marge dans un épisode des Simpsons. Pas de farce! Vrai que la réputation de la première université montréalaise – dans les classements et dans le temps – n’est plus à faire. Deux premiers ministres canadiens, trois astronautes, trois chefs d’État étrangers, et douze Nobels y sont passés. Ajoutez à cela 9 Oscars, 3 Pulitzer et 28 médailles olympiques…  

J’ai visité le campus avec le professeur Peter McNaly, directeur du projet Histoire de McGill, pour voir si l’institution était à la hauteur de sa réputation. Voici cinq raisons qui prouvent hors de tout doute que McGill est awesome.


1. McGill, c’est Clue!
C’est au Faculty Club, rue McTavish, que Peter McNaly m’a donné rendez-vous. En poussant la porte, je me retrouve devant un spectaculaire escalier qui mène au deuxième étage et qui me fait croire que je suis dans un manoir perdu au milieu de la campagne de la Nouvelle-Angleterre. La maison a appartenu à Alfred Baumgarten, un Allemand magnat du sucre, arrivé à Montréal en 1873 et a plus tard servi à loger les recteurs de McGill. À l’intérieur, on a conservé avec brio la décoration de la salle de bal, de la salle à manger ou du conservatoire, où le professeur – McNaly, pas Plum – et moi s’assoyons pour discuter. Alors qu’il me parle de James McGill, je regarde autour de moi pour m’assurer que je ne vois pas un chandelier ou un tuyau de plomb. Je me dis qu’il doit forcément y avoir des passages secrets ici. C’est sûr. Qu’il suffirait de tirer un livre de la bibliothèque pour me retrouver dans un sombre corridor. Mais j’en ressors bredouille.


2. McGill a un tyrannosaure!
Je pourrais m’arrêter ici. Un pavillon qui ressemble à Jurassic Park, c’est suffisant pour obtenir le titre de meilleure université au monde! Le dinosaure qui trône au milieu du musée Redpath, au cœur du campus de McGill, n’est pas un T-Rex, mais un gorgosorus, un proche cousin. Perso, je crois que l’université devrait adopter le gorgosorus comme emblème pour remplacer le vulgaire martinet rouge qui orne ses armoiries.

À écouter Peter McNaly me raconter l’histoire du musée, je me rends compte que la construction du bâtiment est digne de celle du Taj Mahal. Une vraie histoire d’amour. À la fin du 19e siècle, l’un des plus importants recteurs de McGill, John William « College » Dawson, un passionné de science qui ne croit toutefois pas aux théories de Darwin, souhaite quitter l’université pour Princeton. Pour le convaincre de rester, on lui construit le musée Redpath, inauguré en 1882. C’est le plus vieux bâtiment du pays conçu à des fins muséales au pays. Courez-y, l’entrée est gratuite – on demande en fait une contribution volontaire.


3. McGill a « inventé » le hockey

C’est vrai que le hockey est né à McGill?, que je demande au professeur. « C’est ce qu’on aime dire. Pour nous, c’est vrai », me dit-il pendant que l’on marche à côté de la patinoire extérieure où l’on joue… au ballon-balai. En fait, c’est la première équipe de hockey qui a été formée à l’université. Elle a sauté sur la glace pour la première fois en 1877, quelque temps avant que le premier livre de règlement ne soit écrit, également à McGill.

L’université est aussi liée à la naissance d’autres sports. La première partie de rugby en Amérique du Nord a été disputée à Montréal entre des étudiants de McGill et des membres de l’armée britannique, en 1868. Puis, le premier match de football américain, en 1874 à Boston, mettait aux prises Harvard et McGill. C’est aussi un diplômé de l’université, James Naismith, qui a inventé le basket-ball, aux États-Unis, en 1891.


4. McGill a autant de pouvoir que ma mère

En entrant au pavillon Birks, rue University, on est accueilli par une dizaine de paires de bottes et de souliers. Comme je croyais que seule ma mère pouvait m’obliger à retirer mes godasses, je me dis que je dois être ici dans un lieu important. Le bâtiment, nommé en l’honneur du célère bijoutier, abrite la Faculté des études religieuses – autrefois la Faculté de la Divinité – et est probablement un des plus charmants de McGill.

À son architecture, on reconnaît tout de suite la fonction de l’édifice, mais on ne peut y attribuer aucune religion spécifique. Depuis 1852, McGill est un établissement non confessionnel, m’explique Peter McNaly. D’ailleurs, la chapelle du deuxième étage ne présente pas de scènes religieuses sur ses vitraux, mais bien les blasons d’universités sœurs et des provinces canadiennes. En face, la salle de lecture est un secret bien gardé. La pièce, qui n’a rien à envier aux grandes universités américaines, offre un espace de travail spectaculaire pour les quelque 35 000 étudiants de McGill.


5. McGill = fun
En me promenant entre les différentes facultés avec le professeur McNaly, quelque chose me frappe. Pavillon, salle et musée Redpath nommées en l’honneur de John Redpath, magnat du sucre. Campus et nombreux pavillons MacDonald nommés en l’honneur de William Christopher MacDonald, magnat du tabac. Résidence Molson nommée en l’honneur de John Molson, magnat de la bière. Avec cet héritage, je comprends pourquoi le magazine Playboy a inclus, en 2006, McGill parmi les 10 meilleures party schools en Amérique du Nord. James McGill doit se retourner dans sa tombe. En fait, qui était Mcgill, à part une station de métro en rénovation? James McGill, marchand écossais établi à Montréal qui a fait fortune dans la fourrure, possédait les terrains où se trouve aujourd’hui le campus. Dans son testament, il lègue ses terres et 10 000 $ pour qu’on pose les bases de la première université montréalaise. Son souhait se réalise en 1821. Ses restes sont depuis 1875 enterrés sur le campus. Voilà, vous aurez au moins appris quelque chose à la lecture de ce texte!]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/3795/pourquoi-mcgill-est-awesome-en-cinq-pointsTue, 05 Mar 2013 10:50:37 ESTredpathmcnalylibrairiepavillonpartyMcGillmontrealuniversitéreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3795/pourquoi-mcgill-est-awesome-en-cinq-points
Le cinéma québécois anglophonePas tout à fait canadien, pas entièrement québécois, le cinéma anglo produit dans la Belle Province affiche une belle santé, mais reste en marge des productions francophones beaucoup plus médiatisées. Rapide tour d’horizon de quelques productions marquantes.

Inutile de refaire toute l’histoire du cinéma au Québec. Signalons simplement que le cinéma québécois anglophone a déjà une longue existence derrière lui. De nos jours, les films anglophones représentent environ 15% de la production québécoise annuelle de films de fiction. Malgré une telle proportion nos anglo-québécois restent méconnus du grand public. Leur visibilité médiatique est restreinte, leur présence aux Jutra est anecdotique et, pour une large part, leur diffusion se confine aux circuits de cinéphiles et de festivaliers.

En dehors de quelques cas isolés, il faut attendre les années 70 pour voir apparaître un corpus de longs métrages de fiction produits et tournés en anglais au Québec. Cet embryon de cinématographie remonte plus précisément à la mise en place de la « production canadienne assistée » par l’entremise de programme de financement de la SDICC (l’ancêtre de l’actuel Téléfilm Canada) qui souhaite alors développer une cinématographie nationale par la force du poignet et par l’octroi de quelques millions de dollars. Naît alors la série B québécoise anglophone.

David Cronenberg, figure marquante du genre, signe plusieurs incontournables dont son inoubliable Videodrome produit par Claude Héroux en 1982. George Kaczender, John Sone, Jean Lafleur, William Fruet et même Claude Fournier avec son western utopique Alien Thunder, brandissent eux aussi les couleurs du cinéma de genre anglo-québécois. Du côté des productions plus conventionnelles, c’est aussi l’effervescence. Paul Almond, un réalisateur de télévision chevronné, signe Isabel (1968), un premier long métrage tourné à Shigawake en Gaspésie. Act of the heart, film sur l'absolu et l'amour, suivra en 1970 et, en 1972, Journey confirmera la renommée naissante de la comédienne montréalaise Geneviève Bujold. Parmi les autres films marquants de la décennie, deux traitent de la communauté juive de Montréal vue à travers diverses époques. The Apprenticeship of Duddy Kravitz du torontois d’origine bulgare Ted Kotcheff, est l’occasion de voir la toute jeune Micheline Lanctôt donner la réplique à Richard Dreyfuss dans une comédie douce amère traitant de l’ambition personnelle d’un jeune juif prêt à tout. L’année suivante, c’est au tour de Lies My Father Told Me du cinéaste d’origine tchèque Ján Kadár de se distinguer en obtenant le Golden Globe du meilleur film étranger.  Plus proches du concret, les films Prologue de Robin Spry (1970), Montreal Main (1974) de Frank Vitale et The Rubber Gun d’Alan Moyle (1977) explorent quant à eux le côté moins glorieux d’un Montréal alors en pleine mutation, avec son lot de laissés pour comptes et de marginaux.

Sous la houlette de compagnies telles que Allegro ou Cinépix, les films de série B égrènent leur chapelet d’horreur ou de suspense et allongent la liste des productions aussi essentielles que futiles. Les aficionados se délectent encore des valentins meurtriers de My Bloody Valentine (George Mihalka, 1980), de la jalousie du mannequin maléfique de Pin… de Sandor Stern (1988) ou des réminiscences frankensteinniennes de The Vindicator de Jean-Claude Lord, également réalisateur de Mindfield, l’un des meilleurs du genre où des expériences sur la mémoire menées aux États-Unis dans les années 70 deviennent le prétexte d’une intrigue policière habile et nerveuse. Parmi les productions plus ambitieuses, plusieurs d’entre elles abordent le thème de la jeunesse en difficulté. C’est le cas de Malarek de Roger Cardinal, basé sur l’enfance trouble du réputé journaliste Victor Malarek, ainsi que Sitting in Limbo et Train of dreams, deux drames sociaux de John N. Smith. Dans ces années portées sur l’enfance, c’est sans aucun doute le film de Claude Gagnon The Kid Brother (1987) qui remporte le plus d’honneurs à l’étranger. Cette histoire est inspirée de la vraie vie de Kenny Easterday, enfant handicapé parcourant les États-Unis sur le pouce pour retrouver sa sœur.

Les années 90 aplanissent les différences. Le nouveau venu Christian Duguay fait une apparition remarquée avec un épisode de la franchise Scanners, suivi de Screamers, thriller futuriste rempli de bibittes rampantes. Parmi les plus prolifiques des cinéastes anglophones, citons Douglas Jackson, auteur de polars et de films d’horreur devenus cultes, Michael Rubbo et ses films pour la jeunesse (dont Les aventuriers du timbre perdu), Bashar Shbib, montréalais cinéaste indépendant connu pour sa série The Senses constituée cinq films, tous sortis la même année. Même Denys Arcand tâte de l’anglais avec deux productions oubliables (Love and Human Remains et Stardom). Mais malgré un nombre croissant de propositions, les décennies 90 et 2000 marquent un certain recul dans la reconnaissance du cinéma québécois anglophone, contrastant avec le succès grandissant des productions francophones.

Il y a donc peu de chances que vous ayez vu Adam's Wall de Michael McKenzie, Blood de Jerry Ciccoritti, The Descendent de Philip Spurrell, Refrain de Tyler Gibb ou encore The Point de Joshua Dorsey, pour ne citer que quelques titres récents. Toutefois, de temps en temps, un film parvient à retenir l’attention… à condition qu’il fasse rire ou utilise une vedette connue des francophones. C’est le cas pour Savage Messiah avec Luc Picard en chef de secte déjanté, Mambo Italiano comédie débilitante avec Ginette Reno, ou The Trotsky de Jacob Tierney, propulsé par une forte campagne publicitaire. Ces quelques réussites ne cachent toutefois pas la réalité : le cinéma anglo-québécois a du mal à percer dans son propre marché. Souvent restreint à quelques présentations en festivals ou confiné dans des circuits réduits, il est une affaire de curieux ou de connaisseur. Mais malgré ce relatif anonymat, notre cinéma anglo est bien vivant. En 2013, pas moins de cinq productions devraient voir le jour. Souhaitons leur – et à tout le cinéma québécois anglophone – une couverture médiatique suffisante pour leur permettre d’arriver jusqu’au public.

Charles-Henri Ramond, Films du Québec

Image:
ISABEL, Paul Almond – Geneviève Bujold
Source : http://cinebeats.wordpress.com/2011/07/15/genevieve-bujold-is-isabel-1968/
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http://urbania.ca/canaux/enquetes/3762/le-cinema-quebecois-anglophoneMon, 18 Feb 2013 09:52:27 ESTsdiccquébécoisanglophoneangloquebecfilmcinémareportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3762/le-cinema-quebecois-anglophone
Guindon à Côté-Nord Tremblant
Une fois la tortueuse route de campagne derrière nous, c'est à peine 90 minutes après notre départ que nous avons mis les pieds à l'intérieur de la salle d'accueil de Côté-Nord Tremblant. Là, on nous a remis les clés de notre suite.  Une suite! C'est tellement le fun à dire! Ça fait luxueux. En tout cas, ça fait différent de chambre de motel, de tente ou de siège de char... Notre SUITE était la #1307, dans le pavillon 1.

Situé sur un terrain appartenant anciennement à une fraternité religieuse, le domaine est au cœur d'un secteur calme et très apaisant. En fait, le lac Supérieur et les montagnes qui surplombent les environs imposent d'elles-même une sérénité qui nous force presque à chuchoter tellement on ne veut pas troubler la quiétude des lieux.


En entrant dans notre SUITE, Catherine et moi, on a fait comme tout le monde. On s'est garrochés chacun dans une chambre pour prendre possession d'un lit. Après ça, on a pu commencer à explorer notre nouveau territoire. Premier constat : ça sent le neuf! Et ça, c'est une grosse qualité. Deuxième constat : on n'a pas lésiné sur la modernité. Des électro-ménagers au mobilier du salon en passant par la salle de bain, tout est construit selon les plus récentes tendances en matière de décoration. OK, je ne connais vraiment rien là-dedans, mais en 1982, j'ai dormi dans un motel à Amqui et je fais encore des cauchemars où je me fais manger par un monstre brun, orange et beige. Une déco inadéquate, ça traumatise.

Et puisque une image vaut mille mots, voici la petite vidéo que j'ai tournée le lendemain en me levant :



Mais avant d'aller me coucher, il faut dire que j'étais surtout allé manger au restaurant Le Caribou, situé dans le pavillon d'accueil de Côté-Nord Tremblant. Là, je me suis régalé. Je me suis payé la traite avec une entrée de pop corn d'agneau (ou était-ce du veau?) que j'ai rapidement engloutie. Il me restait toutefois suffisamment de place pour le plat principal, les ribs de cerf. Ce qui est drôle, c'est que deux jours avant, j'écoutais Un souper presque parfait et la concurrente avait préparé du cerf. J'avais alors eu une petite réflexion du genre : « Eille, j'ai jamais mangé ça du cerf, moi. » Et puis, bam!, deux jours après, j'avais l'occasion rêvée d'y goûter. J'ai saisi ma chance et je ne l'ai pas regretté. Je suis un carnivore avide de bonne viande et de bonne sauce, et là, on s'est bien occupé de moi. Mes compliments au chef! J'étais tellement enthousiasmé que je parlais fort en faisant aller mes grands bras dans tous les sens. Ce qui devait arriver est arrivé : j'ai accroché ma coupe de vin qui s'est renversée sur la table. Faire un dégât de vin rouge dans un restaurant chic, c'est toujours un peu la honte. Je le sais, ça m'arrive souvent. En fait, je pense que c'est un peu ma manière personnelle de féliciter le chef pour un bon repas.

Après un repas aussi copieux, j'étais repu et à notre retour dans notre SUITE, je ne me suis pas chicané longtemps avec mon lit pour savoir c'était qui le plus fort. Je l'ai laissé gagné. J'avais une grosse journée le lendemain et je voulais faire le plein de forces.

Au chant du coq (je niaise, y'a pas de coq), j'ai décollé mes yeux et j'ai réalisé que j'avais passé une saprée bonne nuit de sommeil. Pour ceux qui connaissent la rue d'Iberville à Montréal, sachez que c'est là que j'habite. Ce qui fait que des 10-roues, j'en entends passer une bonne centaine par nuit et que donc, dormir dans la tranquillité absolue des Laurentides, c'est un peu comme être mort tellement c'est relaxant. J'exagère, mais vous comprenez ce que je veux dire...

Suite à mes exercices d'assouplissement et à ma prière du matin, j'étais prêt pour le programme de la journée : destruction de mon corps par une randonnée hivernale et régénération de mon corps par un massage thérapeutique.


Mon guide, Stephan, est arrivé à 9h30 pile. Ensemble, on est allé à une entrée un peu méconnue du Parc du Mont-Tremblant. En théorie, on devait faire la randonnée en raquette, mais la météo des derniers jours faisait en sorte que nu-pieds, c'était plus facile. Ben, on n'était pas nu-nu-pieds. Ce que je veux dire, c'est qu'on n'avait pas de raquettes, juste des bottes. Et des grands bâtons de ski de fond. Stephan était vraiment un expert de la flore et de la faune. En deux heures avec lui, je pense que j'en ai plus appris qu'en cinq ans de sciences au secondaire. Il m'a expliqué les particularités de tous les arbres qu'on a rencontré, en plus de décoder toutes les pistes d'animaux qu'on croisait. Malheureusement, on n'a pas vu de vrai représentant de la forêt verte, mais, sous forme de traces, on a vu : des renards, des belettes, des lièvres, des gélinottes, des hermines et je dois en oublier.

En plus d'espionner le vent, on a aussi gravi deux des sommets du secteur, en l’occurrence les monts Panorama et Nixon. (Bon, nos amis originaires de l'outre-mer doivent bien se moquer quand je parle de «gravir», de «sommets» et de «monts», mais que voulez-vous, le Bouclier Canadien, c'est un peu nos Alpes...). Du haut de ces pics vertigineux, la vue est époustouflante... et le thé vert savoureux!


L'alpinisme est une discipline exigeante pour l'enveloppe charnelle et en redescendant des hauteurs des Laurentides, j'avais déjà très hâte à la prochaine étape du programme : le massage thérapeutique. Que ceux qui n'ont jamais reçu de massage lèvent la main! Vous manquez de quoi. Ça ne sert à rien que j'essaie d'expliquer de long en large les bienfaits d'un massage. Il faut le vivre.

Mais celui que j'ai reçu ce jour-là était dans une classe à part. Jamais je ne m'étais fait manipulé les rotules avec une telle vigueur. Et c'est la même chose pour les dessous de pieds et les aisselles. Tous ces endroits sont souvent négligés sur un corps humain. Là, ils étaient l'épicentre de la Terre entière pendant que mes yeux étaient fermés et que je bavais sur le plancher par le trou de l'appuie-tête. Et c'est de cette façon que s'est déroulée l'heure qui a passé le plus vite de toute ma vie...

Et c'est aussi de cette façon que s'est achevé mon (trop court) séjour à Côté-Nord Tremblant. J'aurais aimé rester plus longtemps pour essayer davantage d'activités, mais le devoir me rappelait à l'ordre. En fait, j'avoue que j'aimerais également y aller en été pour profiter de la multitude de plateaux sportifs GRATUITS. Du tennis de table au yoga en passant par le foosball, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses, puisque comme je le disais auparavant, c’est GRATUIT.

Oh, et message à mes patrons : peut-être qu'on pourrait faire notre prochain Lac-à-l'épaule là-bas?

Si vous êtes jaloux et que vous voudriez vivre une expérience comme la mienne, sachez qu'on organise présentement un concours vous permettant de gagner 2 nuitées à Côté-Nord Tremblant. Y participer me semble une excellente idée!

Quelques photos bonus:




PS: pis y'a aussi des chalets à louer!]]>
http://urbania.ca/canaux/enquetes/3757/guindon-a-cote-nord-tremblantThu, 14 Feb 2013 16:55:48 ESTraquettecaribouaubergesuitenixonpanoramafraternitetremblantcote-nordguindonreportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/3757/guindon-a-cote-nord-tremblant