Urbania - chroniqueshttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 20 Jun 2013 01:18:52 EDT60Il ne reste plus rien à direAviez-vous lu le 32e épisode?: Fondu dans le décor)

Il y a ce moment, sur le bord de la piscine, où il n’y a plus rien à dire. Nous avons assez hésité. Il ne reste qu’à sauter. Tout le monde nous regarde. Nos amis qui sont déjà dans l’eau menacent de nous éclabousser si on ne le fait pas bientôt. On a déjà trempé les pieds dans l’eau, juste assez pour savoir que ce sera un choc violent, mais aussi pour imaginer que l’on sera bien une fois le fait accompli. On attend le plus qu’on peut, on pense, on visualise et puis, dans une seconde céleste, on saute.

Cette seconde bénie est la clé d’une vie juste et sans regret. Il faut savoir l’attraper, car elle ne se cherche pas. Certes, elle peut être cernée dans un labyrinthe théorique, mais elle ne peut être vécue qu’en étant saisie, conquise encore et encore, jusqu’à la fin des temps. C’est l’opportunité non gaspillée, c’est une bataille gagnée contre peur.

Cette seconde se matérialise le jour où on a fait le tour de toutes les doctrines réconfortantes sur la recherche d’un plus grand bonheur, sur l’importance du moment présent et sur les façons de faire beaucoup d’argent. Faire un plan et le poser sur papier, c’est loin d’être assez. Remettre cet effort à une prochaine fois qui n’arrive jamais, c’est un disque qui a déjà trop souvent joué. Sans cette seconde où l’on se lance, toutes ces belles théories de la vie ne valent rien.

Ce blogue que j’écris chaque semaine va maintenant tenter une migration vers cette seconde où l’on se mouille, où l’on essaie, où l’on explore, où l’on échoue, mais où peut-être aussi, on réussit. Il ne sera plus simplement question de parler, il sera question de se rencontrer et d’agir pour vrai, comme c’était au départ l’intention de cette chronique.

Je pense que nous sommes tous d’accord qu’il faut faire quelque chose. Je m’adresse donc à ceux, qui comme moi, ont ce désir de courir après cette seconde où tout se passe jusqu'à l’attraper, mais qui, entretemps, se sont perdus dans l’attente. Ceux qui veulent se dépasser, s’engager, mais qui ne savent pas par où commencer, ceux qui sont éternellement coincés dans un entre deux.

Dans notre quête d’améliorer notre sort au moyen de l’entreprenariat, nous devenons toujours le client type. On se pose la question d’un million de dollars : qu’est-ce que j’aimerais avoir comme bien ou comme ressource qui n’existe pas et dont je serais le meilleur client. Comment puis-je passer du temps de façon à répondre aux besoins suivants: Argent, paix d’esprit et plaisir. Dans quoi aurais-je le goût de m’investir corps et âme et de ne pas compter les heures?

Par expérience, émettre des énoncés vagues nous amène le même genre de réponses alors voici une proposition bien précise :

Dans mes temps libres, j’aime aller dans les cafés pour lire, écrire et combler mes besoins sociaux. Je me verrais facilement passer des journées entières dans un tel environnement. Être patron, employé et client, qu’est ce qu’il y a de mieux?

Je vous propose donc, à qui veut bien l’entendre, de faire les démarches pour ouvrir un café.

Vous savez, le genre d’endroit bien lumineux où les étudiants vont faire leurs devoirs, où les travailleurs vont diner et où les promeneurs en congé vont prendre un smoothie.

Les artistes, vous pourriez peindre des toiles. Les chefs vous pourriez faire de la bouffe et les décorateurs pourraient décorer. Les gens de communications pourraient s’occuper des médias sociaux et les réalisateurs d’une série web télé. Il y a de quoi créer toute une communauté.

L’argent viendra. Plus on met d’énergie dans une entreprise, plus elle prospère, c’est connu.

Alors pour commencer, il faut juste signer ici : _____________ (ou m’écrire à l’adresse ci-bas, vu que ce n’est pas réellement une feuille de papier.)

Et bien sûr, il faudra attendre début juillet que je revienne de Floride.

On y va comme ça cette semaine. Assez parlé, il ne reste plus rien à dire.


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
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À suivre la semaine prochaine: même heure, même poste!

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http://urbania.ca/canaux/chroniques/4076/il-ne-reste-plus-rien-a-direTue, 18 Jun 2013 15:34:29 EDTse mouillerviebutargentrêvepapierpiscinecafereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/4076/il-ne-reste-plus-rien-a-dire
L’art perdu du flânage
La faute de Steve Jobs et des autres

Les rues ne servent plus à se promener avec des tortues, comme on le proposait de manière métaphorique aux promeneurs dans les passages couverts à Paris au 19e siècle. Car le flâneur est mort, il n’existe plus! Il n’est plus à Paris, à New York, à Londres et encore moins à Montréal. Les transformations des médias au 21e siècle, et plus particulièrement de la télévision et de l’Internet, où le pittoresque, l’éclatant et le nouveau se croisent et se transforment à un rythme effarant, ont provoqué la mort progressive de la figure du flâneur.

On délaisse le plaisir de multitude pour une expérience coupée de tout et de tous. Aujourd’hui, la rue ne peut concurrencer les stimuli incessants des nouvelles plateformes multimédias. Pire encore, les téléphones intelligents créent une bulle de plus en plus étanche autour de chaque individu. Les espaces publics ne seraient ainsi qu’une série d’individualités qui communiquent ensemble par l’entremise de la technologie.

À quoi sert la rue, alors ?
On pourrait facilement dire qu’il s’agit d’une scène dont les tableaux changeants agrémentent et pimentent la vie ordinaire. Toutefois, outre les retraités, les clochards et autres meubles du mobilier urbain, il n’y a plus personne pour apprécier et déguster le sac et le ressac de la foule dans la rue, si ce n’est par un coup d’œil sur un fil Instagram où l’on est plus intéressé à lire les commentaires ou à mesurer le nombre de likes sur chaque cliché que de s’arrêter et de profiter des beautés de l’espace public.
Soyons franc : la rue n’est plus un espace de contemplation, mais un lieu pensé pour faciliter la circulation. Certes, il y a toujours les bancs, mais seulement pour ceux et celles qui prendront un repos temporaire avant de reprendre leur marche pour se rendre à ce fameux point B. De toute façon, hélas, on se méfie de celui qui s’arrête, regarde, réfléchit et observe naïvement. Parlez-en à ceux qui déambulent près de la Place Émilie-Gamelin qui, en observant une foule prête à manifester, se retrouvent pris en souricières et doivent payer une amende de plus de 600 $ pour avoir voulu simplement être spectateur de la vie urbaine normale !

À nous la rue?...
On pousse même l’insulte jusqu’à inscrire, sur les places publiques et dans les rues, « Interdit de flâner », comme si le terme était maintenant, pour les autorités, synonyme de danger et de délinquance ! Pire encore, le cœur de chaque ville, avec ses artères qui lui permettent une circulation vivifiante, est maintenant sous vidéosurveillance. Les caméras que l’on installe çà et là pour, dit-on, prévenir, repérer et empêcher les actes délinquants ne sont qu’un exemple supplémentaire de la manière dont on arrache la rue au flâneur. Comment alors peut-on flâner ?

Il reste toujours un sentiment pour l’observateur, celui pour qui, disait Baudelaire, « la foule est son domaine, comme l’air est celui de l’oiseau, comme l’eau celui du poisson », que le flâneur est enterré sous le pavé. Parce qu’il y a une façon, n’est-ce pas. L’honorable Hector Fabre en parlait justement en 1862, à propos de Montréal: « On reconnaît facilement le faux flâneur (…) il a la démarche mal assurée; il va trop vite ou trop lentement; il ne sait pas s’arrêter au coin de la rue; il ne sait pas tout voir sans trop regarder; enfin, il menace de se perdre sans cesse dans la foule des passants. »

Peut-être sommes-nous tous devenus aujourd’hui, en 2013, de « faux flâneurs » ?

Pourrions-nous un jour retrouver ce simple plaisir de la déambulation rêveuse ?

Illustration: Martine Frossard
http://martinefrossard.com/]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/4049/l-art-perdu-du-flanageWed, 12 Jun 2013 10:13:15 EDTbalzacbaudelairedeambulerruetrottoirPerduflanageflanerartreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/4049/l-art-perdu-du-flanage
Fondu dans le décor(Aviez-vous lu le 31e épisode?: Il y a des jours d'épiphanie)

Afin d’étudier l’impact du confinement solitaire sur la psyché des détenus dans les prisons, des recherches ont été faites sur des rats qui, eux aussi, sont des animaux vivants en société. Il a été démontré qu’un rat que l’on isole du groupe pendant un certain temps n’explorera pas autant un nouvel environnement que les rats qui vivent en communauté. Leur état d’alerte, devant être plus grand lorsqu’ils sont seuls, fait en sorte que les rats que l’on a isolés ne s’éloignent pas trop d’une source de nourriture connue et des endroits qu’ils savent déjà sécuritaires.

Il est très facile de transposer le résultat de ces recherches sur les humains. Pour la majorité d’entre nous, qui ne sommes pas derrière les barreaux, l’isolement peut prendre différentes formes. Un individu peut se reclure dans une routine très fermée et ainsi subir les mêmes symptômes qui sont associés à l’isolement. C’est-à-dire de se contenter d’ouvrir toujours les mêmes portes, sans savoir ce qu’il y a derrière les autres.
Pour certains, c’est de conserver un emploi de peur d’avoir l’air incompétent dans un nouveau et de compromettre du même coup sa source de revenus actuelle. Pour d’autres, c’est d’aller toujours dans le même café, de commander le même format de breuvage, de lire le même livre et de parler au même monde. Pour certains, c’est choisir de ne pas entrer en contact avec de nouvelles personnes de peur de ne pas savoir quoi dire ou d’être rejeté.

Dans la société, notre prison n’est pas faite de béton et de métal, mais plutôt de nos choix. Il y a toujours une peur qui nous isole quelque part. Pour chacun elle est différente et d’un degré distinct, mais chacun sait aussi où la confronter.

Plus nous fuyons nos peurs, plus nous devenons confinés dans le cadre du connu. Nos choix deviennent prévisibles et routiniers. Il y a de moins en moins de place pour l’imprévu, le spontané et la découverte. Nous devenons même irrités et impatients lorsque notre routine est affligée par un changement.

Lorsque l’on apprend une façon de faire qui est efficace et qui répond à nos besoins de base, nous avons tendance à vouloir la consolider, et ce, sans avoir pris connaissance de toutes les possibilités qui sont disponibles. On adapte notre budget selon le salaire offert pour notre travail en pensant que c’est ce qu’il y a de mieux pour nous. Est-ce que celui qui passe la serpillère dans un restaurant à service rapide sait que pour le même travail dans une société d’État on paye presque le double?  Peut-être qu’il le sait, mais est persuadé, sans jamais avoir essayé, qu’il ne serait pas embauché là-bas de par son âge, son expérience ou son éducation.

On préfère généralement faire des sorties avec des gens que l’on connaît et dans les endroits que l’on fréquente régulièrement. Peut-être que les gens qu’on ne connaît pas seraient aussi des amis très intéressants, peut-être que l’amour est assis à côté de toi dans le métro, peut-être que certains seraient meilleurs banquiers qu’artistes. Il est bien difficile de savoir par la fenêtre de notre cellule.
Malgré toutes les œillères que nous font porter nos habitudes sécurisantes, il n’en demeure pas moins que nos envies et nos désirs sont axés vers une éventuelle et plus grande ouverture sur les autres. Peu importe notre degré d’isolement, notre plus grand potentiel implique toujours une vie d’exploration et de découvertes.

Il y a ce désir, qui devient de plus en plus dur à contenir, d’être généreux et d’exploser de sympathie envers nos compagnons de société. L’idée de transformer un visage faussement indifférent en un sourire timide m’apparaît comme un pas vers une vérité plus grande. Métamorphoser ce sourire incertain par une formule de salutation bègue et saccadée semble être une bien meilleure idée. Convertir ces mots hésitants et presque inaudibles en un énoncé bien porté et articulé m’apparaît maintenant comme une évidence. 

Dans notre société, même s’il est mis de l’avant qu’il faut être capable de s’en sortir seul et de se fondre le plus rapidement possible dans le décor, la vérité est tout autre. Il faut s’en sortir tous ensemble et toujours repousser les murs de nos peurs afin que l’inconfort devienne notre nouvelle zone de confort.

À force de vouloir se fondre dans le décor, on finit par devenir le décor.


David Malo
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Le 33e épisode est ICI.
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http://urbania.ca/canaux/chroniques/4046/fondu-dans-le-decorTue, 11 Jun 2013 15:38:24 EDTchoixlibertéprisonconfortautresisolementratreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/4046/fondu-dans-le-decor
Top 5 des meilleures vidéos de Sesame Street5- La quintessence des années 80.
On pourrait difficlement faire plus stéréotypé stylisquement.



4- Feist nous apprend à compter.
36 millions de visionnements Youtube plus tard, on sait compter.



3- La parodie des pubs Old Spice.

Une couche d'absurde supplémentaire au sommet de la montagne d'absurde.



2- En français.
C'est...spécial.



1- Le thème d'ouverture.
Fallait bien qu'on le mette quelque part. La première place est fort appropriée.



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http://urbania.ca/canaux/chroniques/4043/top-5-des-meilleures-videos-de-sesame-streetMon, 10 Jun 2013 21:25:16 EDTold spicefeisttop 5vidéoSesame Streetreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/4043/top-5-des-meilleures-videos-de-sesame-street
Il y a des jours d’Épiphanie(Aviez-vous lu le 30e épisode?: Qu'est-ce que le réaliste connaît de la réalité?)

Pour certains, l’Épiphanie c’est de manger une galette en espérant se briser les dents sur une fève crue et ainsi remporter le privilège de porter une couronne cheap en papier. Pour d’autres, cela veut dire avoir une révélation, réaliser quelque chose, y voir clair d'un coup. Il est espéré, par toute personne qui réfléchit, d’atteindre de nouveaux états de lucidité. Pendant un bref instant, qu’il nous arrive de voir de façon flagrante les erreurs que l’on a commises et d’avoir une idée bien clairvoyante du nouveau chemin à emprunter.

« Il est très bien ce divan, c’est ma grand-mère qui me l’a donné et en plus il est très confortable. »

Qu’on le mette sur le bord du chemin je m’en fous, de toute manière, le tien est beaucoup plus beau et moderne. D’ailleurs, qui veut s’asseoir sur du tissu qui n’a pas été lavé depuis tant d’années? Le Febreze, ça sent bon, mais ça ne fait pas de miracle. Ce n’est qu’un objet plus que remplaçable.

« Je suis très attaché à ma liberté, ça fait longtemps que je vis seul, j’ai besoin de passer beaucoup de temps avec moi-même et d’être dans mes choses. »

Apporte toutes tes affaires, prends la grande garde-robe et envahis ma salle de bain de produits de beauté. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment su que faire de ma liberté. Tu me libères beaucoup plus que tout ce temps passé à faire n’importe quoi. Encore mieux, on déménage dans un 8 ½ et on prend 5 colocs. Ne t’en fais pas je m’occuperai de la vaisselle. Nous formerons une véritable fourmilière d’idées et espérons que parmi les cinq, il y en ait au moins un qui sera familier avec l’action. Peut-être le deviendrai-je moi-même.

« Juste, fais-le »
Comme le dirait cette compagnie de souliers.

De toute manière, on voit bien ce que ça donne d’essayer de tout faire seul. On se retrouve sans le sou, aigri et en constante crise existentielle!

Ouais, ouais, ouais, mon rêve c’est de vivre d’écriture, mais que l’on m’apporte du ciment et des briques, j’ai un mur à faire. Peut-être ai-je inversé mon principe de Pareto. Devant un ordinateur, 20 pourcent du temps total passé à écrire me procure 80% des résultats. J’ai donc 80 pourcent de mon temps à investir dans d’autre chose que le fil d’actualité Facebook et les vidéos des meilleurs « fail » sur YouTube et ça, sans que cela n’affecte mes écrits.

Tant d’abstrait, si peu de concret.

Comme ce doit être apaisant de mettre le cerveau à « off » de temps en temps et de faire quelque chose que l’on peut toucher. Tu as besoin d’une table, je vais t’en faire une. Certes, je m’obstine à être du côté des intellectuels, mais du coup, suis-je peut-être beaucoup plus du côté manuel. Il est possible que je sois 20 pourcent intello et 80 pourcent manuel plutôt que de continuer à me persuader d’être l’inverse. Je ne l’ai jamais exploré, ayant toujours présumé ce que je présume.

OK, d’accord, je ne suis pas abasourdissant avec mes mains et je ne marque que des buts de plombier au hockey, peut-être que 60/40 serait plus juste, mais comme disait le poète français Jean Cocteau :

« De temps en temps, il faut se reposer de ne rien faire.  »

Lors de ces brefs moments de lucidité, nous avons l’impression d’avoir compris quelque chose d’évident et que l’on aurait dû réaliser il y a bien longtemps.

« Pour savoir si l'eau d'un bol est chaude ou froide, il faut y mettre le doigt... Il ne sert à rien de discuter. »

---Koan zen---


David Malo
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Le 32e épisode est ICI.
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http://urbania.ca/canaux/chroniques/4020/il-y-a-des-jours-d-epiphanieTue, 04 Jun 2013 15:35:35 EDTkoan zenconcretabstraitfebrezeclairvoyantepiphanieviereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/4020/il-y-a-des-jours-d-epiphanie
Qu’est-ce que le réaliste connaît de la réalité?(Aviez-vous lu le 29e épisode?: Pourquoi les idéalistes ne trouvent jamais l'idéal)

Le réaliste est depuis toujours celui qui sert de modérateur à l’idéaliste. Il est la voix de la raison. Il représente le côté pratique, une vision plus terre à terre et propose une démarche concrète pour atteindre les objectifs fixés. L’idéaliste, de son côté, n’écoute pas souvent ce que le réaliste peut dire, car il n’y a rien de ce que souhaite un idéaliste qui ne soit pas réalisable. Du moins de son point de vue.

En faisant votre propre description de l’idéal, quel qu’il soit, on peut sans doute remarquer que votre idéal est constitué d’un ensemble d’états, de lieux et d’objets qui sont bien réels. La plupart des choses et des situations que l’on envisage comme étant idéales ont déjà été vécues par d’autres humains auparavant.

Toutefois, dans son évaluation de ce qui est faisable, l’idéaliste a tendance à ne pas tenir compte de ses propres capacités. Pour l’idéaliste, le simple fait qu’un autre l’ait fait auparavant est suffisant pour lui laisser croire que le même sort peut lui arriver s’il y met les mêmes efforts. Il est humain, je suis humain, je peux donc le faire moi aussi!

Même s’il est vrai que le travail acharné peut donner des résultats incroyables et qui dépassent même l’entendement, il n’en demeure pas moins que tous les idéaux ne sont pas à la portée de tous.

Par exemple, pour des raisons purement biologiques, il est plus facile pour le rêveur de faire le deuil d’une carrière athlétique. Les limites physiques semblent plus réelles que celles associées à des activités plus cérébrales. Même le plus idéaliste sait qu’à 25 ans, il est impossible d’un jour espérer atteindre la plus haute ligue d’un sport majeur. Certes, quelqu’un qui commence un sport tardivement et qui le pratique à temps plein deviendra très bon, mais ne sera jamais du plus haut calibre. Heureusement que le réaliste n’a pas à faire de débat sur le sujet.

Qu’est-ce qui nous fait alors croire que notre cerveau nous permet l’excellence plus longtemps que notre corps? Peut-être est-il sujet aux mêmes restrictions d’âge, de génétique et d’entraînement comme le sont nos muscles et nos os.

Peut-être est-il autant inconcevable pour certains cerveaux de générer des idées d’un million de dollars que pour certains corps d’aller aux olympiques. Peut-être que quelqu’un d’introverti et de renfermé sur lui-même ne sera jamais en mesure d’être un animateur de télévision, un humoriste ou de gagner un Oscar pour une performance devant la caméra. Encore là, est-ce son idéal à lui?

Ce qui m’amène à me poser la question suivante : Est-ce que les rêves de chacun sont adaptés en fonction de leur potentiel de les réaliser?

Certes, il y a des humains qui ont réussi beaucoup avec peu et qui ont défié beaucoup de probabilités. Sont-ils des élus simplement favorisés par les circonstances ou peut-on, tous et chacun, aspirer au grand qui est en nous? D’un autre côté, il n’est pas plus réaliste de dire que rien de grand ne peut être fait car des exemples prouvant le contraire sont légion.

Idéalement, les idéalistes et les réalistes devraient travailler en synergie. L’un permet à l’autre de voir un peu plus beau et un peu plus grand, tandis que l’autre permet aux idées de quitter l’esprit et de naître dans le réel.

Une chose est certaine, il revient à chacun d’entre nous de découvrir nos propres limites, car personne ne peut vraiment prévoir ce qui peut être réalisé par un esprit qui voit grand.

« Ce qui caractérise les réalistes, c’est qu’ils se trompent systématiquement sur le réel. »

--Jean-François Kahn—


David Malo
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Le 31e épisode est ICI.

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http://urbania.ca/canaux/chroniques/4004/qu-est-ce-que-le-realiste-connait-de-la-realiteTue, 28 May 2013 15:48:39 EDTréalisteréalismeréelidéalismeidéalisteidealreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/4004/qu-est-ce-que-le-realiste-connait-de-la-realite
Pourquoi les idéalistes ne trouvent jamais l’idéal(Aviez-vous lu le 28e épisode?: Le bonheur a une date d'expiration )

Dimanche, j’ai passé la journée à la plage. L’ambiance était festive. Il faisait beau et chaud. J’ai lu, j’ai écrit, j’ai fait du sport et je me suis fait bronzer. Pour terminer l’après-midi, je suis allé prendre une bière dans un petit pub irlandais sur le bord de la mer. Ce même pub dans lequel j’ai vu un des joueurs du Canadien la semaine passée. Si les millionnaires en vacances sont là où je suis, je dois me rapprocher pas mal de ce qu’est l’idéal.

La journée que j’ai vécue en fin de semaine est la journée que j’ai toujours décrite lorsque je parlais d’idéal. Toutefois, en la matérialisant, je n’ai pas eu l’impression qu’elle était complètement féérique cette journée. Ce qui m’amène à me demander s’il est réellement possible d’un jour expérimenter l’idéal.

Partir en voyage seul, c’est comme faire vœu de silence pour une bonne partie de la journée. Parfois, on brise ce pacte pour parler à un vendeur ou bien à la serveuse d’un restaurant. Idéalement, nous serions accompagnés de très bons amis ou encore mieux, d’une fille avec les dents très blanches, de laquelle nous serions amoureux et qui bien sûr, nous aimerait en retour. Après tout, la beauté du monde n’est seulement réelle que lorsque partagée. Sagesse dérivée du film « Into The Wild ».

Pendant mon voyage, mon esprit est également tourmenté par plusieurs choses du futur qui nuisent à ce présent qui a pourtant un grand potentiel d’idéalité. Je dois écrire un livre et je n’ai plus de source de revenus. Idéalement, j’aurais l’esprit libre de tout souci. Le livre serait écrit et m’aurait déjà rendu très riche. Je n’aurais alors qu’à laisser chacune de mes impulsions diriger mes moindres mouvements. Si c’était le cas, est-ce que je pourrais enfin profiter pleinement du présent? Sûrement qu’il y aurait autre chose, car l’idéal est, par définition Wikipédienne, quelque chose qui n’existe ou ne peut exister que dans l’entendement, dans l’imagination par opposition à réel.

Les idéalistes ne trouvent jamais l’idéal, car l’idéal a trop de conditions pour se plier aux limitations du réel. L’idéal ce n’est pas la plage, ce n’est pas l’argent, ce n’est pas l’amour que l’on aimerait vivre, l’idéal n’est pas parfait. On a tendance à imaginer l’idéal comme un ensemble de faits réalisables qui se marient pendant un instant béni dans des conditions parfaites et surtout, toujours ultérieures.

Idéaliste, je crois encore à l’idéal. Il existe réellement, mais pas sous la forme que l’on imagine. Il n’existe pas dans le futur, mais plutôt dans chaque action. L’idéal est un effort. C’est à la fin de la journée, avoir l’impression que l’on a posé tous les gestes que le présent nous demandait.

L’idéal pour moi, c’est d’avoir écrit une page plutôt que d’avoir écouté la télé. L’idéal c’est d’avoir salué la fille avec les dents très blanches au lieu de simplement la regarder passer. L’idéal c’est d’être allé s’entraîner avant de sortir festoyer.

L’idéal n’est en fait que de bien faire son présent et non d’attendre un futur où le passé aurait été parfait.

David Malo
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Le 30e épisode est ICI.

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http://urbania.ca/canaux/chroniques/3987/pourquoi-les-idealistes-ne-trouvent-jamais-l-idealTue, 21 May 2013 15:32:47 EDTfuturse poser les vraies questionsreelleecriturevieidealreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3987/pourquoi-les-idealistes-ne-trouvent-jamais-l-ideal
Le bonheur a une date d’expiration(Aviez-vous lu le 27e épisode?: Demain est devenu aujourd'hui )

Cela fait maintenant une semaine que je fais la vie de plage en Floride. J’habite dans un coin de retraités et de résidences secondaires pour des plaisanciers en vacances. Quand je fais mon jogging, tous les gens que je croise me saluent et sur la route, ils ont compris depuis longtemps que la courtoisie rend plus heureux que l’abus du klaxon et du doigt d’honneur. Tout est moins cher, il y a moins de taxes, il fait beau à l’année et ici, les urbanistes n’ont pas bâclé leur job. La seule ombre au tableau : je ne suis pas vraiment retraité.

On dit qu’une certaine période d’adaptation est nécessaire avant de décrocher complètement du quotidien que l’on avait avant notre départ. Après quelques jours, mon ancienne vie me semble déjà à des milliers de kilomètres d’ici, littéralement. Je ne pense pas du tout aux bières que je n’ai pas servies ce weekend et ne suis pas nostalgique de la météo de Montréal. (J’ai entendu dire qu’il faisait froid ces temps-ci).

Ici, c’est la belle vie. Pour les vrais retraités, le soleil, la plage, un quartier sécuritaire et une épicerie pas trop loin sont suffisants pour avoir la sérénité d’esprit. Toutefois, dans ce milieu de villégiature, l’imposteur que je suis n’est pas totalement en paix. Je sais que, dans un futur proche, j’aurai à trouver d’autres sources de revenus pour subvenir à mes besoins. Je ne reçois pas de chèque tous les mois et je vis sur des économies qui ne sont pas éternelles. Ce bonheur là, tel quel, a une date d’expiration.

La partie la plus ardue, ce n’est pas de s’habituer au sable entre les orteils, mais bien l’implémentation du changement souhaité dans nos schèmes intérieurs. Mis à part l’environnement physique, ici, il reste le même travail à accomplir qu’à la maison. Un livre, ça ne s’écrit pas tout seul et mon esprit est confronté aux mêmes distractions. Le simple fait de m’exiler ne me donne pas le courage nécessaire pour affronter le risque associé à l’entreprenariat ni la confiance requise pour réaliser des choses que je ne sais pas encore faire.

Également, comme vous l’avez sans doute constaté dans votre vie privée, s’imposer une discipline personnelle est un défi de taille, surtout quand nous n’avons pas à rendre de comptes à personne, ni d’horaire fixe. C’est beaucoup plus facile de se contenter de faire ce que les autres nous demandent et ne décevoir que soi-même est quelque chose auquel on s’habitue rapidement.

Présentement, après une semaine, j’anticipe déjà qu’à mon retour, je devrai retourner dans ce qui m’est familier afin d’arrêter l’hémorragie financière que ce type de voyage occasionne. Tout ce que je connais pour faire de l’argent, c’est de travailler pour un salaire horaire et pour faire un peu plus d’argent, avoir un salaire horaire avec pourboire.
Je ne m’imagine pas encore vivre autrement.

Par contre, malgré toutes ces incertitudes, j’ai pu constater que la paix d’esprit ne se trouve pas dans la projection d’un futur basé sur le passé, mais plutôt dans ce que l’on fait dans le présent pour construire le futur. Actuellement, je me concentre sur le plan A et j’essaie le moins possible de laisser le passé m’en faire douter.

David Malo
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Le 29e épisode est ICI.
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http://urbania.ca/canaux/chroniques/3974/le-bonheur-a-une-date-d-expirationTue, 14 May 2013 14:39:29 EDThoraireargentlivreretraitébonheurécrirereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3974/le-bonheur-a-une-date-d-expiration
Demain est devenu aujourd’hui(Aviez-vous lu le 26e épisode?: Terroristes, c'est vous qui avez tort )

Après plus de 36 heures passées sur la route qui mène de Montréal à Pompano Beach en Floride, je suis maintenant arrivé à ma destination : demain. J’expérimente ce fameux « plus tard » que l’on a prévu depuis si longtemps et qui est supposé marquer le début d’une transition vers de nouveaux et meilleurs horizons. Une fois que demain a livré la marchandise et est devenu aujourd’hui, c’est maintenant à nous d’assumer ce qu’on lui a promis et de faire notre partie du travail.

J’ai fait mon dernier quart de travail au bar samedi dernier et je me retrouve avec trois mois de liberté absolue. Joie, mais aussi angoisse, car je me suis promis de faire quelque chose que je n’ai jamais réussi à faire.

Le but premier de ce voyage n’est pas seulement de définir mes abdos (autre chose que je n’ai jamais réussi à faire) et de rendre plus foncée, de quelques tons, la pigmentation de ma peau. L’objectif principal de ce dernier est de trouver comment faire ce que j’ai toujours voulu faire, et ce, en 60 jours : écrire un livre.

Ne l’ayant jamais fait et n’étant pas rassuré par des études littéraires, je me suis engagé dans un terrain qui m’est devenu inconnu avec le temps, celui de l’accomplissement. Ce chemin que l’on quitte peu à peu, à mesure que notre zone de confort prend racine dans notre routine quotidienne et nous permet d’être en confiance seulement parmi les choses que l’on sait faciles.

Faire quelque chose de difficile qui demande beaucoup de travail et d’efforts, je ne sais pas comment depuis qu’on ne me le demande plus.

Dans notre système d’éducation, chaque année est un accomplissement quantifiable et l’étape suivante est toujours prévue pour nous, par d’autres. Sur le marché du travail, l’année prochaine est sensiblement une répétition de la précédente et l’étape suivante n’est définie que par nous-mêmes. La plupart du temps, on ne définit que nos plans pour la soirée même, laissant au futur le fardeau de nous livrer nos rêves sur un plateau d’argent.

Il est évident que personne n’a réellement besoin de faire 36 heures de route pour écrire un livre ou pour accomplir quelque chose. La situation géographique n’a rien à voir. Nous avons tout à Montréal, tous les emplois, tous les gens, toutes les commodités et toutes les ressources imaginables. Le travail est en grosse partie intérieur.

Toute ma vie je me suis fait un horaire en fonction de cet objectif. J’ai toujours travaillé à temps partiel et alloué beaucoup de temps pour réfléchir sur notre condition humaine, mais pour une raison quelconque, ça ne s’est jamais fait. Pourtant, les conditions ont toujours été favorables.

On dit que la folie c’est de répéter sans cesse les mêmes gestes et d’espérer des résultats différents.

Si écrire chez nous à temps partiel n’a pas fonctionné pendant toutes ces années, la solution est peut-être de faire carrément l’opposé : écrire à temps plein à l’étranger!

Je vous tiens au courant!


David Malo
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Le 28e épisode est ICI.
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http://urbania.ca/canaux/chroniques/3958/demain-est-devenu-aujourd-huiTue, 07 May 2013 13:45:26 EDTvierêvetravailchoixvoyageécrirereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3958/demain-est-devenu-aujourd-hui
Terroristes, c’est vous qui avez tort(Aviez-vous lu le 25e épisode?: Savoir vouloir)

Quand je me lève le matin, mon intention première est d’avoir du plaisir. Si les occasions se présentent, je cherche aussi à améliorer ma condition pour le futur et d’être une bonne personne pour moi-même ainsi que pour les autres. Mes vouloirs ne sont pas plus complexes que cette commune quête du bonheur associée à la vie dans un pays industrialisé. Il y a toutefois des gens qui semblent avoir un agenda tout à fait différent.

Je me suis toujours demandé ce que les terroristes croient accomplir par le meurtre, la violence et la peur. Est-ce que prendre revanche sur des innocents a, par le passé, apporté une solution à un problème diplomatique, a déjà colmaté des différents religieux ou fait disparaître une occupation militaire injustifiée? Personne n’est innocent diront-ils.

À plus petite échelle, est-ce que tuer ses camarades de classe qui sont bons dans les sports et ensuite s’enlever la vie fait que nous sommes ensuite moins marginalisés par nos pairs? Je crois que nous connaissons tous la réponse à ces questions.

Je suis loin d’être historien, mais je ne crois pas qu’une organisation terroriste ayant revendiqué un attentat ait déjà obtenu un siège à l’ONU ou fait avancer sa cause sous la menace de la peur. Dans les faits, cela a même tendance à produire l’effet inverse. Si ma mémoire est bonne, il y a même eu plus de militaires étrangers en Afghanistan après le 11 septembre qu’avant. D’autant plus qu’il est d’un commun savoir que les gouvernements ne négocient pas avec les terroristes alors à quoi bon?

Donc, si l’intention première des terroristes et des tueurs de masses n’est pas de trouver une solution gagnant/gagnant pour les deux partis en conflit, quelle est-elle?

Si aucun débouché favorable ne peut ressortir d’une telle action, le seul et unique but d’un acte de violence est alors d’infliger de la douleur et de la souffrance à autrui et du même coup, à soi-même. Bien peu de terroristes ou de tueurs de masses connaissent une fin heureuse. Cette manière de s’y prendre pour rechercher le bonheur me semble quelque peu maladroite, mais c’est bien sûr ma position en tant qu’Occidental athéiste non extrémiste.

Dans mes réflexions philosophiques, j’en suis également arrivé à la conclusion que le bien le plus précieux que nous possédons tous est : la vie. Vivre, c’est tout ce que l’on connaît et j’ai bien du mal à m’imaginer que l’on puisse me convaincre de commettre un geste où ma vie serait mise en jeu pour une cause quelconque. Les jeunes lavés du cerveau à qui l’on promet gloire et admiration une fois qu’ils se seront martyrisés ont-ils causé plus de joie et de fierté envers leur famille que de peine?

Je n’ai également jamais compris le concept d’avoir un plan pour changer le monde sans être inclus dans ce dernier. Comment le monde peut-il être meilleur si je n’y suis plus?

Je n’apprendrai rien à personne en disant que la meilleure façon de changer le monde passe par un cheminement intérieur et non par la destruction de celui des autres. Peut-être suis-je bien égoïste de ne pas avoir de cause plus précieuse que ma vie. C’est peut-être parce qu’ici, en Amérique, nous connaissons une misère simple, une misère qui résulte de nos choix. En Amérique, notre rêve est de mourir de vieillesse et non dans un événement d’actualité internationale.

Peut-être que les terroristes et les gens qui se sentent rejetés nous diront qu’on ne pourra jamais comprendre les vraies raisons qui justifient de tels actes. Peut-être avons-nous tort de vivre de façon civilisée dans une société où les gens jouissent d’une grande liberté. Peut-être que la charte des droits et libertés c’est de la merde.  Peut-être que ces actes de violence font partie d’un plan plus grand qui a également comme but la quête d’un meilleur bonheur mais, à ce jour, personne n’a su me prouver que l’on est plus heureux mort ou en prison et que l’on a meilleure conscience quand on a fait du mal à plein de gens.

Terroristes et tueurs de masses, vous m’excuserez d’être aussi fermé d’esprit, mais je crois que c’est vous qui avez tort.

P.S. Ça ne nous dérange pas vraiment non plus d’attendre 2 minutes de plus dans les aéroports parce qu’ils ont renforci la sécurité alors quand on y pense, ça donne vraiment rien.


David Malo
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Le 27e épisode est ICI.
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http://urbania.ca/canaux/chroniques/3930/terroristes-c-est-vous-qui-avez-tortTue, 23 Apr 2013 15:40:54 EDTviemortconflitAttentattueurterroristeterrorismereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3930/terroristes-c-est-vous-qui-avez-tort
Savoir vouloir(Aviez-vous lu le 24e épisode?: Le prix à payer pour ne rien manquer)

Ce n’est plus un secret. Dans la vie, nous obtenons tout ce que nous voulons. C’est aussi simple et porteur d’espoir que ça. Ce que nous pensons vouloir et que nous n’avons pas, c’est parce que nous ne l’avons pas voulu correctement. La compétition pour les postes convoités, pour l’argent, pour le succès n’est donc pas une histoire de compétence et de talent, mais plutôt de volonté et d’engagement. Sachant cela, savoir vouloir est donc la première chose que l’on devrait apprendre.

Il y a plusieurs années, quand je ne savais vraiment pas vouloir, je me suis fait prendre au piège par une question lors d’une entrevue pour devenir agent de sécurité. J’avais pourtant préparé les questions les plus couramment posées. J’avais l’honnêteté comme meilleure qualité et le perfectionnisme comme gentil défaut. Dans une mise en situation impliquant une intervention, j’aurais même su démontrer l’importance de la communication et ma prédisposition à l’empathie avant d’employer des moyens plus coercitifs. J’aurais pu répondre à bien des questions, mais pas à celle qui m’a été posée. Le gars des ressources humaines n’en était sans doute pas à sa première entrevue, car il savait exactement comment peindre les imposteurs dans un coin.

« Pourquoi veux-tu travailler ici? » qu’il me demande sournoisement.

Je suis resté coi. J’avais l’impression que si je répondais que je voulais gagner des sous sans rien faire, je n’aurais pas eu l’emploi. J’ai donc reformulé la question à haute voix afin de m’acheter un peu plus de temps pour réfléchir à ce qui est convenu de répondre dans une telle circonstance. Je baragouine une réponse terne et sans grande conviction.

Je n’ai pas attendu à côté du téléphone après cette entrevue. Je n’étais pas vraiment déçu non plus. À cette époque, j’étais encore inconscient de l’importance de bien vouloir. Je l’ai d’ailleurs été jusqu’à tout récemment.

Je me suis posé la question suivante : qu’est ce qu’il y a tant à vouloir?

La première chose qui me vient en tête est la liberté. Je veux la liberté. En formulant cette requête, je réalise que, selon ma définition, je l’ai déjà depuis longtemps. J’ai beaucoup de temps libre et j’ai de l’argent pour meubler ce temps. Je devrais donc me sentir comblé et satisfait, car je possède l’un des biens les plus convoités de tous. Pourquoi alors ressens-je encore un manque et ai-je l’impression que je veux plus encore? Ce pourrait-il que la liberté ne soit pas simplement d’avoir du temps libre et de l’argent?

Voici une définition de la liberté dérivée d’une citation de Jean-Paul Sartre :

« La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut, mais plutôt de vouloir ce que l’on fait. »

(La vraie citation se termine par ce que l’on « peut » au lieu de ce que l’on « fait », j’y reviendrai plus tard)

Selon cette définition, la liberté serait donc une action engagée et non une absence totale d’engagement. Je dois donc vouloir autre chose que la liberté de mouvement, mais quoi?

Je formule un nouveau vouloir.

Je ne veux plus de temps libre, je veux travailler du matin au soir, tous les jours et tout le temps, mais pas seulement pour de l’argent. Je dois aimer ce que je fais assez pour m’y engager pleinement et y voir un grand potentiel.

Ma quête originale de la liberté m’amène donc vers une recherche de ce que j’aime faire plutôt que de m’éloigner de ce que je ne veux plus faire.

Qu’est-ce que j’aime? Une question que les gens rationnels ont bien de la misère à répondre, s’attendant toujours à ce que la passion nous frappe de plein fouet et nous consume entièrement de l’aube jusqu'au crépuscule comme une force incontrôlable. Nous étions loin de prévoir que l’attente du coup de cœur soit sans fin.

J’aime tout et rien en même temps, telle est ma réponse. Est-ce que trouver ce que j’aime m’amène à m’engager dans un jeu d’essai et d’erreurs dans des domaines que j’estime jusqu'à ce que j’y trouve mon compte?

Une autre option serait de me référer à la définition originale de Jean-Paul Sartre et de me concentrer sur ce que je peux au lieu de sur ce que je veux. Comme je crois que l’on peut presque tout, la question demeure entière, mais peut-être est-il, de réputation, meilleur philosophe que moi.

Souvent les filtres sociaux nous amènent à penser que l’on veut des choses que l’on ne veut pas vraiment. Pour certains, ce sont des objets, un poste, une blonde et pour d’autre, c’est de la liberté qu’ils ne veulent pas vraiment. Ce qui a pour effet de créer attentes et déceptions car, d’aucune façon il n’est possible de déployer les efforts nécessaires pour obtenir ce que l’on ne veut pas vraiment.

Savoir vouloir, c’est vouloir vraiment et je suis certain d’une chose :

Je veux vraiment vouloir.

David Malo
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Le 26e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3915/savoir-vouloirTue, 16 Apr 2013 15:51:58 EDTlibertévouloirsavoirlibretempsreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3915/savoir-vouloir
Se perdre pour une rousseCe texte est extrait du Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

J’ai failli y laisser ma peau à force de courir après la leur. Son odeur typée, indéfinissable. Mais surtout sa blancheur laiteuse, parfois translucide, qui laisse voir le complexe réseau des vaisseaux qui courent sous l’épiderme.

Assis à côté de l’une d’elles à l’école, plus rien n’existait que les taches sur ses bras. Un visage constellé, jusqu’à former une tempête de son, me ravissait. Puis il y avait les cheveux... Mais même tirant sur le blond ou le châtain, ils me convenaient. À la limite, et à la condition d’en posséder toutes les autres caractéristiques (surtout les picots), la fausse rousse trouvait grâce à mes yeux. J’avais l’obsession inclusive.

J’en étais tellement dingue que j’ai passé une partie de ma vie à courir après les rousses, implorant mes amis de me présenter toutes celles qu’ils connaissaient, découvrant une liste inespérée de qualités à des filles qui, si elles avaient eu les cheveux d’une autre couleur, ne m’auraient jamais même vaguement intéressé. La rousseur agissait comme du glutamate monosodique sur mes goûts.

Ce n’était même pas un truc de cul. Je ne bandais pas comme un fou sur la touffe rousse, je ne voulais même pas nécessairement coucher avec elles. Toucher leur peau ou même leur parler pouvait parfois me suffire. C’était un désir qui n’avait pas prise dans le réel. Une déviance ? Ça se peut.
 
Je n’ai jamais compris pourquoi exactement. Ce n’est pas nouveau, et dans l’histoire de l’humanité, les rousses furent l’objet d’un si grand et impétueux désir qu’elles ont souvent été associées au péché (à commencer par Lilith, la première femme d’Adam), à la sorcellerie ou à la prostitution (la légende veut que Marie Madeleine fut rousse, ce qui est aussi peu probable qu’un Christ blond aux yeux bleus cachés derrière des RayBan).

Mais comme se plaisaient à dire nos pieux ancêtres et Martine St-Clair : désir égale danger. Comme ils avaient raison !

Pour toi, j’ai marché à genoux
Dans cette quête folle, je me suis perdu. Pour une rousse, j’aurais rampé des kilomètres dans du gravier concassé ¾, j’aurais assisté à un concert de Patrick Bruel en miaulant comme un chaton entre les chansons, et, dans les faits, je suis allé jusqu’à voir Dances with Wolves avec Kevin Costner pour en sortir et faire semblant d’avoir aimé ça. Je me souviens encore de spasmes incontrôlables et d’envies de pouffer de rire devant le ridicule du film. Mais la simple vue de la main tachetée sur l’accoudoir du siège et de ces yeux verts et humides dans lesquels se reflétaient les images suffisait à me rappeler le sérieux de mon entreprise, et j’en oubliais jusqu’à l’onctueux sirop des dialogues qui me coulait dans les oreilles.

Lisez la suite dans le Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

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http://urbania.ca/canaux/chroniques/3911/se-perdre-pour-une-rousseMon, 15 Apr 2013 13:25:27 EDTperdreMartine St-Clairrousseurrousserouxreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3911/se-perdre-pour-une-rousse
Si j'avais su
Mais si j'avais su. En découvrant les premiers recoins de la ville, ses grands espaces urbanisés et, ses week-ends sur la côte ouest, outrageusement bordée d'un fleuve froid même au mois d'août.

Si j'avais su. En recevant mes premiers colis d'Europe, ceux qui soulignent l'encouragement au coeur d'un camembert pays d'origine, et d'une bouteille de Beaujolais nouveau, toujours trop acide.

Si j'avais su. Lorsque je pleurais en voyant pour la première fois Eels sur la scène d'Osheaga en 2011.

Si j'avais su. Quand je m'émerveillais de fouler le sol d'un décor de cinéma, nostalgique de mon enfance, en levant les yeux sur les plus hauts présents de New York.

Si j'avais su. En regardant l'agent de l'immigration agrafer mon premier visa dans mon passeport fraîchement renouvelé pour de nouvelles contrées.

Si j'avais su. En embrassant ma grand-mère, ce matin de janvier 2010, à l'entrée des portes d'embarquement, lui promettant qu'un jour elle allumerait la télé pour me regarder présenter les nouvelles. « Même si c'est la télé canadienne mamie, t'en fais pas, je te paierais le câble ! », que j'lui disais.

Si j'avais su. Que la galère serait rude, que les mensonges et les promesses seraient les balises d'un carnet de route éphémère, et que la réussite, trop prude, ne m'apparaîtrait pas.

Si j'avais su. Que l'accent français ne serait pas si apprécié, que je prendrais des expressions qui ne m'appartiennent pas, laissant se moquer des locaux tannés de nous voir violer leur identité.

Si j'avais su. Que je passerais des heures à écrire sans jamais être payée, ni même remerciée pour le service rendu.

Si j'avais su. Qu'au lieu d'afficher ma face saturée de make-up devant les lumières d'un direct, j'irais travailler au bout de ma rue, là où chacun se rend sans jamais vraiment s'y attarder, ni même regarder ailleurs que l'intérêt qu'il vient y chercher. Dans cet endroit où nous allons tous rechercher quelques bouteilles, l'haleine chargée de rires alcoolisés d'une soirée dont nous ne souhaitons connaître la fin. Cet endroit qui bien souvent ferme à 23h, et nous laisse frustrés un jour de fête. Oui voilà, cet endroit précis auquel tu penses, là, tout de suite.

Laisse-moi te dire que si j'avais su...

Du jour où j'ai posé mon cul de française dans ce vol de la Swiss Airlines, incrédule et impatiente de démarrer une nouvelle vie, à celui où j'ai franchi la porte du dépanneur pour venir y chercher un travail, le film paraît s'être projeté très vite. La fin en moins.

En accéléré, mettons que ça donne ça. Je me réveille un matin, j'ai des rêves, je les projette, je les assume, et me donne les moyens de les réaliser. Puis comme un mauvais geste, où tu perds l'équilibre dans une valse en patin sur la glace du parc Lafontaine, j'ai à peine eu le temps de comprendre quelle était la chute que j'étais déjà su' le cul. La damnation, c'est de se voir trois ans plus tard diplômée et sûre de soi, mais d'ouvrir les yeux pour se voir finalement anonyme et nauséeuse. Vous comprendrez qu'ici, le masculin n'est pas choisi pour alléger le discours.

Le pire c'est surtout la nuit, et les instants de solitude. Deux impasses quotidiennes qui pèsent tes maux avec insistance. Là où tu as le temps de tergiverser, ressasser, accumuler l'angoisse, les peurs de l'avenir et les regrets de ce qu'il s'est passé. Ou pas.

Il y a également les questions et les conseils des autres. Ceux qui demandent où tu en es, mais n'ont rien à foutre de la réponse.

Ceux qui connaissent l'histoire, mais qui n'ont rien compris, et qui s'acharnent alors à te dire cent fois la même chose: « Moi, je serais toi, je retournerais aux études. » Ok dude, mais qu'est-ce que tu saisis pas dans ma phrase « je peux plus avoir de visa d'études et j'ai plus de cash » ?

Il y a ceux qui te plaignent, en te complimentant faussement du courage dont tu as fait preuve pour surmonter les épreuves. Et puis, il y a le pire. Ceux qui t'aiment vraiment. Parce que tu es à la fois touchée par leurs multiples attentions, et mal de leur causer du souci.

Quand tout se casse la gueule, tu passes beaucoup de temps à chercher une solution, mais les résultats étant paresseux, ta réserve d'espoir diminue et se tarit.

Tu traverses ensuite une période de rien. Comme si tu espérais qu'un miracle tombe du ciel, qu'une personne viennent cogner à ta porte un matin, non pour te faire la charité en période de Noël, mais pour te donner un travail, une solution, un câlin. Whatever. Je prends. Merci.

S'installe alors une forme de vie en alternance, où tu n'es plus du tout en accord avec celle de tes amis. Tu te fous de tout, tu fais le party un mardi soir, tu ris, tu dors trop longtemps, t'oublies de soigner ton apparence et d'entretenir ta foulée matinale comme jadis, la truffe au vent. Puis tu pleures, tu désespères, t'étouffes, tu ne dors plus. Certaines fois, tu deviens complexe voire illogique.

La solitude te pèse, mais voir du monde t'angoisse. Dans le fond, tu veux juste éviter d'être confronté à la question: « Alors, qu'est-ce que tu fais maintenant ? Ca s'arrange ton affaire de visa-travail-argent ? »

Sur ce point, mêmes tes amis proches ont du mal à comprendre. Chaque fois que tu as le malheur de te confier, tu as droit à « Viens avec nous, tu devrais sortir, ça va te changer les idées! » Après quoi, ils s'indignent d'entendre les refus sortir de ta bouche. Le problème est que bien souvent, voir « les autres » te remet face à ta situation de « Bon, on dirait bien que je suis la seule qui n'a pas de 5@7 de bureau le jeudi soir. »
 
Au moins, quand je suis seule, encerclée par les murs de brique de mon appartement, il m'est permis de rêver ma vie. En paix.

Arrive un beau matin l'instant de grâce. Celui où tu ne veux plus attendre, où tu ne peux plus te regarder en face, celui où il faut que ta vie change RIGHT NOW. Soudainement, la détresse succombe à l'énergie, tu te sens capable de remuer ciel et terre pour que ça change.

Seulement, tu découvres une chose, un détail, un reflet qui vient tout gâcher.

Là, ma face arborant un sourire ready, ma carcasse serrée dans un combo chemisier transparent/ slim noir/ souliers trop neufs pour l'occasion, je réalise.

Qu'est-ce que je veux vraiment ? De quoi suis-je réellement capable ? Moi, trois ans plus tard, à me battre dans des passages avides et trop étroits, quelle est ma valeur ?

Au milieu des apéros, des encouragements, des conseils, des reproches, des critiques et de l'apitoiement, j'ai pas rencontré UNE personne capable de me dire que: « Tu verras un jour tu seras tellement fatiguée de courir après quelque chose qui n'arrive pas, que tu te sentiras pire que de la marde. Fucking out l'estime de soi ma fille. »

Bordel. Si j'avais su.

-Wendy Marcel
http://www.slogan1969.com/]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3897/si-javais-suTue, 09 Apr 2013 15:30:23 EDTvisagesétudestravailestime de soivieadaptercanadamontrealquebecfrançaisfrancereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3897/si-javais-su
Le prix à payer pour ne rien manquer(Aviez-vous lu le 23e épisode?: Ordinaire avec extra )

Montréal est au Québec ce que New York est aux États-Unis. La ville est belle, elle est grande et est pleine de promesses. Comme bien des gens,  j’ai quitté ma ville natale, St-Hyacinthe, pour aller vivre dans une ville aussi grande que mes ambitions de l’époque. Montréal, c’est la ville où tout peut se passer, mais c’est aussi la ville aux rêves déchus.


Depuis toujours, les jeunes adultes avides d’épanouissement et d’un futur prospère partent des banlieues pour aller vivre dans les grandes villes. Ils y vont d’abord pour étudier et ensuite y travailler. Bien loin de ces quartiers résidentiels avec de grandes cours arrière et des piscines creusées, on y trouve une vie qui donne l’impression d’un plus grand potentiel. Tout est à côté de nous.

Il y a les artistes qui vivent de leur art et qui vendent des toiles dans les galeries. Il y a aussi ceux qui n’en vivent pas et qui les exposent dans les cafés. Au gymnase, il y a les athlètes que l’on voit à la télévision, et les acteurs de téléromans boivent dans les mêmes bars que nous. Il y a la bourse, les grandes compagnies de publicité, les lancements de magazines, les productions de cinéma américaines, les festivals, les touristes, les Canadiens et les spectacles des gens que l’on entend à la radio.  Ici, il y a la grande aventure, la liberté et pas seulement du 9 à 5. On peut se faire de bons contacts, on peut rencontrer la femme de sa vie, travailler dans un domaine qui nous passionne et bien sûr, devenir riche. Quand on vit à Montréal, on est sûr de ne rien manquer. Que l’on se dise!

Toutefois, peu à peu, on constate que dans l’attente du futur qui nous est promis, la peur de manquer quelque chose ne nous rend pas très friands d’engagements. On ne prévoit que des choses faciles qui ne durent pas trop longtemps afin de se garder toujours disponibles pour quelque chose d’éventuellement plus grand. Des emplois que l’on quitte pour voyager, des emplois qui n’ont d’autre but que de payer le loyer, des emplois qui nous donnent beaucoup de temps libres pour bidouiller sur des projets personnels entre deux soupers entre amis et nos émissions de télé.

Dans notre quête du grand amour, s’est même immiscée cette zone grise entre les fréquentations et le couple officiel. On aime avec la condition de ne jamais parler de demain. Il n’y a que maintenant et en ce moment, sinon, c’est la fuite et les textos boiteux que l’on reçoit à des heures bizarres. Il y a aussi des relations qui durent trop longtemps, et ce même si une éventuelle date d’expiration est déjà connue d’au moins un des deux protagonistes depuis le début. On fréquente des gens tout en se gardant disponible au cas où l’on croiserait le grand amour dans ce café où les gens se regardent sans se parler. On attend encore ce qui n’existe pas.

Les années passent sans rendre de compte. La vingtaine se termine. Où sont toutes ces belles et grandes choses qui devaient nous arriver à Montréal? L’idée que quelque chose nous manque dans cette ville où l’on ne manque de rien apparaît parfois dans l’ombre d’une pensée que l’on enterre bien vite sous des tonnes de plaisirs éphémères.

Pendant ce temps, les amis avec qui l’on a gardé contact en banlieue ont maintenant des maisons et des enfants. Quelques fois par année, nous allons nous immerger dans cet univers que l’on a quitté sans jamais regarder derrière : celui des familles, des ballons, du bon voisinage et des bonheurs sans complexe.

Il y a le petit neveu de cinq ans qui nous montre les jouets dans sa chambre en nommant ses toutous en ordre de préférence. Il y a notre filleule qui fait des chorégraphies avec ses amies du primaire et des parents qui sont ensemble depuis toujours. Une famille qui semble vraiment heureuse et équilibrée, comme la nôtre, qui nous semblait bien petite avant que l’on parte pour la grande ville. Eux ils sont restés là, à St-Hyacinthe, avec des jobs pourtant si peu glamour et je n’ai pas l’impression qu’ils ont tant manqué. Sont-ils seulement conscients de toutes ces merveilleuses choses qu’ils ne peuvent pas faire en banlieue que nous nous faisons à Montréal?

Sur la 20, en direction de Montréal, seul en silence dans la voiture, je me demande parfois ce qu’il y a de si précieux dans la grande ville, que l’on veut à tout prix ne pas manquer.

Voilà le prix à payer.


David Malo
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Le 25e épisode est ICI.
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http://urbania.ca/canaux/chroniques/3895/le-prix-a-payer-pour-ne-rien-manquerTue, 09 Apr 2013 14:30:29 EDTfamillequittervilleactionmanquerpayerprixreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3895/le-prix-a-payer-pour-ne-rien-manquer
Ordinaire avec extra(Aviez-vous lu le 22e épisode?: La vie sans câble )

INTÉRIEUR. JOUR. DÉPANNEUR – SCÈNE 1


Ce printemps, je suis allé chercher du café au dépanneur du coin St-Hubert et Sauvé. Pourquoi si loin vous vous dites? C’est juste à côté de chez nous que je vous réponds.

J’entre dans le commerce et cherche des yeux l’employée en service afin de la saluer. Je la trouve en train d’accomplir des tâches de dépanneur et lui offre un très banal :

« Salut. »

Elle me répond par un mot qui veut dire sensiblement la même chose. Jusqu’ici, tout va bien, le scénario est suivi à la lettre.

Je procède vers la rangée du pain avec le but très humble de m’acheter du pain. Ce faisant, j’essaie d’avoir l’air d’un client tout à fait normal. Pain en main, je me dirige ensuite à la machine qui fait du café avec l’objectif on ne peut plus logique de me faire un café.

Aller au dépanneur c’est plaisant, car, contrairement à plusieurs circonstances de la vraie vie, on sait exactement ce que l’on veut y trouver et la plupart du temps, on l’obtient très rapidement. (Surtout depuis qu’il n’y a plus personne qui peut payer en cennes noires).

Une fois l’infusion terminée, j’arrive au comptoir-caisse. La jeune employée laisse ce qu’elle faisait pour venir inventorier mes achats. Nous nous redisons « salut » et l’on s’informe sur notre état actuel. Nous allons bien sûr très bien. Dans cette situation, il est attendu que nous allions bien.

C’est écrit comme ça, car mal aller dans un dépanneur implique une réécriture du texte ainsi qu’une redéfinition les rôles de chacun.

Voici quelques échanges rejetés :

« Ça va?
-    Non, vraiment pas!
-    Ah, c’est plate, je viens juste me chercher un café.
»

Et aussi :

« Ça va ?
-    Ah tu sais des fois la vie, on se questionne, on cherche des réponses …
-    Dude je travaille, je veux juste finir mon shift tranquille! Suivant!
 »

Afin d’alléger le texte, il fut convenu que c’était plus simple avec une humeur céleste. Toutefois, j’avais devant moi une bonne actrice qui s’est permis un ajout au script. Il est d’un commun savoir que ce n’est que lorsque l’on maîtrise son rôle à la perfection que l’on peut se permettre de l’improvisation.

« Humm, ça sent le chocolat! » réplique-t-elle.

Elle parlait bien sûr de mon café cappuccino vanille française. (Pas mal classe pour un café de dépanneur.)

Comme cette phrase n’était pas écrite dans le texte, j’ai dû penser très vite et répondre un maladroit :

« Ah, oui hein, il est bon celui-là! »

Moi qui m’attendais à ce que l’on se souhaite la bonne journée en stéréo pour clore la transaction. Malgré cet imprévu, je reste dans mon personnage de client, je paye et je sors comme si de rien n’était. Je regarde vers le réalisateur et il me fait signe que nous allons garder la scène et commente la prise :

« Ça fait très humain comme ajout, ça donne vraiment l’impression que vous n’êtes pas des automates. »

Ce jour là, en allant au dépanneur, j’avais la tête complètement absorbée à trouver de l’inspiration pour mon texte de cette semaine que j’en ai oublié que pour bien jouer son rôle dans la vie, c’est primordial de se donner pleinement dans chaque scène. Si on a l’esprit qui vagabonde ailleurs que dans le moment présent, ce qu’on ajoute dans le film est terne et sans saveur.

Être sur le pilote automatique au dépanneur est amplement suffisant pour aller se chercher un café, mais comme nous connaissons tous par coeur ce qui est attendu de nous dans à peu près toutes les circonstances sociales, qu’est-ce que ça coûte d’ajouter un petit extra à l’ordinaire.

Pour ne pas avoir l’air de robots, il suffit juste d’être un peu vivant.

« Et c’est une fin de journée ! » crie le réalisateur.


David Malo
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Le 24e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3877/ordinaire-avec-extraTue, 02 Apr 2013 15:53:02 EDTextraordinaireautomatiquepilotescenarioviefilmdépanneurreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3877/ordinaire-avec-extra