Urbania - canauxhttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationMon, 15 Sep 2014 22:56:32 EDT60Nadjib Deliba, conservateur du patrimoine lessivielD’où vient le nom de votre buanderie?
Je ne sais pas, c’est les vieux du coin qui l’appelaient «la Bendix», j’ai décidé de garder le nom quand j’ai acheté il y a quinze ans. À l’époque, j’avais eu droit à toute une page dans La Presse. Nathalie Petrowski avait vu les deux jardinières que j’avais installées dans des bains sur pattes et elle disait que ça voulait dire que les artistes commençaient à s’installer dans Hochelaga-Maisonneuve. 

C’est vrai qu’il y a un côté artistique à votre commerce.
C’est moi qui ai peint le décor! Je m’amuse. Je ramasse des vieilles laveuses depuis le début.  Chaque fois que j’en ai l’occasion, j’aime arrêter dans les marchés aux puces et acheter des machines anciennes. Pour le plaisir et pour l’histoire. 

Quelle est votre plus vieille machine?
J’ai des machines ici qui datent d’avant l’électricité. J’ose pas dire en bas de 1980, parce que je ne suis pas expert, mais il y en a qui sont très vieilles. Ça nous apprend comment les gens lavaient à l’époque. Regarde celle-là, par exemple, le linge passait entre deux planches : ils n’avaient pas encore compris que le linge devait tourner! 

Votre commerce en soi est assez vieux, non?
Oui, on lave du linge ici depuis au moins 70 ans. J’ai trouvé une vieille pancarte qui indique le prix d’un lavage à l’époque – 25¢ – et qui précise que la machine essore et s’arrête automatiquement. C’était un exploit à l’époque! 

De plus en plus de personnes ont une machine à la maison. Est-ce que ça met votre commerce en péril?
J’ai des clients qui ont des machines à la maison, mais qui n’ont pas le temps de faire leur lavage. Pour 8 à 10$, ils déposent leurs sacs ici et Raymond s’en occupe. Ils ramassent leurs vêtements propres et pliés le soir. 

C’est pas cher!
Non. Ce n’est pas avec la buanderie que je gagne ma vie! C’est un à côté. Je la garde parce que j’aime ça. J’aime que les gens viennent ici et se sentent chez eux. Et j’aime le quartier. Quand je suis arrivé, ce n’était que drogue et prostitution, mais j’étais impressionné par la largeur des rues, la grandeur des appartements et la concentration d’éléments historiques. Avant, c’était un quartier riche. Ça s’est dégradé avec les années, mais il y a encore ici des maisons qui sont comme des châteaux. 

Est-ce que vous avez un truc pour enlever une tache de mon t-shirt si je l’ai déjà lavé?
Malheureusement, une tache déjà lavée, c’est fini! Mais pour le reste, et il y a des tas de produits de tous les jours, comme la fécule de maïs ou le Coca-Cola, qu’on peut utiliser pour enlever une tache.

Crédit photo: Daphné Caron
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http://urbania.ca/canaux/conversations/5351/nadjib-deliba-conservateur-du-patrimoine-lessivielMon, 15 Sep 2014 15:59:30 EDTJudith LussierbuanderielessiveJournal Métroreportagehttp://urbania.ca/canaux/conversations/5351/nadjib-deliba-conservateur-du-patrimoine-lessiviel
La star du lundi: le World Press Photo 2014http://urbania.ca/canaux/photoreportages/5350/la-star-du-lundi-le-world-press-photo-2014Mon, 15 Sep 2014 14:53:54 EDTUrbania http://urbania.ca/canaux/photoreportages/5350/la-star-du-lundi-le-world-press-photo-2014L'Europe se conjugue au masculin
Comme au Québec, 2014 a été pour l'Union européenne une année électorale. On en a beaucoup parlé suite au succès retentissant qu'a connu le Front National français et d'autres partis européens du même acabit. Bon nombre de citoyens avaient alors fait entendre leur voix pour dire qu'ils ne se reconnaissaient pas dans cette Europe-là. Mais, plus encore que les gens de bonnes intentions, s'il est une partie de la population qui n'est pas encore justement représentée politiquement ce sont bien les femmes. 

Alors que la population européenne est composée en majorité de femmes (51,8% en 2012), elles restent pourtant minoritaires au sein de nos institutions européennes. 

Quelques chiffres

- Mercredi dernier, le nouveau président de la Commission européenne, le libéral Jean-Claude Juncker a publié la liste de ceux qui seront à la tête des différents portefeuilles européens : sur une équipe de 27 personnes,  on compte seulement 9 femmes.

- Le même constat est établi quant au Parlement européen, dont les députs sont, eux élus, directement par le peuple : on compte 37% de femmes sur un total de 751 députés.

Pour information, le Québec ne fait pas mieux en terme de parité : 27,2% de députées à l'Assemblée nationale du Québec pour une population composée à 50,3% de femmes.


Pour réfléchir un peu mieux à cette problématique, j'ai rencontré Serap Altinisik, chargée de politique auprès du Lobby Européen des Femmes. Cette organisation mène depuis 2009 une campagne pour obtenir l'établissement d'un quota : 50% de femmes et 50% d'hommes au sein de toutes les instances décisionnelles. Le Moit-Moit pur et simple.

Face à elle, j'ai joué l'avocate du diable et lui ai demandé de réagir à ces quelques idées répandues :

"Le pourcentage de femmes au sein de ces institutions s'explique par le fait qu'il n'y a pas assez de femmes candidates à ces postes (députées, commissaires, …)"

Faux. Dans le cas du Parlement européen, il reflète le fait que tous les groupes politiques ne se sont pas encore décidés à appliquer des mesures contraignantes pour favoriser l'élection de leurs candidates. Par exemple, mettre une femme en tête de liste électorale ou encore alterner systématiquement entre un candidat et une candidate au sein de ces mêmes listes. Et même lorsque des mesures sont prises, on observe une représentation moyenne de femmes de 30 à 33%, même lorsque ces groupes disposent de bien plus de candidates prêtes à se présenter. 
En ce qui concerne les commissaires européens [désignés par les états membres de l'Union européenne] il suffit de constater le manque de présence féminine parmi les 28 dirigeants (seulement 5) pour réaliser qu'il y a un certain manque d'ouverture quant à la question de l'égalité des genres.

"Imposer un quota renforcera l'idée que les femmes ne font pas le poids en terme de compétences professionnelles."

Faux. Tout d'abord parce que depuis des siècles, dans de nombreux domaines, des hommes s'appliquent à choisir d'autres hommes et que personne ne s'est jamais interrogé sur leurs compétences professionnelles. Il est temps de mettre en place de véritables mesures égalitaires et de donner les mêmes opportunités aux hommes et aux femmes de montrer de quoi ils et elles sont capables. 

"Hommes ou femmes, peu importe, cela ne créera pas de grands changements."

Faux. La présence de femmes va amener d'autres points de vue autour de la table. Parce qu'une femme, même si elle ne se définit pas comme féministe, est fatalement amenée à vivre d'autres expériences qu'un homme et qu'elle peut donc conduire les hommes à réaliser ce qu'ils ne peuvent pas s'imaginer ou qu'ils n'envisagent pas de la même manière. 
Au niveau des institutions décisionnelles, un nombre accru de femmes aura un impact sur l'échelle des priorités et cela permettra de revaloriser des sujets qui étaient jusqu'alors vus comme secondaires ou écartés. C'est ce qui arrive quand les dirigeants ne représentent pas la société dans toute sa diversité : ils sont dans l'incapacité d'améliorer la qualité de vie de leurs citoyens parce qu'ils ne sont pas en mesure d'avoir une vision globale des problèmes que ces derniers doivent affronter. 

"L'égalité des genres est au-delà de toute idéologie politique."

Idéalement vrai mais faux dans la réalité. Cela devrait être le cas, parce qu'être contre l'égalité des genres signifie promouvoir l'inégalité des citoyens au sein de la société européenne. Dans la réalité, c'est un fait que les partis de gauche, socialistes, écologistes mais aussi les socio-démocrates ont été plu enclins à prendre des mesures pour favoriser l'égalité au sein de leurs groupes. Les partis centristes, de droite et les libéraux ne l'ont pas fait et c'est également pour cette raison que nous n'avons pas encore atteint la parité au sein du parlement et de la Commission.

***

Que tirer de tout ça ? Les quotas, ça en effraye pas mal, des plus conservateurs au plus progressistes. Et c'est vrai que lorsque l'on compare la couleur de ceux qui ont soutenu la campagne du EWL à la réalité de leur groupe politique, on constate que certains n'ont pas attendu de se mettre en avant pour appliquer la parité : le groupe de gauche radical (GUE/ NGL), par exemple, est le seul à avoir plus de la moitié de femmes dans ses rangs, même si seulement 14% de ses députés ont jusqu'ici signé l'appel. En même temps, on ne peut pas nier que la situation évolue très lentement et que des mesures contraignantes, faute d'éducation, permettraient de donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Et que, pour les générations à venir,  voir plus de femmes lors de sommets donnerait l'envie à plus d'une de devenir un jour présidente.

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http://urbania.ca/blog/5348/leurope-se-conjugue-au-masculinMon, 15 Sep 2014 11:53:26 EDTElisabeth Meur-Ponirisquotaspolitiquefemmesbloguehttp://urbania.ca/blog/5348/leurope-se-conjugue-au-masculin
ICI Précaires
Je pars sans faire de bruit. Vous ne me verrez plus, ne m'entendrez plus, ne me lirez plus. Je suis journaliste, caméraman, monteur, assistant, rédacteur, réalisateur…

Et pourtant, je me suis acharné. J'ai travaillé sur appel, n'importe quand. À quatre heures du matin. Le lendemain jusqu'à minuit. La nuit aussi. Sans compter mes heures. Je paye mes cotisations syndicales, mais n’ai pas de sécurité d'emploi. Pas d’assurance maladie. Pas de fonds de pension. Corvéable à merci, on me qualifie de « jeune », de « relève », même si j'ai parfois plus de 40 ans.

On m'a dit qu'il fallait serrer les dents, que cette précarité n’était que temporaire. J’y ai cru. Depuis l’école, on annonçait de beaux jours à ma génération. On parlait même de pénurie de main-d’oeuvre. Le Québec au complet était censé partir à la retraite. Sans compter qu’on allait investir dans le numérique, avoir un besoin criant de relève.

Avec les compressions budgétaires, les plus anciens dont les postes ont été coupés ont pu supplanter de moins anciens qui eux-mêmes ont pris la place d’encore moins anciens. Un jeu de chaises musicales brutal dont l’issue est connue d’avance : c’est moi qui perds. S’ils travaillaient à Radio-Canada, Denys Arcand prendrait la place de Xavier Dolan.

Le système est ainsi. Pour éviter l’arbitraire, l’ancienneté s’impose comme la valeur cardinale. Peu importe le mérite de chacun.

Deux castes finissent par émerger. Les employés permanents qui se sont battus pour obtenir leurs droits, certes. Et moi, nous, les précaires, leurs enfants, encore et toujours sur le bord de la route.

Je ne suis pas seul dans cette galère. Fonction publique, éducation, santé... les rouages du transfert de génération se grippent, le mal-emploi ronge la jeunesse québécoise. L’attrition et les gels d’embauche forment notre horizon.

Un débat de société doit être mené au Québec. Syndicats, employeurs : ouvrez les yeux face à cette génération sacrifiée. Quand les compressions deviennent systémiques et la précarité la norme, l’ancienneté ne peut rester le seul critère. Sinon, quelle équité intergénérationnelle ?

ICI Précaires est un collectif d’employés de Radio-Canada qui regroupe 120 membres.
Crédit photo: JasonParis sur Flickr
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http://urbania.ca/blog/5346/ici-precairesMon, 15 Sep 2014 09:17:49 EDTICI Précairesradio-canadabloguehttp://urbania.ca/blog/5346/ici-precaires
La chanson de la (fin de) semaine

Allez, bonne fin de semaine à tous!


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http://urbania.ca/blog/5345/la-chanson-de-la-fin-de-semaineFri, 12 Sep 2014 15:23:41 EDTUrbania http://urbania.ca/blog/5345/la-chanson-de-la-fin-de-semaine
Le chevalier en gougounesCarcassonne, sud de la France, mi-août 2014

Un autre matin magique sur le vieux continent avec Fiston pour notre périple en duo.  Nous sommes venu voir le château de Carcassonne pour faire plaisir à mon petit chevalier... pis à moi aussi. J’aime bien le Moyen Âge. Pas dans le sens « Hey bro je porte une cotte de mailles dans un centre d’achats de St-Jean-sur-Richelieu », mais plus dans le genre « Hey bro j’adore Mel Gibson quand il pète des anglais avec sa face toute bleue ».

Les châteaux, les chevaliers, les reines, c’était bien beau, mais gardons-les dans leur époque. Cessons de nous marier avec un look de porteur de variole et vivons tous ensemble dans notre ère moderne. Merci! 

Plus nous approchions des remparts, plus les yeux de mon fils s’illuminaient. Après 5 minutes dans la cité, on s’est vite rendu compte que nous n’allions pas voir grand chose de médiéval à l’exception de la grosse allemande poilue qui portait un t-shirt de Merlin l’enchanteur qui annonçait un spectacle de chevaliers qui allait avoir lieu non loin du kiosque du gars qui écrit ton nom sur un grain de riz à deux pas d’une des 400 boutiques qui vendent des souvenirs. Nous décidons alors d’acheter nos billets à un moine franciscain qui fume une clope et qui a des écouteurs de iPod dans le cou. 

Une heure de file d’attente à entendre le même ostie de solo de pipeau joué par un monsieur qui, ensuite essayait de nous vendre son CD de pipeau. Sérieux? Je respecte toute forme de création, mais un CD de solo de pipeau? Really? 

Qui dit dans un souper d’amis :

Gang! Le dernier album d’Arcade Fire, du génie! Mais j’aurais mis plus de pipeau! 

Personne! Faque imaginez quelqu’un qui dit : 

Man! Je me suis acheté un CD de 50 minutes de solo de pipeau! 

Ma vie est tellement plus relaxe... je te jure, écouter ça, c’est comme une heure de yoga chaud! 

Nous étions 200 spectateurs à être guidés vers l’agora extérieure par des comédiens so-so qui nous piquaient les fesses avec leurs épées. Une fois assis, je dois avouer que le spectacle était bien. Mon fils trippait de voir des chevaliers se battre. Les enfants dans l’assistance tapaient des mains, les parents aimaient. Nous apprenions pleins de trucs intéressants sur les chevaliers. 

Tout s’est gâté quand ils nous ont dit que se battre avec l’équipement était beaucoup plus dur que ça ne paraissait et qu’ils choisiraient quelqu’un dans l’assistance pour venir combattre... devant tout le monde.

La veille, pour endormir mon fils, je lui avais fait croire qu’étant jeune, j’avais combattu pour libérer l’Écosse... aux côtés de William Wallace... que j’avais déjà été un genre de chevalier. Je raconte toujours ce genre de conneries à mon fils, un peu comme dans le film Big Fish, que j’adore.

Quand le chevalier m’a pointé avec son épée, devant 200 personnes et a dit : 

Vous êtes obligé! Je vous ai choisi! Battez-vous, chevalier! 

J'ai pensé trois choses: 
1- Je ne suis pas obligé! 
2- J’ai pas le goût d’aller me battre et me faire ridiculiser avec un suit trop pesant! 
3- Je suis en gougounes! 

Puis, j’ai vu le regard de mon fils, il m’a regardé et a dit : « C’était vrai...? Tu es un chevalier? »

CALISSE!!!!!!!!!!!!!!!! J’ÉTAIS OBLIGÉ!!!!!!!!!! Pas le choix! Fiston comptait sur moi!

Je me suis levé sous les applaudissements, j’ai enfilé l’armure. Sérieux, c’était impressionnant combien c’était lourd. Les hommes de cette époque n’était pas des faibles, croyez-moi!

Après 2-3 coups d’épées (non affilée), le petit smatte contre qui je me battais dit : « Un peu de sport ne fera pas de tort à ce chevalier bedonnant! »

La foule hurle de rire. 

Bon! Toé t’es mort mon estie de clown en chemise à lacet!  

Vous n’avez jamais vu un dodu se battre comme un spartiate de même! 

Je pense que le p’tit monsieur ne s’attendait pas à ce que le bedonnant chevalier se donne de même! Quelques coups d’épée BEAUCOUP trop forts pour un spectacle l’ont fait tomber par terre. Il a tenté de se relever et je lui ai donné une généreuse jambette. Il est retombé sur le sol. J’ai pu voir la fierté de mon fils entre les deux trous de mon gros casque de métal. 

J’ai encouragé la foule à m’applaudir. Ils ont hurlé! J’ai reçu une jambette à mon tour; je suis tombé sur le cul et j’avais de la misère à me relever... Comme une tortue prise sur le dos. Il a mis la lame sous mon cou et a dit : 

Vous demandez grâce?

Ce à quoi j’ai répondu : « Non! »

Il s’est penché vers moi et m’a chuchoté : « Monsieur, pour le spectacle, il serait plus logique de demander grâce... Je ne peux quand même pas vous tuer... hahahahah! »

Chevalier! Vous demandez grâce?

Moi : « Non! »

Je me suis relevé avec l’aide de deux paysannes comédiennes. J’ai retiré fièrement mon casque en souriant et je suis allé rejoindre mon fils dans l’estrade. Le spectacle a continué pendant 30 minutes. J’ai gardé mon armure pesante. Mon fils était fier de moi... surtout quand je lui ai expliqué qu’il ne m’avait pas tué car ils savaient que mes chums de l’Écosse allait venir leur botter les fesses si ils me tuaient. 

Il m’a regardé perplexe et m’a demandé :

Quand est-ce qu’on va en Écosse voir tes amis chevaliers? 

Un jour, mon homme, un jour...


PS : Dans 10 ans si vous voyez que je cherche une chiée de comédiens pour partir en Écosse, vous saurez pourquoi! 

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http://urbania.ca/blog/5344/le-chevalier-en-gougounesFri, 12 Sep 2014 11:34:24 EDTJonathan Robergemoyen-agechevaliersgougounesbloguehttp://urbania.ca/blog/5344/le-chevalier-en-gougounes
Je rêve encore à ChuckyOn la situe? On la situe (si on ne la situe pas encore, on peut se référer à l’image d’en-tête. Ce qui est bien, c’est que cette dernière se grave aisément sur la rétine pour ne plus jamais avoir à la resituer).

J’ai vu Jeu d’enfant à sa sortie en 1988. J’avais sept ans. Et j’avais aussi une mère très restrictive en matière de vues. Je ne saisis donc pas comment c’est arrivé, mais un beau soir d’août, à la brunante, ma mère a décidé que c’était une fichue de bonne idée d’aller au cinéparc avec ses filles, voir ce bon petit thriller pour enfants-là.

À la seconde où le film a commencé, assise sur ma mère à zieuter l’écran géant à travers le steering (c’est qu’en 88, j’étais semi-brave), j’ai immédiatement su que cette poupée-là allait me suivre longtemps. Et ça s’adonne qu’à cette époque précise, le top du top en matière de catins pour jeunes premières telles que moi, si vous vous souvenez bien, c’était la poupée Cricket. Vous savez, la poupée blonde et bouclée dans le derrière de laquelle vous sacriez un tape à cassette et qui parlait en se faisant aller les sourcils?

Ça vous revient à l'instant.


Eh bien Cricket, c’était la poupée de ma grande sœur. Et comme il n’était pas question que je passe un seul respire sans avoir la même affaire que ma sœur, ma famille avait coupé la poire en deux en m’offrant Corky. Le jeune frère rouquin de Cricket.


Vous faites le rapprochement? Vous faites le rapprochement.

Je n’avais, jusque-là, jamais été à l’aise avec les jouets qui me parlaient. D’abord séduite à l’idée d’avoir un Teddy Ruxpin à cassette (l’ourson en dessin animé qui avait un ami chenille orange), j’avais rapidement saisi le risque potentiellement élevé qu’un beau soir, Teddy se lève de sa chaise, grimpe sur ma maison de luminous et me déchiquette les entrailles en fredonnant des chansons sur la sécurité nautique.

Nul besoin de vous dire que quand Corky est débarqué dans ma chambre, c’est à peine si je respirais. Je m’assoyais sur mon lit, parmi les poupées hollandaises géantes que ma grand-mère m’avait rapportées de voyage (CETTE IDÉE D’OFFRIR DES POUPÉES HOLLANDAISES GÉANTES À UNE ENFANT) et je tâchais de ne pas croiser son regard de débonnaire rouquin.

J’avais beau fixer ma table à dessin, Corky, lui, me fixait.

On avait beau m’avoir offert le suit de l’espace (LE SUIT DE L'ESPACE) qui allait avec, Corky me fixait toujours.

Alors ce soir de cinéparc-là, même à travers les trous du volant, Chucky s’est taillé une place de choix dans mon cervelet, que dis-je, dans mon épiderme et ce, à tout jamais.

Je ne montais pas dans mon lit, je piquais une course à partir de la chambre de ma mère pour sauter dans le litte sans qu’une poupée meurtrière ne m’agrippe les pattes pour me mordre les jarrets au sang avec ses gencives en plastique.

Je ne descendais pas au sous-sol, je défiais la mort.
Chucky était partout. Mais surtout dans mes rêves.

C’est d’ailleurs le seul rêve récurrent que j’ai fait de ma vie.
Je ne rêvais jamais que je me retrouvais nu-fesses pour un exposé oral sur les cristaux ou que je volais comme un moineau. Moi, à sept ans, je rêvais régulièrement que je me faisais tuer par Chucky. Ou plutôt que je « passais proche de ».
 
Le scénario était le suivant: j’étais assise sur la banquette arrière du char crème de ma mère, elle-même au volant et ma sœur en co-pilote (les petites sœur s’assoient toujours derrière. Et comme j'étais pas futée futée, je m’assoyais toujours sur la petite bosse traître du milieu). Tout à coup, j’entendais du bruit dans la valise et là, je savais. Je savais parce que j’avais vécu le même rêve 12 000 fois avant, tout en ignorant que c’était un rêve.

Parce que quand je rêve, si tu m’annonces que je me prénomme Taffy et que je rentre à St-Arsène pour larcins en série (même si je me sais pertinemment une Catherine de baptistère et que je sais que ma place, dans ce monde, est partout SAUF dans un couloir à dealer du rince-crème à Bouba), je vais peut-être être un peu surprise, mais je vais te croire sur parole. COMME UNE LETTRE À LA POSTE.

J’haïs ben ça, mais quand je dors, je pense que je suis la coucou de service.
Celle qui a juste une dent et qui s’en sert jovialement pour ouvrir ses canisses de fèves de lima. Cette faculté de prendre les commandes de mes rêves, même les plus absurdes, je ne l’ai pas. Je crois tout, tout, mais viscéralement tout ce qui s’y passe et je vis l’émotion façon Actors Studio (mais avec juste une dent). Ça fait que si tu veux m’en passer une petite vite, attends que je m’assoupisse.

Mais revenons à ce cauchemar.
J’entends du bruit dans la valise et je crie à m’en fendre la glotte, mais personne ne m’entend parce que tout le monde ondule aux rythmes latins de John Secada. Je vois alors un petit bras calciné sortir lentement de la valise, longer ma joue, puis se diriger vers le devant de mon faciès crispé (Chucky termine le premier film brûlé comme un rôti. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir une scène de sexe avec une autre catin dans le 4 mais moi, mon rêve, il se passe dans le 1. * NO poupées qui frenchent avec des langues humaines involved in my goddamn rêve récurrent, thank you *).

Ce moment de petite main en plastique brûlé devant mon visage de fillette dure une éternité.

ET ÇA FINIT DE MÊME. Il ne se passe rien d’autre.
Je crie et Chucky se fait aller les moignons en silence jusqu’à ce que je me réveille, jointures fusionnées au drap contour.

Vingt-cinq ans plus tard, je fais encore ce rêve au moins une fois par année. Et chaque fois, le suspense est à son comble, comme si c’était la toute première fois qu’un jouet attentait à ma vie.

Quoi qu’avec le temps, dans mon rêve, je me sens plus calme qu’avant.
Plus apte à me faire tuer sereinement.

Pour l'amour du saint ciel, qu’est-ce que ça signifie?

Dans le dictionnaire des rêves, d’habitude, tu cherches « sécheuse », « agneau » et « poche de grains » et t’es en mesure de comprendre une partie de ce que ton subconscient essaie de te dire.

Mais nulle part n'explique-t-on ce que signifie « se faire tuer sereinement par une poupée qui a passé au feu ».

J’y ai encore rêvé, la nuit dernière.
Ça fait que je vais être prise avec cette enveloppante chansonnette dans la tête pour une couple de jours.



La bise.

PS TENDRESSE :: De rien.]]>
http://urbania.ca/blog/5341/je-reve-encore-a-chuckyFri, 12 Sep 2014 09:45:00 EDTCatherine EthierchuckyJeu d'enfantpoupéecricketCorkymeurtrebanquette arrièreJohn Secadase faire tuer sereinement par une poupée qui a passé au feubloguehttp://urbania.ca/blog/5341/je-reve-encore-a-chucky
La Padanie ou les ambitions sécessionnistes de l'Italie du NordPour lire l'introduction de cette série de reportages, c'est par ici

Il m'aura fallu cinq voyages en Europe pour finalement mettre les pieds en Italie. Pas que j'aie quelque chose contre l'Italie, bien au contraire. J'ai toujours apprécié la culture italienne, son cinéma, sa gastronomie, ses créations artistiques. Il m'arrive même fréquemment de faire des détours par la Petite Italie à Montréal question de humer les doux effluves de gel à cheveux ainsi que les émanations de cire provenant des bolides chromés. Certes, il y en aura toujours un pour souligner que j'ai pris avec un certain contentement l'élimination hâtive de la Squadra Azzurra lors de la dernière Coupe du monde de football, mais cela, j'en conviens, c'est sans nul doute mon seul accroc. 

Bref, avant de mettre les pieds en Écosse pour suivre la dernière ligne droite de la campagne référendaire, il m'apparaissait pertinent de faire un petit saut en Italie du Nord afin de tâter leur velléité indépendantiste. Enfin, je dis l'Italie du Nord, mais disons plutôt la Padanie. 

Qu'est-ce que la Padanie? 

La Padanie, c'est le grand rêve sécessionniste de la Ligue du Nord (La Lega Nord), parti politique fondé en 1989 par Umberto Bossi. Ce parti est né de la fusion d'une dizaine de partis politiques régionalistes et autonomistes du nord de l'Italie qui, dès les années 1970, ont commencé à réclamer la décentralisation des pouvoirs et même, dans certains cas, l'indépendance pure et simple. 

Pendant près de vingt ans, soit de 1996 jusqu'à tout dernièrement, la Ligue du Nord a renoncé à ses ambitions sécessionnistes pour revendiquer une plus grande autonomie au sein de l'Italie et l'instauration d'un régime fédéraliste. Toutefois, la dernière crise économique semble avoir ravivé, chez plusieurs, le rêve d'une Padanie indépendante. Voyons rapidement à quoi renvoie celle-ci.

Inutile de chercher la Padanie sur une carte du monde. Ses limites géographiques n'ont jamais été clairement définies. Parfois des régions comme la Toscane, l'Ombrie et les Marches s'y trouvent, des fois non, des fois en partie. Bien que la Padanie soit un regroupement de régions du nord, le terme renvoie davantage à un concept, celui de nation, qu'à un territoire géographique.

Ici, peu de comparaisons peuvent être faites avec les autres mouvements indépendantistes européens. Contrairement aux Écossais, aux Catalans, aux Basques espagnols ou aux Flamands, la Padanie ne dispose pas d'une culture qui lui est propre, d'une histoire particulière ou même d'une langue commune. Or, comme elle ne peut appuyer son discours sur des notions préexistantes, elle a dû se créer sa propre identité. C'est dans cet esprit que dans les dernières années, la Ligue du Nord a fondé son équipe de football, s'est dotée de sa propre chaîne de télévision (Telepadania), de sa chaîne de radio (Radio Padania Libera), de son journal (La Padania) et même de son propre concours de beauté, le Miss Padania

En somme, à défaut de pouvoir s'appuyer sur des référents culturels, linguistiques ou historiques, la nation padane a dû s'inventer. C'est pourquoi elle ne se définit pas tant par ce qu'elle est, mais davantage par ce qu'elle n'est pas, c'est-à-dire, des Méridionaux (habitants du sud) et des immigrés. En ce sens, selon une expression communément utilisée par les indépendantistes, les Méridionaux seraient des Terrones, c'est-à-dire des paresseux, des corrompus et des mafieux profitant des programmes sociaux payés par l'Italie du Nord, riche et industrialisée. L'indépendance serait donc un moyen pour les régions du nord, plus riches que celles du sud, de cesser de subventionner les régions du sud et conséquemment, de profiter entièrement de leurs richesses. 

Évidemment, l'indépendance est justifiée autrement par les idéologues padans. On parle davantage d'une identité menacée, de droits bafoués et de constantes injustices commises par la majorité du sud sur la minorité du nord. En ce sens, une image forte utilisée par la Ligue du Nord consiste à comparer la situation des Italiens du Nord à celle des Sioux aux États-Unis, ce peuple autochtone qui s'est vu voler ses terres et détruire son mode de vie au XIXe siècle. Toutefois, dans la version italienne, les Sioux, ce sont les Italiens du Nord et les Blancs, les Italiens du Sud. 

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Alors, la question qui brûle les lèvres : « Verrons-nous dans les prochaines années l'avènement d'une Padanie indépendante? » Je ne suis évidemment pas le mieux placé pour y répondre. Nul n'est prophète dans son pays. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'il s'agit du pays des autres. Toutefois, à la lumière d'un sondage maison de type non probabiliste effectué auprès de douze Italiens du Nord et comportant une immense marge d'erreur, si un référendum avait lieu demain, l'option du NON l'emporterait avec 100 % des voix! 

Vrai que mon échantillon n'était pas vraiment représentatif. Il s'agissait essentiellement de jeunes Italiens et Italiennes dans la vingtaine avec qui j'ai voyagé en voiture d'une ville à l'autre. Car si le covoiturage a l'immense avantage d'être plus économique que le train, la voiture est également un lieu privilégié d'échanges et de discussions. 

Or, chacun des conducteurs et des passagers avec qui j'ai abordé la question de la Padanie a reçu celle-ci avec un mélange d'étonnement et de malaise. Ce genre de réaction qui semblait dire : « Mais pourquoi viens-tu jusqu'ici pour nous parler de la Padanie? » Car il faut bien le dire, l'indépendance de la Padanie ne semble pas être actuellement le sujet d'intérêt par excellence pour ceux qui m'ont pris à bord. Tous ont d'ailleurs été assez critiques du projet et du parti politique qui porte l'idée. 

Selon Daniel, un jeune Milanais de 23 ans qui étudie la sociologie et avec qui j'ai eu la chance de faire la route séparant Milan de Vérone, les positions xénophobes qu'a tenues la Ligue du Nord dans le passé ont totalement discrédité l'option indépendantiste. Pour un pays ayant un passé fasciste, les Italiens devraient, selon lui, se garder une petite gêne lorsque vient le temps de critiquer les immigrants. 

En effet, pas besoin de chercher longuement pour trouver des déclarations incendiaires. Ceux au Québec qui ont encore de la misère à digérer les propos de Jacques Parizeau sur le vote ethnique feraient sûrement une crise d'urticaire à entendre ceux de la Ligue du Nord. Pour certains de ses dirigeants, l'immigration serait une cause directe à certains fléaux comme la criminalité, la prostitution, le trafic de drogue, la contrebande et la violence sexuelle en Italie. 

La présence d'immigrés serait également une menace pour l'identité padane. Selon une formule utilisée par les idéologues léguistes, le monde serait un vaste ensemble de taches colorées. Or, si on mélange ces taches, les couleurs seraient susceptibles de disparaître et de faire place à un ton grisâtre, c'est-à-dire à un monde sans identité. Vous aurez deviné que ce type de remarque se passe de commentaire! 

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Je pars maintenant pour l'Écosse où je suivrai les derniers jours de la campagne référendaire. Le OUI semble avoir fait une progression importante depuis le dernier débat des chefs, ce qui promet une fin de campagne assez excitante. J'irai rejoindre là-bas une quarantaine de Québécois qui, pour différentes raisons, ont tous un intérêt pour le destin collectif des Écossais et aussi, j'imagine, pour le whisky. 

* La documentation pour ce texte provient d'articles triés sur le volet, mais plus spécifiquement de discussions et d'échanges que j'ai eus avec des gens ainsi que de mes impressions sur le terrain. Cet article (tout comme les suivants) n'a donc aucune prétention scientifique.


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En terminant, je tiens à remercier Voyage Globallia qui m’a gracieusement offert une commandite pour rendre ce voyage possible!
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http://urbania.ca/canaux/enquetes/5343/la-padanie-ou-les-ambitions-secessionnistes-de-litalie-du-nordThu, 11 Sep 2014 14:27:44 EDTJean-Benoit Bédarditalieréférendum sur la souverainetéreferendumpadaniereportagehttp://urbania.ca/canaux/enquetes/5343/la-padanie-ou-les-ambitions-secessionnistes-de-litalie-du-nord
Magnotta, premier contact— J’écris pour Urbania.
— Ah oké. Donc t’es là pour on-sait-qui, m’a lancé Christiane Desjardins.

J’étais effectivement là pour on-sait-qui, c’est-à-dire Gab Roy. Il devait comparaître pour les accusations d’incitation au contact sexuel, leurre pis contact sexuel sur une mineure qui pesaient contre lui.

J’étais là pour Gab Roy, mais je n’étais pas là pour le planter platement sur le site d’Urbania; je n’écris pas cette chronique pour la vindicte. J’étais là pour voir dans quel état était la créature.

Malheureusement, autour de onze heures, nous avons appris que la cause était reportée au neuf octobre pis que la créature ne nous honorerait pas de sa présence, logiquement. Nous avons aussi appris qu’il pourrait désormais fréquenter les parcs (logiquement itou), mais ça, c’était juste de la bullshit pour faire frémir les niaiseux sur les réseaux sociaux.

Comme les journalistes pis les photographes qui faisaient le pied de grue depuis deux heures, je l’avais un peu à travers la gorge. Shit, j’allais quand même pas me taper encore des comparutions de crottés pis de morons pour trouver de quoi à écrire !?

— Magnotta est au 5.01, a dit Christiane Desjardins.

J’ai senti mes jambes ramollir, mes lobes d’oreilles se gorger de chaleur, mes yeux se mouiller. Pis je suis monté au cinquième étage en m’imaginant le monstre de toutes sortes de manières. Avait-il des yeux de chats comme on le racontait dans certains cercles d’initiés ? Son sourire narquois était-il loadé de dents si affilées ? Dégageait-il le parfum âcre de la mort ? Allait-il m’envoûter plus que je ne l’étais déjà ?

Je suis entré dans la salle d’audience 5.01 couvert de sueur, une sueur épaisse et visqueuse, une sorte de deuxième peau, un bouclier probablement. Je me suis effondré sur le dernier siège disponible, j’ai ouvert mon Moleskine, j’ai sorti mon stylo pis j’ai levé les yeux.

À une douzaine de pieds de moi, dans une cage de verre, comme le candidat idéal à l’émission épaisse de Jean Airoldi, un gros Magnotta méconnaissable semblait écouter distraitement les requêtes de son avocat.

La salle d’audience 5.01, comme toutes les autres salles d’audiences du Palais de justice de Montréal que j’avais pu visiter jusqu’à présent, était beige et grise pis éclairée froidement par des néons. On était loin des boiseries, de la majesté et d’une sorte de glamour véhiculées par Hollywood. Magnotta, dans son fantasme mégalomaniaque, devait bien, à chaque seconde qui passait, pogner un hostie de down. C’est ce que je m’imaginais sur le coup.

Mais non. La réalité était différente.

Comme on le sait tous, Magnotta a plaidé non coupable. J’ai d’abord cru, naïvement, qu’il faisait ça pour le show. J’ai pensé que le monstre voulait se la jouer Dahmer (du pauvre) pis faire un spectacle avec son horrible crime. Mais quand je l’ai vu là, enflé dans sa cage, mon pronostic a changé.

Magnotta est un schizophrène paranoïaque, il plaidera donc la folie assurément. Son procès ne sera pas très long, pis, après ça, il va aller pourrir au sixième sous-sol de l’institut Philippe-Pinel dans une cage de verre de trois pouces d’épais pareille comme celle d’Hannibal Lecter. Aucun kit du Simons choisi par Jean Airoldi ne sera capable de nous faire oublier que ce détraqué a tué sauvagement Jun Lin en mai 2012.

Illustration: MHP
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http://urbania.ca/blog/5326/magnotta-premier-contactThu, 11 Sep 2014 11:55:00 EDTEdouard H.BondMagnottagab roybloguehttp://urbania.ca/blog/5326/magnotta-premier-contact
GHB & Vernis à OnglesUndercover Colors a suscité de nombreuses réactions. La plupart d'entre elles étaient positives. Pour ma part, je n’y ai perçu qu’une énième forme de blâme envers les victimes. Déjà, les filles doivent s’habiller sobrement; ne pas agir de manière suggestive; ne pas sortir seule; ne pas boire (et si elles le font, évidemment ne jamais perdre de vue leur verre). Maintenant, étape cruciale, elles devront mettre du vernis à ongles anti-viol avant de sortir. (immense soupir)

J’ai donc émis un commentaire sur les interwebs qui a été assez mal reçu. Je me suis fait ramasser parce que, selon plusieurs, j’étais «contre la vertu». Je m’explique. Selon une approche pragmatique, on peut dire que des viols surviennent et qu’il y en aura d’autres. Des étudiants cherchent des moyens pour prévenir ces agressions. La position s’opposant ou critiquant ces moyens est difficile à soutenir. Surtout si on suit cette logique implacable: tu ne peux pas être contre quelque chose de fondamentalement bien. Toutefois, mon malaise subsiste. J’y ai beaucoup réfléchi et j'ai senti le besoin de préciser ma pensée par rapport à cette invention.

Cette recherche avance que du GHB était présent dans environ 5% des agressions déclarées. Peut-être parce que c’est un psychotrope légal, plusieurs ont aussi tendance à minimiser les effets de l’alcool. Pourtant, c’est de loin la substance la plus souvent impliquée dans des cas d’agressions sexuelles. Ici, mon intention n’est pas de mettre la faute sur une substance ou une autre. 

Bien qu’impliquées dans plusieurs viols, les substances psychotropes n’en sont jamais la cause. 

Sans nier l’existence d’intoxications préméditées au GHB, j’ai seulement l’impression que le sentiment de peur est disproportionné si l’on se fie à la prévalence « réelle » de personnes qui utilisent cette substance pour droguer. Ce genre d’invention ne fait que renforcer l’insécurité ambiante. La peur, pour ne pas dire la paranoïa dans le cas présent, est un fort levier économique. L’invention, encore au stade embryonnaire, a déjà amassé plus de 100 000$ US de financement pour la recherche et la mise en marché. Derrière un slogan prometteur de women empowerment, je ne vois qu’une opportunité mercantile.

Étrangement, en y pensant, j’ai ressenti le même malaise que face à ces gens qui se filment en allant donner de la nourriture aux itinérants. « Regardez comment je suis une bonne personne, à quel point j’ai les valeurs à bonne place ». Oui, il s’agit d’un geste de bonté, l’intention est louable. Toutefois, la volonté de se remonter l’ego jette une ombre sur des petites actions qui se voulaient bénéfiques à la base. Il y a une pointe d’hypocrisie à crier sur tous les toits que l’on fait quelque chose de bien.

Aussi, l’efficacité de ce vernis à détecter de telles substances reste à prouver. Le GHB a une assez courte demi-vie et est détectable dans le sang et l’urine pour une assez petite fenêtre de temps (4 à 8h). Même en laboratoire, dans des conditions idéales, la détection demeure ardue. Et puis, même si ça fonctionne, qu’est-ce qui garantit hors de tout doute qu’un viol ne se produise? Même les personnes qui prennent le maximum de mesures contre une agression peuvent en être victimes. C’est la mise en marché d’un produit qui se veut sécuritaire mais qui, dans les faits, ne fait que rajouter une pression supplémentaire sur les femmes. 

La cible n’est tout simplement pas la bonne. Toute solution visant à responsabiliser les victimes nous écarte du problème réel, soit la personne qui va potentiellement passer à l’acte. Devant l’immensité de la tâche à accomplir, c’est comme si on tentait de prendre un raccourci, d’emprunter un chemin plus facile. Les agressions sexuelles constituent une problématique sociale complexe qui mérite qu’on en parle collectivement et qu’on s’y attaque avec des mesures concrètes qui ne stigmatisent pas les victimes. Oui, en 2014, ici, au Québec. Il y a encore et toujours du chemin à faire.

-La notion de consentement doit être expliquée et réexpliquée. Le rappeur Cee Lo Green affirmait récemment que pour qu’il y ait un viol, la personne doit être consciente. Les propos ont fait réagir (dieu merci), mais ils rappellent l’existence de mentalités totalement rétrogrades, pour ne pas dire stupides. 
-L’éducation sexuelle serait sur le point d’effectuer un retour dans nos écoles. Ces cours n’auraient jamais dû disparaître. 
-L’action d’administrer une substance est considérée comme du trafic par le Code Criminel canadien. Donc le fait de droguer une personne n’a pas de statut particulier. Je pointe ici un léger flou juridique.
-Une sensibilisation plus systématique pourrait être faite auprès des tenanciers et du personnel travaillant dans les bars. 

Je lance ici quelques pistes de solution, même si je suis conscient qu’il est impossible d’éradiquer complètement les viols. Les femmes devront toujours prendre une série de moyens pour se protéger, pour prévenir. J’en conviens. Mais est-ce que nous en sommes vraiment rendus là? J’émets des doutes. Est-ce que chaque geste le but de régler un problème doit être encouragé? Quand le message qu’il envoie est tordu, je n’ai pas l’impression qu’on doit le cautionner.

Crédit photo: Courtney Rhodes
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http://urbania.ca/blog/5342/ghb-vernis-a-onglesThu, 11 Sep 2014 09:38:54 EDTDonavan Lauzonculture du violghbbloguehttp://urbania.ca/blog/5342/ghb-vernis-a-ongles
Le Festival de la Santé et des Bonnes Idées de Rouyn-Noranda

Aucun événement avant 17h: c’est le temps de partir à la découverte de Rouyn-Noranda avec notre caméra.  

Fun fact: J-P ayant passé les dernières années derrière le drum du groupe Canailles, qui a souvent joué à Rouyn, il était inévitable que quelques personnes le reconnaissent en ville en plein FME. Combiné à l’habitude qu’a le Festival d’organiser plusieurs concerts-surprises au cours du weekend, on s’est rendu compte rapidement qu’après trois jours la rumeur avait gonflée jusqu’à devenir une certitude: « Un show secret de Canailles! » Disons que rendu là on se faisait faire assez de clin d’oeils complices pour qu’un moment donné, il arrête juste de nier. 

Puis, vint peut-être la pire décision de la fin de semaine. Il faut savoir que le fameux Morasse a récemment lancé un nouveau “menu trash”. 



Il faut savoir aussi qu’Éric est quelqu’un qui n’a pas toujours des bonnes idées, mais qui y tient. C’est donc dire que dès qu’il a vu le Lover et la Rontine, il s’est dit une chose: faudrait que quelqu’un essaye de manger ça. ENSEMBLE. 

Pis ce quelqu’un là, ben, ça a l’air que c’était lui. 



...


Dehors, pile devant le Morasse, c’était Laetitia Shériff qui faisait un show impromptu. La foule semblait apprécier. Éric, lui, éprouvait des difficultés techniques, allant de longues plaintes incontrôlées aux larmoiements. 

Ceci n'est pas le visage de la santé.

Direction Owen Pallett. Éric l’avait déjà vu à Osheaga, où le violoniste virtuose avait passé le plus clair du temps fâché contre le soundman. J-P, lui, ne l’avait entendu que sur album. Dans les deux cas, nous avons été soufflés. Il n’y a qu’un mot: impressionnant. Le public était captivé, et dès la troisième pièce, chaque chanson était suivie d’une ovation debout. Disons qu’on a assisté à quelque chose proche de l’extase religieuse. Du jamais vu -- et, soyons honnêtes, on en a vu quelques uns, des shows. Pas mal, pour une salle qui, au départ, était là pour voir Daniel Bélanger, le pauvre se retrouvant soudainement avec un assez gros mandat à remplir.


À la sortie de la salle, encore sous le choc de la prestation d’Owen Pallett (et, dans le cas d’Éric, encore sous le poids du souper incompréhensible qu’il a ingéré), on tombe sur des amies de Montréal. 

« Hein! Qu’est-ce que vous faites ici? »
« Ben, on est journalistes, on couvre le festival! »
« Ah? Pis, quels shows vous avez vu, hier? Moi j’ai vraiment trippé sur celui dans l’église! »
« Ben…..euhm…. »
Long silence gêné.
On se regarde, réalisant qu’on est assez amochés pour non seulement avoir oublié ce qu’il y avait dans l’église, mais qu’on est même incapable de nommer un seul band vite de même.

J-P finit par regarder sur l’horaire de la soirée d’hier et en récupère des bouts.

Il devient essentiel de sauver Éric, qui sombre de plus en plus dans un genre de coma. On se souvient de deux éléments-clés: on a de la Chartreuse à l’hôtel, et la Chartreuse est un excellent digestif. Direction hôtel, donc! (Oui, à ce moment, ça sonnait comme une solution.) 

Nous sommes arrivés à la fin du sympathique concert de Daniel Bélanger, qui a pris des allures de masterclass d’écriture de chansons devant un public conquis et épaté de connaître aussi bien toutes les paroles. 

Direction le Cab pour la prestation de Ought, nouveaux poulains de la mythique étiquette Constellation. Coup de coeur instantané, bruit et fureur, impression de voir une version adolescente de Warsaw, la salle comme nous-même sommes sur le cul. 

"Deux fois, j’ai joué avec mes souliers. C’était vraiment weird. Now I only play in socks." - Tim Beeler, chanteur

Le festival officiellement terminé, c’est le moment de se lancer dans la grande aventure de l’after. Une direction apparaît évidente: le bar des Chums. 


Ce bar karaoké, mythique lieu de perdition pour la faune FMEienne, nous accueille à bras ouverts. On retrouve des amis du Voir, de Scène 1425 et d’ailleurs. On s’installe même une mini-terrasse privée dans la ruelle à côté en volant quelque chaises, parce que… ben, parce qu’à ce moment-là nos décisions ne sont plus très claires. Quelqu’un saute dans un des transports fournis aux médias par l’organisation du FME pour aller chercher le weed qu’elle a laissé à son hôtel et cette utilisation des ressources du festival semble faire consensus. 


On remarque à l’orée du bar que le bien connu Duo Éclipse qui animait les soirées aux Chums et faisait la joie des festivaliers depuis des années n’est plus. Il a été remplacé par le Duo Point.com (qu’il faut probablement prononcer point-point-com). En plus, il n’est même pas là ce soir. Qu’à cela ne tienne: nous entrons dans la place, pour constater que le party est officiellement pogné. Mentionnons le travail attentif de France la bartendresse, qui anime le karaoké ce soir surtout pour chanter sur toutes les tounes. Son micro est vraiment plus fort que celui des clients. Personne ne sait exactement comment elle fait pour servir des bières et chanter Enter Sandman debout sur le bar. Quelque chose comme une professionnelle. 


On a tu parlé du concours de limbo improvisé? Ah. Ben oui, ça aussi, c’est arrivé. 

Toute bonne chose ayant une fin, éventuellement, le last call arrive, les quilles de Molson Canadian se vident, et il est temps de… ouain. Se rendre au sous-sol du Petit Théâtre avec les bénévoles pour finir les bouteilles qu’il reste du festival. Faut bien, sinon ils vont avoir de l’overstock. (Juré.) 

Libre-service à 4h du matin. Ceci n’est pas le buffet-brunch.

On fait des mélanges qui se peuvent pas juste pour rester dans le thème du n’importe quoi. Glenfiddich-Monster. Vodka-jus de pomme-Sprite. Appleton-Soda-quelquechose que j’oublie. Avec la petite bande de pas fiables de Montréal, on se ramasse un moment donné tous dehors à chanter Entre l’ombre et la lumière

Éventuellement, au peak d’une chorale de ruelle s’époumonant sur Terre Promise d’Éric Lapointe, Éric finit par avoir la seule idée sensée de tout le voyage: « JP, je dis ça de même là, mais  il est 5h45, c’est toi qui conduit demain, et t’es en train de boire une petite chaudière de Rhum-Red Bull. » 

Alors on est partis en sauvages du party, et on s’en est quand même félicités le lendemain, parce que, mine de rien, la route est longue. 

On est arrêtés luncher à Val d’Or. Belle ville, pareil, hein. 






La (belle) route s’est bien passée. La lumière “Check Engine” était toujours allumée sur la Civic empruntée, mais il n’est rien arrivé de grave. 

Rendus à Mont-Laurier, après le 3e café Tim Horton de torréfaction “foncée” (sic) du jour, J-P a un flash: « Arthur H! On a vu Arthur H samedi! C’est ça qu’y avait dans l’Église!!! » 

Nous sommes des journalistes professionnels. 


Lisez aussi la première et la deuxième partie de notre reportage! 


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http://urbania.ca/blog/5338/le-festival-de-la-sante-et-des-bonnes-idees-de-rouyn-norandaWed, 10 Sep 2014 16:00:14 EDTJean-Philippe Tremblay et Éric Samsonfmeatbloguehttp://urbania.ca/blog/5338/le-festival-de-la-sante-et-des-bonnes-idees-de-rouyn-noranda
Explorer Rouyn un dimanche de FMEhttp://urbania.ca/canaux/photoreportages/5340/explorer-rouyn-un-dimanche-de-fmeWed, 10 Sep 2014 14:32:13 EDTJean-Philippe Tremblay et Éric Samsonreportage_mediahttp://urbania.ca/canaux/photoreportages/5340/explorer-rouyn-un-dimanche-de-fmeCome on, let’s twist againElle avance doucement, s’arrête tous les dix pas, la main sur la poitrine comme pour calmer ce cœur qui fait de drôles de cabrioles. Le regard tremblant. Les joues rosies par l’effort. Si essoufflée.

Ils ne sont plus ensemble depuis longtemps. Dans cette nouvelle dimension, ce no man’s land où ils se trouvent, ils se parlent amicalement, prennent des nouvelles l’un de l’autre auprès des enfants, ou s’appellent directement quand l’une ou l’autre est malade, quand un de leurs amis est mourant, pour se réconforter quand l’un perd son chien.

Et leurs enfants savent ce qui s’en vient. S’appellent pour se dire « tu pourrais aller tel jour avec maman à l’hôpital - papa était un peu confus la dernière fois au téléphone - crois-tu qu’il faudrait lui dire de ne plus conduire ». Ça, ce sont les mots entre eux. Moi, je suis l’une d’eux. Pendant ces conversations, je me déconnecte, je m’éloigne...

Je dois l’appeler, lui, depuis quelques jours, mais je n’en suis pas capable. Je recule toujours l’échéance de ce moment où je serai confrontée à son filet de voix, à la nécessité de répéter, aux mots qui lui échappent, même les noms des proches. Mais il finit par trouver. Pour combien de temps encore. 

- Alors, tu viens avec ta sœur… avec Hélène, c’est ça?
- Non, elle est en voyage.
- Mais oui, mais oui, bien sûr. En France, c’est ça?
- Non, à Banff.
- Mais oui, mais oui.

Toujours ça, « mais oui, mais oui. » Il camoufle encore, mais pas tant que ça.

Je l’appelle promis tout à l’heure, ce n’est pas si terrible. Les conversations sont rendues courtes, comme si en raccrochant au plus tôt, il pouvait éviter les malaises. Lui qui avait tant à raconter avant. OK, je l’appelle. C’est un mauvais, mais bref, moment à passer.

Elle aussi, il faut l’appeler. Tous les jours. Elle vit seule. Quand ça ne répond pas, toujours cette inquiétude, cette même image qui s’infiltre opiniâtrement dans ma tête : elle, par terre, paralysée mais consciente, qui ne peut rien faire, qui entend le téléphone sonner et sonner et sonner. 

Elle vient de m’appeler. Tout va bien. 

J’aimerais accepter, être zen, être là pour eux, simplement. C’est le cours normal des choses, quand rien de grave n’est arrivé trop tôt. On va tous passer par là, idéalement. Et je suis chanceuse, j’ai encore mes deux parents. Et eux sont chanceux, ils ont connu leurs petits-enfants, même les premiers arrières-petits. Et blablabla.

Mais non, je n’y arrive pas.
Je suis contre.
Je m’objecte.

La décrépitude, l’anéantissement de ce qu’on était. La peur à la fois d’une lente déchéance et d’une mort soudaine. Qu’est-ce qui est mieux, on ne sait pas. Je ne sais pas.

Au coin de la rue, je fais cet exercice : j’observe une vieille femme toute courbée traverser de son pas frêle et traînant. Je l’imagine jeune, à 20 ans, peut-être dansant le twist avec une robe à la Mad Men. Je l’imagine repoussant des soupirants. Ou en embrassant un goulûment. Ou championne de gymnastique. Les larmes me montent aux yeux, chaque fois, comme devant une infâme injustice. J’ai envie de l’arrêter et de lui demander de me montrer à danser le twist.

Ou ce monsieur, appuyé sur sa canne, les jambes qui ne plient presque plus - je ne sais pourquoi c’est toujours quand ils traversent la rue que leur vulnérabilité me happe -, c’était peut-être le Don Juan de son village qui faisait fondre les filles avec son petit sourire en coin. Peut-être que c'était un professeur réputé et qu’il avait des aventures torrides avec ses étudiantes. J’ai envie de le serrer dans mes bras, de lui dire qu’il existe encore, qu’il est sexy, qu’il n’est pas devenu anonyme, transparent, évanescent. Mais ma poitrine se serre et me paralyse.

Parce que je le sais, au fond, que la vieillesse, c’est entre autres choses une longue transparentisation, une lente disparition aux yeux des autres. Qui permet par exemple au médecin de s’adresser à moi plutôt qu’à ma mère quand c’est elle la malade. Ce qui m’enrage. Et elle donc.

Sur moi aussi, évidemment, le temps fait son œuvre. Et quand je rentre chez moi, j’évite les miroirs. L’image qu’ils me renvoient m’irrite. Le cou qui commence à se chiffonner, les paupières qui tirent vers le bas, les lignes qui encadrent le menton. Et il y a aussi ces moments de doute, de brume dans ma tête, la concentration qui m’échappe, le mot juste qui joue à cache-cache. Plus difficile à éviter, ce miroir-là.

J’ai envie de me mettre en boule dans un coin et de ne plus jamais en sortir. De me planter au milieu de la rue et de hurler jusqu’à ce que le temps cesse ses conneries et s’immobilise. Au moins un peu. De passer un pacte avec le diable pour renverser le cours des choses. De faire plein de cash pour me payer des injections de ceci ou cela, des traitements au laser, du peeling, que sais-je. Mais je suis pauvre, ça aide à résister à l’appel des sirènes.

Ma sœur Hélène veut toujours qu’on en parle. Pas de notre peau qui nous abandonne lâchement, mais de Où en sont les parents. « Ils ont passé un autre cap, je crois, tous les deux. Le pire est devant eux, et devant nous. Il faudra qu’on en discute, tous les enfants, qu’on fasse des choix. » Je fais des Hmm hmmm, me force à participer à cette conversation qui me cause un frétillement insupportable dans le ventre. Mais dès que je raccroche, j’essaie de ne plus y penser. Je deviens la reine du déni, ce qui n’est pourtant pas mon genre, moi qui prône l’affrontement, les yeux dans les yeux, avec la réalité. Mais là, je n’y arrive pas, je m’enfonce sous ma doudou, je mets mes bouchons et je décroche le téléphone.

Ma sœur Hélène est en voyage, les autres sont loin ou trop occupés, je suis donc de garde cette semaine. Je fais mes devoirs. Mon père aimerait me voir avec mes petits canetons. Je lui propose samedi prochain. Tout va si vite. Le plus tôt sera le mieux. Je m’assoirai avec lui, lui prendrai la main - en vieillissant, il s’est attendri, fragilisé, lui si confiant, avant, armé de tant d’opinions, et de jugements - et garderai les yeux grand ouverts, pour tout voir, pour me laisser toucher par cette fragilité, par ce mou qui est entré en lui. Tout voir ce qui ne sera peut-être plus là bientôt. Promis. Et peut-être danser le twist avec lui.

Brigitte, des RoseMomz
Illustration: Pierre-Nicolas Riou

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http://urbania.ca/blog/5337/come-on-let-s-twist-againWed, 10 Sep 2014 11:55:03 EDTLes RoseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5337/come-on-let-s-twist-again
Personne ne s'imagine que je suis avocat - Portraits de Montréal
















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http://urbania.ca/blog/5336/personne-ne-simagine-que-je-suis-avocat-portraits-de-montrealWed, 10 Sep 2014 09:54:06 EDTPortraits de Montréalportraits de montréalbloguehttp://urbania.ca/blog/5336/personne-ne-simagine-que-je-suis-avocat-portraits-de-montreal
« Ça, ça va faire vraiment pirate »Malgré le climat sub-arctique de la région, on profite généralement d’un détour au FME pour se tremper dans le lac Flavrian et profiter des derniers chauds rayons de soleil de l’été. Cette année, malheureusement, la pluie ayant engloutit tout espoir de plein-air, on est pas trop fâchés de loger au centre-ville. C’est vers 13h samedi matin que la première poutine du weekend est commandée; alors que J-P roupille encore au Best Western, Éric décide de rendre hommage au fameux restaurant Chez Morasse, qui se targue encore et toujours d’offrir la “Meilleure Poutine au Monde”. Nouveautés cette année alors que la poutine se décline maintenant de diverses manières, toutes plus inventives et invitantes les unes que les autres. Nous y reviendrons. 

Un déjeuner réussi!

Retour à l’hôtel alors que JP émerge lentement sur fond de Pirates des Caraïbes 3 version traduite et ponctuée de pub de quatre-roues. Éric, n’ayant pas vu les deux premiers, tente valeureusement, un peu stoned de gras de frites, de comprendre pourquoi un bateau se promène à l’envers dans les étoiles avec une pieuvre parlante sur le pont. Après quelques longues minutes, une plainte s’échappe de la chambre d’hôtel et les voisins réalisent qu’Éric ne comprends absolument rien à l’intrigue de ce chef d’oeuvre du cinéma surréaliste. Ce détour nous permet quand même de nous rappeler l’existence d’une bonne quantiré de rhum arrangé dans nos bagages, que nous décidons de traîner avec nous pour cette journée qui s’annonce sous le thème de la piraterie. Fiers de notre grande idée, nous descendons déjeuner à la pizzeria en bas de l’hôtel, croisant au passage un collègue photographe au teint gris qui retraite à sa chambre après une nuit pas racontable. Rappel: il est 14h.

C’est encore dans les limbes de la veille, en déambulant en ville, qu’on a remarqué une chose qui mérite d’être soulignée. Rouyn est une ville de 41 000 habitants. On ne sait pas trop pourquoi -- est-ce la génétique, les métissages entre colons français, les mineurs russes et les autochtones de la région, ou un anomalie spatio-temporelle -- mais la quantité de jeunes filles rigoureusement mariables habitant Rouyn-Noranda nous est apparue comme terriblement disproportionnée. C’en est même devenu un running-gag au cours de la fin de semaine. Les richesses naturelles de ce coin du Québec sont définitivement infinies.

Les pizzas consommées, nous nous dirigeons, pleins d’optimisme, vers le 5à7 des Hay Babies. Arrivés là, nous nous faisons refouler par la sympathique portière, qui nous annonce que le show est déjà bien au-delà de la capacité, et que faire entrer plus de curieux serait à la limite du dangereux. Tant mieux pour les filles, qui méritent amplement toute cette attention. On sneak donc deux tounes et on poursuit la route pas trop décontenancés, étant donné le nombre et la variété des événements ayant lieu à tout moment. On parle après tout de 70 concerts en un peu moins de quatre jours. Il y a toujours moyen de s’arranger.



Nous allons donc voir un brin de Secret Sun avant de faire un détour au QG du Festival, question de se procurer quelques autres coupons de bière à rabais, pour tomber sur un méchoui organisé pour les représentants des médias et de l’industrie musicale. Vin gratuit inusité juste après le déjeuner, entre Pénélope McQuade et les membres de Duchess Says qui viennent de débarquer.

Nous quittons rapidement pour aller voir les Deuxluxes jouer dans le stationnement des Galeries du Cuivre, une prestation (plutôt pirate) organisée et captée par la Fabrique Culturelle



Eman X Vlooper lançaient leur album au Paramount, et cette fois-ci la sono était au rendez-vous. Ce garçon a des lignes incroyables, jetez-y un coup d’oeil. Mentionnons au passage le travail des portiers du Paramount, qui trouvent instantanément la bouteille de rhum qu’on transporte en nous faisant les gros yeux avant de nous encourager à « aller la boire dans le char » (!?), puis qui laissent les gens sortir sur le trottoir avec leurs (grosses) bières mais pas rentrer, sommant les festivaliers de caler leurs drinks devant les portes afin de ne pas manquer le spectacle. Un morceau de robot pour l’ambiance.



À la sortie: averse totale. On saute donc dans un taxi pour attraper les dernières pièces des Ding Dongs, le supergroupe rockabilly formé de l’innénarrable Bloodshot Bill et de Mark Sultan, avant le début du show d’Arthur H, qui nous offre une prestation d’Église  à la hauteur de ce qu’il convient de plus en plus d’appeler sa légende. 

Deuxième prestation des Deuxluxes de la journée : vue la pluie, le concert extérieur est déplacé dans un garage et une mer de gens se masse à l’arrière du Petit Théâtre pour apercevoir le duo, qui offre une performance énergique, qui lui vaudra d’ailleurs le prix Télé-Québec (à revoir bientôt à Belle et Bum version tam-tams, donc). 



Petit moment emo, alors qu’on est arrêtés au bar de danseuses Le 69 pour rendre hommage à notre amie Vickie, qui y a vécu des moments pas trop joyeux. Verser un shooter, boire une bière. Remarquer que le public est étrangement jeune et réaliser qu’ici à 20 ans, t’as généralement une job ben qu'trop payante dans le bois ou à la mine, beaucoup d’argent à dépenser et pas tant d’activités impliquant le sexe opposé. Fiers de nos remarques sociologiques, on se souvient que nous-autres on n'est pas riches et qu’on n'est pas venus ici pour les acrobaties de Cassandra... et que de toute manière les filles sont beaucoup plus jolies à la pizzeria. On poursuit donc la tournée nocturne.

Quelques pas plus loin, c’est PyPy, qui termine la soirée à la salle Évolu-Son. Chaleur, bruit et bodysurfing, la chanteuse Annie-Claude est encore dans une transe pas possible et la salle en redemande; un vrai moment d’extase.


On va être francs, on ne se rappelle pas trop trop comment on s’est ramassés dans le sous-sol du Petit Théâtre, mais il y avait encore d’incroyables anecdotes et des frigos qui ne se vident jamais. J-P parlait d’amour au chanteur Philémon pour se laver symboliquement de son moment-danseuses et feeler comme une bonne personne, c’était fort touchant. On est sortis de là au lever du soleil. Ça promettait pour un dimanche en grande forme. 

Eh misère.

Pour lire la première partie de nos aventures au FMEAT 2014, c'est par ici. Et pour la suite, c'est ici
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http://urbania.ca/blog/5335/ca-ca-va-faire-vraiment-pirateTue, 09 Sep 2014 13:01:53 EDTJean-Philippe Tremblay et Éric Samsoneh miserekrakenfmeatbloguehttp://urbania.ca/blog/5335/ca-ca-va-faire-vraiment-pirate