Urbania - canauxhttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 30 Oct 2014 08:13:58 EDT60Mon bicycle s'appelle Bleuet-Myrtille - Portraits de Montréal















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http://urbania.ca/blog/5441/mon-bicycle-sappelle-bleuet-myrtille-portraits-de-montrealWed, 29 Oct 2014 13:50:55 EDTPortraits de Montréalportraits de montréalbloguehttp://urbania.ca/blog/5441/mon-bicycle-sappelle-bleuet-myrtille-portraits-de-montreal
Foxer l'Halloween

Tout ce qu’on dit à ce sujet est vrai (du moins, ça l’a été dans mon cas). Après un an, ça n’a déjà plus rien à voir avec les premières semaines. Après deux ans, on est redevenu quelqu’un qui ressemble à soi-même. Et aussi, il est vrai de dire que fort probablement, on ne fera jamais totalement le deuil de la famille nucléaire, qu’il restera toujours une petite grisaille en nous, qui se manifestera de temps à autre, de toutes sortes de façons, dépendamment de chacun.

Moi, c'est quand je me couche le soir, de ne pas avoir dans mon lit quelqu’un qui est aussi gaga que moi de mes enfants et qui peut en entendre parler sans fin. Ou quand ma fille me quémande un câlin avec papa et maman en même temps. Ou chaque fois que je pense que pour le reste de leur enfance, je ne verrai mes enfants que 50% du temps. Mais bon, avec le temps, j’ai appris à rediriger mes pensées quand elles empruntent la pente de la nostalgie. D’autres fois, je les laisse aller, pis je m’offre une petite séance de tragédie mugissante et morveuse sur le plancher du sous-sol. Ça nettoie.

Donc, comme je disais, ça y est… Je suis rendue de l’autre bord, j’ai survécu au tsunami et à la reconstruction qui a suivi, je suis redevenue quelqu’une qui a des projets, des rêves, des moments de calme toute seule avec elle-même. Et je trouve que ce genre de résurrection, ben, ça se fête!

J’ai pensé aux diverses possibilités qui s’offraient à moi : huîtres et champagne (idée évidente en ce mois d’octobre); petit séjour dans un spa; nouvelle robe avec de nouveaux souliers… Comme je le fais toujours quand j’ai un projet en train de germer dans ma tête, j’en ai jasé avec tous mes amis. Et c’est Virginie qui m’a offert ZE idée… 

Virginie, c’est l’amie de filles avec-pas-d’enfants, mais toujours prête à prendre en charge/consoler/amuser les tiens que toute mère mono devrait avoir dans son entourage. Moi, en plus, j’ai la meilleure : elle a une Westfalia…

Virginie a pris 10 jours de congé pour s’offrir une dernière petite excursion, pour « partir sur un nowhere », avant de ranger sa West pour l’hiver. Fin octobre. Côte Est américaine. Je dis fin octobre, mais en fait, ça va jusqu’au 2 novembre – vous comprendrez bientôt l’importance de ce détail. Elle me propose de partir avec elle.

Pensez-y fort, visualisez notre escapade et essayez de voir ce que je suis en train de manigancer pour fêter mes 2 ans? Je l’sais, ça ne se fait pas, c’est un no-no évident quand on a de jeunes enfants, mais moi, c’est ce que je vais bel et bien me permettre... je m’en vais foxer l’Halloween drett-là!!! Sans même avoir entaillé une seule citrouille!

Flashback à octobre 2012. Je viens de me séparer. Je ne dors plus depuis deux semaines. Je suis en mille miettes, non fonctionnelle au travail, non fonctionnelle avec les enfants, incapable d’être seule, incapable d’être avec quelqu’un… Et je tiens mordicus à mener à bien le projet « Halloween », le premier que je vais tenter de réussir en mono.

Finir les déguisements. Acheter des bonbons. Maquiller les enfants, mettre assez de couches sous leurs déguisements pour pas qu’ils aient froid. Passer l’Halloween. Revenir à la maison. Donner des bonbons. Faire un party avec les autres adultes et enfants avec qui on vient de se les geler pendant deux heures. Jeter une partie des bonbons après. Cacher les minis Coffee Crisp dans le tiroir de mon bureau, dans la boîte qui servait autrefois à entreposer les disquettes (un artéfact).

Je n’aurais jamais pu imaginer à ce moment-là que mes enfants passent l’Halloween avec mon ex. Il a accepté, sans rechigner (content?), de me les laisser. Sinon, je sais pas ce que j’aurais fait, il aurait fallu que je ferme les breakers, que je me mette des bouchons dans les oreilles et que je me roule en boule sous mes couvertures en attendant le mois de novembre.

J’ai donc passé l’Halloween. Pas tout à fait là - en fait, pas là du tout, je n’en ai absolument aucun souvenir -, mais j’ai survécu. Et les enfants n’y ont sans doute vu que du feu.

Et cette année, eh bien, j’assume totalement mon indignité maternelle ainsi que la part de moi qui haguit cette fête-là et je me pousse aux States en Westfalia. Avec du champagne. On va acheter les huîtres rendues là-bas. Pis, si jamais je me trouve une petite robe mignonne dans une boutique, je vais pas me retenir, c’est moi qui vous le dis. Ça se fête en grand, une nouvelle vie!

Sur ce, je vous souhaite à tous une joyeuse Halloween. Oubliez pas de mettre les photos de vos enfants sur Facebook, que je puisse suivre ça quand même, assise les pieds dans le sable.

Brigitte, des RoseMomz
Illustration: Pierre-Nicolas Riou
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http://urbania.ca/blog/5440/foxer-lhalloweenWed, 29 Oct 2014 11:47:35 EDTLes RoseMomzroseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5440/foxer-lhalloween
C'était un Québécois en Bretagne, Madame!
Après un séjour de près de trois semaines en Écosse et dans le sud du Royaume-Uni, j'ai levé l'ancre pour voir ce qui se tramait avec le mouvement indépendantiste breton. Car s'il est une région française que j'affectionne tout particulièrement c'est bien la Bretagne. Plusieurs raisons justifient d'ailleurs mon amour de cette région dont au premier plan l'amabilité du peuple breton, la beauté de ses falaises escarpées et bien évidemment, sa propension à brasser de la bonne bière, chose rare en France!

C'est donc muni d'un parapluie et d'une bouteille de chouchen que je suis parti à la rencontre de jeunes indépendantistes bretons question d'en savoir un peu plus sur l'histoire de leur mouvement et de l'état actuel des forces.

Car il faut bien le mentionner, si je connaissais l'existence d'un mouvement indépendantiste breton, mes connaissances n'allaient guère plus loin que quelques détails historiques et culturels et autres éléments folkloriques. C'est donc dans le but de pallier à cette lacune que je me suis rendu, au début du mois d'octobre, dans la capitale bretonne, c'est-à-dire Rennes.

Évidemment, quiconque s'est déjà arrêté en Bretagne n'est pas sans savoir que Rennes, bien qu'étant la capitale de la région, n'est pas la meilleure ville pour juger de l'appui à l'indépendance. J'en suis conscient. C'est un peu comme faire une recherche sur l'indépendantisme québécois et se rendre dans la ville de Québec pour en étudier ses manifestations... Bref, vous voyez où je veux en venir!

Ceci étant dit, je me suis donc rendu à Rennes car c'est là que m'attendaient Pierre et Steve ainsi que leurs amis, de sympathiques Bretons tous issus du Finistère, de Morlaix plus exactement. Pour faire ça court, le Finistère est un département de la Bretagne, où se trouve une bonne partie des indépendantistes pur et dur. C'est en quelque sorte le Saguenay-Lac-St-Jean de la Bretagne.

Mais avant de vous faire part de mes discussions et de mes impressions, revenons brièvement sur l'histoire du mouvement indépendantiste breton. Loin de moi l'idée de m'improviser historien de la Bretagne mais je crois que quelques repères historiques sont ici nécessaires!

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Tout d'abord, à l'instar d'une majorité de régions ayant des velléités indépendantistes, la Bretagne a déjà été indépendante avant de joindre la France. C'était avant que la duchesse de Bretagne épouse son deuxième mari.

Prendre mari impose-t-il aussi de prendre pays? Du moins, ce fut le cas d'Anne de Bretagne lorsqu'elle accepta de marier un roi de France, de surcroît Charles VIII, consacrant par cette union le rattachement du duché de la Bretagne avec le Royaume de France. C'était il y a déjà plus de 500 ans, soit en 1491.

Pendant des siècles, se rattachement de la Bretagne à la France s'est fait dans un calme relatif. Il faudra attendre la première moitié du XIXe siècle pour que surviennent les premiers sursauts du nationalisme breton. Jusque-là, les Bretons ne s'étaient pas, ou très peu, questionnés sur leur identité nationale. Dans cette France du moment, devenue République depuis peu, l'éveil de l'identité bretonne s'est fait d'abord en lien avec une certaine nostalgie de l'époque précédant la Révolution française, cette époque dominée par un très fort esprit monarchique et une omniprésence du clergé.

Ce seront toutefois les injustices récurrentes que subira la Bretagne au dépend de la France au XXe siècle qui mousseront le nationalisme breton. D'une part, dans le but d'assurer la cohésion sociale sur le territoire français et de faciliter la promotion sociale au sein de l'État français, l'utilisation des patois et des langues régionales seront proscrites à partir de 1902 causant, entre autres, la presque disparition de la langue bretonne.

D'autre part, les deux Guerres mondiales raffermiront dans l'esprit des Bretons l'idée qu'ils participent à une nation différente de celle de la France. Un peu comme les Canadiens français de l'époque, les Bretons auront l'impression d'être envoyés en première ligne, en d'autres mots, de servir de chair à canon. Dans le cas des Bretons, les chiffres parlent d'eux-même. Plus de la moitié des hommes envoyés sur les lignes succomberont aux combats lors de la Deuxième Guerre.

C'est dans cette mouvance que naîtra en 1964 l’Union démocratique bretonne (UDB), ou Unvaniezh Demokratel Breizh en breton, parti de gauche, écologiste et bien sûr indépendantiste. Le parti existe toujours aujourd'hui mais dispose d'une influence assez mince.

Dans le même ordre d'idée, il ne faudrait pas passer sous silence la création du FLB (Front de libération de la Bretagne) qui a sévi sensiblement au même moment que le FLQ au Québec avec sensiblement le même message et le même type d'attentats, c'est-à-dire en s'en prenant à des emblèmes symboliques, comme par exemple le Château de Versailles en 1978.

Toutefois, l'attentat manqué d'un McDonald à Quévert par un groupe d'indépendantistes radicaux en 2000, qui se soldera par la mort d'une jeune employée, viendra jeter une ombre au tableau. La mort de cette employée sera un lourd fardeau à porter pour les indépendantistes qui auront, dans les années à venir, fort à faire pour se distancier de cet acte.

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Ceci étant dit, qu'en est-il aujourd'hui du mouvement indépendantiste breton? C'est ici que Pierre et Steve m'ont été utiles. Car s'il est une chose qui m'est apparue évidente lors de mon séjour en Bretagne, c'est que les jeunes revendiquent avec une fierté évidente leur appartenance à la Bretagne. Et ils aiment en parler!

D'ailleurs, peu de Français remettent aujourd'hui en question le fait que la Bretagne constitue une nation distincte au sein de la France. Plusieurs éléments en témoignent. D'abord, il y a la langue qui, bien que peu parlée aujourd'hui, a repris ses droits sur le territoire breton. Elle est d'ailleurs ré-enseignée à l'école depuis quelques années et, depuis les années 1990, les panneaux de signalisation et autres enseignes sont traduits en breton.

Ensuite, la Bretagne dispose de son propre drapeau, le « Gwenn ha Du », de son hymne national, le Bro gozh ma zadoù (Vieux pays de mes pères), de sa littérature, sa musique (les Bretons ont aussi leur Gilles Vigneault en la personne d'Alan Stivell), sa gastronomie, ses traditions, et j'en passe.

Mais il ne faudrait toutefois pas réduire l'identité bretonne à ses seules spécificités culturelles. La Bretagne est également nettement plus à gauche sur l'échiquier politique que le reste de la France. Car s'il est un fait qui caractérise la Bretagne et cela, plus particulièrement depuis quelques années, c'est bien sa propension à voter résolument à gauche. Longtemps dominée par le vote catholique de droite, la Bretagne est aujourd'hui considérée comme un bastion de la gauche française. Elle aura d'ailleurs fortement contribué à élire François Hollande en 2012. Mais ça, faut pas trop leur rappeler!

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Alors, la question qui tue: Les Bretons vont-ils se séparer de la France bientôt? Pour être franc, si j'avais à parier ma chemise sur la prochaine région européenne à devenir indépendantiste, ce ne serait fort probablement pas sur la Bretagne.

La totalité des personnes que j'ai rencontré se disaient Bretons avant d'être Français. Toutefois, de là à se dire indépendantistes, il y a une ligne que peu osent franchir. Un sondage effectué en 2012 indiquait d'ailleurs qu'environ seulement 18% des Bretons seraient favorables à l'indépendance. (Chez les moins de 24 ans, ce taux atteint 33%.)

Pour beaucoup de jeunes Bretons - c'est le cas de Pierre et de Steve - le projet d'indépendance ne serait plus pertinent. Pierre m'expliquait que les villes de Nantes et de Rennes sont désormais des villes davantage tournées vers Paris et non plus sur la promotion et la défense de la culture et de l'économie bretonne.

Selon Pierre, pour que le projet d'indépendance retrouve une certaine pertinence, il doit être axé sur la culture bretonne et vers le retour à une économie plus locale. En d'autres termes, l'indépendance est indissociable d'un projet de société qui soit plus juste, écologiste, tout en ayant à coeur le développement économique et culturel de la Bretagne. Or, pour l'instant, aucun parti politique ne semble offrir aux Bretons une telle voie.

Pour sa part, Gaël, jeune breton rencontré dans le train me ramenant vers Paris, m'avouait être sympathique aux revendications des indépendantistes mais sans toutefois croire sa réalisation possible. Il m'expliquait en ce sens les nombreux avantages de faire partie de l'État français (les coûts liés à l'éducation, au système de santé et aux soins dentaires entre autres sont assurés par l'État). Une Bretagne indépendante pourrait-elle en offrir autant à ses habitants? Là résidait l'essentiel de son questionnement.

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Bref, les partisans d'une France unie n'ont donc par trop à s'inquiéter. De toute évidence, ce ne sera pas demain la veille que les Bretons quitteront la République française. Comme disait l'ancien entraîneur des Canadiens de Montréal Jean Perron, il y a encore loin de la soupe aux lèvres.

Mais heureusement, l'histoire n'est pas si facile à prédire. N'oublions pas que l'appui à l'indépendance de la Catalogne atteignait à peine 15% il y cinq ans de ça. Il dépasse aujourd'hui la barre du 50%. La montée des nationalismes en Europe n'est d'ailleurs pas sans inquiéter la France qui craint plus particulièrement deux régions, la Corse et la Bretagne. L'avenir seul nous dira ce qu'il en est! 

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Toujours est-il que je file maintenant vers la Catalogne pour suivre le déroulement du référendum, ou plutôt de la consultation populaire, sur l'indépendance du peuple catalan. Parions que l'opposition de Madrid à laisser les Catalans se prononcer sur leur avenir ne sera pas sans créer un climat certes tendu, mais également fort intéressant!



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En terminant, je tiens à remercier Voyage Globallia qui m’a gracieusement offert une commandite pour rendre ce voyage possible!
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http://urbania.ca/blog/5439/cetait-un-quebecois-en-bretagne-madameWed, 29 Oct 2014 09:52:05 EDTJean-Benoit Bédardbretagnebloguehttp://urbania.ca/blog/5439/cetait-un-quebecois-en-bretagne-madame
L’aventure IKEA


Ma destination : IKEA West Side
Temps du voyage : dépendra de mon niveau de patience
Ma mission : devenir une meilleure personne

À défaut de savoir comment faire un nœud de pêcheur avec de la soie dentaire et de posséder un petit cass’ beige, je repère dans le stationnement du IKEA le nécessaire à mon escapade : les chariots. Leur disposition fort décalissée me confirme que la tornade ayant emporté Dorothée au pays des Munchkins est passée par le boulevard Cavendish. Il m’apparaît évident que d’emboîter lesdits chariots les uns dans les autres ne requiert pas le QI de Mark Zuckerberg, mais semble-t-il que le mécanisme derrière les poupées russes n’ait pas été compris par tous. Je me console en me disant que ce fouillis métallique abandonné par des extra-terrestres est une sorte d’œuvre d’art contemporaine. John Zeppetelli, v’là votre idée pour une prochaine expo au MAC. 

Je me dirige vers l’entrée et l’apparition des portes tournantes me donne le vertige. J’ai le mal des transports et je ne supporterais pas de vomir dans ce manège circulaire, comme en 1998 à La Ronde où je n’avais eu guère le choix que de vider mes entrailles dans le Condor. Mais le destin m’appelle et dans un élan de courage, je m’enfonce à vive allure dans ce carrousel pas de chevaux. Je remercie la vie que le dispositif faisant tourner les portes soit aussi lent que Jacques Villeneuve. Mon estomac est épargné. 

Toujours en vie, j’embarque dans l’ascenseur qui me transporte à l’étage idyllique : l’étage démo. J’adore cet étage car il me permet de m’installer longuement sur un sofa à la structure avant-gardiste et de méditer sur des questions existentielles telles que :

Qui suis-je ?
Où vais-je ?
L’auberge du chien noir va-tu se terminer un jour?
Ce matelas est-il confortable ? 

À cette dernière question, plusieurs gens se plaisent à y répondre de différentes manières. Les plus timides testent la position de l’étoile ou celle du fœtus, les plus dévergondés sautent directement sur le matelas à pieds joints et les plus traditionnels s’assoient dessus et tâtent le tout avec leur postérieur. Tous agissent pour une même cause: évaluer le degré de mou du matelas. Même si certains pays ne légalisent pas encore ce droit fondamental, je pense que chaque citoyen du monde devrait bénéficier de ce pouvoir. LÉGALISONS LE TÂTAGE DU MATELAS! 

En me promenant à travers les allées tout en essayant de ne pas crever l’œil d’un kid turbulent avec le pôle à rideau qui dépasse de mon panier, je m’arrête un instant pour admirer un détail bien fascinant. Je parle ici de la beauté singulière des noms des produits IKEA. Certes, leur appellation ressemble aussi à des noms de médicaments pour les reflux gastriques, mais il n’en reste pas moins que c’est extrêmement poétique. Pour n’en nommer que quelques-uns, on trouve l’armoire KALLAX, le fauteuil EKERÖ, la structure de lit NYVOLL ou le miroir GODMORGON. Suite à une séance de googlage fructueuse, j’apprends que ces meubles et accessoires sont baptisés selon des lieux, des prénoms ou des lacs de différents endroits de la Scandinavie. N’est-ce pas tout à fait exotique? D’ailleurs, je me demande si le même principe s’applique pour les chaussures Aldo; mais je doute que la botte haute ZIAWIA ou la chaussure plate YADOWET soient inspirées de choses faisant partie de notre patrimoine canadien. À tout le moins, ces noms feraient d’excellents choix pour remporter une partie au Scrabble. 

Mon panier étant bien rempli, il est temps de régler mon dû et de quitter les lieux. Mais malheur ! Ô, malheur ! Je fais le tour 2 fois de ce labyrinthe de meubles et je ne trouve pas la sortie. C’est le cri du destin qui me conseille de m’inscrire aux Scouts afin de peaufiner mon sens de l’orientation. Mon instinct de survie me dicte alors de trouver un gardien de sécurité pour qu’il m’indique la sortie, mais force est d’admettre qu’il n’y a en a aucun dans les parages. 3 théories s’imposent pour celui-là : 

-Il est déguisé en coussin de grandeur nature afin de repérer subtilement les kleptomanes du coin ;
-Il est en pause en train de profiter d’une généreuse portion de boulettes suédoises ;
-Il a revêtu la cape d’invisibilité, par conséquent, on ne le voit pas.

Je trouve finalement la sacrament de sortie et me rends à la caisse où la file d’attente est aussi longue et plate qu’une émission de Décore ta vie. J’hérite de la caisse pas de caissier alors je suis dans l’obligation de scanner mes cossins all by myself.


Puis, je me dépêche à sortir de cette jungle et une fois dehors, je prends une bonne sniffée d’air frais. Et là, j’ai une illumination.

Je me dirige vers l’endroit où tout a commencé. Comme guidée par une force inconnue, je m’empare d’un, puis de deux, et de trois chariots. Un à un, je les corde tels de petits soldats. L’exercice n’est pas simple : le vent dévie la trajectoire de plusieurs et pour ajouter au portrait, il se met à pleuvoir. Je compatis avec l’employé qui doit faire ça au mois de février à -40. Contre vents et marées, j’achève finalement ce dur labeur avec brio.

Alignés parfaitement, les chariots métalliques trônent au milieu de toutes ces voitures tels des œufs de Fabergé dans le salon d’un vieux Russe milliardaire. 

Mission accomplie.


P.S. Merci IKEA pour vos étiquettes bien discrètes.

Photo: Gaëlle Leroyer
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http://urbania.ca/blog/5438/l-aventure-ikeaTue, 28 Oct 2014 15:35:06 EDTGwenaëlle Scortabloguehttp://urbania.ca/blog/5438/l-aventure-ikea
Salon des allergies alimentaires : de l’intimidation dans l’air
À première vue, le décor semble anodin, quelque peu princier.



C’est en regardant l’horaire des conférences de la journée que la problématique principale se dessine. À 11 heures tapantes, une agente du SPVM viendra témoigner d’une réalité renversante : celle trop souvent méconnue des gens allergiques qui, vulnérables et incapables de se défendre, se font intimider quotidiennement.



Telle une Martin Luther King venue rassembler les troupes pour changer le cours de l’histoire, l’agente Cayouette amorce son exposé avec ardeur et fougue. La frénésie au parterre est palpable.



Forte d’une habile syntaxe, la policière militante donne des trucs révolutionnaires pour venir à bout des intimidateurs.




Histoire de se faire comprendre par tous les allergiques du Québec, elle privilégie un langage brut, sans fioriture.




Le code de conduite des allergiques, enfin dévoilé !



Pour ceux qui n’avaient pas ENCORE compris, l’agente rappelle avec une précision soutenue le lien indéfectible qui existe entre les allergies et l’intimidation.


En guise de conclusion, l’agente Cayouette soulève des questionnements qui provoquent des réactions corporelles bien singulières.


En se promenant à travers les kiosques, on remarque, effectivement, que l’intimidation est partout. Toujours prêt à faire le ménage dans la population du pays, Santé Canada présente des trucs efficaces pour ostraciser les allergiques par l’entremise de dépliants qui, à première vue, semblent tout à fait bénins, voire innocents.



Même les chaises se plient à l’exercice de l’intimidation en refusant obstinément d’accueillir des allergiques sur elles. Les bouteilles d’eau sont de connivence.



Tout comme ce magazine Ricardo.



Dans ce climat sous tension, la résistance commence à se fortifier. Inspirée par le message de l’agente Cayouette, cette femme charismatique remet les choses en perspective en se confiant sur son allergie. «Y’en a que c’est les arachides, d’autres que c’est les bébitttes… Moé, c’est les kiwis», dit-elle, avec une touchante vulnérabilité, avant d’élargir le débat vers d’autres perspectives. «Au lieu de tuer du monde, Magnotta, y’aurait dû travailler dans les boucheries. Pareil pour Turcotte.»


Symboles ultimes de la résistance, ces tatouages captent l’attention.



En plus, ils sont parfaits pour «les activités récompenses».


Certains kiosques optent plutôt pour la dissidence. Celui-ci, par exemple, a délibérément choisi la faute d’orthographe afin de symboliser sa rébellion face à une société basée sur les inégalités et l’exclusion de la minorité allergique.


Même chose ici : on se réapproprie l’orthographe du terme «allergène» afin d’en faire un objet culturel à part entière, dénué de tout rapport de force ostracisant. 


Intimidés à tour de bras, certains allergiques tombent dans l’enfer de l’alcool et des restaurants italiens douteux de Saint-Léonard.


Déboussolés, d’autres s’en remettent à un nationalisme identitaire. «Les croisières, c’est mieux que les tout inclus parce que les chefs sont Américains. À Cuba, y’a des barrières de langue», explique cette cliente allergique.


De son côté, Christine Boulanger s’attèle à la confection de plats sans allergènes dans le cadre d’une démonstration culinaire visiblement appréciée par un parterre en liesse. «La graine de chia, c’est vraiment la graine du moment», clame-t-elle.


Comme c’est le cas dans beaucoup d’évènements de la sorte, de cruels intimidateurs viennent narguer les allergiques et ainsi perturber le cours des choses. 


Malgré tous leurs efforts déployés, malheureusement, les allergiques sont encore et toujours victimes d’intimidation. Tellement que certains d’entre eux n’osent même plus manger et s’en remettent à uniquement regarder des cadres avec de la nourriture dedans. 


Triste mais vrai.

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http://urbania.ca/blog/5437/salon-des-allergies-alimentaires-de-l-intimidation-dans-l-airTue, 28 Oct 2014 11:46:32 EDTOlivier Boisvertcomplexe desjardinssalonreportageallergiesbloguehttp://urbania.ca/blog/5437/salon-des-allergies-alimentaires-de-l-intimidation-dans-l-air
Manon Tourigny, pro du zipper


J’ai entendu dire que toutes les fermetures éclair du monde entier provenaient d’une seule et même entreprise. C’est vrai?
La plus grosse compagnie de fermetures éclair est YKK. C’est vrai qu’ils ont pas mal le monopole. Ils ont une succursale ici, à Ville Saint-Laurent. Ce sont les meilleures, les plus solides. À l’œil, ça ne se voit pas, mais elles vont durer plus longtemps.

Qu’est-ce qui fait la qualité d’une fermeture éclair?
Le facteur principal est le matériau – plastique, nylon, métal – et la taille. Un numéro dix, une grosse taille, sur un manteau, ça ne va jamais briser. 

Comme les gros zip en métal qu’on avait sur nos manteaux dans les années 80?
Oui, mais les fermetures en métal, ça fait parfois du vert-de-gris et ça finit par coincer. La technologie des fermetures a énormément évolué depuis. Par exemple, aujourd’hui, il y a des fermetures résistantes à l’eau pour les vêtements techniques. C’est plus dur à remplacer par contre, parce que les couleurs sont souvent faites sur mesure pour le fabriquant. 

Ça se remplace facilement, une fermeture éclair?
Oui. La plupart du temps – quand la fermeture ne ferme plus ou qu’elle s’ouvre après avoir été fermée, c’est seulement le curseur qui est à remplacer. Il n’est plus assez serré et n’accroche plus les dents entre elles. C’est très facile à remplacer et pourtant, plusieurs jettent leurs vêtements parce qu’ils pensent que ça coûtera trop cher à réparer. 

Est-ce que votre métier est en voie de disparition, comme les cordonniers?
Pas du tout. Je ne manque pas de clientèle, je fais des journées de 14 heures! Comme il n’y a plus beaucoup de couturières, tout le monde vient ici. Malheureusement, j’ai du mal à assurer la relève. Les jeunes ne veulent pas travailler dans le vêtement usagé. Ils pensent que c’est sous-payé, ce qui a longtemps été le cas, mais je gagne très bien ma vie. Et j’aime ça!

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans la couture?
C’est créatif. Vous allez me dire que c’est juste un bord de pantalon, mais quand arrivent les robes, il faut trouver des solutions pour que ce soit bien ajusté. 

Est-ce que c’est rentable, de faire réparer des vêtements?
Ça dépend du vêtement. La plupart du temps, les gens font réparer leur vêtement parce qu’ils y tiennent, ils veulent le garder. La qualité est de moins en moins là. Je le vois quand j’ouvre un vêtement pour travailler dedans.

Où avez-vous appris à coudre?
C’est ma mère qui m’a tout montré. Dans ce temps-là, les femmes n’avaient pas le choix de maîtriser la couture. J’étais la septième de la famille!


Photo: Daphné Caron
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http://urbania.ca/canaux/conversations/5436/manon-tourigny-pro-du-zipperMon, 27 Oct 2014 15:56:03 EDTJudith Lussierjournal.metroconversationshttp://urbania.ca/canaux/conversations/5436/manon-tourigny-pro-du-zipper
Ce plate pays qui est le mien
Et puis il arrive que notre oeil dérape sur l'affichage des commentaires d'un quelconque article et tout à coup, un monde entier se révèle à nous. Hors de notre zone de confort, notre cerveau pleure : « ce sont des nihilistes! » me dis-je (citant un film culte que vous reconnaîtrez si vous faites partie de mon cercle de référence). 

Si je vous parle de tout ça, c'est que depuis le 11 octobre, la Belgique a un nouveau gouvernement. Le photogénique Elio di Rupo a remis les clés de son cabinet au nouveau premier ministre, Charles Michel, fils d'un autre Michel, politicien lui aussi. La Belgique change donc de couleur, puisque de la coalition olivier (regroupant les partis socialiste, humaniste et écologiste), nous passons à la suédoise (regroupant les partis libéraux, le parti nationaliste flamand ainsi que le parti chrétien flamand).

Oui, dans ce plat pays qui est le mien, nous aimons égayer notre vie politique par de petits noms doux: ça occupe les journalistes le temps des négociations, qui est parfois long. Si celles-ci ont duré 135 jours, la précédente battait tous les records : 541 jours sans réussir à trouver un accord entre les représentants des différents partis élus. Si la réalité n'était déjà pas parfaite, ce gouvernement apparaît à beaucoup comme un retour en arrière, un non-sens : sexiste, xénophobe, répressif... Et si il n'était en fait qu'un exercice de style mené par des trolls? Sont-ils réels? 

C'est une certaine rhétorique qui m'a mis la puce à l'oreille : 

« Faut arrêter de dire que... »

En juin 2014, notre nouveau ministre de l'intérieur, le nationaliste flamand Jan Jambon (il pourrait très bien s'agir d'un pseudonyme) a déclaré : « […] les ONG, veulent nous faire porter le fardeau du malheur du monde en nous imposant un sentiment de culpabilité. Avec leurs campagnes d'affichage déplacées, ils veulent clairement nous faire croire que c'est de notre faute si d'autres dans le monde vivent moins bien que nous. Un jeu que les médias jouent également. » 

Dire une telle énormité est d'une intelligence stratégique redoutable. Parce que pour expliquer la stupidité monumentale de cette déclaration, il faut développer différentes notions : la colonisation, la révolution industrielle, les cultures d'exportation, la spéculation financière sur les matières premières et j'en passe. Ce sont des sujets complexes et exigeants, qui demandent du temps pour être digérés. Or, notre époque est marquée par deux faits : nous manquons de temps et nous voulons passer notre temps à avoir du fun. L'explication simpliste du troll Jambon a l'avantage d'être une réponse rapide et plaisante (après tout, c'est de leur faute si ils n'ont rien à manger, pas de la nôtre !) correspondant parfaitement aux attentes de ses électeurs.

Ajouter à la fin d'une phrase « c'est de la faute des médias » lui permet également de se positionner comme un outsider, une personne qui n'a pas peur de donner son opinion, bref un penseur. Parce que si le monde va mal, c'est probablement parce que « ils » (les médias, les chefs d'état, Wall Street, les reptiliens, Cthulhu) y ont un intérêt. Alors que Jan Jambon, lui, nous parle franchement, il n'a absolument aucun intérêt à nous mentir. Non peut-être ?

« Franchement, il y a des sujets plus importants que ... »

Temps de crise oblige, il faut faire des économies, établir des priorités et franchement, quoi de plus secondaire que la culture et les sciences? Au moment même où, en France, des vandales saccageaient l'oeuvre de l'artiste Paul McCarthy, le nouveau gouvernement belge annonçait une réduction de 15 à 30% des portefeuilles fédéraux dédiés aux institutions culturelles et scientifiques. Ces deux événements reposent sur une même conception : pourquoi devrait-on subsidier / respecter ces artistes qui créent des œuvres auxquelles on ne comprend rien? Si on n'y comprend rien, c'est que ça n'a aucun intérêt n'est-ce pas? En creusant un peu, une autre idée émerge : la culture, l'art, ce ne sont pas des vrais métiers et une personne qui ne pleure pas le matin avant de se rendre au travail ne mérite tout simplement pas son salaire. Une rengaine qui peut s'avérer pour beaucoup réconfortante et revalorisante, même si il ne s'agit en réalité que d'un os à ronger lancé au hasard à des chiens affamés. 

« Aujourd'hui, on a plus le droit de dire que ...»?

Aujourd'hui, on a plus le droit de dire qu'on n'aime pas les noirs sans être taxé de raciste. C'est un peu ce que pourrait dire le nouvel administrateur du Centre pour l'égalité des chances, le nationaliste flamand Matthias Storme. En 2005, dans une interview donnée à la Gazet van Antwerpen au sujet de la loi anti-discrimination qui n'était alors pas encore adoptée, il déclarait « plaider pour la liberté de discriminer», indiquant qu'un gouvernement ne pouvait pas obliger des personnes à justifier des choix qui relevaient de leur liberté individuelle. Qu'elle est belle, cette liberté individuelle dont certains semblent jouir plus que d'autres!

Dans cette même interview, il rappelait que l'État ne devrait pas avoir le pouvoir de définir la morale, ce que l'on juge bien ou mal. C'est en principe juste: dans le meilleur des mondes, chaque personne bénéficie d'une éducation de qualité, lui permettant d'acquérir un sens critique et d'élaborer des raisonnements logiques. Dans ce même monde, nous avons tous accès à des informations vérifiées et impartiales. Et de fait le racisme, que je ne peux pas concevoir autrement que comme un produit de l'ignorance et de la peur, n'aurait alors probablement pas lieu d'être. Il suffit pourtant de mettre le nez hors de chez soi pour comprendre que nous ne vivons pas dans ce monde-là. Et seul un troll peut faire preuve d'assez de mauvaise foi pour dire le contraire. 

« Il n'y a pas de fumée sans feu. »

Un des points importants de l'accord du gouvernement est la sécurité. Il entend par exemple réviser la réglementation relative à l'utilisation et à l'installation de caméras de surveillance. Le gouvernement entend protéger les citoyens, en particulier les policiers puisque dans un passage particulièrement fort, on peut lire : « Il n'y a pas de place dans notre société pour la violence contre les métiers de la sécurité. Les engagements pris par le précédent gouvernement dans le cadre de la lutte contre les violences commises sur les policiers seront exécutés. [...] Le gouvernement recherchera une solution contre les plaintes manifestement injustifiées contre le personnel policier et d'autres membres du personnel de sécurité. » Simultanément, on planche sur la possibilité de faire intervenir l'armée quand la situation l'exige, ainsi que des sociétés de sécurité privées. 

Faudrait-il se préoccuper de toutes ces mesures? Ou, comme le dirait tout bon troll, si l'on s'inquiète c'est bien qu'on a quelque chose à se reprocher, pas vrai? 

Le point Godwin

Nous n'avons pas eu besoin de beaucoup de temps pour que la discussion s'envenime et qu'on en vienne à toucher du doigt le fameux point Godwin : les journaux ont rappelé que Jan Jambon, encore lui, était apparu sur des photographies prises lors d'une cérémonie en hommage aux soldats du front de l'Est, collaborationnistes de l'Allemagne nazie, parmi lesquels se trouvaient environ 10 000 flamands. 

Quoi de plus agaçant que ces médias qui remettent toujours la Seconde Guerre mondiale sur le tapis ? Les idéologies, la gauche, la droite, l'extrême droite, c'est dépassé! Même le Front National français envisage de changer de nom.

Après réflexion, ce que je décris comme un gouvernement de trolls m'apparait en réalité être un gouvernement réactionnaire comme un autre, stimulant la peur et la colère, souvent légitime, d'une population obligée de s'accommoder d'un système qui est de toute évidence obsolète. Par sadisme, pas intérêt, par pur divertissement? Peut-être un mélange de tout ça, mais quoi qu'il en soit, j'ai du mal à croire qu'ils puissent être convaincus de leurs propres arguments. Et malheureusement, si derrière son écran, on peut facilement éviter les immondices, il est plus difficile d'y échapper quand elles se retrouvent à la tête d'un État. 

À suivre donc, les nouvelles de ce plate pays qui est - pourtant – malheureusement – malgré tout - le mien.
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http://urbania.ca/blog/5435/ce-plate-pays-qui-est-le-mienMon, 27 Oct 2014 12:18:25 EDTElisabeth Meur-Ponirisjambonconservateursbelgiquebloguehttp://urbania.ca/blog/5435/ce-plate-pays-qui-est-le-mien
La chanson de la (fin de) semaine



Allez, bonne fin de semaine à tous!



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http://urbania.ca/blog/5434/la-chanson-de-la-fin-de-semaineFri, 24 Oct 2014 16:26:24 EDTUrbania chanson de la semainebloguehttp://urbania.ca/blog/5434/la-chanson-de-la-fin-de-semaine
Muffin Bromance
Je me suis fait un bon ami, Pélo. Un autre assistant, mais lui,  il était assistant caméraman. C’était une coche au dessus de mon poste. Pas super big sur l’échelle hiérarchique de notre milieu, mais il avait le droit de toucher aux pitons de caméras, le chanceux!

Octobre 2008
Je passais le prendre avec le camion de la production à 5h30 le matin. Et à tous les matins, Pélo essayait de chanter Like Castanets de Bishop Allen pendant que je m’empiffrais de Timbits. 

Un des projets sur lequel nous travaillions était un documentaire sur la famille. Cette journée s’annonçait difficile. Dans un petit appartement, un père élevait ses 5 enfants, seul. Sa femme venait de mourir d’un cancer… 

L’homme cuisinait tout en nous expliquant sa difficile routine. Soudainement, une des caméras a semblé avoir un problème technique. Pélo l’a donc apporté avec lui dans la camionnette pour y faire son diagnostic. Je «backais» Pélo en restant avec l’équipe dans la cuisine. L’homme nous expliquait combien c’était difficile par les temps qui couraient. Il s’adressait à la caméra restante en disant que chaque muffin était rationné afin que chacun de ses enfants puisse en avoir un dans son lunch. 

Nous devions revenir chez le veuf le soir même pour filmer une entrevue seul à seul avec lui après qu’il ait couché ses enfants. C’était un plateau à équipe réduite, ce qui veut dire qu’il y avait seulement le réalisateur, une caméra et le gars de son. Le restant de l’équipe devait quitter. Pélo et moi devions rester pour tout ramasser l’équipement à la fin du tournage. Pendant qu’ils étaient au salon, nous étions dans la cuisine à attendre. 

Nous étions assis à la table, dans la noirceur, éclairés seulement par la petite lumière du fourneau. Le moteur du vieux frigo repartait aux 5 minutes et accompagnait le silence pesant qui était entrecoupé d’un homme qui pleure au loin.  C’est à cet instant que Pélo me regarde et me chuchote très sérieusement :

«C’est crissement pas le temps de pogner un fou rire…»

Je lui réponds que non, mais sans trop savoir pourquoi, on commence à rire comme des gamins en s’imaginant combien ce n’est pas le moment de rire. On riait en chuchotant. Comme des gros qui sillent.  On se regardait et on riait de plus en plus. Je détournais le regard car le moindre eye contact nous faisait exploser. Je déposais ma tête sur la table et camouflais mon rire dans mon dedans de coude. J’étais épuisé et mes yeux coulaient tous seuls. Chaque fois que je levais ma tête Pélo faisait une grimace différente. 

Ça t’est déjà arrivé de rire à ne plus être capable de respirer?  Que tu aies mal au ventre au point de te lever debout et t’appuyer sur un comptoir pour rire? C’était ça… Mais dans un silence total où nous n’avions juste pas le droit de rire. Comme j’allais exploser et hurler, je me retourne et Pélo, insouciant et dans l’unique but de me faire rire, est en train de se rentrer un muffin complet dans la bouche en faisant une face de cave…

Il est devenu blanc.  Il a arrêté de mastiquer. Les muscles de son visage ont forcé et formé une émotion qui m’était encore inconnue.  Un mix entre la honte pis QU’EST-CE QUE JE VIENS DE FAIRE LÀ TABARNAK? Il recrache le muffin et me dit : « Je viens de voler un muffin à un enfant pauvre, c’était pas les nôtres hein? » 

C’est ça Pélo… 

Il est parti à pleurer. NO JOKE! 

Un ami de gars qui pleure de honte, moi, ça me faisait rire. 

Arrange-toi avec ça Pélo! Il croyait que c’était des muffins pour l’équipe! 

Pélo : « Est–ce qu’ils vont s’en rendre compte man? »
Moi : « C’est une plaque à muffins, y’en a 11 pis un espace vide! Crisse que oui, ils vont s’en rendre compte! »
Pélo : « Je vais aller en acheter au Tim! »
Moi : « Tu vas leur dire quoi? Tenez, j’ai bouffé un de vos muffins parce que je n’ai pas de cœur pis j’ai tellement pitié de vous que je vous achète de la bouffe? »

Il n’arrêtait pas de dire : « Fuck que je suis cave! » en se tenant la tête à deux mains. 

Moi? J’étais INCAPABLE D’ARRÊTER DE RIRE. C’était tellement wrong!

C’est là… Qu’il a ouvert la porte de derrière et s’est enfuit en courant sous la pluie me laissant seul dans la cuisine avec le frigo bruyant et une plaque comprenant seulement 11 muffins… 

Là, ce n’était plus drôle. 

Je me suis retourné, j’étais désemparé… Le sacrament me laissait là tout seul. Cinq minutes plus tard, le réalisateur est sorti de la pièce avec les autres et je devais ramasser tout l’équipement, seul

Comme je m’apprêtais à quitter et que je devais aller voir le monsieur pour lui dire ce que Pélo avait fait, m’excuser en son nom et lui offrir de payer une douzaine de muffins pour nous faire pardonner, la porte s’est ouverte. Pélo était là, tout trempé, et m’a ordonné de quitter: il voulait parler avec le père. J’ai refusé en souriant. Je voulais voir mon ami s’excuser!

Nous étions trois dans l’embrasure de la porte. Pélo a sorti ses mains de ses poches et a donné des dizaines de petits sacs de… jujubes! Il s’excusait en bégayant. Les petits sacs  tombaient parterre. Pélo, maladroit, se penchait et les ramassait en s’excusant. 

DES FUCKING JUJUBES! 

Il avait couru sous la pluie pendant 30 minutes dans le quartier et n’avait rien trouvé d’autre qu’un petit dépanneur. 

L’homme a pris les jujubes en riant. Pélo a quitté les yeux pleins d’eau. 

L’homme a rit fort et m’a dit : « C’était pour vous autres ces muffins-là! C’est la production qui a payé. »  

Je ne l’ai jamais dit à Pélo… Je trouve ça plus drôle qu’il pense qu’il a "volé un muffin" à une famille démunie. 

Dans quelques semaines, mon ami Pélo présentera la deuxième saison de sa populaire émission Ouisurf. Nous en avons fait du millage depuis l’époque où nous chantions Like Castanets en mangeant des Timbits dans la van de prod. Bravo man!

#bromance 
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http://urbania.ca/blog/5433/muffin-bromanceFri, 24 Oct 2014 11:55:42 EDTJonathan Robergebloguehttp://urbania.ca/blog/5433/muffin-bromance
Faut qu'on se parle
J’ai toujours eu un petit quelque chose avec les chiffres. Je n’ai pas une mémoire phénoménale, j’oublie souvent les détails importants d’une confidence qu’un ami proche me fait en tremblant du mandibule et je me demande régulièrement si je débute un alzheimer précoce.

Mais demande-moi le numéro de téléphone de mes petites amies du primaire ou la date de fête du gars qui passe le balai dans l’entrée du Pharmaprix, et je te sors ça en marchant sur un ballon. Retenir les choses qui ne servent à rien et y penser souvent, c’est un mode de vie. C’est pourquoi chaque année, même si y’a pas matière à célébrer et qu’il y aurait bien plus matière à me trouver un trente sous pour aller user c'te journée-là aux machines à boules, le 23 octobre est jour de flashbacks.

J’ignore pourquoi, mais j’ai remarqué qu’il se passe peu d’années sans que le 23 octobre soit une journée étrange (si tu es en train de lire cet article après une journée à te battre contre une octogénaire pour partir avec le dernier fer à friser au prix du gros, sache que le 23 octobre, c’était hier. Espérance que t’as passé un bien beau boxing day).

Pourquoi le 23 octobre?
Eh bien tout a commencé devant un casseau de frites. J’étais, à l’époque, follement, éperdument et viscéralement amoureuse d’un garçon. Et ça adonnait bien, parce qu’on sortait ensemble. Mon premier vrai chum.

Vous savez, le genre de garçon que tu comprends ben pas comment ça se fait que t’es avec (bon j’avais peut-être un peu le self-esteem vacillant, aussi): joueur de basket, alors que j’avais de la misère à attraper un ballon de kinball, chevelure de jeune premier, alors que j’arborais la fameuse coupe en pic-pics qui donnait l'impression que je venais de Chambly, mais que toute jeune femme en devenir se doit de porter pour se déclarer furieusement funky. Teints noirs avec des mèches rouges, à part ça. Un genre de bonne prise.

Toujours est-il que ce jeune homme me prêtait parfois son hoodie rouge serti d’un crest à’ mode, et au moment précis où je sentais les effluves d’Acqua Di Giò imprégnées au collet, j’aurais sacré Kate et Leo en bas du bateau d’une simple jambette pour me déployer les petits bras au bout du Titanic en sifflant de la flûte de pan. La reine était loin d’être morte, pis c’était moé.

C’était moé, jusqu’au jour où j’ai reçu le pire hotmail qu’on peut pas recevoir: faut qu’on se parle.

J’avais beau être rookie en matière de Danielle Steel, je savais que c’était pas JUSTE pour que je lui redonne son beau chandail rouge avec un crest.

Et le lieu que ce formidable prince avait choisi était ma foi tout à fait indiqué pour l’objet de la conversation: le McDonald’s des années 90 du métro Longueuil. Ce lieu accueillant. Ce lieu tamisé. Mais surtout ce lieu où crissée là j’allais bientôt être.

C’est que mon petit chum de gars avait lu quelque part que pour parler des affaires importantes, t’étais mieux de faire ça dans un lieu public. Un terrain neutre où les épanchements ne figurent pas au happy meal. Un temple où toute conversation serait ponctuée de la petite sonnette du chauffe-chaussons. Une dame qui avait décidé de pas mettre de brassière sous son t-shirt Humeur Design était assise à la table de biais; sundae en main, je vous dis qu’elle aurait pas changé sa loge avec personne d’autre. Elle savait ce qui allait se passer pis le caramel était juste chaud parfait.

Chancelante mais déterminée à faire croire que je maîtrisais parfaitement la situation, j’avais insisté pour qu’on se commande quelque chose, parce que ton premier grand amour, tu veux le faire durer le plus longtemps possible, même s’il est juste rallongé d’un McFilet. J’EN AI PRIS DEUX.

Nous sommes retournés s’asseoir à la fantastique table qu’il avait élue pour faire le sale travail, celle près des toilettes.

Quelques semaines avant, mon joueur de basket m’avait demandé de lui écrire une lettre. Vous savez, comme dans les films. Lui, m’avait envoyé une cybercarte avec un gif animé de poménarien et moi, ben je lui avais écrit cinq pages d’amour sur du papier turquouèse. C’était la toute première fois que je faisais ça. Et je vous dis que je m’étais donnée; chaque mot pesait cent livres et je nous promettais une vie à l’image de la chorégraphie de Johnny qui s’en va retrouver Bébé sur le stage. Je l'aimais assez.

Mais apparence que ça lui a fait un peu peur, puisque trois jours plus tard, je mangeais un McFilet près des bécosses.

Sous les bruits de séchoir qui annonçaient un an 2000 pétri de percées aéronautiques, il m’a donc annoncé que je n’étais plus à la hauteur de son standing, qu’il était pas certain de m’avoir jamais aimée, mais que j’avais un beau style. J’AVAIS UN BEAU STYLE.

C’était la veille de mes premiers intras de biochimie, le genre de veille sacrée que toute étudiante devrait passer en pantoufles, le casseau plein de chocolat chaud aux guimauves à se dire que demain, c’est le jour le plus important de sa vie, celui où tu vas changer le monde et faire des schémas de transmission de virus comme un caricaturiste dessine aisément toute personne en patins de fantaisie.

À la place, je pleurais dans un filet de poisson et je restais là, assise devant lui qui me tenait théâtralement les mains qui tenaient mon sandwich humecté (que je mangeais pour me donner contenance), souverainement satisfait du niveau de drame de sa mise en scène.

Le 23 octobre.

Et les années qui ont suivi, il s’est toujours passé quelque chose d’étrange en cette douloureuse date in memorium.

Une année, un photographe du dimanche m’a demandé de me prendre en photo dans une cabine d’autobus, alors que j’attendais la 1 en mangeant des pinottes. Et moi, gagnée de gêne et de pas savoir par où fuir, j’avais posé, sourire serti de la petite pellicule qui enveloppe les pinottes, en silence, et je dois à présent figurer dans l’album d’un Buffalo Bill, quelque part sur la rive-sud.

Une autre année, toujours le 23 octobre, je me suis disloqué le genou en servant de l’agneau dans une noce. Juste au-dessus de la cliente assise, alors que je lui tendais son plat, rotule hors de son socket, dans l’espoir qu’elle finisse par tasser ses cristi de petits bras pour que je puisse déposer les cinq livres de viande devant sa belle blouse et tomber à la renverse dans les bras d’une autre serveuse. Ce que je fis.

Et hier, j’ai croisé mon voisin étrange au coin de la rue. Comme d’habitude, nous nous sommes échangé un « bonjour » moyen franc, jusqu’à ce qu’il me réinterpelle pour approfondir la converse en ayant l’air d’avoir rassemblé tout le courage depuis la Première Guerre: « Avez-vous mangé quelque chose de délicieux, aujourd’hui? AUQUÉ CIAO !!! » rire de crécelle, puis il quitta.

« Manger quelque chose de délicieux auqué ciao » comme on souhaite la bonne année à un collègue de travail. Douleur au genou. Flashback de pinottes. Buffalo Bill habite entsoure de chez moi. Maxime qui m'a crissée là y'a 15 ans.

J'ai hâte à l'an prochain.

La bise
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http://urbania.ca/blog/5432/faut-quon-se-parleFri, 24 Oct 2014 09:13:03 EDTCatherine Ethier23 octobrese faire crisser là dans un Mcdopremier amourintras de biochimiepleurer dans un McFiletpinottesrotuleQuelque chose de délicieuxbloguehttp://urbania.ca/blog/5432/faut-quon-se-parle
Éditorial: GamerGate, Urbania et vousRécapitulation des faits: en août, un gars écrit un billet de blogue accusant son ancienne copine, développeure de jeux vidéos indépendants, d’avoir couché avec des journalistes spécialisés en échange de couverture et de critiques positives, allégations qui ont depuis été démontrées fausses. Un post d’ex fâché comme il y en a eu des millions dans l’Histoire. Normalement, ça n’aurait pas dû aller plus loin que le gars qui, paqueté au bar avec ses chums, traite son ex de tous les noms. C’est pas joli, ça devrait pas arriver, mais bon, une rupture difficile ça fait rarement ressortir le meilleur de l’humain.

Le problème, c’est qu’une masse informe de trolls s’est emparé de l’histoire pour lancer une campagne de harcèlement envers ladite développeure, Zoe Quinn. Menaces de mort, divulgation d’informations personnelles, publication de photos personnelles (nues et autres), harcèlement de la famille et des amis… bref, y’a rien qu’ils n’ont pas fait. Pourquoi? Ben, parce que… c’est ça qui est dur à dire, et c’est là que se trouve le noeud de l’affaire. La seule raison qui semble tenir la route, c’est que Quinn est une femme. Et qu’elle a osé s’aventurer dans un milieu d’hommes. 

Comme si c’était pas déjà assez ridicule… À partir de là, ça part vraiment en couille. 

Certains saisissent l’occasion pour imaginer un grand complot médiatique où tout le monde couche avec tout le monde en échange de visibilité. D’autres ne font que s’amuser à rendre la vie de Quinn un peu plus invivable. D’autres prennent sa défense: notamment la blogueuse féministe Anita Sarkeesian, qui avait déjà commencé une série de vidéos YouTube à propos de la position des femmes dans le monde du (des) jeu(x) vidéo(s). Ça n’a pas été long que la bande de villageois armés de torches qui s’est donné le nom de #GamerGate lui tombe dessus, comme sur tous les autres « SJW » (Social Justice Warrior, un terme qui est, paraît-il, péjoratif). Ça s’est rendu loin: la semaine passée, Sarkeesian devait donner une conférence dans une université au Utah; la conférence a été annulée, parce qu’un maniaque avait annoncé qu’il irait faire un tour avec quelques armes à feu pour faire « a Montreal Massacre-style attack », faisant référence aux événements de Polytechnique. Parce qu’il faut bien s’inspirer de quelque chose, hein. 

Bref. Vous pourrez en lire plus sur Wiki ou ailleurs. Les faits sont là. Allons plus loin. 

Si on a tant attaqué Zoe Quinn et Anita Sarkeesian, c’est surtout parce que ce sont des femmes qui percent dans un milieu typiquement masculin, un milieu où les femmes ont traditionnellement été considérées comme purement décoratives ou accessoires. 

C’est compréhensible, en quelque part. On parle ici d’une culture complète basée depuis ses touts débuts sur le fait que les femmes sont des trophées à obtenir ou des princesses à sauver. Quand des personnages féminins arrivent, ce sont des Lara Croft aux seins démesurés ou des personnages de Dead Or Alive où il nous est possible de choisir le niveau de « jiggle » mammaire dans les options du jeu, entre le volume de la musique et le degré de difficulté. L’objectification de la femme est partie intégrante du milieu du jeu vidéo depuis longtemps, et il est important de saluer le progrès énorme qui a été accompli ces dernières années par une grande portion de l’industrie afin de normaliser la présence féminine dans la communauté. Parce qu’il y a toujours eu des filles gamers. On a juste longtemps pris pour acquis qu’elles étaient des un peu des sous-joueurs -- parce que la performance à StarCraft est bien évidemment dépendante de la quantité de testostérone produite. 

Il en va de même dans plusieurs sphères de la société - et ce n’est pas parce qu’on se retrouve maintenant avec un ventilateur rempli de merde dans la communauté des jeux vidéos qu’on doit penser que le problème n’est pas systémique. 

Les médias ont eu un grand rôle à jouer dans #GamerGate: non seulement ont-ils été utilisés comme points de pression pour faire reculer des défenseurs de Quinn (comme quand Gamasutra s’est vu résilier un contrat de pub par Intel suite à des plaintes répétées concernant un article pro-Quinn), mais ils ont été plusieurs à décider de se tenir loin de la controverse, ne voulant pas alimenter un débat déjà toxique. À ce sujet, l’éditorial de Polygon paru la semaine passée est absolument à lire

Le résultat aura été que la campagne de terreur a pu continuer à battre son plein sans que les voix habituellement présentes au débat s’élèvent contre elle.  Comme le dit l’éditeur de Gawker: « Ne pas avoir couvert cette action est le premier raté que nous, chez Gawker, avons commis. (Failing to adequately cover this act of spinelessness was the first big fuck-up we at Gawker committed.) » 

Les médias de masse ont encore leur place seulement s’ils se placent fermement au sein du débat. Il est impossible de réfléchir la société ou une sphère de celle-ci sans participer aux controverses qui l’allument. Un média qui joue à l’autruche, c’est un média inutile. 

Urbania est, à mon sens, une plateforme d’opinion et de divertissement sans pareil. Nous ratissons large et, je crois, nous le faisons bien. Certains peuvent trouver que nous manquons de substance, d’autres diront que nous sommes trop lourds, soit. Chacun a sa vision de ce qu’Urbania doit être, et la mienne a plus de poids que la vôtre seulement parce que c’est moi qui appuie sur le bouton pour publier les textes; sauf que c’est vous qui cliquez dessus pour les lire, alors si personne ne vient, je n’ai pas fait ma job. Idéalement, nos deux visions coïncident et tout le monde est content. 

Sauf qu’il y en a qui ne sont pas contents, justement. Pas une maudite miette. 

Ceux qui venaient commenter des profondes bêtises sur les billets féministes de Sarah Labarre. Ceux qui écrivent des commentaires sur les billets de Rabii où ils le traitent de fag. On les connaît. Je vous connais, parce que je vous vois. Je vous lis, tous. 

On a une position éditoriale généralement assez progressiste. Ce n’est pas écrit nulle part, mais on s’entend qu’on a tendance à être plus « Radio-Can » que « Radio-X ». Ça ne veut pas dire qu’on ne publiera pas un texte qui expose un point de vue de droite, s’il est intéressant. Ça veut juste dire qu’on a plus tendance à être pour l’égalité des sexes (donc féministes, malgré ce que quelques personnes peuvent penser) et contre la discrimination basée sur l’orientation sexuelle, la race, la religion, l’âge, la richesse ou n’importe quoi d’autre. Pour la justice sociale, en gros, même si c’est pas du tout dans notre mandat; ça tombe juste sous le sens. Dans le fond, on essaie juste d’être intelligents et drôles. Idéalement les deux en même temps. Et l’antiféminisme, le racisme ou l’homophobie, c’est ni intelligent, ni drôle, fait que. 

Jusqu’ici, on a toujours eu une politique de modération de commentaires assez lousse, qui se résumait à « Tant que tu n’attaques pas l'individu, tu peux dire à peu près ce que tu veux. » Ça voulait dire que « Éric Samson est une vidange », ça ne passe pas, mais « Cet article est une vidange », ça passe. Même si ce n’est pas très édifiant. 

Ou plutôt, ça passait. 

Parce que vous commencez à être lourds, parfois, gang. Je ne veux pas dire que la section de commentaires devrait être une zone 100% pitchage de fleurs. Mais il y a sûrement moyen d’avoir un débat sensé et intelligent, non? 

On n’a pas envie d’enlever les commentaires anonymes sur urbania.ca. C’est super important pour nous -- on a juste à penser à toutes ces fois où on a publié des histoires d’agressions sexuelles ou de trucs touchants/lourds comme ça et où des membres de la communauté sont venus, sans se sentir obligés d’entrer leur compte Facebook, nous raconter leurs histoires. C’est aussi à ça que ça sert, Urbania, et on tient à garder ça. 

Pour la première fois de l’Histoire d’Urbania, on a été obligés récemment de désactiver les commentaires sur certains billets, parce que ça dégénérait vraiment trop. On a même reçu des emails de gens qui disaient que ça leur tentait de moins en moins de venir sur Urbania, parce que les commentaires ruinaient leur plaisir de lecture. On aimerait ça que ça n’arrive plus. On aime ça vous lire, d’habitude, et on aime ça savoir ce que vous pensez de ce qu’on fait, parce qu’on le fait pour vous autres. 

On a un nouveau site qui s’en vient bientôt, mais d’ici là, essayez d’être au moins corrects dans les commentaires. Je pense que tout le monde va avoir plus de fun. 

Et si vous avez des questions ou des commentaires sur Urbania ou autre chose, n’hésitez pas à m’écrire au eric@urbania.ca

Merci, tout le monde. On se voit au lancement? 

--Éric Samson
Rédacteur en chef web - urbania.ca 

Crédit photo: Eric Solheim
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http://urbania.ca/blog/5431/editorial-gamergate-urbania-et-vousThu, 23 Oct 2014 17:09:41 EDTÉric Samsoneditorialbloguehttp://urbania.ca/blog/5431/editorial-gamergate-urbania-et-vous
La ville de la semaine: Saint-Jean-sur-Richelieu en imageshttp://urbania.ca/canaux/photoreportages/5430/la-ville-de-la-semaine-saint-jean-sur-richelieu-en-imagesThu, 23 Oct 2014 14:01:11 EDTLouis-Philippe Rousselle-Brosseaust-jean-sur-richelieuVille de la semaine en imagesville de la semainereportage_mediahttp://urbania.ca/canaux/photoreportages/5430/la-ville-de-la-semaine-saint-jean-sur-richelieu-en-imagesLobotomie
Des fois, c’est tellement doux d’écouter des gens doués pour l’heureux. Ça m’aide à y croire. Ça me rassure. « C’est » un possible. Mais c’est surtout agréable de pouvoir être content, pour autrui, de son content à lui.  

Cet ami donc me papotait de ce qu’il nommait, en murmurant pour pas que ça se sauve, son « coup de foudre ». Y dégoulinait ses mots, les sons du saxophone qui lui jouait dans le cœur sortaient de son corps. Il avait cette manière de nommer des instants précis qu’il avait figés dans sa tête : elle qui porte sa chemise à lui; elle qui étudie dans son lit; elle qui lui montre telle affaire, dit telle affaire, fait telle affaire. On en était presque à « elle qui brosse ses dents ». Presque. 

Et plus il parlait, plus il s’emballait. Il se voyait bien s’emballer, mais pouvait pas tant ni vraiment s’arrêter. Ça voulait pas rester en-dedans. Il était en train de me contaminer solide avec sa joie, me donnait cette envie d’aimer fort de même, moi aussi. De parler avec du gnangnan dans la voix, des papillons dans le ventre, du tout-mou dans l’étant. 
 
Pis là, il a dit ça, en doutant momentanément de la durée de son bonheur : « Mais si ça marche pas, j’aurai au moins eu la chance, même si c’est juste pour un bref moment, d’être entré dans sa vie. » avec les yeux brillants, quasi émus, de circonstance. Esti. J’ai un peu fondu de aaaaaaw su’ ma chaise. Même s’il y avait, dans cette phrase qui tue toute, tout ce triste en suspend, la possibilité de la brièveté du parfait, de l’insuffisance anticipée, ce qui le tenait, lui, c’était tout le awesome de cette fille, awesome qui l’avait touché jusque dans son fond. Awesome qu’il se contenterait d’avoir pu côtoyer, touché, aimé advenant un « si » sur lequel il ne souhaitait pas trop s’arrêter. J’ai un petit doute ici entre l’idée et le réel, parce que du love de même, tu veux pas vraiment te contenter de l’avoir eu pour deux secondes dans le creux de la main, mais c’est l’idée, de toute manière, qui compte. Tout le romantico-kitsch-chaton de l’idée. Et y’a juste les amoureux qui tiennent des idées de même dans leur tête. 

Et je les trouve bin’que trop beaux. Dans leur déversement, leur épanchement, leur pâmé, leur check-moi-les-ailes-du-bonheur-que-j’ai-dans-le-dos. Parce qu’y donnent le goût. Avec leur être, leurs fonds de yeux, ces mots qu’ils  roulent dans leur bouche, le temps de les aimer fort avant de les laisser couler. 

Et il y a tout ce qu’ils ne disent pas. Qu’ils ne peuvent pas nécessairement dire parce que l’amour dans son too much a des apparences de lobotomie.    

Mais s’ils disaient toute… 

[Quand l’autre te rentre tellement fort dedans le cœur que son existence, même quand il est pas là, te pulse tout le temps dans le ventre. Que tu pourrais y dire que tu ressens le feu de la vie crépiter dans tout ton toé quand il est à tes côtés. Que parfois, tu t’entends pu penser tellement la mélodie du bonheur joue fort dans ta tête, juste parce qu’il t’a frôlé la main, le pied, le pantalon. Que la lumière du soleil, ce midi-là, tombait juste trop bien dedans ses yeux.  Que le temps qui passe dans son absence, tu voudrais le pitcher au bout de tes bras. Que tu pourrais l’écouter parler non-stop tellement tout ce qu’y dit, même les considérations météorologiques, ÇA TE PARLE. Que c’est ton humain préféré et que tu te gosserais ben un bracelet de l’amour à partager pour l’afficher.] 

...ça pourrait être malaisant. 

Bref. J’me disais que si kekun disait ça de moi, un jour, estiche, le précieux, toé. Que si je le disais en même temps que ladite personne, pas certaine que j’aurais assez de filtre pour pas la laisser transparaître ma lobotomie. Je pourrais sans doute faire vomir des gens dans leur bouche et y’aurait mon amour-propre qui saignerait abondamment. Mais je le ferais, tirer le rideau sur la fenêtre de mon cerveau. Pis j’assumerais. Parce que, voir que du bonheur grand de même faut se garder ça pour soi. Voir. Quand m’a dire à kekun « Hiroshimoi », c’est certain que m’a te l’étaler dans face. Pour que ça pulse jusqu’à toé, itou. Le goût ben sucré du bonheur.   

J’existe aussi là : Les p’tits pis moé, pis là.
Illustration: Catherine d'Amours
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http://urbania.ca/blog/5428/lobotomieThu, 23 Oct 2014 11:48:26 EDTVéronique Grenierhiroshimoibloguehttp://urbania.ca/blog/5428/lobotomie
Des nouvelles de David & Diamond - Portraits de Montréal














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http://urbania.ca/blog/5427/des-nouvelles-de-david-diamond-portraits-de-montrealWed, 22 Oct 2014 13:14:29 EDTPortraits de Montréalportraits de montréalbloguehttp://urbania.ca/blog/5427/des-nouvelles-de-david-diamond-portraits-de-montreal
L’être humain a besoin de douceur
Mon cœur n’était plus un muscle rose, chaud, tendre et vivant. Enfin, il existait encore, cet oiseau fragile. Mais il avait une enveloppe dure comme une assiette de céramique. Fissurée. Avec du vent qui souffle dans ses craques. Un vent d’anxiété. Un vent méchant qui ne prend pas beaucoup de vacances… Qui souffle, qui souffle, qui crée des peurs comme des ombres géantes qu’on essaie d’éviter. Épuisant.

C’est la vie qui avait fait ça. Rien de trop dramatique ou de traumatique. Des carences affectives héritées de l’enfance : pas trop de place pour les besoins et émotions de l’enfant que j’étais. Des déceptions amoureuses adolescentes. Des deuils. Une dépression jamais soignée au début de l’âge adulte. Une propension génétique à l’angoisse, aux peurs qui gonflent et s’emballent et creusent des chemins pour mieux revenir hanter leur hôte. Une estime personnelle bringuebalante. 

Et, depuis des années, une relation amoureuse qui n’en était plus une, qui se nourrissait aux critiques et aux reproches. J’avais dit au père de mes enfants : ça me casse. Tes blâmes et ta foudre verbale me brisent. Ça ne se recolle pas... Il n’était pas capable de m’aimer autrement, faut croire. (Je n’étais peut-être pas assez aimable, en étais-je venue à penser.) Juste avant que je ne m’extirpe de cette relation, j’avais le dedans des joues qui goûtait amer. J’étais comme une plante qu’on a oublié d’arroser. Dont la sève est devenue toxique. 

L’être humain a besoin de douceur.

En tout cas, moi j’en avais besoin. Tellement. Peu de temps après ma séparation, j’ai fait une séance d’art-thérapie avec la sœur d’une amie qui étudiait là-dedans. Une heure avec de grandes feuilles et des pastels, de la gouache, des crayons-feutres, tout ce que je voulais. L’expérience a été presque violente. Des feuilles et des feuilles de traits noirs et rouges,  projetés avec fureur sur le papier…. Des mètres de colère refoulée, en pastel gras. La thérapeute avait les yeux ronds (je n’avais pas l’air d’une furie, quand je suis entrée là – je n’ai pas vraiment l’air d’une furie en général!).

Puis, doucement, en fin de séance, du bleu pâle est apparu. Ensuite du rose. Du blanc. La toute dernière feuille représentait un bébé dans les bras d’une maman au milieu d’une tempête de gros flocons de neige tombant en silence. La thérapeute m’a demandé de choisir deux mots pour représenter mon dessin. J’ai choisi « douceur » et « enveloppement ». J’avais tellement besoin de douceur et d’enveloppement. J’avais froid, seule sur ma branche. Froid et peur comme un pinson tremblant devant un faucon menaçant. Mais il n’y avait pas de faucon. Le faucon était dans ma tête.

Il a d’abord fallu que j’aille chercher de l’aide pour me rafistoler. C’est notre privilège d’êtres humains du XXIe siècle d’avoir accès à des thérapies éprouvées…. Et j’ai fait de la méditation. Pour m’apaiser. Pour voir plus clairement le présent, entre mes ruminations du passé et mes anticipations anxieuses. J’ai fini par l’apercevoir. Il était là, lac calme au clair de lune. Il y avait plein de beau dans mon présent : des enfants, des amis, une famille, des projets, un appart juché dans les arbres. La lumière de la fin de l’été. Des choses que je ne voyais plus dans mon ancien brouillard.


***
J’en étais là, à me rabibocher tranquillement, quand ta route a croisé la mienne, il y a un an. J’avais recollé quelques morceaux. Le vent soufflait moins fort. Tu ne savais pas exactement d’où j’arrivais.

Tu m’as dit que j’étais « jolie ». Tu paraissais séduit par mes projets, mes passions, ma « bienveillance ». Tu ne me critiquais pas, tu m’encourageais. Il était doux d’être avec toi en voiture, au musée, sur la rue, partout. Doux et épeurant. Se laisser aimer, c’est risqué. 

Ma psy : N’écoute pas ta peur qui parle.
Moi : OK, je mets mes bouchons.

Ton corps, tes mains, ta bouche, tes yeux ont doucement chauffé mon glacier. Au centre, mon oiseau de cœur a repris quelques plumes. Je te disais : « t’es sûr que tu existes? ».

Tu ne savais pas que tu n’étais pas juste en train de me faire l’amour. Que tu étais aussi en train de me réparer. Comme Gepetto répare Pinnochio, le ramène à la vie après son naufrage dans l’épisode de la baleine… Pour vrai, c’était un peu ça…

Peut-être que si tu avais su tout cela, tu serais parti. Peut-être que ça t’aurait fait peur.

Peut-être aussi que tu le sentais que tu me réparais. Et que ça te faisait du bien. 

Peut-être que ça te réparait aussi? 

Le psychologue américain Harville Hendrix dit qu’aimer quelqu’un, c’est « réaliser que notre relation amoureuse a un but caché : guérir nos blessures d’enfance a tous les deux ». Trouves-tu que c’est vrai?

Aujourd’hui, tu lis ce billet en même temps que les autres lecteurs d’Urbania. Probablement assis à ton bureau en train de manger un sandwich. Je t’avais prévenu que mon texte parlerait de toi. J’espère que tu lis le message qui est caché entre les lignes : je t’aime. Toi, oui, toi, qui mange un sandwich dans une tour du centre-ville. Toi, je t’aime.

Dehors, c’est l’automne, comme l’an passé quand on s’est rencontrés. Mais je ne suis plus tout à fait le même oiseau.  Mon cœur a grossi, il chante dans ma poitrine. Mon ciel est clair. 

Et je n’ai plus froid.

Émilie, des RoseMomz

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http://urbania.ca/blog/5426/l-etre-humain-a-besoin-de-douceurWed, 22 Oct 2014 11:41:07 EDTLes RoseMomzroseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5426/l-etre-humain-a-besoin-de-douceur