Urbania - accueilhttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationWed, 23 Apr 2014 18:40:45 EDT60Guide pour savoir si t’es trop saoul

Je travaille dans les bars sans pour autant avoir une grande passion pour l’alcool. Je n’aime pas vraiment la sensation d’ivresse et encore moins avoir mal à la tête le lendemain. Ce qui m’a toujours attiré vers les bars, c’est le potentiel de rencontrer des gens nouveaux, d’avoir du plaisir et surtout de faire de l’argent sans avoir l’impression de travailler. 

Pour bien des gens, boire n’est qu’accessoire à la soirée, ils boivent par convention sociale, faute qu’on leur propose autre chose à faire. Souvent, je me questionne à savoir pourquoi l’alcool occupe une place si grande dans nos activités sociales. Pourquoi ne nous ressemblerions-nous pas dans un bar à smoothie jusqu’à trois heures du matin? Ce serait plate? Peut-être est-ce encore une question d’argent. Un gars qui prend 2-3 smoothies c’est moins payant qu’un client qui prend 5 bières et 10 shooters. 

Peut-être aussi que dans d’autres cercles, il y a d’autres modes de vie. Peut-être que dans le milieu de la santé et du yoga, les gens veillent tard dans les salons de thé. 

On dit que l’alcool, ça dégêne et que ça enlève nos inhibitions, mais des inhibitions, faites-moi confiance, c’est bon d’en avoir un minimum. Prendre notre courage à deux mains pour initier des contacts a une valeur plus grande à jeun que saoul. D’ailleurs, qu’est-ce qu’un gars saoul peut bien avoir d’intelligent à dire? Et une fille saoule n’est pas non plus un symbole absolu de classe et de grâce. 

NéaNmoins, la plupart des gens consomment avec modération et peuvent profiter de leur soirée sans tomber dans l’excès. Le truc, c’est de savoir quand arrêter. 

Voici donc, pour ceux qui sont plus enclins à profiter de leur soirée comme s’il n’y avait plus de lendemain, quelques signes pour repérer quand il est temps d’arrêter pour être le meilleur saoul possible. 

En parlant de ce sujet de chronique, l’amie avec qui je suis au café me dit spontanément :

« Moi j’ai déjà oublié de baisser mes bobettes avant de faire pipi. » 

Pas besoin de vous dire que c’est un signe évident qu’il est temps de rentrer à la maison. 

En voici quelques autres : 

1. Quand tout le monde à part toi sait où est ta bière. 
2. Quand tu commandes à tous les serveurs et que ça te surprend de recevoir 3 bières en même temps. 
3. Quand tu demandes au serveur une dernière bière et qu’il te répond : « T’es rendu à ta combientième dernière là? » 
4. Quand tu apparais sur à peu près toutes les photos qui ont été prises dans le bar. 
5. Quand peu importe ce que tu commandes au barman, tu reçois un verre d’eau. 
6. Quand tu entends le mot last-call et que tu as envie de commander de l’alcool comme si une pénurie était pour sévir dans les prochains mois. 
7. Quand tu t’obstines avec le barman qu’il ne t’a jamais remis ta carte de crédit après avoir payé. 
« Scuse man, mais tu ne m’as pas remis ma carte! 
— Oui oui, je te l’ai remise avec ton reçu. 
— Ben je ne l’ai pas 
— Regarde dans une poche où tu ne la mets pas d’habitude. » 
(À ce moment-là, le gars se met à toucher toutes ses poches) 
« — Ahhhhh, je l’ai! Hey, je m’excuse vraiment! 
— Pas de trouble, ça arrive souvent. 
— Vraiment? 
— Non, pas vraiment, mais des fois. » 
8. Quand la machine Interac te demande ton NIP et que tu as l’impression que tu dois résoudre une équation de calcul différentiel et intégral. 
9. Quand tu insistes pour payer ton bill plus qu’une fois. 
« Est-ce que j’ai payé? 
— Oui 
— J’pense que je ne t’ai pas payé. 
— Oui 
— T’es vraiment sûr et certain? 
— Oui 
— Je ne te dois rien? 
— Non 
— Je peux y aller donc? 
— Oui s’il vous plaît » 
10. Quand tes amis te disent que t’es trop chaud pour conduire et que tu mets ton index sur ton nez. 
« T’es trop chaud pour conduire 
— Bien non regarde! » 
11. Quand on te demande de dire l’alphabet à l’envers et tu ne trouves que Z à répondre. (Il ne faut peut-être pas trop se fier sur celle-là, car même à jeun c’est difficile) 
12. Quand un monsieur bien musclé vient te proposer gentiment de t’appeler un taxi. 
« Monsieur, vous voulez que je vous appelle un taxi? 
— Non merci je reste encore un peu 
— Monsieur, vous permettez que j’insiste. » 
(C’est une technique de portier de donner l’impression aux clients qu’ils ont le choix. C’est une histoire de ne pas blesser des égos, tout est dans la subtilité) 
13. Quand en sortant tu parles au portier de tous les cours d’arts martiaux que t’as déjà pris. 

Certes, il y en a plusieurs autres, mais si, dans votre soirée, vous reconnaissez un ou plusieurs de ces signes, Il est sans doute temps pour vous de prendre un smoothie. 

Même si boire peut être très plaisant, passé un certain point, on a plus à gagner d’aller se coucher.
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http://urbania.ca/blog/5026/guide-pour-savoir-si-t-es-trop-saoulWed, 23 Apr 2014 11:44:44 EDTDavid Maloalcoolboissonboozemaudite boissonsynonymesbloguehttp://urbania.ca/blog/5026/guide-pour-savoir-si-t-es-trop-saoul
Jeunes professionnels urbains : l’ascension d’une mode

Aux dernières nouvelles, (une conversation entre deux inconnues dans le métro), le normcore, c’est l’anti-style et à ce qu’il paraît, c’est so hot right now.

Wow, on est vraiment rendu loin… Je ne sais plus où me situer dans l’évolution de la mode métropolitaine. À entendre parler les deux filles à côté de moi, cette nouvelle mode a des contraintes bien compliquées. Si je ne veux pas être un hipster ou un normcore, ça voudrait dire qu’en bout de ligne j’en suis un? Si être hipster ce n’est plus la mode, n’est-ce pas normcore de l’être? Est-ce que dans le fond, ça veut dire qu’être normcore, c’est être n’importe quoi sauf hipster? 

Je sors du métro et me dirige vers chez moi, totalement confus…

À mon appart du quartier Centre-Sud, je retrouve mon coloc Hork qui étudie dans le salon. Je m’assois à côté de lui et lui fais part de mon questionnement. Surpris par la non-pertinence de mes réflexions, il me répond : « Il y a un 5 à 7 du HEC à soir, on pourrait y aller. Tu vas voir que là-bas, la mode n’a rien de hipster ou de normcore, comme tu dis ». 

Il avait raison. Dans le resto/bar du quartier Côte- des-Neiges, je reconnais moins les styles sauvages du Plateau et du Mile-End qui me tourmentaient tant. Une autre catégorie de gens attire toutefois mon attention. À part les quelques personnes en t-shirt/jeans comme Hork et moi, les gens du 5 à 7 semblent tous avoir quelque chose en commun. Malgré leur apparence jeune et urbaine, ils ont l’air vraiment professionnels. 

« Ça, mon Phil, c’est des jeunes professionnels urbains dans leur habitat naturel, le 5 à 7 », me souligne Alex, comme s’il avait lu dans mes pensées. 

Mais oui! Des jeunes professionnels urbains! Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt! Ces gens n’ont rien du hipster typique et ont encore moins d’aspects qui évoquent l’anti-style prôné par le normcore. Ça me rassure de constater que la mode n’est pas une fatalité qui se limite à être « in » ou « out », style ou anti-style. Il y a plus que deux options dans le grand jeu de la mode.

Être un jeune professionnel urbain ne signifie pas être jeune, fréquenter la ville et s’être taillé une place dans le marché du travail, non. Un écrivain montréalais de 21 ans qui publie son premier livre n’est pas nécessairement un jeune professionnel urbain, même s’il est jeune et fait preuve de professionnalisme dans son travail. Peu importe votre emploi du temps ou votre profession, pas besoin d’être professionnel pour être un jeune professionnel urbain… Fuck, même pas besoin d’être jeune! 

Le jeune professionnel urbain mâle peut être étudiant (probablement au HEC), habiter chez ses parents, mais avoir beaucoup d’ambition. Il fait ses présentations orales en veston cravate et fréquente des clubs où il y a un dresscode. Il peut aussi être un homme de 45 ans qui a laissé sa femme et sa famille derrière pour revivre sa jeunesse. Peu importe son âge et sa situation, son look à la fois jeune, à la fois professionnel et à la fois urbain le distingue des autres. 

Généralement musclés, mais pas trop, les spécimens observés portent des chemises ajustées, parfois assorties d’une cravate ou d’un nœud papillon. Ils enrobent le tout d’un cardigan neutre ou d’un veston aérodynamique foncé. Je sais, il y a beaucoup de monde qui portent un habit pour aller travailler. Seulement, les jeunes professionnels urbains, eux, ne l’enlèvent pas une fois la journée de travail terminée. 

On s’assoit au bar pour se commander une bière. « As-tu vu leurs souliers? Ils sont tous pareils. Veux-tu ben me dire pourquoi des étudiants dans la vingtaine portent des souliers de cuir à l’italienne et des habits dans un party? », s’indigne Hork. 

Quoi qu’un peu primitif sous l’effet de l’alcool, le sujet mâle projette une image de gars mi-sérieux, mi-rebelle. Il fait attention à lui, à sa beauté. Il s’entraîne et mange probablement santé, mais il sait aussi comment s’éclater. Un jeune professionnel urbain, c’est comme un Mini Wheat. Classique, mais avec un côté légèrement givré. 

Les tatouages de biceps qui se terminent sur leurs avant-bras sont visibles sous leurs manches de chemises roulées de manière stratégique et laissent ainsi un léger aperçu du côté givré et rebelle du jeune professionnel urbain typique. 

Perdu dans mes observations, je fais le saut quand Hork me ramène sur terre. « Le party se continue au bar Le Velvet, on devrait y aller! Tu vas voir! C’est le paradis du jeune professionnel urbain », me lance-t-il en ricanant. Here we go! 

Arrivé au fameux Velvet, je renifle le parfum des jeunes professionnels urbains dans leur deuxième habitat naturel : le bar/lounge. Une odeur forte, mais pas désagréable qui me confirme que la chasse est ouverte! Les mâles dégagent un musc puissant (possiblement de marque Calvin Klein) pour attirer la jeune professionnelle femelle, belle et indépendante. 

Assis au comptoir, je sirote tranquillement ma bière à 10$ et je me sens vraiment loser avec mes jeans, mon t-shirt et mes cheveux longs. Comme les jeunes professionnels urbains ne parlent pas aux losers, j’ai le temps de continuer à approfondir mes connaissances sur cette espèce particulière. 

Au bar, on ne commande pas de verres, on commande des bouteilles! Que ce soit avec le crédit, l’argent des parents riches ou avec son propre argent, le jeune professionnel urbain mâle a toujours les moyens de se payer une bouteille à 200$. Eh oui, pendant que les gens comme moi transportent illégalement leurs propres canettes de Pabst dans les bars, les jeunes professionnels urbains, eux, se poppent des bouteilles. 

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai un peu plus de compassion pour les jeunes professionnelles urbaines que pour les jeunes professionnels urbains… Quelque chose me dit que les femelles ne cherchent pas, à la différence des mâles, à épater la galerie par leur professionnalisme. Elles semblent plutôt être là pour faire des rencontres. Même si elles ont trop de chats à fouetter pour s’engager dans une relation sérieuse, elles aiment flirter avec les jeunes professionnels urbains mâles. D’après mes observations, les spécimens femelles adoptent habituellement le look secrétaire : lunettes sérieuses, coiffures et vêtements à la fois sobres et sexy. 

Si une jeune professionnelle urbaine vient vous faire la conversation, soyez prêts! Comme à une entrevue pour une nouvelle job, vous allez devoir lui déballer votre CV dans son intégrité. La femelle qui fréquente des endroits comme le Velvet s’attend à côtoyer des hommes qui font preuve d’autant de professionnalisme qu’elle. Expérience, scolarité, chargé de projets, marketing, entrepreneur, propriétaire, condo… Des mots qui font frémir la jeune professionnelle urbaine typique. 

Fatigué, je vais chercher Hork et lui dit que j’en ai assez, je n’ai même plus assez d’argent pour m’acheter une autre bière. Ça tombe bien, lui non plus. Sur le chemin du retour, Hork me demande : « Pis, es-tu toujours aussi confus en ce qui concerne la mode? Est-ce que les jeunes professionnels urbains t’ont fait comprendre quelque chose? »

Comme s’il était un ange sorti tout droit d’un film de Noël quétaine, Hork est venu ce soir pour m’enseigner un principe de la vie. Seulement, au lieu de m’emmener contempler des familles pauvres par les carreaux de leurs fenêtres pour que je constate à quel point je suis chanceux, il m’a conscientisé à propos de la mode des jeunes professionnels urbains, bien différente de tout ce que je connaissais.

Je lui réponds que j’ai réalisé une chose bien importante : la mode, c’est un moyen pour les gens de se sentir spéciaux. Que ce soit en s’habillant comme un homme d’affaire rebelle qui se commande des bouteilles au bar ou en se disant anti-mode, on l’adopte pour faire partie de quelque chose qui nous fais sentir spécial.   

Dans le fond, je suis un athée de la mode. C’est ça ma mode, mon moyen pour me sentir spécial. Je ne suis aucun courant particulier et c’est mon droit. BON! 

Hork me regarde de manière confuse et me demande : « Tout ce que tu viens de me dire ne reviendrait pas au même que de se dire normcore ou anti-style?» 

FUUUUUUCK…

Demain, je vais chez Moores m’acheter une chemise, un veston et des souliers de cuir à l’italienne. 

Photo : Joanie Roy Morinville
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http://urbania.ca/blog/5025/jeunes-professionnels-urbains-l-ascension-d-une-modeWed, 23 Apr 2014 11:26:12 EDTPhilippe Lajeunessepartynormcoreanti-stylemodehipsterbloguehttp://urbania.ca/blog/5025/jeunes-professionnels-urbains-l-ascension-d-une-mode
Enfant uniqueJe suis une enfant unique, c'est vrai. Mais quand « enfant unique » sonne comme « bébé gâté », c'est là que je deviens fâchée. Parce que ce n'est pas nécessairement vrai.

Un beau jour d'été 1996, j'étais allée me baigner chez mon amie Amélie. Amélie habitait un quartier normal, dans une maison normale, avec une famille normale. Une famille de classe moyenne. Avec une piscine hors-terre, un 4X4, deux enfants et un chien. Pas trop riche, non plus: le genre de famille qui achète la marque Sans Nom et qui fait le tour des épiceries le dimanche pour acheter les produits en spécial. Bref. J'étais allée me baigner chez Amélie parce que moi, j'en avais pas, de piscine. J'avais pas non plus de petit four Easy Bake, mais ça c'est une autre histoire. Après avoir joué dans la piscine avec la petite soeur d'Amélie, on est toutes rentrées dans la maison pour se prendre un bol de Party Mix. Les parents d'Amélie étaient dans la cuisine. Pendant que je versais des verres d'orangeade, ils m'ont demandé si j'avais des frères et soeur. J'ai dit non, et c'est là que la remarque a fusé:

« Ah ouin, comme ça, t'es une enfant gâtée! »

Ha ben maudit. J'allais pas me laisser faire... Gâtée, moi? Alors que j'avais pas de four Easy Bake, pas de piscine, mais surtout, pas de soeur pour jouer des games de Monopoly pis écouter des films d'horreur dans le sous-sol? Les parents d'Amélie m'avaient piquée au vif. Je me souviens d'avoir répondu sec, sur la défensive. Pas fort comme move, parce que là, ils ont dû se dire qu'en plus d'être enfant gâtée, j'étais baveuse. Maudit. Je sentais que je ne pouvais pas avoir raison, que je m'enfonçais dans mes explications. Dans le fond, j'aurais juste dû leur dire que mon plus grand rêve c'était d'avoir une soeur. Ça aurait peut-être fait fondre leurs coeurs de parents.

La raison pour laquelle je me souviens si clairement de la scène chez Amélie, c'est parce que j'ai senti que j'allais devoir me défendre comme ça souvent. Ce n'était pas la première fois qu'on me faisait des remarques sur ma situation d'enfant unique, mais c'était la première fois que j'étais si exaspérée. J'avais compris qu'il n'y aurait rien à faire: comment expliquer aux gens que c'était plus qu'une question de mathématique? De toute façon, dans ma tête d'enfant qui n'avait pas d'autre point de repère que sa propre situation familiale, je ne me trouvais pas si chanceuse que ça. J'étais capable de comprendre que si j'avais eu un frère ou une soeur, l'attention et le budget de mes parents aurait été séparé en deux, mais j'aurais accepté ça en un clin d'oeil si ça voulait dire avoir une compagne de jeu.

Je pense que je n'apprends rien à personne si je dis qu'on peut tous être égoïstes à nos heures, qu'on vienne d'une famille de deux ou de onze. Qu'on soit adulte ou qu'on soit enfant (meilleur exemple d'actualité: le Cocothon de la fin de semaine passée). De toute façon, parti comme c'est là, ce sont les membres de ma génération en entier qui se font constamment traiter de bébés gâtés.

Savez-vous quels étaient mes fantasmes d'enfant? C'était pas de frencher Leo sur le deck du Titanic, ou de tenir la main du petit frère Hanson. Non. C'était d'avoir Kate Winslet comme soeur. D'aller en camping avec les sœurs Olsen. De faire du magasinage avec les Spice Girls.

Je trippais sur les téléséries mettant en vedette des grosses familles, comme Party of Five, parce que je m'imaginais avoir une grande soeur. Ouais, c'était particulièrement une grande soeur que je voulais. J'étais assez précise dans mes rêves. Mais comme m'a dit mon amie Sonia en secondaire deux: « Oui mais Marie, as-tu pensé que si ta mère aurait eu un autre enfant, ça aurait pu être un grand frère, et il aurait pu être MÉCHANT AVEC TOI!? » Merci Sonia. Je sais que tu essayais de me remonter le moral, de me faire accepter ma situation d'enfant unique, mais j'ai quand même continué à rêver d'avoir Neve Campbell comme grande soeur. 

Je savais qu'être enfant unique n'était pas seulement mon drame à moi: mes parents auraient aussi souhaité avoir une famille plus nombreuse. Mais on ne contrôle pas toujours ces choses-là. Alors je n'achalais pas trop mes parents avec ça. Par contre, je m'arrangeais pour aller passer des dimanches après-midis dans les familles de mes amis, surtout celles avec beaucoup d'enfants. Des familles où il y avait des grands frères pour t'aider à construire des cabanes, pis des petits frères à blâmer pour des mauvais coups mal organisés.

Dans le fond, tout est dans le manque de discernement: il faudrait réfléchir un peu avant de traiter tous les enfants uniques de bébés gâtés. Oui, certains d'entre nous le sont. Certains d'entre nous ont abusé de l'attention (et du portefeuille) de papa-maman, et ça n'a pas très bien tourné. Mais pour le reste, on est ben corrects, ben généreux... On veut juste que vous nous invitiez à nous baigner dans votre piscine et à jouer avec vos frères et sœurs une fois de temps en temps.

Ah, aussi, un message pour les futurs parents: essayez donc de faire plus qu'un bébé, si possible! Sinon, ben, achetez un four Easy Bake à votre enfant unique, et peut-être que tout va bien aller. 

Crédit photo: Audrey Malo http://audreymalo.com
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http://urbania.ca/blog/5024/enfant-uniqueWed, 23 Apr 2014 11:01:20 EDTMarie Darsignybébéparentsuniqueenfantbloguehttp://urbania.ca/blog/5024/enfant-unique
L'avorteuse de paille

Le débat sur l’avortement est extrêmement polarisé, par les uns comme par les autres, mais surtout par les uns. Le thème du droit au planning familial et au choix d’avoir recours ou non à l’avortement a encore ressurgi sur la scène nord-américaine. Chez nos voisins du sud, Chelsea Clinton, fille de l’ex-président et de la peut-être future présidente du même nom, annonçait sa grossesse au public. Bien que la grossesse annoncée d’une « vedette » me transporte d’indifférence – au pire, yé, bravo, tant mieux pour elle – ce sont les réactions à l’annonce de cette grossesse qui m’ont fait sourciller. 

Chelsea Clinton, il faut le dire, est une fervente militante pour le droit au libre choix, tout comme sa mère, qui a d’ailleurs livré un discours impressionnant lorsque questionnée à ce sujet. Or donc, ce n’est pas l’annonce de la grossesse mais plutôt le backlash des « pro-lifers » qui me frappe.

Les réactions ont toutes été plus dégueulasses les unes que les autres. Un média pro-vie a relayé l’information en annonçant que « Chelsea Clinton est enceinte – non pas d’un fœtus ou d’un amas de cellules, mais bel et bien d’un "enfant" ». Les vautours anti-avortement n’en sont pas restés là :


Source de l’image


L’avorteuse de paille
« L’avorteuse de paille » est anti-naissance. Elle n’aime pas les bébés et n’en veut surtout pas. Elle aime l’avortement. Elle aime qu’on le pratique le plus souvent possible, de façon récréative, ou « de confort ». Il est donc inconcevable que quelqu’un se positionnant pour le libre choix des femmes sur leur corps puisse un jour désirer devenir parent. L’avorteuse de paille est une dérivée de la féministe de paille, l’hystérique du mouvement du même nom : cette féministe de paille déteste les hommes, les tient en haine; elle est castrante, autoritaire, et, surtout, ne milite non pas pour l’égalité entre les sexes mais pour la domination féminine – ou du matriarcat institutionnalisé, comme le racontent les trolls privilégiés sur Internet.

Il s’agit d’un sophisme, d’un gros épouvantail épeurant qui vise à décrédibiliser le mouvement féministe en brandissant le spectre de la castration. Si l’on ne peut vaincre le féminisme, on peut l’affaiblir en créant de toutes pièces une version fallacieuse de celui-ci. En inventant la misandre castratrice, on invente un personnage fictif, dont le discours est facilement critiquable, puis, on prétend que ce personnage est représentatif du mouvement que l’on souhaite démolir. C’est un peu la même chose avec l’avorteuse de paille. Afin de décrédibiliser le mouvement pro-choix, on invente un personnage sanguinaire, haïssant tout ce qui a trait à la naissance et à l’enfance, et on l’attribue à l’ensemble de ceux et celles qui militent pour le choix de chacune de disposer librement de son corps.

Il faudrait rappeler à certains que « pro-choix », ça veut précisément dire avoir le choix d’avoir un bébé, ou non. Nous ne sommes pas pro-avortement, nous sommes pro-choix. Les attaques mesquines et malsaines de certains médias et de leurs suiveux lambda ne sont rien d'autre qu'une tentative de contrôler ce choix, le choix d'UNE femme, et, ultimement, le choix DES femmes.

Je considère le mouvement anti-avortement comme étant fondamentalement antiféministe, puisque cela vise à empêcher les femmes à disposer de leur corps comme elles l'entendent. C'est un mouvement de contrôle sur les corps et les vies des femmes qui ne doit pas être confondu avec un amour de la vie - c'est un amour de la naissance, tout au plus, et encore là : de nombreux pro-lifers sont également opposés aux soins prénataux gratuits et accessibles. 
Lorsque des « pro-vie » (entre guillemets de trois kilomètres) s’attaquent ainsi à la grossesse de Chelsea Clinton – ou de quiconque se déclare pro-choix, ils s’attaquent à leur droit d’avoir un enfant si elles (et ILS, ne l’oubliont pas) le désirent.

Oui, mais, c’est aux États-Unis. De ce côté-ci de la frontière, vos utérus font la belle vie…
Pas vraiment. L’accès canadien au planning familial est de plus en plus difficile, notamment dans les provinces maritimes, où la fermeture de la clinique Morgentaler (NB) fait craindre le pire au Conseil du statut de la femme de l’Île du Prince-Édouard : «  environ 10% des femmes qui s'y rendent chaque année proviennent de l'Île-du-Prince-Édouard, pour un total d'entre 60 et 70 patientes par année. La province est la seule au Canada qui n'offre aucun service d'avortement sur son territoire ». — La Presse. Et avec plus de 25% des Canadiens se positionnant du côté pro-vie, il y a fort à s’inquiéter face aux tournures que pourraient prendre les discours politiques sur l’avortement. 

Et y’a la campagne Québec-Vie fait bon train. Cette organisation – ainsi que d’autres pro-vie – font pression auprès des divers paliers de gouvernement afin de restreindre l’accès à l’avortement, parfois avec succès, parfois non. Mais ils ne s’arrêtent pas là. Ça n’est pas qu’au sud profond de la Bible Belt qu’on peut connaître le bonheur de se faire agresser verbalement et de se faire intimider physiquement par des lunatiques à prière lorsqu’on désire avoir recours à l’avortement : chaque année, Québec-Vie organise un gros 40 jours de vigile – des prières et des moyens de pressions divers – aux portes de cliniques de planning familial choisies.

Fa’que les « vous-avez-pas-à-vous-plaindre-vos-utérus-sont-ben-chill-ici », là, c’t’assez ordinaire. Pour ceux et celles qui désirent rester informé-e-s de la situation du droit à l’avortement, il y a la page Facebook Mon choix mon droit. Fannie Boisvert St-Louis, l’administratrice, y recense et commente les nouvelles locales et internationales sur l’accès à l’avortement. C’est à suivre!

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Je milite pour la justice sociale, l'égalité et le féminisme - des synonymes à mes yeux. Ayant suivi une formation en arts visuels, je poursuis mes démarches en recherche sociologique et j’écris présentement un livre sur l'itinérance qui sera publié prochainement chez VLB.
J’anime le tumblr LES ANTIFÉMINISTES – http://lesantifeministes.tumblr.com/
Pour me suivre : c’est Sarah Labarre sur Facebook et @leKiwiDelamour sur Twitter.

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http://urbania.ca/blog/5023/lavorteuse-de-pailleWed, 23 Apr 2014 09:48:58 EDTSarah LabarreClintonavortementbloguehttp://urbania.ca/blog/5023/lavorteuse-de-paille
Une Invasion Cocktail se dirige sur Montréal, êtes-vous prêts ? Du 1er au 6 mai, vous pourrez partir à la découverte du monde… des cocktails dans les quatre coins de la ville grâce à la toute première semaine du cocktail de Montréal ! Menée par des grands classiques avec à la tête, le Capitaine Old Fashioned et ses compatriotes Major Martini, Colonel Collins et la redoutable agent double, Miss Margarita, la ville sera assaillie par une vingtaine d'événements en six soirs, dans plus de 20 bars et restaurants. 

On ne sait pas pour vous, mais on a bien hâte de pouvoir déguster une centaine de cocktails créés spécialement pour l'occasion et même de repartir avec les recettes, question de faire nos « smooths » dans nos soirées cet été ! 

Vous les connaissez sûrement déjà, mais vous les découvrirez sous plusieurs formes transformées au cours de l'Invasion. Saurez-vous bien les repérer ? 

Capitaine Old Fashioned, ce brut de décoffrage est un fier défenseur de la tradition et du respect. Il est bien réputé pour son succès auprès des femmes mûres et a d'ailleurs fait tout un come-back grâce à la série Mad Men. Depuis son apparition à New York en 1806, il s'est prouvé bien habile dans l'art de saouler ses adversaires. Mais gare à vous, il a la mèche courte ! Vous le reconnaîtrez de par son arme de prédilection, la cuillère de bar, et son arôme de whisky. 

Son bras droit, Major Martini, est quant à lui le roi du « name dropping ». Depuis son apparition à San Francisco en 1863, il s'est fait beaucoup d'amis surtout au temps de la prohibition. Vous l'aurez peut-être déjà vu aux côtés du grand séducteur James Bond, agent 007. Mine de rien, vous pourriez croire qu'il est fait d'eau douce. Son essence de vodka (ou gin) fait qu'il est bien doué pour s'attirer des ennuis. Vous le « spoterez » avec sa personnalité tranchée et son pic surmontée d'une olive.

Le Colonel Collins, quant à lui, devrait être facile à identifier. Plus British que ça, tu meurs. Réputé pour ses fréquentations de bars d'hôtels chics, il est charismatique et de grande notoriété. Il paraît qu'il aime se défouler lors de ses sorties nocturnes et embrouille facilement ses adversaires avec son nectar. Basé à Londres depuis 1830, il nous séduit avec son sens de l'humour tranchant, son odeur florale de gin et sa longue paille. Ne vous faites pas avoir ! 

Cependant, c'est de Miss Margarita qu'il faut vraiment se méfier. Il est bien difficile de résister à cette espionne sexy avec son charme mexicain. Agent double depuis 1929 à Tijuana, Daisy Tequila s'est fait un nom dans les années 70 en fréquentant les bars à cocktails. Munie de sa tranche de lime, elle peut faire succomber quiconque ose passer la nuit avec elle.

Ensemble, ces quatre « originals » mèneront la première Invasion Cocktail sur Montréal. Alors joignez les troupes, car elle risque de laisser sa marque ! Soyez prêts avec votre passeport en main et partez à la découverte du monde des cocktails. 
Conseil d'ami : traînez-vous une gourde d'eau et n'oubliez pas de grignoter un petit quelque chose entre chaque port. Vos lendemains vous remercieront... D'ici là, on vous laisse avec quelques recettes de base, question de vous familiariser avec les adversaires. Bonne Invasion Cocktail ! 

Old Fashioned
1 Cube de sucre
2oz Whisky
Amère Angostura
Zestes d'agrumes

Le choix du gentleman —
Déposer le cube de sucre dans un verre old-fashioned. Ajouter 2-3 gouttes d'amer Angostura. Écraser le sucre avec un pilon et l'étendre au fond du verre. Ajouter un gros glaçon. Servir le whisky, remuer à l'aide d'une cuillère à mélanger et ajouter les zestes d'agrume. 

Martini
2 1/4oz Vodka (ou Gin)
1/4oz Vermouth sec
1 Olive

« Remué, pas secoué ! » —
Réunir les ingrédients dans un verre à mélanger rempli de glace. Mélanger à la cuillère pendant 10 secondes et filtrer. Servir dans un verre à cocktail réfrigéré et ajouter l'olive. 

Collins
2oz Gin
1/4oz Sirop simple
1oz Jus de citron
Club Soda

Un classique —
Réunir les ingrédients dans un shaker et mélanger brièvement à la cuillère. Verser sur glace dans un verre Collins et allonger au club soda. Garnir avec une rondelle de citron et servir avec une paille. 

Margarita
1 1/2oz Tequila
1oz Jus de lime
1/2oz Liqueur à l'orange
1/4oz Sirop simple

Simplement irrésistible —
Secouer avec de la glace et passer ensuite dans un verre réfrigéré dont le bord aura été préalablement givré de sel. Servir avec une rondelle de lime

www.invasioncocktail.com

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http://urbania.ca/blog/5022/une-invasion-cocktail-se-dirige-sur-montreal-etes-vous-pretsTue, 22 Apr 2014 15:44:27 EDTUrbania InvasionmontrealCocktailbloguehttp://urbania.ca/blog/5022/une-invasion-cocktail-se-dirige-sur-montreal-etes-vous-prets
Le mot du Président : La peur d'avoir peur d'avoir peur

Dans son discours, Harvey décrit le Canada français de l'époque comme une société dominée et immobilisée par la peur du clergé :

De quoi avons-nous peur ? Eh bien, nous avons peur de la puissance suprême, de la puissance à laquelle vous pensez tous en ce moment et que personne d'entre vous n'ose nommer. Dans tous les pays où il existe une autorité arbitraire et absolue, on ne nomme jamais cette autorité que pour la louer. Dans le blâme, elle demeure innommable. [...] La seule puissance qui, dans cette partie du Canada, fait trembler tout le monde, c'est la puissance cléricale. Dans Québec, elle est incontestablement la puissance suprême.

Il explique par la suite que « Quand nos quatre-vingt-dix députés n'ont jamais le courage de se lever, en Assemblée législative, pour réclamer des réformes contraires à l'opinion cléricale, parce qu'ils mettraient leur siège en péril, ils ne sont pas libres : ils ont peur ». Harvey observe que d'autres institutions affectent églament ses concitoyens : le gouvernement, les puissances économiques, les bourgeois, l'Empire britannique. Toutefois, contrairement au Clergé, ces puissances sont, selon l'auteur, habituellement confrontées et critiquées ouvertement, sans peur excessive de représailles.

Ce discours de Jean-Charles Harvey est court, mais très marquant. Un texte assurément essentiel à la compréhension du Québec moderne et de la Révolution tranquille. Tout de même, il est incroyable de le constater : il y a soixante-dix ans seulement, la peur principale des gens habitant le Québec était une gang de cléricaux en soutane. Dans mon expérience personnelle, les seules fois que j'ai eu peur d'un homme d'Église, c'est quand qu'on faisait du skateboard sur les marches de l'église Saint-Benoît et que le prêtre sortait fâché en nous menaçant d'appeler la police la prochaine fois qu'on mettait de la cire sur la pierre afin qu'elle slide plus.

Le Québec a pronfondément changé, et ce en peu de temps, c'est définitivement le moins qu'on puisse dire. La menace sociale de l'absolutisme clérical a pleinement été neutralisée, mais une chose demeure certainement : la peur.

Pas la peur des puissances religieuses, évidemment. Aujourd'hui, il me semble qu'il serait difficile de faire comme monsieur Harvey jadis et nommer LA peur monolithique et monopolisante du Québec et des Québécois(es). Soit, mais la peur est quand même partout.

Je ne parle pas ici de la peur absurde et généralisée qui plane dans toutes les sociétés modernes où le sensationnalisme médiatique et le martelage télévisuel ont fini par nous faire quotidiennement craindre des voisins potentiellement tueurs en série, des épidémies de grippe de cochon et des terroristes du désert capables de déjouer l'armée américaine avec un exacto et une caméra de cellulaire cheap dans une grotte paki.

Je ne parle pas de peurs construites le temps d'un téléjournal. Je parle de peurs contextualisées, spécifiques et collectives, celles qui nous caractérisent et qui décrivent notre société et son temps, comme La Peur évoquée par Jean-Charles Harvey dans son discours.

D'un bord et de l'autre de l'échiquier politique, il est à croire que le danger est aujourd'hui omniprésent au Québec, et qu'il y a fortement raison d'avoir peur, oui môssieur, oui madame. Avouons-le, la peur est très potentiellement le dénominateur commun rassembleur des thèmes principaux de la politique québécoise.

Peur constante et obsessive de la menace économique. L'économie va mal ou s'apprête à mal aller ou pourrait mal aller si telle ou telle chose arrivait, on connaît tous la chanson par coeur.

Peur de l'Autre et de sa différence. Nos deux plus grands débats de société dans les dernières années ont probablement été ceux des Accommodements raisonnables et de la Charte des valeurs du PQ. Il n'y a d'ailleurs toujours pas de consensus final sur la question, à part peut-être que l'Autre au Québec, c'est manifestement épeurant pour beaucoup de monde.
Peur de disparaître culturellement et linguistiquement. « Si on prend pas les mesures nécessaires, on existera pus dans cinquante ans ! » Combien de fois l'a-t-on entendue, celle-là ?

Peur d'un référendum. Dans les deux sens. Lors de la dernière campagne électorale, la stratégie libérale s'est résumée grosso modo au brandissement du spectre terrifiant d'un référendum, tandis que la stratégie péquiste s'est résumée grosse modo à une campagne de PR pour convaincre les électeurs que le PQ a trop peur d'un référendum pour en faire un.

Je ne suis pas en train de remettre en question la légitimité de ces peurs. Ces peurs sont visiblement bien réelles pour bon nombre de gens, et il est peu surprenant que la classe politique en fasse un usage stratégique. J'imagine qu'il peut même être juste de dire que les peurs exprimées politiquement ne sont en partie que le reflet des peurs qui existent véritablement dans la société. On est tous au courant qu'il est possible pour une formation politique ou un média de créer une peur et de la gonfler artificiellement, certes, mais souvent la racine d'une crainte est profondément ancrée dans la réalité.

Je reconnais que les peurs mentionnées plus haut concernent des questions très importantes. Mais pour ma part, je pense qu'on n'a pas exactement peur des bonnes choses, ici au Québec.

Personnellement, ce qui me fait le plus peur, c'est de vivre dans une société qui ne fait pas du tout face au problème le plus pressant qui nous afflige tous et chacun, peu importe les divergences d'opinion politique. La culture, la langue, le pays, l'économie, la fédération : bien honnêtement, tout ça n'a en mon avis absolument aucune importance en comparaison avec la situation écologique.

J'ai pas peur que New-York se ramasse sous l'eau dans cinquante ans à cause du réchauffement climatique (même si j'imagine que c'est peut-être possible). J'ai peur des choses qui se passent en ce moment, et depuis longtemps. La situation écologique mondiale est critique; c'est peut-être le seul consensus global possible.

Et quand on arrive finalement au minuscule segment alloué à la question écologique au sein du débat politique, à part les promesses vides, on obtient souvent la même réponse : « On le sait qu'au point où on est rendu, il faut faire des changements drastiques pour changer de paradigme et éviter la catastrophe, mais ces changements demandent trop de sacrifices auprès de notre niveau de confort économique et matériel actuel, donc on va faire le 1/8 de ce qu'on devrait vraiment faire, ou simplement ne rien faire du tout. »

Comment expliquer une réaction aussi stupide et peu clairvoyante, et ce à répétition !?

Je crois que Jean-Charles Harvey a la réponse à cette question pour nous dans La Peur :
Le malheur, c'est que la plupart des esprits libérés, en notre province, ne se libèrent vraiment qu'à un âge où ils sont établis, où ils ont des emplois ou une clientèle à conserver et où les responsabilités de la famille se sont ajustées aux exigences de la carrière.

Les gens sont d'accord qu'il faut faire quelque chose, mais c'est trop risqué. Face au risque, monsieur Harvey a peut-être aussi la solution pour nous :

N'ayez pas peur du risque. La vie qui se sera écoulée, toute unie, dans la laine des molles sécurités et des satisfactions purement végétatives ne vaut pas le peine d'être vécue.

Ma gang de Bas-Canadiens, prenons tous ensemble une p'tite pause pour cesser un moment d'avoir peur d'avoir peur d'avoir peur de mille et une affaires différentes, et posons-nous la question : avons-nous peur des bonnes choses, et le communiquons-nous assez clairement au pouvoir en place ? Car au final, l'immobilité de notre classe politique face à la question écologique n'est probablement que le reflet de notre propre immobilité collective.

Et toi, t'as peur de quoi ?
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http://urbania.ca/blog/5020/le-mot-du-president-la-peur-davoir-peur-davoir-peurTue, 22 Apr 2014 11:40:30 EDTOgden Ridjanovic aka Robert Nelson, Président de la République libre du Bas-Canadaquebeccanadapeurbloguehttp://urbania.ca/blog/5020/le-mot-du-president-la-peur-davoir-peur-davoir-peur
Découverte - L’Histoire écrite par les gagnants

Un reportage complet de 42 minutes (disponible sur ici.tou.tv sans même avoir besoin d’être abonné ou d’avoir un compte ici.tou.tv.extra.plus+, c’est-ti pas beau, ça) sur l’assaut que fait subir le gouvernement Harper aux institutions scientifiques canadiennes depuis quelques années.

On y rencontre entre autres une archéologue qui voit son travail éliminé parce qu’il ne cadre pas avec la vision historique britannicocentriste qu’Harper veut donner du Canada, parce que le gouvernement fédéral considère qu’il est plus important de célébrer notre bénigne « victoire » contre les États-Unis que d’apprendre s’il est possible que les anciens vikings aient rencontré les peuples autochtones du Nord du pays. On y rencontre aussi des scientifiques qui travaillent en écotoxicologie qui se font fermer leurs labos, parce que parler contre la pollution causée par le pétrole, c’est pas très gentil pour les gens de l’Athabasca. 

Des milliers de biochimistes, d’archéologues, de chercheurs de toutes sortes qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi. Ils clament que la science devrait être apolitique, détachée du gouvernement et de son idéologie. 

Ce n’est malheureusement pas si simple. 

Nous ne vivons plus dans le monde de Galilée, où un homme pouvait regarder le ciel, griffonner quelques calculs et faire des découvertes qui changent le monde. La science a besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Une expédition archéologique coûte des centaines de milliers de dollars. Et ce n’est pas en se fiant au mécénat qu’on arrive à grand chose: à part quelques projets technologiques tape-à-l’oeil comme la fusée SpaceX, le plus près que le privé approche de recherches scientifiques poussées se trouve pas mal dans les souffleries des écuries de F1. Rien de bien rassurant pour l’avenir de la science. 

Et pourtant, les scientifiques qui manifestent devant le Parlement ont raison sur tous les points: la science ne devrait pas être politique, et tous les progrès scientifiques profitent au final à l’ensemble de l’humanité; il en va de notre compréhension du monde dans lequel on vit, de notre bien commun et, somme toute, de notre avenir à tous. 

Mais quand la science dépend du politique pour ses fonds, il faut être naïf pour croire qu’un gouvernement qui s’assoit sur la prospérité et les valeurs conservatrices allait continuer à financer toujours plus fort un groupe aussi critique envers ses positions. Car si la science est apolitique, elle a toujours refusé les dogmes; et si le conservatisme à la Harper est une chose, c’est bien dogmatique. 

C’était donc un conflit inévitable: la politique, qui est par définition partisane et idéologique, ne peut forcément pas cohabiter longtemps avec la science, dont la principale qualité est de toujours tout remettre en question. Si les scientifiques gouvernementaux existaient, c’était bien parce que les gouvernements successifs, s’ils ne les avaient pas carrément instrumentalisés, les avaient du moins laissé exister. Celui-ci en a eu tout bonnement assez de ces empêcheurs de driller tourner en rond. 

La stratégie Harper est transparente: en coupant dans les budgets scientifiques, on s’assure qu’aucun résultat embarassant ne vienne contrecarrer les plans de l’industrie en écrivant une histoire qui ne cadre pas avec la leur. Mais, me direz-vous, un jour, ça finira bien par se savoir? À cela, une réponse m’apparaît claire: vous savez, vous, à quel réseau l’émission Découverte est diffusée? Vous savez qui a créé ce reportage


Un sondage récent montre qu’une majorité des Américains ne croient pas que le Big Bang a eu lieu. Plus du tiers d’entre eux croit que la Terre a été créée il y a quelques milliers d’années seulement, et 42% ne croient pas à l’évolution. Voilà pourquoi l’éducation scientifique est si primordiale, et pourquoi je me dois de féliciter le réseau FOX qui, en collaboration avec National Geographic, diffuse ces temps-ci un reboot de la classique émission Cosmos, animée jadis par le grand Carl Sagan. Dans cette incarnation, l’excellent vulgarisateur Neil deGrasse Tyson explore les bases des sciences naturelles avec brio. Un Découverte sur les stéroïdes. À voir absolument, ne serait-ce que pour s’émerveiller de la beauté et de la grandeur de notre monde. 

Et pour faire un petit pied-de-nez aux antiscientifiques, aux obscurantistes et aux marchands d’ignorance. Pour montrer que l’Histoire n’est pas toujours écrite par les gagnants et que, des fois, elle est écrite par ceux qui ont raison. 
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http://urbania.ca/blog/5019/decouverte-l-histoire-ecrite-par-les-gagnantsTue, 22 Apr 2014 08:38:56 EDTÉric SamsonbloguedécouverteCharles Tisseyrejour de la terrehttp://urbania.ca/blog/5019/decouverte-l-histoire-ecrite-par-les-gagnants
Cher moi sur Tinder,
C’est un peu flatteur je dois t’avouer; pendant longtemps je voulais être quelqu’un d’autre et là, quelqu’un d’autre voulait être moi.

Mais je me sens un peu hypocrite, parce que je suis moi aussi un imposteur : le gars dans les photos de mes articles, c’est pas moi.  

En réalité, je suis celui que l’on voit dans le cliché ci-haut. Un petit roux avec un afro.

Je sais même pas c’est qui le dude dans les photos : à chaque semaine, je fais juste Googler le titre de mon article et je tombe magiquement sur une photo qui le dépeint avec une troublante précision.

Comment puis-je t’en vouloir, toi qui usurpe mon identité alors que j’en suis depuis toujours le premier usurpateur ?

Plus sérieusement, cher moi sur Tinder, quand je dis que le gars dans les photos c’est pas moi. C’est mi-blague mi-sérieux.

C’est un moi bonifié.

C’est un moi qui ne divulgue pas les deux choses que je suis incapable de faire dans la vie; flirter et filtrer. Et Dieu sait que pour flirter, faut filtrer.

C’est un moi qui omet de dévoiler mon signe astrologique : Taureau ascendant mains moites.

C’est un moi shooté en studio, par un professionnel de l’éclairage qui décharge la lumière de ses spots de manière à atténuer l’insolence visuelle qu’est mon gros nez sémite.  

C’est un moi aux sourcils intimidés par Photoshop. Parce que des sourcils, j’en ai épais. Les chenilles m’arrêtent dans la rue pour se faire prendre en photo avec moi. La preuve, voici un avant-après de la photo de moi que tu utilises :


C’est un moi virtuel extraordinaire alors qu’en vrai je suis ordinaire.

Oui, je crois qu’on est tous uniques. Uniques mais comparables. On est une société de comparables qui nous battons incessamment pour détatouer notre épiderme de cette étiquette immuable qu’on porte : l’étiquette du comparable.  

On veut que tout le monde nous trouve extraordinaire. Être l’Extraordinaire de tous. Au lieu d’être l’ordinaire de la plupart et l’extraordinaire de nos proches. De ceux qui nous aiment.

Pas qui nous likent; qui nous aiment.

Notre extraordinaire se voit donc dilué dans la masse et ceux qui méritent le concentré, le condensé de notre extraordinaire, ben il font comme le reste d’entre nous : ils prennent des colisses de selfies.

Bien à toi

Rabii,

PS : Arrête.

PPS : Arrête pour vrai, tu veux pas être ça:



crédit photo: Antoine Ryan
roux: Alexandre Bisaillon
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http://urbania.ca/blog/5015/cher-moi-sur-tinderThu, 17 Apr 2014 11:52:04 EDTRabii Rammalchenillesuniques mais comparablesExtraordinaire diluéêtre vs paraître juste pour fourrerusurpation d'identitéTinderbloguehttp://urbania.ca/blog/5015/cher-moi-sur-tinder
Jonquilles et jus de persilJ’étais fantastiquement en forme. C’est même pas de l’ironie. Le gelato coulait dans mes veines, j’avais un teint de pêche et du soleil dans les cheveux. Bien loin de me douter que la petite bosse que je sentais dans mon abdomen avant de partir en voyage allait se muter en BigMac à mon retour. Vous auriez dû voir ma face, quand la radiologue m’a dit : « Masse de 17 cm dans l’abdomen ». S’en est suivi un mois d’angoisse, à apprendre à vivre des mots comme scan, scintigraphie, IRM, biopsies et PET-SCAN qui te rendent radioactive et t’empêchent d’aller border ton enfant le soir.

Ensuite, le diagnostic tombe : lymphome diffus à grandes cellules B.
 « Une bataille qui peut être gagnée. »

C’est le petit bout de phrase que j’ai retenu, de ma première visite en oncologie, évitant de demander des statistiques… Y’a pas de manuel qui dit quoi faire quand tu tombes malade à 37 ans, pis que t’as une fille de 5 ans. Mais, j’ai lu toutes sortes d’affaires quand même, comme une désespérée qui veut trouver un sens. En 2014, t’es responsable de ton bonheur, alors forcément, t’es responsable de ton cancer…
« La tumeur est au niveau du foie ? Hum, tu sais que c’est de la colère accumulée ça, ma belle, hein ? »
« Gère tes émotions, débloque tes chakras, pis tu vas comprendre pourquoi t’as développé ça… »
Maudite littérature culpabilisante et donneuse de faux espoirs. 

Quand t’apprends une nouvelle comme ça, t’es vulnérable comme 1000 !!! Tu veux vivre, tu veux voir grandir ton kid pis tu te repasses son rire dans ta tête comme une cassette, comme un mantra. Trop tentant de croire tout ce qui est écrit. Trop tentant de faire la diète de la fille qui a survécu parce qu’elle mangeait juste des citrons, de te commander par internet un champignon tibétain à 300$. Trop tentant de faire un câlin à un bouleau en buvant du jus de persil, surtout si c’est un psychanalyste ex-cancéreux qui l’écrit…
Pis si c’est un oncologue qui l’écrit, mais c’est encore plus crédible ! Oui, ça existe des oncologues québécois qui écrivent des livres disant que les cellules cancéreuses se multiplient plus vite en présence de détresse et d’anxiété (ce qui ne fait pas consensus chez les scientifiques en passant).

Gère ton émotion sinon tu seras encore plus dans marde ! Quand tu te fais annoncer que t’as un cancer, t’es zen et paisible tu penses ? Non, tu capotes en VIARGE ! Et oui, la colère et l’anxiété sont des émotions normales dans les circonstances. C’est quoi l’affaire, en plus d’être malade, il faut que tu sois performant, méga-positif, il faut que tu sois une machine de guerre, il faut que tu gagnes ! 

Le yoga, la méditation, l’hypnose, la massothérapie aident vraiment à gérer ta boule de malaise, mais c’est pas ça qui va te guérir, malheureusement. C’est trop facile de faire des équations bidon, de croire que la toute-puissance de la pensée positive va te sauver. Le cancer, c’est complexe… mutations génétiques, pesticides, virus ? On ne connaît pas tout et on ne comprend pas tout de ce maudit crabe. 

J’en ai vu plein de filles de mon âge en chimio qui mangeaient déjà bio, qui ne fumaient pas et faisaient du sport avant d’avoir leur diagnostic. Le cancer, c’est injuste et ça n’a pas de sens !
Tu peux être super zen comme Servan-Schreiber et crever pareil.

***

J’apprends tranquillement à vivre avec l’incertitude, avec les tempêtes d’émotions aussi. Quand ça arrive, comme un chien esquimau qui voit le blizzard se lever, je prends mon trou. J’attends que ça passe plutôt que de me débattre et m’épuiser à courir dans le vent, aveuglée par la neige. J’essaie de tolérer d’être désorientée, d’avoir le sang glacé par moments. 

Et puis, tout à coup, sans trop comprendre pourquoi, ça se calme, ça se réchauffe.  
Je respire. Encore. Je suis toujours là. Vivante.
Je regarde autour, le paysage a changé. Je vois les outardes passer, les jonquilles pousser. C’est beau!


Manue, des RoseMomz
Illustration : Pierre-Nicolas Riou

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http://urbania.ca/blog/5014/jonquilles-et-jus-de-persilThu, 17 Apr 2014 09:36:38 EDTLes RoseMomzmèreroseMomzcancerbloguehttp://urbania.ca/blog/5014/jonquilles-et-jus-de-persil
Il n’est peut-être pas trop tard
À une certaine époque, pour protéger nos idées, la croyance populaire était qu’il fallait les détailler sur papier et se les envoyer par courrier. De cette manière, le sceau du bureau de poste déterminerait qui a eu l’idée en premier et qui l’a supposément volée à l’autre. Je ne connais pas la valeur légale de ce geste, mais je connais la valeur monétaire de toutes les idées que je me suis postées: zéro.

Quand j’étais encore dans cette impossible course à la perfection, c’est-à-dire d’être jeune, beau et riche pour toujours, je me tenais à l’affût des tendances et des moyens de faire de l’argent.

Au début de l’internet, moi et mon colocataire de l’époque nous sommes lancés dans la bourse. Nous étions à la recherche d’un coup fumant comme on aimait dire.  Un coup fumant, pour nous, c’était une action que l’on paie moins de dix cents et que l’on espère va exploser jusqu'à quelques dizaines de dollars. Nous avions acheté des actions d’une compagnie qui s’appelait NetRadio, on se disait que l’avenir de la radio était sur internet.

« L’internet, ça va être gros plus tard! » Qu’on disait.

Nous n’avions effectivement pas tort, nous nous sommes juste trompés de compagnie. Netradio n’a jamais vraiment existé et Google ne nous disait rien à l’époque. Nous étions dans le bon temps, mais nous n’avions pas réellement fait de recherche sérieuse. 

Aujourd’hui, il y a encore des coups fumants à la bourse, nous allons savoir lesquels dans dix ans, mais entre temps, il n’est peut-être pas trop tard.

Il y avait aussi ce projet d’entrevue pour les magazines. Je m’étais associé à une photographe et l’on voulait faire des entrevues dans les bars et aussi avec des gens qui ont des métiers cools. 

Dans les bars, le concept était de déterminer un roi ou une reine de la soirée qui dégageait un charisme hors norme, l’interviewer et la prendre en photo. Les gens ont toujours été fascinés par les personnes charismatiques. Le but de ce projet était de faire déteindre le charisme de nos sujets sur les lecteurs de l’article. Je pense que ça aurait marché. 

Aujourd’hui, il y a encore des personnes charismatiques, peut-être qu’il n’est pas trop tard.

Pour les personnes qui ont des métiers cools, le concept c’était d’inciter les gens à rêver grand et à ne jamais se contenter de moins qu’être payé pour faire ce qu’ils aiment. Comme de jeunes adultes encore purs et innocents, nous voulions propager le message qu’il ne faut pas toujours écouter les adultes et tous les rêves qu’ils ont abandonnés pour un peu de sécurité. J’ai rendu le projet aussi loin que la théorie puisse le permettre, mais je n’ai jamais osé le présenter officiellement. Je pense que ça aurait marché. 

Aujourd’hui, il y a encore des gens qui rêvent. Peut-être qu’il n’est pas trop tard.

Il y a aussi la fois où je suis devenu producteur d’un projet pilote d’une émission de télévision sur le coaching de vie. (Dans le temps où ce n’était pas encore à la mode et devenu un peu quétaine.) Avec une équipe de tournage, nous allions suivre diverses personnes dans toutes les étapes de la réalisation de l’un de leurs rêves. Le but étant de miniaturiser les étapes de l’extraordinaire. Si les gens voient concrètement que le succès est composé de petites étapes bien simples et d’un peu de persévérance, tout deviendrait alors à leur portée. Pour ce projet, j’ai encore tout fait sauf le présenter aux gens de la télé. Je pense que ça aurait marché. 

Aujourd’hui, le succès est encore composé d’échecs et de petites étapes qui s’accumulent, peut-être qu’il n’est pas encore trop tard.

Il y a aussi les dizaines de fois où j’ai voulu écrire un livre, faire des vidéos pour YouTube, devenir scénariste d’un film qui serait acheté par les Américains, devenir champion de poker, pro du golf et j’en passe. Ma vie a toujours été constituée de bonnes idées et aucune n’était hors de ma portée. Elles sont juste restées coincées dans la partie facile d’un projet, la partie théorique que tout le monde peut faire, la partie qui ne vaut rien sans action soutenue. 

Je ne me suis jamais vraiment engagé dans rien afin de pouvoir toujours m’engager dans tout. C’est la meilleure façon de ne rien faire. J’attendais le bon moment, le bon projet pour y mettre le paquet et devenir l’homme que j’ai toujours voulu être. Toutefois, je n’ai jamais su reconnaître ce bon moment. Peut-être n’est-il pas encore venu. Je dois attendre jusqu’à quand? Il me reste un peu moins de temps.

Dans l’attente de l’engagement, tout reste grand et loin. On attend un signe clair et évident. Nous croyons que la passion va nous frapper de plein fouet, un peu comme l’amour et que le doute disparaitra comme par enchantement. La tête dans l’idéal, nous devenons aveugles à tout ce que l’on peut faire aujourd’hui, car tout y est beaucoup trop petit. 

Demain sera toujours plein de promesses, mais le problème avec demain, c’est qu’il ne devient jamais aujourd’hui. 

Voilà ce qui s’est passé.

Aujourd’hui, il n’est peut-être pas trop tard.

« Le meilleur moment pour planter un arbre, c’était il y a 40 ans, mais le deuxième meilleur moment c’est aujourd’hui. »  --citation zen--

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http://urbania.ca/blog/5011/il-n-est-peut-etre-pas-trop-tardWed, 16 Apr 2014 14:38:49 EDTDavid Malobloguehttp://urbania.ca/blog/5011/il-n-est-peut-etre-pas-trop-tard
78 petites victoirespetites victoires ». C’est un succès, un bon coup dans ta journée. Une petite victoire, ça peut être vraiment insignifiant lorsque tu le compares à un accomplissement. Par exemple, avoir une promotion ou décrocher un nouvel emploi est certes admirable et trippant, mais ce n’est pas une petite victoire. C’est trop gros et ça n’arrive pas souvent.

Une petite victoire, c’est moins grandiose et significatif, mais ça rend profondément heureux dans une journée. Sache les reconnaître. Apprécie.



1. Trouver accidentellement du cash dans tes poches de jeans ou dans ton manteau d’hiver.

2. Pitcher une boule de papier directement dans une poubelle qui est à une bonne distance.

3. Te lever à deux heures du matin et voir qu’il te reste encore une couple d’heure de sommeil.

4. Pitcher un morceau de vêtement dans la sécheuse en marche sans qu’elle ne stoppe. Communément appelé le « one timer de sécheuse ».

5. Nailer parfaitement un verse d’une toune de rap dans ton char.

6. Trouver un parking à côté de la porte d’un gros centre d’achat.

7. Regarder la télé pendant que tu te fais cuire de quoi, avoir le flash que c’est bientôt prêt, te lever et arriver exactement quand ton timer buzz.

8. Réussir à enfin enlever un morceau de popcorn pogné entre tes dents, après avoir gossé avec ta langue pour le déloger pendant 30 minutes devant ton film.

9. Finir le rouleau de papier d’aluminium exactement avec la bonne grosseur pour emballer ton plat.

10. Lâcher la clanche du pistolet d’essence drette sur un montant rond.

11. Faire popper tes toasts du grille-pain et admirer une cuisson de la bonne couleur et uniformisée.

12. Réussir à faire partir le spot sale que tes wipers pognaient pas, fruit de bin du windshield washer et de la patience.

13. Réussir à transporter l’épicerie en un seul esti de gros et pénible voyage de paresseux.

14. Réussir à te retenir de te taper un autre épisode d’une série télévisée que tu es devenu accro, pour aller te coucher. Respect.

15. Remplir ton réservoir de lave-glace et stopper parfaitement au rebord sans renverser une goutte après avoir entendu le bruit qui devient plus aigu indiquant le réservoir presque plein.


17. Te couler un bronze satisfaisant avant de quitter la maison pour ta journée de travail ou un long roadtrip.

18. Penser à prendre tes osti de sacs écologiques avant d’aller à l’épicerie.

19. Ouvrir le frigo/garde-manger et découvrir une gâterie que tu t’étais acheté et que t’avais oublié.

20. Découvrir que c’est samedi, alors que tu pensais que t’étais dimanche.

21. Quand quelqu’un te demande si t’as perdu du poids, pis t’en a pas perdu fuckall.

22. Se lever le nez clearé après l’avoir eu bloqué en raison d’une trop longue grippe.

23. Quand ton hoquet cesse.

24. Quand tes biscuits préférés sont en spécial. Maxi-Fruits aux Framboises.

25. Te sortir d’une situation embarrassante grâce à un mensonge improvisé live sans que personne ne le détecte.

26. Quand une belle fille/beau gars s’assoit à côté de toi dans le bus.

27. Quand t’es le dernier en ligne au magasin et qu’une caissière ouvre sa caisse avec un : « monsieur vous pouvez passer ici. »

28. Ouvrir la radio de char et entendre une toune que t’aime.

29. Lâcher un pet furtif au milieu de tes chums et attendre que l’empoisonnement fasse son œuvre et que quelqu’un finisse par dire : « AH … BIN … TABARNAK !!! »

30. Passer en voiture pendant une série de lumières de circulation verte.

31. Dérouler un café gratisse.

32. Le feeling de sentiment accompli quand tu clear une dette.

33. Quand un(e) inconnu(e) te remet le sourire que tu viens de lui faire.

34. Virer une sale brosse et être étonnamment en forme le lendemain.

35. Glisser judicieusement un fun fact de culture générale et impressionner tes interlocuteurs.

36. Planter sur la glace en marchant dans la rue et constater que personne t’as vu.

37. T’obstiner avec quelqu’un quand tu sais très bien la réponse, le challenger à mettre du cash  sur la réponse … et le voir hésitant pour finalement choker.

38. Finir le lait et en avoir juste assez pour mettre dans ton café. Fuck aller à l’épicerie, il fait frette pis c’est samedi.

39. Faire une longue marche extérieure par temps incertain et constater qu’à la seconde où tu arrive à destination, le ciel se déchaîne en pluie torrentielle.

40. Te rappeler du nom de quelqu’un, après avoir conversé avec 10 minutes, et l’utiliser sans qu’elle se rende compte que tu l’avais crissement oublié au début.

41. Fusionner le coït avec ton partenaire.

42. Le (faux) feeling d’être riche le jour de la paye.

43. Voir une jolie fille entrer dans ton premier cours de session. Yes, une motivation pour le cours.

44. Le moment où tu penses prendre une pause lors de ton jogging et tu croises une hot joggeuse/joggeur te forçant à acter comme si t’étais bin relaxe et au-dessus de tes affaires.

45. Constater que la veille, tu t’étais fait ton lunch. Good job me !

46. Quand tu écris un commentaire sur facebook qui est tellement drôle qu’il a plus de like que le statut.

47. Quand une toune vraiment motivante part lors de ton jogging.

48. Réussir un plat. Tout simplement.

49. Lorsqu’une demoiselle dans un bar très crowdé, passe derrière toi en overfrottant sa poitrine dans ton dos. Ah bin, free tits.

50. Lorsque tu veux rappeler à une fille/gars  « Tsé, on avait un cours ensemble » ou « on s’est vu au party chez Max », pis au lieu d’avoir l’air d’un stalker, la personne s’en rappelle.

51. Recevoir un appel, te permettant de te sauver d’une conversation vraiment awkward.

52. Ces 3 petits mots de fin de soirée : « Tu veux entrer ? ».

53. Arriver à l’improviste dans un pub, et la serveuse te dit que t’es pendant un happy hour avec la bière en spécial.

54. Recevoir un highfive d’un inconnu.

55. Le good feeling d’un frigidaire plein après l’épicerie.

56. Être témoin de la fragilité du bikini d’une fille téméraire qui fait les glissades d’eau de type « turbo ». Merci Jésus.

57. Voir quelqu’un rentrer dans une porte « tirer ». Mehehehe.

58. Quand le gars crissement trop saoul et déplaisant pour la ligue se fait sortir par le doorman.

59. L’une des premières fois que tu te fais pas carter, après que t’es crissement habitué de te le faire faire depuis t’as 18 ans. « Hen ? Vraiment ? Wooooooooo ! »

60. Te faire arrêter par un policier et que finalement, il te donne simplement un avertissement. Ok, moi j’ai jamais eu ce privilège, mais ça l’air que ça arrive … ça l’air.

61. L’explosion intérieure que tu vis quand la date qu’un ami(e) t’a vendue avec tant d’insistance est un beau morceau. « Ok, moins intense le sourire, gros …  ferme ta bouche un peu … c’est çaaaaa.».

62. Recevoir une bonne note à un examen, quand t’étais persuadé de te péter la yeule solide.

63. Quand un chum te remet du cash que t’avais oublié qu’il te devait. I’M RICH BITCHHHH !

64. Recevoir ton permis de conduire/passeport/carte de job pis t’as pas l’air du mugshot d’un redneck rapist du Mississipi.

65. Quand une fille accepte ta proposition de golden shower. Wait, what ?!?

66. Fitter dans du linge qui te faisait plus.

67. Te lever le matin et voir dans le miroir que ton bouton dans l’front est disparu.

68. Quand tu stationnes ton auto une fois arrivé à ta destination et qu’au même moment la toune que t’écoute finit. Paaaaaarfait !

69. Arriver à l’arrêt de bus 30 secondes avant que celui-ci passe.

70. Quand t’es à la caisse au IGA et que l’article gratuit de la semaine est en fait, soit nice ou utile. Fuck ton savon à vaisselle qui sent le camp de concentration nazi.

71. Recevoir un examen à choix multiples quand t’avais fuckall étudié. Pssst, dans le doute, prends « C ».

72. Quand tu finis de taper ta palette d’hockey en même temps que le rouleau finisse.

73. Soupçonner quelqu’un de quelque chose, et le pogner en flagrant délit. JE L’SAVAIS !

74. Hésiter à proposer une idée dans un meeting de job, et quand tu te décides à le dire … y’a un silence pesant et le boss te dit : « C’est un excellent point ! »

75. Recevoir un bill moins gros que t’anticipais. Champagne !

76. Commettre une punition flagrante au hockey, regarder l’arbitre, et te rendre compte que tu t’en es sauvé.

77. Quand tu sors une joke avec une référence obscure (films, gaming, livres, etc.) et que quelqu’un la pogne et te props.

78. Prouver à ta blonde qu’elle a tort. Ah … très grosse petite victoire.


Article paru sur le blog « Le Grand Roux et le Moes »
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http://urbania.ca/blog/5013/78-petites-victoiresWed, 16 Apr 2014 13:33:36 EDTLe MoesGrand rouxMoespetite victoirevictoireepic winbloguehttp://urbania.ca/blog/5013/78-petites-victoires
Le dessinLa face du Fils, toé. Les yeux avec du pétille, du rouge sué joues, un genre de sourire plein. Il m’a regardée et avec un petit gêné dans la voix, il m’a dit : « Y sont amoureux. ». Il y avait dans le ton une sorte de hâte, de curieux, de moi-aussi. J’ai trouvé ça beau. Ce pressentiment, cette anticipation. Voir le goût de l’amour pour la première fois dans quelqu’un, j’pense que c’est précieux.

Y sait que cet amour qu’il ne comprend pas vraiment, mais qu’il voit comme une promesse, semble spécial, que ça a manifestement l’air différent de ce qu’il y a entre lui et moi, ses grands-parents, ses petits amis. Mais ça lui reste flou, à deviner.

Je ne peux pas vraiment lui dire, lui décrire, l’informer qu’à un moment donné, ça va le pogner. L’embrasement, le beau, le torrent. Du feu dans l’corps. L’autre qui va lui rentrer dedans, prendre de la place, tellement de place qu’il le verra derrière ses yeux, le sentira un peu partout de l’intérieur. Le cœur qui lui battra plus vite aussi parce que cette nécessité de se vivre, se partager jusque là.

Ça ne lui ferait pas de sens si je lui parlais des détails. Les petites affaires de rien, mais qui font que toute est toute, que tu sais que le quelqu’un pis toé, ça nucléaire. Que sans ce quelqu’un, toute prendrait un ton de fade, un goût de fade. 

Des détails de même.

Quelqu’un qui ne lève pas les yeux en l’air quand tu te mets à danser à l’épicerie. Notamment parce que, souvent, y dansait même avant toi.
Quelqu’un qui épluche tes oranges parce qu’il sait que tu le feras pas, que t’haïs ça, mais que t’aimes le goût pis le jus qui te coule sul menton pis il aime ta face quand tu manges des affaires que t’aimes.
Quelqu’un qui va avoir des bouts de peau préférés sur ton corps, un dessus de genou, un creux de bassin, le flan, des bouts ben doux. 
Quelqu’un qui va te reconnaître à l’odeur de corps, de loin.
Quelqu’un qui va faire en sorte que des citations de marde vont te parler, surtout celles écrites avec une mauvaise typo, que des tunes de marde vont te parler pis que tu vas te demander en ta’ il-est-où-le-fuck-avec-moé. Mais ça va te parler pareil pis tu vas même y croire.
Quelqu’un qui, même s’il est couché à côté de toé, ben confortable sous la couette, va se lever, s’habiller et aller te chercher un poulet en boîte parce que tu y as demandé avec des yeux qui papillonnent pis une petite voix pis un gros sivouplaît. Tu vas y sourire grand en léchant tes doigts pis ce cute-là, y va aimer ça fort.
Quelqu’un dont tu vas te préoccuper de l’homéostasie.
Quelqu’un avec qui sul plancher, sua table, sué murs seront des modes d’être.
Quelqu’un avec qui tu vas avoir autant de fun à parler de la météo que de la pas météo. 
Quelqu’un avec qui t’auras pas peur d’être toute ce que t’es, dans ton laid comme dans ton beau, qui te verra en linge mou, en yeux bouffis d’avoir braillé, en pas lavé, en boule dans ton lit. 
Quelqu’un surtout qui va te donne l’envie d’être plus grand que toi-même (tu vas me dire « Véro tu mesures cinq pieds un. Grosdéfi. » pis là je vais te répondre « C’pas de cette grandeur dont je parle »), d’aimer des affaires, de faire des affaires.
Quelqu’un avec qui « le poche » n’a plus de sens.

Ouin. Tout ça. Y va l’apprendre à un moment donné. Après les amours cute, celles que tu coches sur un petit bout de papier. Celles avec lesquelles tu apprends à ressentir, à vouloir, à être bien. Mon premier bout de papier, y s’appelait Philippe. Y faisait du ski. Des pentes avec des losanges. Ça m’impressionnait pas mal. Pis y’avait un regard doux. J’aurai toujours un p’tit mou dans le cœur en pensant à lui, même si on avait juste neuf ans au moment du cochage. Ça marque, le cochage.

Il y aura aussi les déchirements, les brisures, le triste, nécessairement, mais ça, j’en parle pas.

Pas là. Fa’que après le film, il avait son air pensif avec des yeux plissés. Il m’a demandé des crayons pis du papier. Pis il m’a dit : « T’sais, petitefilledelagarderie, elle me fait tout le temps des bricolages. J’pense qu’elle aimerait ça que je lui fasse un dessin. J’pense que je serais content qu’elle soit contente. ». BAM. Mon cœur de mère pis d’humain a fait aon. Il lui a dessiné une fusée. On a roulé le papier, j’y ai gossé un emballage. J’ai retenu des larmes – chu sensible – quand il lui a tendu. Se sont faits un câlin. Mon p’tit aime. Doucement. Ouais. Pis ça m’émeut. Pis je vous dis cœur pis toute. Et surtout ben des détails, là, aujourd’hui, dans vos dits cœurs.

Illustration de : Gabrielle Laïla Tittley
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http://urbania.ca/blog/5012/le-dessinWed, 16 Apr 2014 11:55:07 EDTVéronique Grenierbloguehttp://urbania.ca/blog/5012/le-dessin
Le contrôle, le couteau et le dialogueBullshit. Beurrage épais de Nutella édulcoré sur tranche de vie moisie. Force de coloriage qui ne dépasse pas, enfermé entre les lignes d’un judéo-christianisme empesé. Rien à voir. C’est confus. C’est scandaleux. Ça n’a rien à voir avec la force. Ça n’a rien à voir avec l’envie de mourir. C’est plutôt un furieux besoin de vivre. L’automutilation, c’est un violent refus de se laisser mourir.

C’est décrit comme une reprise de contrôle sur soi-même et sur la façon dont notre environnement nous affecte. Il y a le vertige. Il y a la chute. Perte de contrôle, avalanche de malaises. Désespoirs échappés dans le vide. Tu dérapes et tu te mets à penser que le frein se trouve peut-être entre le derme et l’épiderme. Tu crois que le contrôle sur toi-même, tu peux te le graver dans la peau. Sauf que c’est une prise de contrôle qui laisse des marques. Des marques en forme de mensonges.

Sur mes bras, juin 2010. Les griffes du chat. Un peu plus tard, sur mes seins. Encore le chat. Il a le dos large, celui-là. Sur mes cuisses. Ma sexualité. Tout va bien. Y’a rien là. Pis là, plus tard, encore mes cuisses. La confrontation, je prends super bien ça. Regarde comme je suis au-dessus de tout ça. La dureté du monde. Y’a rien là. La violence d’autrui. Y’a rien là. Je m’adapte dans ce monde comme un poisson dans l’eau. Regarde comme je flotte avec aisance au-dessus des égarements terrestres.

Ben oui toé. La grosse panique. Le rythme cardiaque qui s’accélère. Les pupilles dilatées et les palpitations comme sur un rush de speed. Pleurer, c’est pour les faibles. Pis là, le couteau. Parfois, juste avoir le couteau dans les mains me calme, parce qu’on est en contrôle de ce que ce couteau fera. J’pense que c’est ça. Être en pleine possession de sa douleur. Sauf que parfois, c’est pas suffisant. Soudainement, il y a la douleur physique. Ça, ça se contrôle. Ça calme. C’est instantané. C’est comme une amputation de la panique. Une ablation de la détresse en même temps qu’une greffe du contrôle.

Sauf qu’il y a un estie de gros problème. Tu le sais, en-dedans de toi, que c’est pas la bonne manière de reprendre le contrôle sur toi. Aussitôt que la lame tombe par terre dans un clang un peu mouillé, tu peux constater l’étendue de ta très grande erreur. Kessé j’ai fait là ? Voyons donc. Ça se fait pas, ça. Le sang par terre. Trois petites gouttes de honte, puis, les mains beurrées. La paralysie : tu te sens comme un chevreuil pris dans la lumière des phares d’une voiture, sauf que c’est le regard de l’Autre qui s’apprête à te frapper. Ce regard qui te renvoie le reflet de ta culpabilité. Tu ne peux pas passer le reste de tes jours prostrée dans la salle de bains. Il faudra bien que t’en sortes un moment ou l’autre. Tu le sais que ça donne absolument rien d’essayer de cacher ça. Quelle terrible conséquence que de voir l’affreux dans les yeux de l’Autre. C’est ta plus grande culpabilité. Mea culpa, mea maxima culpa. Il y a quelqu’un qui t’aime, et que tu aimes, qui crève de chagrin en nettoyant le sang sur tes vêtements et sur le plancher, pis c’est de ta faute.

Tu passes des jours à t’excuser, à toi-même, à l’Autre, alors que l’Autre, y’en veut pas, de tes excuses. Il veut juste comprendre. Qu’est-ce qui te pousse à faire ça. Ça comble quel besoin. Par quoi d’autre ce besoin pourrait-il être comblé. T’essaies de lui expliquer, même si tu n’y comprends rien toi-même. Tu rassures. Tu parles de contrôle. Tu parles de calme, de respiration, de soulagement. Tu parles de douleur qui te fait sentir vivante. Pis c’est en dialoguant que tu finis par te rendre compte que tu ne peux pas tout contrôler. Qu’il y a des choses qui vont arriver pis tu ne peux rien y faire. Que ce que tu peux contrôler, par contre, ce sont tes actions. Que le dialogue t’aide en maudit à comprendre tout ça et à mettre ça en pratique à chaque jour, à chaque détresse.

Ça peut être toff, de dialoguer. Faire face, verbalement, à ce qui nous désespère. Mettre des mots et des phrases sur ce que l’on vit, étiqueter quand on a les étiquettes en horreur. Sauf que c’est tellement plus efficace, plus définitif, que de se labourer le chest à coups de ciseaux à coiffure.

Pis ça ne laisse aucune vilaine marque. Ni sur la peau, ni dans le cœur. Ça se vit jour après jour. Ça te stabilise sa femme, ou son homme. Le bien immense que ça fait. Pis là, sans t’en rendre compte, malgré quelques rechutes ici et là, à force de dialogue et d’ouverture, tu penses de moins en moins à ton vieil ennemi le couteau.

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Je milite pour la justice sociale, l'égalité et le féminisme - des synonymes à mes yeux. Ayant suivi une formation en arts visuels, je poursuis mes démarches en recherche sociologique et j’écris présentement un livre sur l'itinérance qui sera publié prochainement chez VLB.
J’anime le tumblr LES ANTIFÉMINISTES – http://lesantifeministes.tumblr.com/
Pour me suivre : c’est Sarah Labarre sur Facebook et @leKiwiDelamour sur Twitter.
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http://urbania.ca/blog/5010/le-controle-le-couteau-et-le-dialogueWed, 16 Apr 2014 09:36:07 EDTSarah Labarredialogueexcusesmort,bloguehttp://urbania.ca/blog/5010/le-controle-le-couteau-et-le-dialogue
Coke en stock
La conversation a commencé par une histoire de terre, achetée l’année où le ballot était tombé du ciel. J’ai évidemment voulu en savoir plus.

La consommation de drogues chimiques n’est pas très commune dans ce pays. Encore aujourd’hui, mais surtout à l’époque, beaucoup de la coke colombienne transitait par Haïti. À ce jour, il y a encore des hôtels fantômes un peu partout sur les côtes haïtiennes.

La semaine dernière, je demandais à une amie qui habite à proximité de l’un d’eux qu’est-ce qui se passait avec cet hôtel.

« Parfois, on voit des lumières clignoter à l’horizon, puis un petit bateau à moteur sortir face à l’hôtel pour rejoindre l’autre bateau en mer. Je n’ai jamais vu de clients à l’hôtel, mais personne n’ose poser de questions. »

Les passeurs en Haïti sont extrêmement discrets. Moins on parle d’eux, mieux ils s’en portent. La population évite le sujet, surtout par peur de représailles. Le marché n’est pas local, le pays et ses frontières poreuses ne servent que de transition avant l’Europe ou l’Amérique du Nord. Pour les mêmes raisons, les journalistes aussi (j’en suis) n’enquêtent jamais sur la dizaine de pistes d’atterrissage privées, peut-être même plus, disséminées un peu partout sur le territoire, dans le sud du pays en particulier.

Suite à la découverte du lot de coke en 1998, la police a bastonné un peu tout le monde. « Il y en a même qui ont été battu sans jamais avoir finalement eu leur part. Gérard a pris des gros coups à la tête, mais dit n’avoir rien trouvé. »

Faubert apprenait à pêcher à l’époque. Il trouvait ça beaucoup plus intéressant monétairement que l’école.

« Je suis allé à la mer un jour, puis le lendemain matin, quand je suis retourné, il n’y avait personne. La mer était vide, aucun pêcheur. Je trouvais ça un peu étrange. J’ai laissé mon sac d’oranges sures sur la plage (appâts pour poisson) et suis remonté tout de suite chez moi, dans la montagne. »

Ce matin-là, un hélicoptère est passé au-dessus de la plage pendant que Faubert s’y trouvait, ajoutant à sa frayeur.

« C’est ça qui m’a fait le plus peur, et qui m’a fait remonter le plus vite. Je pensais à l’époque que les hélicoptères volaient les enfants. »

En remontant chez lui, Faubert a rencontré un vieil homme du coin sur sa route. Il lui a dit que quelque chose était tombé dans la mer et qu’il s’arrangerait pour toucher sa part. Il ne l’a jamais reçue.

Dans les jours suivants, tous les pêcheurs du coin sont allés faire du « marronnage » pour se cacher des autorités et des voleurs. La plupart sont partis plus haut dans la montagne, dans des villages plus éloignés des grandes routes.

« Un peu effrayé, j’ai quand même décidé de partir à Saint-Domingue, où habitait mon oncle », me dit Faubert. Il n'est revenu qu'en 2011.

« Tout le monde était caché, je ne savais pas trop quoi faire. À mon âge, peut-être qu’ils ne m’auraient pas battus comme les autres, mais j’ai décidé de partir quand même. »

La légende veut que chaque pêcheur impliqué ait pris sa part pour la cacher quelque temps avant de tenter de la revendre, et parfois d’en consommer un peu.

« Il parait qu’après avoir pris un peu de coke, tu te mets de la glace sous les couilles, et tu bandes comme jamais », d’ajouter un ami moqueur qui est avec nous. Celui-ci dit n’avoir jamais tenté la chose. « J’étais à l’extérieur du pays quand ça s’est passé », nous jure-t-il.]]>
http://urbania.ca/blog/5009/coke-en-stockTue, 15 Apr 2014 11:45:33 EDTÉtienne Côté-PaluckstupéfianttraficjacmelhistoireHaïticokedroguehttp://urbania.ca/blog/5009/coke-en-stock
VickieJe l'ai pas connue beaucoup, et je n'étais pas terriblement proche. On a commencé sur le mauvais pied, pas rien qu'un peu, je trouvais qu'elle savait pas écrire et je lui ai dit, je me suis fait lancer des roches par elle et ben du monde, et je le méritais quand même un peu, aussi. Parce que même si elle faisait des fois des fautes de é/er et qu'elle avait de la misère avec ses règles d'accord de participes passés, je le savais qu'elle écrivait bien. J'aurais juste aimé ça qu'elle fasse un peu d'effort pour respecter les règles. 

Ça en dit pas mal sur moi, mais encore plus sur elle. Vickie était pas le genre de fille qui faisait des efforts pour respecter les règles. Elle s'en sacrait pas mal, dans le fond. 

Et c'est comme ça qu'elle a écrit Testament, son premier roman, et c'est comme ça aussi qu'elle a écrit Drama Queens, son deuxième, et c'est comme ça qu'elle vivait. 

C'était sa fête, hier. Il y a plein de ses amis qui lui ont souhaité bonne fête, sur son wall, comme si de rien n'était. Avec, sûrement, un petit motton dans le fond de la gorge. 

Moi, je ne lui ai pas souhaité bonne fête sur son wall. Je ne suis pas non plus allé voir la pièce de théâtre qu'on a faite avec Testament. On m'a dit qu'elle me nommait, à la fin de la pièce. Que j'étais en train de boire du vin, dans un parc, avec une personne qui est sortie de ma vie depuis maintenant longtemps. Anyways. This is not about me. 

Tu la connais peut-être, Vickie. Tu l'as peut-être vue à Tout le monde en parle, tsé, c'est elle qui était danseuse nue pis qui a eu le cancer pis qui a érit un roman. Ouais. Elle avait le cancer, du cerveau en plus. Une belle tumeur en nuage, pas opérable ou rien. Elle a fini par en mourir, le 11 mai 2013; on l'a su le matin, j'avais câllé mon party de fête pour le soir même parce que c'était un samedi et que ma fête c'était lundi le 13, et on s'est tous réunis au Cheval Blanc pour prendre un verre à midi et ça a été peut-être la plus longue brosse de ma vie mais encore là, merde, this is not about me

Son deuxième roman, donc, Drama Queens, est lancé demain. Et contrairement à la pièce, où je ne suis pas allé, contrairement à la vidéo de la lecture publique de son roman, que je n'ai toujours pas regardée (même si, oui, j'y étais), cette fois, je ne vais pas manquer ça. Parce que je n'ai pas manqué son premier lancement, alors qu'elle dédicaçait péniblement les livres qu'on lui donnait et que je lui ai donné ce soir-là, avec des amis, un foulard en soie avec des imprimés de fennecs dessus. Vickie aimait beaucoup les fennecs, tsais. Vickie aimait beaucoup le dubstep fâché, aussi, à la fin, et comme on se parlait exclusivement par Google Chat, elle me demandait de lui faire des playlists pour finir d'écrire son roman. J'ai encore le dossier partagé dans mon Dropbox, comme j'ai encore son numéro de cell dans mes contacts, parce que dans ces cas-là, on ne sait jamais trop quand c'est correct, finalement, d'annoncer à son ordi qu'il n'y a plus personne à l'autre bout du fil. 

Fait que c'est ça. Je vais y aller, pis peut-être que tu devrais y aller aussi, ou au moins essayer de te pogner son livre d'une manière ou d'une autre. 

Parce que même si j'ai commencé à la connaître en ne l'aimant pas trop, dès que je l'ai connue, je l'ai aimée, beaucoup. Et que c'est pas mal la dernière fois où je vais pouvoir dire à mon amie que je l'aime, même si elle ne sera pas là pour l'entendre. 
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http://urbania.ca/blog/5005/vickieMon, 14 Apr 2014 23:18:30 EDTÉric SamsonVickie Gendreaubloguehttp://urbania.ca/blog/5005/vickie