Urbania - accueilhttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 02 Oct 2014 00:22:10 EDT60Je cherche du travail, mais les dreads c'est un problème - Portraits de Montréal
















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http://urbania.ca/blog/5386/je-cherche-du-travail-mais-les-dreads-cest-un-probleme-portraits-de-montrealWed, 01 Oct 2014 13:45:00 EDTPortraits de Montréalportraits de montréalbloguehttp://urbania.ca/blog/5386/je-cherche-du-travail-mais-les-dreads-cest-un-probleme-portraits-de-montreal
Ayoye! ou Comment le bonheur des uns fait gagner de l’argent aux psys des autres...
Au milieu du parc, je croise Véronique. Qui jogge en sens inverse. On est vaguement amies. C’est une fille super, brillante, belle, drôle… Je sais pas pourquoi, mais c’est comme si la barrière de l’intimité n’avait jamais été défoncée entre nous. Oh, des histoires de cul, on s’en est conté tout plein. Ça n’a rien à voir. On n’a juste jamais abaissé le pont-levis de l’orgueil. 

On hésite quelques secondes - toujours ce flou autour de la salutation des joggeurs : becs ou pas becs… On opte pour le « pas de becs ».

Ça fait longtemps qu’on s’est pas vues. Nos vies de mères célibataires avec une trâlée d’enfants nous tiennent occupées, mettons. 

— J’ai cru voir sur FB que t’avais changé de job. C’est vrai?

— Ouais, je suis tellement contente! J’en pouvais pus, là où j’étais, mais j’osais pas partir avec rien devant moi. Là, c’est une amie qui connaissait la fille des RH… et blablabla…

Vie professionnelle… Les enfants… L’école… Les maudits lunchs…

Au moment où on s’apprête à se laisser, la sueur étant en train de figer dans nos faces comme un masque d’argile grise, elle me lance, l’œil soudain démesurément pétillant :

- Ah, pis, tu sais pas quoi? J’ai rencontré un gars... vraiment hot, là. J’ai comme un feeling que c’est l’homme de ma vie (elle enlève son gant pour toucher un tronc d’arbre dans un élan de superstition). Il est prof de musique, il est drôle, il court des marathons, on a des milliers de goûts en commun, il écrit comme un dieu… En plus, il a deux enfants exactement de l’âge de mes plus vieux. On s’interprésente les enfants en fin de semaine.

Je sais pas si c’est la sueur caillée dans ma face, mais j’ai le sentiment d’avoir une expression de statue de cire.

- Wow, c’est cool! Vraiment. Allez, faut que j’y aille, je suis sur le bord de l’hypothermie.

Je repars. À full pine. Pas capable de ralentir.

« Il écrit comme un dieu » résonne dans ma tête. Comme je le fais souvent quand je cours, je déconne avec moi-même :
« Si on en juge de la table des 10 commandements, pas sûre que ça me séduirait, moi ».

Je ris. Intérieurement. Et jaune. J’essaie de m’imaginer à quoi peut ressembler cet Apollon littéraire. Je devrais ralentir, le cœur est en train de me défoncer les tympans.

En arrivant, je me déshabille entre la porte d’entrée et la douche, éparpillant tel un petit Poucet chandail bleu électrique, brassière fortifiée, pantalon capri stretch, bobettes en tissu synthétique, bas gauche, bas droit…

Je me pitche sous la douche.

J’éclate en sanglots.

***

C’est con. J’ai honte. Mais…

Je suis méga jalouse.

Sa super job, je suis vraiment contente pour elle. Les finesses de ses enfants qu’elle publie sur FB me font rire, et je les j’aime souvent.

Mais ça, là, ÇA! L’amour pis toute ce que j’imagine autour : la complicité, le corps satisfait, les confidences, les dodos en cuiller, l’entraide, les fous rires… Et là, cerise sur le gâteau, des tonnes d’échanges écrits profonds et poétiques…

J’y peux rien, ça me rentre dedans. Ça m’écrase. Ça me renvoie à ce vide dans ma vie que je passe mon temps à me faire accroire que je suis en paix avec.

J’avais eu pourtant une grande révélation, quelque part en février dernier, mon fameux insight. J’avais senti vraiment, réellement, à quel point être célibataire n’était pas une malédiction, ni une punition pour fille pas fine. Mais je suis mal faite, je passe mon temps à l’oublier, et ma psy, qui avait adoré mon moment d’épiphanie, passe son temps à me le rappeler : « Mais oui, il y avait cette histoire, avec cette dame, vous vous rappelez… » Et moi de me creuser les méninges… C’est quand même ben moi qui l’ai vécu, cet épisode… J’en invente des trucs, des fois, dans mes billets, mais ça, mon lightbulb moment, c’était bel et bien réel. Et j’en ai encore régulièrement des moments de bonheur célib. Et de (trop) nombreuses rechutes. Plus de rechutes que de remontées, même si ça peut sembler mathématiquement impossible.

Une semaine plus tard, je croise Mylène, la meilleure amie de Véro.

— Tu sais pas quoi? Véro est dans une histoire pas de bon sens avec un gars qui passe son temps à revenir avec sa femme, pis à la quitter, pis à revenir encore. Pauvre chouette, elle est tellement amoureuse qu’elle lui pardonne tout… Je travaille fort, pis ses autres amies aussi, pour la faire décrocher, mais y a rien à faire…

Qu’est-ce que vous allez penser là? Non! Je n’étais PAS secrètement ravie d’entendre ça. Je vous jure! C’est ben évident que je lui souhaite tout le bonheur du monde, à Véro. J’étais juste pas prête à l’avoir en pleine face. Pas ce bonheur-là. C’est tout. Anyway, j’ai rendez-vous avec ma psy demain, je vais essayer de dépatouiller tout ça… de comprendre pourquoi, pour moi, le bonheur conjugal des autres vient heurter le talon d’Achille de ma construction psychique, me faisant perdre toute (ou presque) capacité de bonheur empathique et me précipitant dans l’enfer de la jalousie et de l’envie, ces deux sentiments ouachecaca. Mais avant, je vais aller relire mon propre billet pour me rappeler comme je suis bien toute seule

Brigitte, des RoseMomz
Crédit photo: Maria Rosaria Sanino
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http://urbania.ca/blog/5389/ayoye-ou-comment-le-bonheur-des-uns-fait-gagner-de-l-argent-aux-psys-des-autresWed, 01 Oct 2014 11:53:12 EDTLes RoseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5389/ayoye-ou-comment-le-bonheur-des-uns-fait-gagner-de-l-argent-aux-psys-des-autres
Ma commune dans un squat de Detroit
À l'ouest, dès qu'on passe la rue Charleston, c'est un véritable renversement de décor qui s'opère, comme seule la métropole du Michigan sait en offrir: soudainement, les hautes herbes envahissent les friches des deux côtés de la bande d'asphalte, et les maisons qui n'ont pas brûlé s'effondrent dans une sinistre tranquillité. En interrogeant 10 personnes, on aura 10 tentatives d'explication différentes d'un tel contraste.

Cela fait bien longtemps que les propriétaires du numéro 159 ont quitté Goldengate. Pourtant, il y a toujours quelqu'un sous le porche de cette maison en piteux état. Une cigarette à fumer, une bière à boire, les yeux à plonger dans le vide, il y a moult raisons d'écouler le temps sur le balcon, le cul installé sur des bancs qui ornaient autrefois un McDonald's – sans doute celui qui se situait un peu plus au nord, sur 7 Mile Road, facilement reconnaissable à son architecture même si plus aucune enseigne n'y siège. Au diable l'ambiance glauque, l'endroit s'est dégotté l'appellation pompeuse de Fireweed Universe City, et est devenu en quelque sorte le café du commerce où de jeunes Américains venus des quatre coins du pays viennent partager un peu de compagnie avant de retourner dans les maisons abandonnées qu'ils squattent dans les rues voisines, au cœur de ce quartier défoncé qui n'a pas vraiment de nom. Des voyageurs du monde entier y atterrissent via des requêtes sur Couchsurfing, et quand ils débarquent ici avec leur regard médusé, c'est vers Shane qu'on les oriente derechef. Si ce squat transformé en commune avait une serrure, c'est lui qui en détiendrait la clé.



Shane, la trentaine avancée, les longs cheveux blonds frisés, c'est un peu le rayon de soleil persévérant qui vient frapper sans cesse les façades délabrées de Goldengate. Originaire de Colombie-Britannique, il a élu domicile il y a deux ans à Fireweed, et est devenu rapidement le maître de maison. Le jardin à cultiver, la cuisine à préparer, la vaisselle des « colocs » qui s'oublient à ramasser, il est tout le temps occupé, mais n'en perd jamais son sourire franc et son énergie proverbiale. Quand on le voit quatre jours de suite avec son t-shirt de Bob Marley sur le dos, il est difficile de l'imaginer dans son ancienne vie, « a computer job » comme il le dit pudiquement, sans trop s'étaler. « Je travaillais sur appel et j'avais un téléphone cellulaire, j'en venais à anticiper le moment où il allait vibrer dans ma poche », explique-t-il dans un des rares moments où son visage prend un air grave. Son licenciement a été la plus belle chose qui lui soit arrivé, l'occasion d'aller voyager vers la côte Est, sur le chemin de laquelle il s'est enraciné à Detroit. Une nouvelle vie sans argent ou si peu, seulement celui que lui amène un petit boulot dans un restaurant l'hiver, lorsque le potager situé de l'autre côté de la rue ne peut plus produire de légumes pour nourrir la commune. Alors, on a recours à un vieux poêle au deuxième étage, et la proximité des corps vient compléter le semblant de chaleur.



Décroissance conviviale
La vie de Shane, c'est celle de tous les gens qui fréquentent Fireweed. Leur confluence vers le Michigan ne parvient pas à enrayer le déclin démographique de la ville, passée de près de 2 millions d'habitants dans les années 1950 à moins de 700 000 aujourd'hui. Detroit perd 65 habitants chaque jour, mais puisqu'à quelque chose malheur est bon, cet exode libère une place inimaginable pour les nouveaux arrivants. Des maisons dont il suffit de forcer la porte pour y vivre gratuitement, des terrains à cultiver, une administration municipale en faillite qui a depuis longtemps abdiqué son rôle de faire respecter la loi, et voilà que le champ des possibles fleurit sur les ruines des usines automobiles. Encore faut-il être prêt à renier la société de consommation... Environ 9 magasins sur 10 sont fermés, et ceux qui restent sont soit des dollar stores, soit des débits d'alcool, le tout parsemé d'épiceries vendant leur malbouffe à prix d'or, dans la plus pure illustration d'un désert alimentaire nord-américain. Seul Captain Canuck, un Ontarien de 65 ans, le chandail tâché par la gourde de lait au chocolat qu'il porte en permanence comme un collier, semble ravi de cette situation: à rebours du concept de décroissance, il écume à journée longue les magasins à 1$ du voisinage pour remplir ses grands sacs de bracelets clignotants made in China, qu'il espère revendre le double de leur prix d'acquisition. 2$ chaque, 3 pour 5$, on a du mal à le croire quand il dit que les affaires vont bien.

Bien sûr, il n'y a pas que des étrangers dans ce paysage, il y a quelques natifs de Detroit, de ceux à qui la crise a tout arraché, jusqu'à leur toit. L'histoire de Brandon est simple: « On m'a volé ma voiture. Je ne pouvais plus aller à mon travail, alors je l'ai perdu. Après, je ne pouvais plus payer ma maison, alors je l'ai perdue. » Le cas de Hugh, vieux bonhomme à la barbe grisonnante et à la voix faible, est différent: « J'étais le dernier de ma rue à être propriétaire de ma maison. Tous les soirs, on venait frapper à ma porte pour me voler et me menacer, alors j'ai dû partir. » La troupe est très masculine: il y a essentiellement des hommes, et les quelques filles qui sont là ont souvent rapport avec un gars.



L'hyperactivité de Captain Canuck détonne dans l'atmosphère générale. Sur Goldengate, la dynamique du temps s'inverse, et ce sont les plantes qui regardent pousser les humains. Quand elles s'élèvent au beau milieu de ces jardins qui font espérer la renaissance de Detroit sous d'autres auspices, eux se démènent dans des gestes lents, croquent leurs fruits, vivent de déchétarisme et apposent quelques croix blanches dans leur calendrier désespérément vide, correspondant aux jours de banque alimentaire dans une église du quartier. La communauté reste soudée malgré tout et fait face à l'absence de services sociaux par une solidarité à toute épreuve. L'un des squatteurs est réputé être un voleur patenté, pourtant il est encore accepté dans les repas pris en société. « Il a des problèmes mentaux, il a sûrement consommé trop de drogue, explique un petit blondinet qui se promène nu-pieds malgré les éclats de verre omniprésents à terre, mais notre but dans la communauté, c'est de se guérir les uns les autres. » Cinq minutes plus tard, il avoue lui-même consommer du crack. La dope n'est jamais loin et, la nuit venue, elle vient réduire à néant les vœux pieux énoncés dans la journée de mettre en branle une énergie créatrice. On sent que la destruction est déjà passée par là. Des « conflits internes », dixit Shane dans son langage mâtiné d'euphémismes, ont amené à l'abandon de la maison en face de chez lui, aux murs encore décorés de peintures psychédéliques à la gloire de l'amour. Le fondateur du projet, un hipster californien venu ici il y a quatre ans, ne veut plus voir son nom accolé à celui de Fireweed Universe City et se concentre désormais sur le développement de son service de taxi en bicyclette au centre-ville. L'atelier de vélo a dû être délaissé quand le propriétaire des lieux a voulu récupérer sa bâtisse. Charlie Beaver essaie d'en lancer un nouveau dans le garage en arrière, de quoi faire le bonheur d'un enfant afro-américain du coin de temps à autre. Pendant ce temps, comme dans les clichés les plus éculés, les Noirs plus âgés tentent de faire entrer leur ballon de basket dans un panier situé à même la rue, et suspendent leur activité dès qu'un pick-up déboule à toute allure en klaxonnant.



Du boulot pour le docteur
La guérison est lente donc, à l'image de celle de Detroit, pourtant ce n'est pas faute de médecin. La seule maison en bon état de ce lambeau de rue, payée en bonne et due forme pour la modique somme de 1400$, appartient à Docteur Bob, l'âme du quartier. Ce chiropraticien dans la cinquantaine, aux allures de gourou et qui prétend être père de 12 enfants, fournit l'eau et l'électricité sans lesquelles Fireweed ne pourrait exister. L'Internet aussi accessoirement, dans son café hippie situé au bout de Goldengate, au coin de l'avenue Woodward, l'artère principale de Detroit qui s'acharne à étaler ses 10 voies de bitume bien qu'aujourd'hui, dans cette ville formatée par l'automobile, 40% des résidents n'ont pas accès à une voiture. Docteur Bob prépare des plats végétariens, pratique le reiki sur ses patients et les initie au yoga; leur capacité de payer ne semble pas être un facteur discriminatoire. Quelques squatteurs se convertissent à l'occasion en serveurs de tisanes et smoothies. Quand on l'interroge sur sa place dans la communauté, les yeux de Docteur Bob se mettent à pétiller: « Je pratique la médecine holistique, c'est-à-dire que je conçois le corps comme un ensemble, mais c'est aussi le cas du quartier. On vit dans un paradis, avec un nouveau monde à construire, et nous faisons tous partie de ce miracle. » Il n'y a qu'à Detroit qu'on peut entendre un tel discours entre deux édifices en ruines et deux autres en cendres. Pourtant, en tant que personne vivant dans une relative prospérité en comparaison de ses voisins, Docteur Bob ne peut ignorer la réalité de son quartier: « J'ai eu droit à trois hold-up, dont un par un adolescent que je connaissais... Je continue de penser qu'on est entouré de bonnes personnes et qu'on avance, malgré tout. »

Peut-être que Goldengate finira par voir ses rêves aboutir. Il lui faudra toute l'énergie dont parle Docteur Bob, dans cette ville qui ne construit presque plus de voiture, mais beaucoup de bâtons qu'elle place dans les roues de ses habitants. Le taux de chômage a baissé de 25% en 2009 à 16% aujourd'hui, mais peut encore flirter avec les 50% dans certains quartiers. La ville est en faillite, les salaires des fonctionnaires ont été entaillés et tout le monde craint une police peu scrupuleuse à se graisser la pâte aux dépens du premier citoyen qui traîne. Le passage par la case prison est une réalité pour nombre de squatteurs des alentours de Goldengate.



Hippie Mike, lui, sait qu'une cellule l'attend tôt ou tard. Il ne s'est pas rendu à son procès par peur du verdict et, au repas du soir, il lit la feuille sur laquelle sont listés ses 2000$ de contravention. « Avoir pénétré dans une maison abandonnée, 60$; avoir ramassé du métal sans permis de chiffonnier, 60$; conduite sans permis, 400$... » Captain Canuck, sorti de nulle part, l'interrompt: « Le Family Dollar était fermé, je vais devoir aller au Dollar Tree. » Un ange passe, on n'entend plus que les moustiques voler dans les herbes folles de la cour. Il n'y a aucune histoire qui se termine vraiment, sur Goldengate.

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http://urbania.ca/blog/5388/ma-commune-dans-un-squat-de-detroitWed, 01 Oct 2014 09:53:12 EDTRémy BourdillonDetroitbloguehttp://urbania.ca/blog/5388/ma-commune-dans-un-squat-de-detroit
Festival végane de Montréal : tordre un steak dans un verre d’eau
Les doutes quant au succès d’un évènement à la thématique aussi pointue se dissipent assez rapidement. Dans l’Agora Hydro-Québec, les gens se pilent littéralement sur les pieds. Faut dire que l’évènement est gratuit, mais que la bouteille de jus de carottes coûte 10$.


Pour une première édition, la programmation est tout de même étoffée. La démo culinaire de Dominique Dupuis se distingue par son nom au jeu de mots audacieux, quasi révolutionnaire.

 
En milieu d’après-midi, ça joue du coude pour réussir à pénétrer dans l’amphithéâtre où a lieu la conférence tant attendue de la journée : Sport et alimentation végétalienne avec Frances Vicente (une professeure de yoga que les gens ont l’air de connaître), Michel Cusson (PAS le gars qui a fait la bande sonore originale de toutes les séries et émissions de télé des années 1990) et, surtout, Georges Laraque (#génie). Les voici, les voilà :


Végétalien depuis quelques années seulement, Michel Cusson raconte son cheminement avec éloquence et lucidité, évoquant les nombreux marathons qu’il a complétés. Comme si ce n’était pas assez de l’entendre parler pour la première fois, on a même droit à une bouffée de rire bien franche de sa part. Fallait y être pour comprendre l’ampleur de l’évènement historique.
 

Contrairement à son comparse à l’approche conciliante, Georges Laraque veut prouver qu’il est plus extrême dans ses positions végétaliennes. Il profite ainsi de la conférence pour livrer des anecdotes qui ont plus ou moins de lien avec la thématique sportive préétablie. Georges nous confie notamment que, lorsqu’il est exténué de faire rire de lui par ses amis qui lui servent un bout de gazon pour souper, il leur sert un animal mort trouvé sur le bord de la route.


Afin de préparer le terrain pour sa prochaine histoire, Georges y va d’un vote à main levée fort important – sous-titré pour l’occasion.


Le cœur sur la main, Georges enchaîne avec le dévoilement de son truc personnel, qui vise à donner les outils rhétoriques à tous les végétaliens de ce monde pour convaincre n’importe quel carnivore d’arrêter sa consommation de steak saignant. Trois étapes faciles :

Premièrement, vous leur demandez : «Si vous vous coupez la main au-dessus d’un verre pis que vous saignez dans le verre, est-ce que vous allez le boire ?»  
Ils vont dire : «Non, dégueulasse !»
Après ça, vous leur dites : «Ok, si vous coupez le bras d’une vache pis qu’vous faites la vache saigner dans le verre, est-ce que vous allez le boire ?» 
Ils vont dire : «Non!». 
Maintenant, quand vous leur dites après : «Votre steak que vous mangez medium, si vous le tordez au-dessus de ce même verre pis qu’le sang se retrouve dans le verre, est-ce que vous le boiriez ?» 
Là, ils sont mêlés, ils savent pu quoi dire.


Donc souvent quand tu dis ça à quelqu'un pis qu’il réfléchit à ça : son steak saignant, il le voit pu de la même façon parce que, dans le fond, même s’il n’est pas un vampire, c’est ça qu’il mange, du sang ! C’est ça qu’il prend, pis les maladies sont là-dedans ! Fait que jouez ce petit truc-là aux gens qui mangent leur steak medium, ou quoi que ce soit, pis après ça, ils vont se faire une image quand ils vont en manger encore, pis peut-être qu’ils vont couper la viande rouge pis qu’ils vont juste manger de la viande blanche pis ça va déjà être mieux.


La tête pleine de trucs efficaces, le festivalier vegan moyen peut maintenant concentrer son énergie à une visite-éclair des différents exposants. Celui-ci attire l’attention par son logo renversé en hommage à Korn.


Celui-ci, par son côté nu-pieds friendly bien apprécié du public.


C’est bien connu : la fleur d’ail lactofermentée est l’ultime cadeau à acheter pour la Saint-Valentin, quatre mois en avance.


Un concours pour ceux qui aimeraient avoir une face de végétalien sans nécessairement avoir à adopter les saines habitudes de vie qui vont avec.


Quand t’as juste des cartes d’affaire à vendre, c’est sûr que c’est une bonne idée d’avoir penser à amener ton iPad.


Kiosque de cintres véganes passablement boudé malgré son incroyable potentiel.


Pour agrémenter l’expédition, les organisateurs du Festival ont pensé y inclure des passages instructifs. La réponse à cette question a le mérite d’être TRÈS claire.


Évidemment, on ne va pas dans un Festival végane simplement pour regarder des affaires : on y va également pour manger des affaires. Alors que les légendaires bols Dragon du Aux Vivres et les desserts exquis de Sophie Sucrée font fureur, certains aliments tentent de se démarquer avec leur mélange inventif.


D’autres essaient d’attirer l’attention par leur apparence laide.


Ce pesto, quant à lui, mise sur un porte-parole efficace : le parfait hybride entre M.Net et Ricardo.


Les courges multicolores, elles, profitent de la superbe journée pour chiller solide avec une serviette blanche et un rouleau de papier brun. 


Incohérence dans le monde végane : on permet ENCORE aux bébés de boire du lait de mammifère… 


En fin de journée, les démos culinaires battent leur plein. Devant un public extrêmement nombreux, on présente les bases du régime hypotoxique, qui vise à soulager la douleur chronique et l’inflammation. La concentration est à son comble.


Au lieu de s’encabaner, plusieurs festivaliers optent pour une dégustation extérieure. Malheureusement, certains ont décidé de câlicer à terre leur vaisselle en carton plutôt que de partir à la recherche d’une autre source de vidange. :(



Pas de quoi déranger ce végétalien tranquillou qui se repose les jambes dans les airs.


En fin de journée, la sommité végane par excellence, Dr Michael Greger, répond aux questions du public. Il a l’air de ça, mais en plus beau.


La nutritionniste Anne-Marie Roy de la fameuse Clinique Renversante enchaine avec la conférence pratique 10 habitudes pour une alimentation saine et équilibrée. En primeur : trois des cinq diapositives PowerPoint qui ont le plus soulevé de réactions dans la foule.




Alors que les kiosques s’apprêtent à fermer, Georges Laraque fait une dernière tournée des lieux. Nous avons profité de l’occasion pour l’attraper durant quelques moments clés de sa promenade. 

Alors qu’un oiseau lui picosse le cou :


Alors qu’il pose avec un homme au chandail provocateur :


Alors qu’il regarde quelque chose de nice par terre : 


Alors qu’il pose sur le babillard de Fine Forme :


Après la présentation de clôture de l’historien Thomas Lepeltier, les festivaliers ont repris le chemin de la maison paisiblement. Heureux de cette première édition réussie, ils garderont en tête l’adage numéro 1 du monde de vie vegan. 


Vous voulez plus de photos du Festival Végane de Montréal? C'est par ici
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http://urbania.ca/blog/5383/festival-vegane-de-montreal-tordre-un-steak-dans-un-verre-d-eauTue, 30 Sep 2014 11:51:02 EDTOlivier Boisvert-Magnenbloguehttp://urbania.ca/blog/5383/festival-vegane-de-montreal-tordre-un-steak-dans-un-verre-d-eau
Magnotta n'est pas le seul cannibale dans la salleL’homme, la jeune trentaine, pas habitué aux interrogatoires mais habillé propre pour l’occasion, a hésité quelques secondes. Excités comme les mouches qui tournoyaient autour de la valise découverte derrière le 5309 place Lucy le 29 mai 2012, les journalistes ont sorti leurs calepins et leurs stylos. Pourtant, il n’y avait pas de quoi s’énerver le poil des jambes, la réponse de l’homme était prévisible comme un calendrier.

- Oui. Euh, yes.

C’était il y a deux semaines, dans la spacieuse salle 3.11, lors du processus de sélection du jury.

***

Hier matin commençait le procès de Luka Rocco Magnotta, accusé, entre autres, du meurtre prémédité de Lin Jun.

Les yeux encore collés par les crottes, armé d’un café trop chaud du McDo et d’un calepin Moleskine flambant neuf, je suis arrivé au Palais de justice de Montréal autour de sept heures. Déjà, les médias faisaient le pied de grue à l’extérieur comme à l’intérieur du 1 rue Notre-Dame Est. Et ce, depuis les aurores.

J’ai alors appris que le procès allait se dérouler dans la salle 5.01, là où j’avais « rencontré » Magnotta pour la première fois. C’est une petite salle qui accueille peu de spectateurs, que quelques sièges y sont disponibles. Mais elle dispose des moyens techniques adéquats pour ce procès. Une poignée de journalistes privilégiés allait y avoir alors accès, ainsi que des proches de Lin Jun.

La plupart d’entre nous a donc été redirigée vers une salle de débordement au deuxième étage, où nous allions pouvoir suivre le spectacle sur écran géant. J’ai entendu quelques pisse-copie se plaindre de la situation, que ç’avait don’ pas d’bon sens en 2014 de ne pas avoir accès à une salle plus grande pour que la majorité puisse assister à la vraie affaire. Faque quand j’ai vu la vidéo de Radio-Canada sur le couple de curieux de Québec, j’ai pas vu deux crime buffs -- gang dont je me réclame, by the way -- faire des fous d’eux-même comme ce que les médias sociaux ont voulu nous faire croire; j’y ai vu les journalistes expliquer pourquoi ils voulaient un place dans la crisse de 5.01.

***

J’ai rarement senti autant de monde me dévisager ainsi -- à part peut-être la première fois que Catherine Cormier-Larose m’a invité à faire une lecture lors d’une soirée de poésie.

Les journalistes judiciaires protègent leurs terrains de chasse ; ils n’ont pas envie, et c’est compréhensible, que n’importe quel bozo, bloc-note et stylo en main, vienne fourrer son nez dans leur grand projet « d’informer le monde » sur les crimes qui nous entourent. Le festin qu’offre le palais de justice, c’est à eux et à eux seuls.

Vous auriez dû les voir hier, les yeux injectés de sang, l’écume aux lèvres -- de vraies bêtes! En meute de trois, quatre ou cinq du même média! Quand une équipe de reporters chinois est arrivée, ils se sont affolés, ils ont douté de l’angle avec laquelle ils envisageaient la chose. J’ai vu des pleurs, j’ai entendu l’écho de cris de panique dans les couloirs. Certains ne se sont même pas présentés en après-midi pour voir la première série de photos où on nous exposait le tronc démembré de Lin Jun et le cadavre du petit chien noir de Magnotta qui avait participé, bien malgré lui, à la tristement célèbre « so called murder video » 1lunatic1icepick.

Le procès va durer sept, huit ou neuf semaines, et je sais que je vais être seul tout ce temps. Je ne me nourris pas de la même viande qu’eux, les journalistes. J’ai déjà planté mes crocs dans les meilleurs morceaux, qu’ils continuent à bouffer les cartilages. Ils ne sont que hyènes, je suis le lion.

***

- Voulez-vous faire partie de ce jury ? a demandé glacialement Me Leclair.
- Oui.
- Pourquoi ?

L’homme, suintant la peur, a bafouillé une « mauvaise » réponse. Il a été exempté.

En sortant de la salle d’audience, il a fixé le sol ; il n’avait pas été choisi pour faire partie de la troupe de cet incroyable cirque. Chanceux dans sa malchance, comme qu’on dit.


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http://urbania.ca/blog/5371/magnotta-nest-pas-le-seul-cannibale-dans-la-salleTue, 30 Sep 2014 09:45:00 EDTEdouard H.BondMagnottabloguehttp://urbania.ca/blog/5371/magnotta-nest-pas-le-seul-cannibale-dans-la-salle
The Game of Drones
Si il est difficile de se faire une opinion sur le conflit israélo-palestinien, c'est parce qu'il est encore plus difficile de juger de la fiabilité des informations qui nous parviennent. Pour une raison évidente dans un premier temps : la plupart des journalistes occidentaux amenés à s'intéresser au sujet ne parlent pas hébreu ou arabe et doivent donc se reposer sur des traductions plutôt que sur les sources originales. Or, le choix d'un mot plutôt qu'un autre peut entraîner des sens différents et avoir des conséquences sur notre compréhension du conflit : quand Ayelet Shaked, députée israélienne issue du parti d'extrême-droite Le Foyer Juif à été accusée d'avoir appelé sur Facebook à la mort des mères de famille palestiniennes afin de les empêcher d'engendrer de nouveaux "serpents", elle se défendit en avançant que son propos avait été mal compris ou volontairement mal traduit

Si Ayelet Shaked dénonce des pratiques manipulatrices, les mécanismes de propagande israéliens sont eux aussi bien rodés : il suffit de jeter un œil au fil Twitter des Forces de Défense israéliennes ou de se rappeler de la campagne de soutien menée par un distributeur local de Garnier, offrant aux soldates de Tsahal une peau douce même sur le front de guerre, pour s'apercevoir que l'armée israélienne est gérée comme une marque dont les slogans évoluent au gré des opérations. Ici à nouveau, on peut s'interroger sur le choix de traduire la dernière manœuvre en date, signifiant littéralement "roc inébranlable", par "bordures protectrices" ("protective edge"), formule qui met davantage l'accent sur la nécessité pour un Israël entouré d'ennemis de se barricader derrières des murailles. Une interprétation plutôt inspirée, liée au succès de Game of Thrones sans doute.

Ce qui nous semble donc à prime abord être une information neutre ne l'est en réalité pas le moins du monde. À l'inverse, nous avons tendance à nous méfier des discours trop militants, parce qu’ils manquent d'objectivité. "Au mot conflit, je préfère le mot conquête" a dit mercredi le journaliste Max Blumenthal, invité à témoigner à l'occasion d'une session extraordinaire du Tribunal Russell sur la Palestine, à Bruxelles. Parler de conquête, c'est mettre en avant la stratégie d'accaparement des ressources que mène Israël, éclipser l'aspect ethnico-religieux du conflit pour mieux souligner son caractère politique. C'est aussi affirmer l'existence d'une asymétrie au sein des forces en jeu. C'est proposer une représentation différente d'un conflit hypermediatisé et c'est en quelque sorte la mission de ce tribunal d'opinion auquel j'ai eu l’occasion d’assister. 

Né en 1966 dans le contexte de la guerre du Vietnam, le Tribunal Russell vise à examiner à la loupe du droit international les crimes de guerres qui, aux yeux du comité organisateur, n'obtiennent pas assez d'attention de la part des institutions politiques et juridiques traditionnelles. Constitué de juristes éminents mais également de personnalités populaires reconnues pour leur engagement social - y figuraient notamment le cinéaste Ken Loach et le chanteur Roger Waters - ce tribunal qui n'a de compétence que de celle d’offrir un espace de parole à accueilli tout au long de la journée des experts juridiques, en balistique mais aussi des journalistes renommés, médecins et travailleurs humanitaires palestiniens, israéliens et d'ailleurs. L’objectif de cette journée était de déterminer si Israël est coupable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité ou même de génocide. Mais comme l'a souligné très vite le premier expert entendu, Paul Behrens, la définition juridique de génocide est différente et plus restreinte que son entendement courant. Il faut parvenir à identifier des personnes - les états ne peuvent être poursuivis - qui auraient agit avec l'intention claire d'exterminer un groupe d'être humains se définissant par une appartenance nationale, ethnique, raciale ou religieuse. Si la population palestinienne correspond à cette définition, on ne peut cependant pas tenir compte des attaques visant le Hamas, groupe politique. Il s'agit donc d'établir les dommages causés à la société civile et de démontrer leur caractère intentionnel. 

Le gouvernement israélien a par ailleurs été convié à assurer sa défense mais n'a pas donné suite à l'invitation.

« Haïr les arabes ce n'est pas du racisme, c'est une valeur »

David Sheen, journaliste canadien vivant en Israël était invité à témoigner des incitations à la haine parcourant la société israélienne. Citant à travers un diaporama glaçant des figures marquantes de la scène politique, des autorités religieuses ou tout simplement de jeunes adolescents s'exprimant sur Twitter, David Sheen nous met face à une rhétorique mêlant eugénisme, inspirations bibliques et appel à la violence. À titre d'exemple, le premier août 2014, le jour le plus sanglant de l'opération dite « Bordures protectrices », un des blogueurs attitrés du Times of Israel publiait un article intitulé « Quand le génocide est permis », dans lequel il décrivait l'extermination totale de la population palestinienne comme une question de vie ou de mort que la communauté internationale n'est malheureusement pas en mesure de comprendre. Rapidement retiré du site, son auteur, Yochanan Gordon, regrettait cependant sur Twitter que le journal ait cédé à la pression.

Au-delà de ce sentiment d'insécurité exacerbé, c'est le racisme qui s'exprime, aussi bien dans la société civile que dans les rangs des Forces de Défenses : « Nous avions tellement l'habitude de nous percevoir comme supérieurs que la résistance était pour nous inacceptable, nous nous sentions insultés » dit Eran Efrati, partageant son expérience d'ex-soldat de Tsahal, qui a depuis travaillé pour l'organisation Breaking the Silence, visant à briser la censure autour des agissements de l’armée israéliene. À travers l'exemple de l'assassinat du civil Salem Shamali par un sniper israélien, c'est tout un système nourri de frustrations et encouragé par l'impunité que le "refuznik" est venu dénoncer.

Les serpents de Ayelet Shakeh.

Pour Max Blumenthal, les palestiniens ne sont pas représentés comme des personnes ("unpeople"). Pour ce journaliste, l'accusation de crime de guerre est à mettre en perspective avec l'idéologie sioniste, qui idéaliserait une certaine pureté ethnique. On ne peut s'empêcher de penser au documentaire Would you have sex with an Arab? quand David Sheen explique le tabou autour des mariages mixtes par le recyclage d'un épisode biblique, celui de Phinées qui punit dans le sang les israélites coupables de relations sexuelles avec des païennes. Plus terre-à-terre que l'argument raciale, c'est la méconnaissance totale des jeunes israéliens envers leurs voisins et inversement que Sheen souligne. Il met également en avant le manque de volonté politique pour régler ce problème : il avait été proposé au parlement d'introduire une heure par semaine d'éducation anti-raciste à l'école. Cette proposition à été rejetée par la majorité des députés.

« Aucune de ces vaches n'était pourtant membre du Hamas »

C'est avec un certain humour que Martin Lejeune, journaliste, décrit la destruction de la plupart des usines et zones industrielles de Gaza lors des 50 jours de l'opération dite "Bordures protectrices", dont un élevage de près de 130 vaches innocentes. En tout, c'est plus de 200 qui sont parties en fumée.

La disproportion entre le nombre de victimes civiles palestiniennes et israéliennes a souvent été mise en avant et je ne m’y attarderai pas ici. On sait également que des écoles et des hôpitaux ont été visés lors des bombardements : 17 des 32 hôpitaux de Gaza ont été détruits, 144 travailleurs médicaux ont été directement pris pour cible.

Parmi les pertes, une usine de confiseries qui produisait 5 tonnes de bonbons par jour.

Mads Gilbert, médecin humanitaire, a affirmé à la demande des jurés n'avoir jamais vu de missiles abrités dans aucun des bâtiments qu'il a pu fréquenter durant ses quatre ans de service à Rafah. Paul Mason, journaliste, a dit avoir constaté la présence de rockets dans des bâtiments scolaires abandonnés mais en aucun cas dans ceux abritant des enfants. 

Du point de vue du droit international, un génocide peut également être causé par la destruction des conditions d'existence d'une population. Depuis l'opération, 450 000 civils n’ont pas accès à l'eau et bénéficient de seulement 4 heures d'électricité par jour. D'un point de vue plus large, on peut également prendre en considération l’assèchement du fleuve Jourdain rendant impossible l'agriculture dans certaines régions. Les dégâts causés par les bombardements (42 000 hectares de terres ont été directement endommagés), la pollution chimique entraînant des phénomène de désertification, la destruction des nappes aquifères ...

L'implication de la communauté internationale
Les États-Unis et Israël entretiennent des échanges commerciaux florissant dans le secteur de l'armement. En 2007, le gouvernement Bush et le gouvernement israélien ont conclu un accord de 30 milliards de dollars en assistance militaire pour la période 2008 - 2018. Desmond Travers, colonel irlandais à la retraite ayant fait partie du comité d’experts de l’ONU pour l’opération sur Gaza en 2009, explique les opérations menées par Israël servant de laboratoire à de nouveaux types d'armes qu'elle revend ensuite sur le marché international, aux États-Unis notamment. Agnès Bertrand, lobbyiste pour l'association des organisations européennes de développement protestantes, anglicanes et orthodoxes, rappelle qu'Israël est également le pays extra-communautaire le plus impliqué dans des programmes économiques, académiques ou scientifiques avec l'Union européenne.

Une complicité qui pourrait nuire aux États-Unis ainsi qu'à l'Union européenne et qui explique notamment le zèle déployé par ces deux acteurs pour enterrer le rapport Goldstone, commandité par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies et faisant suite à l'opération Plomb durci, en 2009. Agnès Bertrand estime que la confrontation des responsables israéliens est impossible tant que l'Europe et les États-Unis bloqueront l'accès aux mécanismes judiciaires internationaux. Selon elle, l'octroi des aides humanitaires envoyés à la Palestine serait conditionné par l'abandon de toute poursuite.

Desmond Travers nous présente un spot publicitaire pour la bombe tapis, la musique est entrainante, le résultat un brin surréaliste. 

La journée a été longue et beaucoup d’informations ont été données. À nouveau, on peut bien entendu se questionner sur la partialité de ces sources et tenir compte du fait que le Tribunal Russell cherchait avant tout à accumuler des preuves à l'encontre du gouvernement israélien dans le but de présenter ses recommandations, le lendemain, devant le Parlement européen. Le public lui même affichait souvent son soutien aux différents témoins, même si, comme il a été repété plusieurs fois, dans un tribunal on n’applaudit pas. Cherchant avant tout à “prevenir le crime de silence” le tribunal a été la rencontre entre des témoignages venus d’horizons différents. Et pourtant deux des palestiniens conviés n’ont pas pu obtenir d’autorisation pour quitter le territoire (L’avocat et directeur du centre palestinien pour les droits de l’Homme, Raji Sourani et le cinéaste Ashraf Mashharawi).

D’ici, il est difficile de se faire une idée, même si certaines images marquent plus que d’autres : aujourd’hui, un enfant palestinien de 8 ans aura déjà connu quatre opérations militaires au cours de sa vie. Difficile aussi de ne pas être mal à l’aise quand vous regarderez les visages des très jeunes soldats de Tsahal morts au combat. Je ne suis pas avocate, je ne suis même pas vraiment journaliste mais j’ai le sentiment que la situation là-bas mérite qu’on s’y intéresse plus sérieusement, même à l'heure du déjeuner.

Vous pouvez trouver le résumé des conclusions tirées par les jurés ici.

Illustrations : Ciro Fanelli, présent à mes côtés au tribunal
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http://urbania.ca/blog/5380/the-game-of-dronesMon, 29 Sep 2014 11:21:38 EDTElisabeth Meur-PonirisIsraëlpalestinebloguehttp://urbania.ca/blog/5380/the-game-of-drones
La chanson de la (fin de) semaine

Allez, bonne fin de semaine à tous!



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http://urbania.ca/blog/5379/la-chanson-de-la-fin-de-semaineFri, 26 Sep 2014 16:32:52 EDTUrbania http://urbania.ca/blog/5379/la-chanson-de-la-fin-de-semaine
Quand personne ne regarde
La peur de se faire prendre. Qu’une religieuse jaillisse d’un buisson, mètre en main, pour me snaper les phalanges avec précision en brandissant les Saintes Écritures.

J’ai toujours été ainsi; mi-pissou, mi-raisonnable, 100% terrifiée à l’idée de décevoir et d’enfreindre.

Petite, je fréquentais (NON PAS UN JEUNE HOMME) le Collège Français et un directeur à la monture bordeaux, entre deux séances de caligraphie dans un cahier Claire Fontaine et une surveillance de dîner (nous mangions dans le silence le plus complet), avait eu l’idée d’instaurer le système des points de démérite.

Des points de démérite.

Tu parlais un peu fort, t’avais un point de démérite.
Tu te tiraillais avec César Théodoro – le dur à cuire de la classe de Madame Couture; court sur pattes, mais pétri d’un bagout italien rive-sudois qui faisait frémir jusqu'à Saint-Hubert -  t’avais un point de démérite.
Tu pensais à un point de démérite, t’avais un point de démérite.

J’ÉTAIS SI ANGOISSÉE À L’IDÉE D’AVOIR UN POINT DE DÉMÉRITE que la seule perspective de possiblement caresser l’hypothèse d’en recevoir un me donnait la vive impression que je finirais à la Bastille. Que ma vie serait finie.

Du porridge à jamais, l’espoir anihilé – tout de même maintenu en vie par la frêle mais bien réelle perspective de peut-être un jour croiser l’homme au masque de fer - le registre souillé par CE POINT DE DÉMÉRITE POUR PLACOTAGE.

C’est pourquoi quand ce chauffeur de taxi m’a parlé des dizaines, des centaines de passagers qui, au moment opportun, choisissent chaque année de fuir son véhicule à toutes jambes, en ricanant gras, pour ne pas avoir à payer les sept piasses et quart de la course, je fuse fascinée.

Plaît-il? LES GENS FONT ÇA? RÉGULIÈREMENT?

Dans ma petite tête Claire Fontaine, en des situations extrêmes et en ces situations extrêmes seulement, de type « me voilà poursuivie par Joe l’Indien et il approche à l’instant du véhicule, armé de son couteau à saumon pour me faire une coupe chat », j’admets qu’il est – sous promesse solennelle de revenir régler la note en se faisant aller le canotier pour exprimer toute l’ampleur de ta repentance – sans doute permis de rouler hors du char et de se pousser en vomissant ta soupane par franches coulisses.

Il semblerait toutefois que ma romance de chapeaux qui se font aller ne soit qu'attendrissante lubie.

Ce chauffeur, un homme au verbe affûté et au patrimoine fier, ne m’expliqua pourtant pas le phénomène en victime. Fasciné, quoiqu’un peu usé, il dit savoir dans la seconde si son passager le gâtera d’une cascade cheapo de baquet qui se dandine hors du char à un feu rouge. Costard, pas costard, la profession importe peu. Des petits vites, il en croise dans tous les palais.

Ça fait que si tu fais des finesses et lui demande comme est-ce que c’est qu’y va, que tu lui parles d’emblée de la température et que tu lui dis que c’est ben bon, le pipeau qui joue à la radio en rentrant dans le char, il sait.

Et le pire, c’est qu’il va te mener à ton penthouse pareil. Que veux-tu qu’il fasse? C’est d’ailleurs ce qu’on lui hurle sans hésiter s’il OSE souligner le fait que la course n’est pas aux frais de la princesse.

« Qu’est-ce tu vas faire, han? Appeler les bœu’? Tu vas me traîner en cour pour vingt et trente-cinq? Ha!!! BE MY GUEST. »

Et selon lui, on a tous ce petit potentiel. Tous.
Ce petit espace entre deux fils qui, parfois, disparaît pour les laisser se toucher et nous faire faire des affaires pas lustrées lustrées.

Quand personne ne regarde, quand tes chums sont pas là pour prendre des notes, la vertu se lousse.

Ce change en trop que tu remets pas à la petite caissière.
Ces nouvelles bottes d’hiver que t’empruntes dans le vestiaire.
Ce treizième blé d’inde que tu glisses dans ta douzaine.
Cette boîte de trombones que t’as mis dans ta sacoche au bureau avec le conviction qu'elle te revient.
Ce dix piasses plié qui traînait dans la cage d’escaliers (et que j’ai ramassé en jouant du sourcil en toutes directions).
Cette ride que t’as jamais eu l’intention de payer.

Be my guest (see my vest).

La bise.

PS TENDRESSE :: paye donc ton ostie de taxi, ou ben MARCHE.]]>
http://urbania.ca/blog/5377/quand-personne-ne-regardeFri, 26 Sep 2014 06:58:16 EDTCatherine Ethierquand personne ne regardepetits larcinsles gens font çataxiil saitnouvelles bottesmarchebloguehttp://urbania.ca/blog/5377/quand-personne-ne-regarde
« Refresh »Refresh. 

Ça me sert à rien. Mais refresh pareil. D’un coup que.  

Esti de pas point vert. 

Oussé que t’es.  On se french-tu. S’rait fun ta langue dans ma yeule,  la mienne qui lèche ta lèvre du bas du haut, mords-moé        mords-moé fort que ça fasse outch que je vive un peu plus fort keke secondes. Un peu plus fort. Check, j’ai le cœur qui splatsh all over, tu le vois-tu mon shirt qui shake. Esti d’écran. C’est sûr que tu vois pas. T’es même pas là, anéwé. Refresh.  

Émoticon de marde. J’dirai que c’tait pas voulu. Que j’l’ai accroché. #hahahachupasdemêmetsaisheintulesais 

On va se cacher derrière un char derrière un grand esti de livre un Atlas un livre d’art un arbre 

Whatever intimité. Y’aura peut-être une soundtrack. J’aime ça les soundtrack. Amadné tu vas dire « C’est Radiohead », ça va sonner cerise sul sunday. C’est de même que j’va me sentir, all the moé. Une cerise. Sul. Sunday. Wet & super shiny de pis pour toé. « Marasquin ta vie », vais-je me dire me mantrer me répéter. M’a rire de moé. Je te ferai des yeux papillons. Tu vas me dire que j’ai l’air d’avoir quatre ans, m’a te dire « tu m’aimerais moins si j’tais une vraie adulte qui te parle de son hypothèque qui mange pas avec ses doigts qui s’en met pas plein partout la face quand elle mange avec lesdits doigts. ». Poulet en boîte. Tu vas hocher de la tête. M’a encore te faire des yeux papillons. On a le sens de l’accord. Harmonie, on dit. C’est tellement super super. #vivetoute


Refresh. Stu crisse don’. J’ai le goût de te clavier vite, les mots, la vie. On va s’envoyer des cœurs laittes. Trop roses. J’va même me gâter avec ceux qui ont des étincelles. Emo. Fucking emo. Esti j’m’haïs, dépossédée que j’chu. J’dégouline d’émotions, de ressentis, de palpitations. Check comment je déplace mon curseur vite, yo. Le réel n’est pas un poème.  Rappelle-moé-le. Steplait. Service rendu à notre humanité.  

Mon newsfeed me dit des affaires poches, photos de chats pourquoi sont là pourquoi j’connais encore du monde qui fait ça. Celle-là me dit carpe diem sur fond de mer. Eeeeew.  Oh. Elle, elle  se l’est fait tatouer. Sul pied. J’la juge en silence. A devrait me voir le vomi dans bouche. Elle est contente qu’il y ait un média entre nous. J’ai-don’-ben-du-temps-à-perdre. 

Really. Dehors y’a de la nature qui me crie « Viens dedans le vent », mane. Kessé j’fais à regarder un esti d’écran pour rien. J’attends pour rien. Refuckingfresh. C’pas relationnel, ça, un écran.  Enter. Trois petits points qui flashent. Clin d’œil ça veut dire kessé clin d’œil. Me semble que j’t’ai dit de quoi d’important. Me semble tu me réponds simple. Me semble tu me donnes des miettes de mots, d’être, de là. Mais t’sais quoi? T’sais-tu quoi? Chu pas un oiseau. Vérité ontologique. Dans ta face. Fuck tes miettes.   

[l’ordi qui ervole sul mur, par la fenêtre, dans la poubelle. Mais que je tiens trop fort fa’que moi avec j’ervole.]

Veux-tu ben. Exister. Viarge. Refresh-Refresh-Refresh.

Point vert. 

Online. À go, j’dis allô. 

- Allôôôôôôô. [calme-toé] 
- Stu fais? 
- Fuckall. Je faisais fuckall. Yolo. Petite pause, u know. 

Toé, toé stu fais. Pourquoi y’a un écran. Là. Entre toé pis moé. 

#Cuicui. #refreshlavisti

Illustration de Gabrielle Laïla Tittley
J’existe aussi là: Les p’tits pis moé, pis là.
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http://urbania.ca/blog/5374/refreshThu, 25 Sep 2014 11:04:10 EDTVéronique Grenierrefreshpoèmebloguehttp://urbania.ca/blog/5374/refresh
Le Registre: 4 plaisirs et 4 platitudes que tu découvres à vivre seulVivre seul est une expérience. Que ce soit suite à une rupture, une mauvaise expérience de colocation ou simplement par choix, partager ton quotidien avec ton toi-même est spécial. Personnellement, depuis que j’ai quitté le nid familial il y a maintenant plus de 6-7 ans, j’ai vécu tout ce qui se peut : avec une copine, avec un coloc et maintenant seul (tu peux lire mon roman-savon entre les lignes).

Dépendamment de ta personnalité et ton chemin de vie, ton rapport avec la solitude est différent. T’es peut-être le dude incapable de passer une soirée sans aller prendre ton bain de foule et fumer des clopes avec tes semblables sur une terrasse. T’es peut-être la fille qui prend grand plaisir à passer la semaine dans ses trucs sans voir personne. T’es peut-être un mélange des deux. Bin pas d’être hermaphrodite là, mais j’veux dire, dans ton degré d’aisance avec la solitude. Parce que vivre seul, après un bout, ça devient un couteau à double tranchant : y’a des plaisirs et y’a des platitudes. Même, souvent reliés entre eux.

Checkons.

LES PLAISIRS

4. Le nudisme
Le bonheur de se promener dans son plus simple appareil dans le confort de son chez-soi. Si t’es quelqu’un de prude et tu te prives de ça, tu manques le bateau, l’ami. Se lever au petit matin, se rendre à la salle de bain, s’exécuter sans filtre, longer le corridor en sentant la brise siffler sur ton monsieur/ta madame et te préparer tes toasts pis ton café dans la plus grande indifférence pour la pudeur? Divin. Se promener nu, c’est un luxe qui t’es offert dans de trop rares occasions dans la vie. C’est pourquoi c’est fantastique d’avoir une fringale nocturne et ne pas te bâdrer de te draper d’un morceau de tissu pour aller jusqu’au frigo par peur de croiser un coloc ou ses amis. Évidemment, à moins que tu sois le type de coloc qui se calisse bin de se promener le Vin Diesel à l’air. Ouais, j’trouve que sa tête ressemble à un gland. Juge-moi au pire.

3. Le contrôle sur ton milieu naturel
J’te connais pas. Sauf que tu dois entrer dans l’une des deux boîtes suivantes : t’es un propre ou t’es un pas propre. Soit que tu ramasses toute ou soit que tu ramasses rien. La personne qui ramasse toute, fustige contre ceux qui ramassent rien. La personne qui ramasse rien ça... en fait, ça s’en crisse bin que tu ramasses ou pas. Toujours est-il que, quand tu vis tout seul, bin c’est juste toi qui décide de quoi la place va avoir l’air. Tu veux un taudis où poussent les bouteilles vides et les seringues souillées? No problem. Au contraire tu veux une belle place où tu fais un highfive à M. Net comme dans les annonces? You’re the boss. 

2. L’absence de jugement d’autrui
On a tous des recoins sombres au fond de notre âme. Des habitudes étranges, des comportements louches et/ou des standards de one night parfois trop ordinaires. Quand tu partages une crèche avec quelqu’un, tu dois partager votre espace de vie dans l’harmonie. Ce qui fait que consciemment ou non, tu restes une personne « moindrement » respectable aux yeux de tes colocataires. Blonde ou colocs, tu te rends compte de tout ce que tu te retenais de faire quand tu deviens l’unique témoin de tes habitudes de vie. Tes expériences gastronomiques pas legit, tes fuckfriends décevant(e)s, ta musique quétaine quand tu fais le ménage ou le fait que tu coupes tes ongles d’orteils dégueulasses dans la cuisine, tes pieds sales sur le comptoir. Sérieux.

1. La crisse de paix pour les moments coquins
Tu dors dans ton lit. T’entends la porte d’entrée ouvrir. T’entends deux voix qui sont un peu pactées et qui pratique le on-va-chuchoter-pour-pas-réveiller-le-coloc-mais-on-rit-pis-on-accroche-toute-dans-place. Là, la porte de chambre avoisinante ouvre. Se referme. Moment silencieux. Soudainement, la redoutée musique de background part. Une trame sonore dont tu n’entends que les basses fréquences mais qui est juste pas assez forte pour couvrir les ébats de deux personnes qui fourrent. Joie. 

Moi quand j’suis déménagé dans le condo d’un de mes chums, il m’a expliqué la seule règle : « Pas le droit de fourrer dans les pièces communes ». J’suis locataire, j’ai respecté ça. Normal que le gars veut juste pouvoir s’asseoir sur son nouveau sofa de cuir propre et non pas souillé de ma sueur de raie ou du liquide douteux d’une surprenante femme fontaine. 

Aujourd’hui, vivre seul c’est de pas te soucier de qui et de quand tu ramènes ton repas pour emporter. Tu redécouvres également le fun de performer ailleurs que dans ta chambre. Un appartement, c’est pas mal plus grand soudainement. Même quand c’est pas un duo mais que tu te gâtes d’un solo, c’est plaisant d’écouter des courts-métrages égrillards le son dans l’tapis. 

LES PLATITUDES

4. La paresse 
À t’occuper de toi-même, tu développes un manque de motivation qui se transforme en paresse. Comme lorsque l’ami avec qui tu t’es inscrit au gym décide de lâcher et tu te retrouves tout seul. C’est possible qu’à la longue, tu deviennes moins sérieux. Tu cherches moins loin pour prendre des raccourcis. Par exemple, t’étais habitué avec ta blonde de faire de la bonne bouffe ensemble. Le fait de préparer le repas pour deux personnes vaut le cassage de bécyk. Là, unique habitant, c’est souvent ce qui est le moins de trouble et le plus rapide. Hot Dogs, KD, grilled cheese et autres décevants repas qui ne méritent pas le cliché filtré sur Instagram.

Que dire du ménage? Hey, combien de temps que tu niaises avant de laver ton bain? Surtout nous, les gars, qui prennent jamais de bain mais juste des douches. La vaisselle? L’aspirateur? Ce n’est pas unique à vivre seul. Sauf que parfois, y’a un de tes colocs qui s’écœurait et qui le faisait. Là, y’a juste toi.

3. Le manque de contact humain matinal
Tu t’en rends pas compte lorsque tu partages le quotidien avec du monde. Le simple « hey » ou « salut » d’une voix rauque et encore somnolente d’un colocataire est un premier contact humain dans ta journée. Même la conversation approximative avec l’autre occupant que tu fais en te grattant ta barbe d’une main et le scrotum de l’autre, est un échange en soi. Tu parcours les nouvelles matinales sur ta tablette et tu peux chialer à quelqu’un. Parce que chialer c’est comme se raser soigneusement les parties intimes : tu peux le faire pour toi, mais c’est bin plus le fun quand quelqu’un d’autre en profite.

Tandis que lorsque tu habites seul, tu peux très bien passer une journée complète sans avoir à t’exprimer ou croiser un autre homo sapiens. T’as beau ne pas être quelqu’un de très matinal un « yo, bin dormi? », c’est toujours le bienvenu.

2. Le coût de la vie
Simple mathématique : tu divises les factures et les dépenses avec le nombre de personnes dans cabane. Plus t’es nombreux, moins ta part est grande. Que ce soit avec ta blonde, ton chum ou, encore une fois, tes colocataires, le partage du fardeau fiscal est allégé. T’en viens à presqu’oublier le fait que la vie est chère et que l’argent ne pousse crissement pas dans les arbres. Ok tu l’oublies pas, mais tu vis mieux avec. Au pire, t’es 2-3 à chialer quand tu reçois le bill. Maintenant, pack tes affaires, ton kid si t’en as un, couvre tes meubles IKEA et lance-toi allègrement dans l’habitation solo. Consulter ton état de compte en ligne devient encore plus une activité des plus déprimantes. C’est une autre chose que t’oublies quand tu vis avec ton chum/blonde, la « joie » de splitter les différents coûts de la vie.

1. L’absence de surprise
C’est, je crois, la chose la plus plate de vivre seul. Y’a juste jamais de surprise ou de moment spontané. T’es le seul occupant donc tout ce qui se passe est directement dépendant de toi. Jamais que tu vas rentrer après la job un jeudi et qu’il y aura 2-3 charmantes amies de ta coloc à la table qui se font un vino-fromages. Bonsoir mesdames. Jamais que tu ouvres la porte du frigo et que t’aperçois full bières dans le tiroir à légumes, gracieuseté d’un généreux coloc. Jamais que tu rentreras à la maison et que tu te pèteras un fou rire de 10 minutes en raison que la place est tout emboucanée parce que ce même dude a essayé de faire cuire des biscuits mais qu’il les a oublié 25 minutes de trop dans le four. Jamais que tu te lèves dans la nuit pour pisser et que tu dois réveiller ce même coloc (c’tait un gars fantastique) parce qu’il s’est endormi, pacté raide, sur la bolle en chiant.

Et jamais que t’as eu une journée de cul au bureau, que t’entres à la maison pour constater que ta blonde t’as préparé un souper de roi et qu’elle te regarde, l’œil scintillant, l’air de dire « On bouffe pis après tu mets ton Willy Wonka dans ma fabrique de chocolat ». Non, jamais.

++++++

Toi ? Tu vis seul, à deux-trois-quatre ? Ton rapport à la solitude est comment ? 

Portez-vous bien, jeune gens. 
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http://urbania.ca/blog/5373/le-registre-4-plaisirs-et-4-platitudes-que-tu-decouvres-a-vivre-seulThu, 25 Sep 2014 09:51:34 EDTLe Moeshttp://urbania.ca/blog/5373/le-registre-4-plaisirs-et-4-platitudes-que-tu-decouvres-a-vivre-seul
Ce sont tous mes enfants - Portraits de Montréal















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http://urbania.ca/blog/5372/ce-sont-tous-mes-enfants-portraits-de-montrealWed, 24 Sep 2014 13:34:31 EDTPortraits de Montréalportraits de montréalbloguehttp://urbania.ca/blog/5372/ce-sont-tous-mes-enfants-portraits-de-montreal
La maison gâteau-aux-carottesSi Micheline a mis quelques mois avant de m’apprivoiser et de m’adopter comme belle-fille (elle m’appelait bientôt sa « petite bru »), Gaston, lui, m’a acceptée instantanément. Ce sont des choses que l’on sent. Il y avait de la fierté dans son regard, de voir son fils universitaire  avec une « blonde sérieuse ». Comme si, du coup, une partie de sa mission de père était achevée et réussie. C’est ça que j’ai senti quand il a levé son verre à nos amours, ce premier soir. Et c’est nono, mais ça me rendait heureuse de le voir heureux, ce monsieur que je ne connaissais pas encore.

Ces gens-là ont occupé une place centrale dans ma vie pendant quinze ans. Je ne peux même pas vous dire combien je les ai aimés. J’écris ce billet en pleurant parce que, un an et demi après ma séparation, je ne suis pas encore tout à fait remise de cette perte-là. 

J’ai grandi dans une maison quelque peu désorganisée. Mes parents étaient aimants, mais souvent absents. Chez nous, on faisait pas mal ce qu’on voulait. Mes amis trouvaient ça très « cool »… Mon ex, lui, a grandi dans une famille encadrante. Trop à son goût. Une maison en ordre, une maman attentionnée qui cuisine des merveilles, un papa qui ne parle pas beaucoup, mais qui peut lui conseiller de bons placements. Ces gens-là avaient leurs défauts, bien sûr. Mais pour moi, leur maison basse au toit gris-vert était réconfortante, comme un  gâteau aux carottes préparé par Micheline. Je m’y sentais en sécurité. 

Quand on est allé vivre pendant un an en Inde, Micheline et Gaston sont venus nous visiter. Chaque matin, Micheline, les yeux brillants, partait à l’aventure dans Mumbai! Gaston, lui, était prudent et hésitant, mais il finissait par la suivre et il nous a avoué après coup avoir fait le plus beau voyage de sa vie! Quand on a eu notre première fille, je n’ai même pas eu une seule fois à faire de la purée. Micheline a dit : « Je m’en occupe. ». Elle préparait de vrais délices colorés – betteraves, carottes, petits pois – emballés en petites portions. Il est inutile d’essayer de compter le nombre de fois où ils nous ont dépannés pour garder les enfants…

À mes 30 ans, je m’en souviendrai toujours, ce sont eux (et pas leur fils!) qui m’ont organisé un party surprise. Ils avaient invité ma mère, mes sœurs, mes meilleur(e)s ami(e)s, tout mon monde, dans leur maison chaleureuse. J’ai été tellement émue de voir le mal qu’ils s’étaient donné! Quelques années auparavant, mon père était mort d’un cancer  (qui l’avait miné longtemps). Aux funérailles, j’avais vu dans le regard désolé et déterminé de Gaston que jamais, tant qu’il serait vivant, il ne me laisserait tomber (ça se voit, ça aussi), moi qui n’avais plus de papa. J’étais devenue presque autant leur fille que leur fils était leur fils.  C’est comme ça que je me sentais, du moins.

C’est pour ça que quand Alex les a appelés – un beau dimanche de la fête des pères (je sais, on aurait pu attendre 24 heures) – pour leur annoncer qu’on allait se séparer, j’ai eu l’impression qu’on avait envoyé une bombe sur leur maison. Je me sentais coupable de LEUR faire de la peine... Pour vrai, je pense qu’ils ont eu plus de mal qu’Alex et moi à accepter cette brisure. Elle ne cadrait pas avec l’idée – traditionnelle – qu’ils se font de la famille. Et ils s’inquiètent pour nos filles. Qui, pourtant, sont probablement plus heureuses dans deux appartements harmonieux que dans un seul où l’atmosphère est toxique. Même si… Même si s’ennuyer tout le temps d’un parent n’est peut-être pas le destin idéal d’un enfant. En tout cas.

C’est clair, nous n’avons pas réussi, Alex et moi, à se créer une maison-gâteau-aux-carottes, où il fait bon vivre et être ensemble. Mais j’ai une consolation : mes enfants connaissent la maison de Micheline et de Gaston. 

Et puis, le temps passe. J’ai écrit ce texte il y a un an. Depuis, j’ai revu Micheline et Gaston à quelques reprises. Cet été, ils ont gardé nos filles et m’ont invitée à profiter de leur piscine. Dans le regard que mes anciens beaux-parents posent sur moi, je ne sens pas moins d’amour qu’avant. Un peu d’usure, un peu de tristesse. L’amour en-dessous, qui déborde. « Tu es toujours la bienvenue chez nous », me dit Gaston à l’heure du départ, avant de se pencher pour embrasser ses « petites fleurs ». Puis, Micheline me serre très fort et me refile un pot de sauce à spag (la meilleure du monde).

En route vers Montréal, je me dis que j’aimerais mettre dans un flacon l’odeur de cette maison si chaleureuse. 

Et qu’il faut vraiment que je demande à Micheline sa recette de gâteau aux carottes.

Émilie, des RoseMomz
Illustration: Pierre-Nicolas Riou
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http://urbania.ca/blog/5370/la-maison-gateau-aux-carottesWed, 24 Sep 2014 11:50:53 EDTLes RoseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5370/la-maison-gateau-aux-carottes
Ma nostalgie de Spice GrrrlPar contre, je dois passer aux aveux: même si je voudrais bien me vanter d'avoir été une riot grrrl, la vérité est que j'ai plutôt été élevée avec le féminisme d'une Spice Girl. Ce n'est pas ce que j'aurais voulu.

Je suis née dans la deuxième moitié des années 80. Je suis passée très près de découvrir le féminisme via Kathleen Hannah et les zines nommés Girl Germs ou Scarbaby, mais malheureusement, j'étais encore trop jeune, trop occupée à découper du papier de construction de maternelle au lieu de manier le Sharpie et la photocopieuse. Je n'ai pas eu de grande soeur qui, en s'isolant dans sa chambre pour scander les paroles de Rebel Girl, aurait pu m'inspirer moi aussi à apprécier le mouvement punk féministe des années 90.

Quand j'ai vu le speech de Fiona Apple aux MTV Awards de 1997, j'ai compris qu'il se passait quelque chose. J'avais toujours été fan de Fiona, que ce soit pour faire des redressements assis au son de Criminal, ou encore pour brailler dans le fond du bus au son de Never Is A Promise (chansons dont je comprenais à moitié les paroles, merci à mon prof d'anglais du primaire dont la routine consistait à nous faire part de son choix de muffin au Tim). Dans son discours, Fiona met le public en garde contre l'industrie de la musique: «You shouldn't model your life on what you think we think is cool, and what we're wearing, and what we're saying. Go with yourself.» C'était parfait: Fiona ne capitalisait pas sa célébrité, Fiona n'essayait pas de se faire aimer du grand public. Fiona était la meilleure.

Environ au même moment, le monde entier et moi en particulier était sous le charme des Spice Girls. Les Spice Girls qui, avec leurs signes de peace et leurs plate-formes multicolores, me disaient que c'était nécessaire pour un gars qui veut être ton lover de bien s'entendre avec tes amies. Ce qui n'est pas un mauvais message en soi. Girl Power, oui. Une fois sortie de mon adolescence, une fois nettoyée de tout résidu de roll-on glitter gel, j'ai réalisé que les Spice Girls avaient souvent été critiquées pour leur féminisme à deux cennes. Un féminisme opérant sous l'oppression bien sentie du patriarcat et d'une industrie de la musique orientée vers le regard masculin. Bons nombres de critiques existent déjà sur le sujet, je ne veux donc pas faire le procès des Spice Girls. J'ajouterai seulement en passant que oui, ma préférée, c'était Victoria.

Vers la fin des années 90, j'étais donc tiraillée entre Spice Girls et riot grrrls. Ç'a continué dans les années 2000, voir même jusqu'à tout récemment, où je portais fièrement le choker en velours tout en loadant mon iPhone d'albums de Veruca Salt et Sleater Kinney. Un vrai retour à l'adolescence. Pas ma vraie adolescence passée à St-Hyacinthe avec l'odeur du chocolat et du fumier... Non: une adolescence imaginaire, des années que j'aurais donc aimé avoir vécues d'une autre façon. Si seulement j'avais pu avoir un sac à dos en jeans avec une patch My Body My Choice. Si seulement j'avais pu voir ne serait-ce qu'une seule édition du festival Lilith Fair.

Quand les gens me demandent pourquoi j'aime les années 90, je réponds que c'est particulièrement à cause de la musique, mais pas parce que j'écoutais moi-même des bands avec une message ou une mission particulièrement originale. Le premier album que j'ai acheté avec mon argent de poche, c'est Tragic Kingdom de No Doubt. C'est cool, mais ce n'est pas Live Through This de Hole. C'est plate à admettre, c'est comme faire le deuil de quelque chose que je n'ai jamais été, mais il faut que je me rende à l'évidence. Rien de m'empêchera de pleurer quelques larmes en chantant Viva Forever, rien ne m'empêchera de passer tous mes vendredis soirs sur Netflix à regarder The Punk Singer. Par contre, à bien y penser, c'est vers le futur qu'il faut regarder. Il faudrait peut-être que j'arrive en 2014, musicalement parlant. Je pourrais toujours essayer d'aller dans un show de Katy Perry et crier «ALL GIRLS TO THE FRONT!» On verra bien ce que ça va donner.

Crédit photo: atomicjeep

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http://urbania.ca/blog/5369/ma-nostalgie-de-spice-grrrlTue, 23 Sep 2014 15:53:16 EDTMarie Darsignyféminismespice girlsbloguehttp://urbania.ca/blog/5369/ma-nostalgie-de-spice-grrrl
Le mot du Président : Non merci pour l'Écosse et le quitte ou double référendaireLa population écossaise s'est montrée plus réticente que les prédictions ne le laissaient croire à l'égard de l'option du oui. Plusieurs comparent le scénario qui s'y est produit jeudi soir passé à celui qui a eu lieu ici au Québec en 1995, lorsque le camp du oui l'a quasiment emporté avec un peu plus de 49% des voix.

Dans plusieurs journaux et médias, on parle littéralement d'une douche froide pour les supporters du projet de pays en Écosse. C'est compréhensible : pour ceux qui tiennent à cette idée, il faudra probablement attendre au moins une décennie, et probablement deux, avant de voir un nouveau référendum se préparer, et ça c'est si un jour nouveau référendum il y a.

C'est quand même incroyable quand on s'attarde au fait que quelques points de pourcentage de différence (5% et moins) peuvent altérer drastiquement le futur d'un pays. À cause de la logistique impliquée dans le fait d'organiser un référendum, la défaite d'une idée mise de l'avant par le processus référendaire cause souvent l'idée en question à subir l'effet « quitte ou double ». Tellement d'énergie se retrouve déployée en faveur ou non d'une idée débattue par référendum que le résultat obtenu devient beaucoup plus significatif que le pourcentage de gens soutenant réellement l'idée gagnante. Ce paradoxe peut s'avérer frustrant : tout en démontrant que pas très loin de la moitié des gens en Écosse croient en l'idée de l'autodétermination politique écossaise, la campagne « échouée » du Oui vient aussi en quelque sorte mettre un clou, mais pas nécessairement le final, dans le cercueil de cette idée, ou du moins pour les quelques années à venir. Les gens vont préférer parler et débattre d'autre chose, parce que de toute façon, on a déjà voté là-dessus.

Je me demande donc si le processus référendaire est le véhicule stratégique idéal pour l'épanouissement et l'accomplissement d'une idée qui est estimée par une portion significative de la population, mais à l'égard de laquelle une portion tout aussi significative des électeurs se montre frileuse. Si c'était le cas, on pourrait mettre de l'avant l'idée que tant et aussi longtemps qu'un parti politique ne serait pas profondément convaincu de la victoire écrasante d'une idée, la soumettre à un référendum dans le doute aurait tendance, plus souvent qu'autrement, à éliminer ses chances à long terme de faire avancer l'idée en question. Et la question se pose dans les deux sens : si, par exemple, les Écossais avaient dit oui à 51%, le projet de pays alors mis en branle aurait éclipsé la possibilité d'une remise en question à court ou même moyen terme du projet national écossais. On ne peut pas arrêter la machine, on vient tout juste de la partir... Quand une idée est chaudement disputée par référendum, c'est donc vraiment du quitte ou double, ce qui, justement, finit par ne pas refléter du tout le partage des opinions exprimées par la chaude lutte référendaire. Je trouve que c'est un drôle de paradoxe.

La question qui me vient par après est la suivante : si le processus fondamentalement démocratique qu'est le référendum se montre comme une avenue de type « gambling », y a-t-il une autre voie acceptable qui peut mener à l'application d'une idée qui implique des conséquences qui concernent l'ensemble de la société? Rapidement, on dirait que non. Certains partis politiques ont élaboré des stratégies de gouvernance temporaire pour se rapprocher d'un certain idéal d'autonomie et d'autogestion en l'absence d'une indépendance totale, mais en tant que tel, je ne crois pas qu'on puisse parler d'une méthode officielle reconnue pour fonctionner et démocratiquement compatible qui puisse permettre aux tenants de l'idée de nouveau pays de se passer d'un référendum.

Ainsi, pour toute personne adhérant à un projet national pour lequel le support populaire n'est pas foncièrement majoritaire, le référendum devient cette terrible épée à double tranchant : on attend des années en souhaitant sa tenue, le percevant comme la solution tant attendue, mais si le résultat s'avère décevant, le refus exprimé par la population devient monolithique peu importe son score au vote et relègue l'option de l'indépendance au dossier des affaires déjà classées.

Et même quand ce n'est pas exactement cela qui se produit, comme par exemple suite au référendum de 1980, il faut admettre que quinze années d'attente pour un autre référendum est une période assez longue pour en décourager plusieurs, ou du moins transformer l'idée du pays en simple rêve dans leur tête. De ce point de vue là, on pourrait difficilement reprocher à René Lévesque d'avoir démissionné en 1985, de même qu'il est facile de comprendre la démission soudaine de Alex Salmond suite à la défaite du Oui en Écosse. En mon humble avis, la nature quitte ou double d'un référendum serait à son comble advenant la tenue d'un nouveau référendum au Québec, un troisième Non ayant sûrement pour effet de fermer une fois pour toute le dossier sur la question nationale québécoise.

Tu veux un référendum ? Be careful what you wish for...

Crédit photo: Darren Johnson
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http://urbania.ca/blog/5367/le-mot-du-president-non-merci-pour-lecosse-et-le-quitte-ou-double-referendaireTue, 23 Sep 2014 11:50:33 EDTOgden Ridjanovic aka Robert Nelson, Président de la République libre du Bas-Canadabloguereferendumhttp://urbania.ca/blog/5367/le-mot-du-president-non-merci-pour-lecosse-et-le-quitte-ou-double-referendaire
La saison parfaite pour être plateC’est plus par convention astronomique que météorologique, mais l’automne commence officiellement drette-là-tu-suite-aujourd’hui. Moi je l’ai vu venir. Je le voyais se pointer le bout du nez rouge-sinusite depuis quelques jours déjà. Avec son soleil qui tousse ses derniers rayons pas mal plus tôt qu’à l’habitude. Avec Dame Nature qui se gâte tranquillement sur les filtres Instagram. Avec le temps qui est à la pluie même les jours fériés. Avec les 8 à 5 qui débutent et terminent dans la pénombre.

Je l’ai senti arriver, aussi, le premier matin où j’ai regretté d’avoir laissé la porte du balcon ouverte. Ou le premier soir où je me suis fait éclabousser par un bus à un coin de la rue, pis que j’suis rentré les narines collées dans mon appartement dont l’appréciation est tellement renouvelée. 

C’est dans le froid d’automne que le concept «d’habitation» reprend tout son sens. Qu’il retrouve son caractère originel; celui de l’abri. Du chez-soi. L’été, on l’abandonne un peu. On est plus volatile pis on s’en fout. On couche n’importe où. On part en vacances. Notre chez-soi, c’est juste une place où on dort un peu plus souvent qu’à l’habitude. Si notre appart était pas là, au pire, on dormirait dehors. Sous un ciel cinq étoiles. Mais là, l’automne, ça redevient un refuge. 

C’est pour ça que c’est la saison la plus propice à l’isolement. Terminé, l’effervescence frivole de l’été. Fini de courailler partout. Tout le monde rentre chez eux. 

Mais moi, ça me va. Parce que j’aime ça être cloîtré chez nous. Parce que, t’sais, ça a ses vertus, l’automne. Surtout pour les comme moi de la grande académie des gens plates.

J’ai beaucoup d’amis et j’aime vraiment ça vous voir (juré). Sauf que peu importe le degré de fun que je vais avoir dans une soirée, je suis incapable d’éteindre cette petite voix dans ma tête qui me chuchote : «omg kév tu pourrais être sur ton divan à écouter la saison 3 de Girls avec pas de pantalon». 

Vous le devinerez, j’ai pas le livin la vida loca facile.

Heureusement, l’automne avec ses soirées pluvieuses justifie un peu mon culte pour le huis clos. C’est dans cette saison que deviennent socialement acceptables le tuseul, le rienfaire et les casse-tête (pas besoin d’italique pour ce mot-ci). 

Vous savez ce vieil adage qui recommande de «vivre sa vie à 100 à l’heure»? Ben je l’applique pas full. Je dirais qu’en moyenne, je dois ben vivre à 60 km/h. Et qu’à l’automne, ça ralentit même jusqu’à 40. 

Je me rends tranquillement à l’effroyable évidence : je suis plate.  J’ADORE ça voir du monde (même l’automne). Sauf que vous avez pas idée à quel point je suis content quand l’un de vous annule à la dernière minute pis que je peux rester chenous à entrer des mots au hasard dans Antidote pis vérifier s’ils sont anagrammatiques.

Saviez-vous ça, vous ôtes, que «lucioles» et «couilles» sont des anagrammes? 

Ce penchant pour le huis clos n’est certainement pas la plus saine des habitudes, j’en conviens. Mais je pense que l’automne, c’est justifiable. Ça sert à ça. Surtout pour les angoissés comme moi qui ne s’épanouissent pas d’interactions sociales. Ça veut-tu dire que je mène pas une vie active? Non. C’est simplement que je ne fais pas partie du club Bienvenue dans la vie Bud Light qui va se titiller jusqu’à temps que le soleil se lève. Que je n’y vois pas l’intérêt. Que j’aime plus les dimanches que les vendredis.

C’est la saison pour être plate, pis pour recharger ses batteries un peu, seul et dans le froid. Remarquez que le corps humain dégage à lui seul environ 100 watts. C’est pas tout à fait suffisant pour un trois et demi, mais mathématiquement, mettez ça à 200 pis je trouve ça suffisant, comme degré calorifique. 

Illustration : Jean-Pier Fortin

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http://urbania.ca/blog/5366/la-saison-parfaite-pour-etre-plateTue, 23 Sep 2014 09:34:21 EDTKeven Bretonautomnebloguehttp://urbania.ca/blog/5366/la-saison-parfaite-pour-etre-plate