Urbania - accueilhttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 24 Jul 2014 18:59:36 EDT60Chère fille qui aurait dû mentir pour garder sa job,

Sans approuver, je comprends : t’as sorti la vérité inacceptable quand t’aurais juste pu sortir un mensonge acceptable.

Si j’avais une vraie job et que je gérais des gens, je me contenterais avec plaisir de mensonges classiques impliquant une batterie de téléphone en carence de lithium qui a empêché ton alarme de te réanimer à l’heure voulue.

J’préfèrerais de loin ça à ce que tu lui as servi. Je cite mot pour mot :

« J’m’excuse; je sais pas c’qui s’est passé. On a bu hier pis j’feel pas. (Pause) Ouache (seconde pause) j’ai du vomi sec dans les cheveux. J’m’excuse. »

C’qui m’aurait choqué, c’est pas la brosse de la veille, mais plutôt l’arrogance éhontée de ta vérité.

Parce que des fois c’est arrogant, la vérité. C’est effronté.

Pis ça gosse, parce que depuis qu’on est enfant, on nous fait croire que l’honnêteté paie.

Au primaire, on nous racontait la fameuse histoire de George Washington. Comme quoi quand y’était kid, y’a abattu le cerisier de son père.

Pis quand son père l’a confronté en lui demandant « What the fuck George? Y’est où mon esti d’cerisier? », George lui aurait répondu : « Je ne peux pas mentir; j’ai coupé le cerisier. »

Quand Madame Cayer-Gohier nous a raconté cette histoire, j’ai eu une révélation.

J’me suis dis que si George Washington a eu le courage d’avouer son implication dans une affaire aussi capitale que la mort d’un arbre fruitier, rien ne m’empêche à moi d’avouer à ma mère que c’est moi qui mouille mon lit et pas « le lutin de la nuit », qui fut pendant des années le bouc émissaire de mes involontaires mictions nocturnes.

Quelques années plus tard, je découvre que l’histoire du cerisier de George est fausse. Que c’est un pasteur qui s’appelle Mason Weems qui l’a inventée.

Le moment d’honnêteté le plus populaire de l’Histoire est un mensonge.

Peut-être que Jack Nicholson avait raison quand il s’est écrié « You can’t handle the truth » dans A Few Good Men.

Peut-être que c’est vrai qu’on peut pas toujours supporter la vérité.

Et c’est peut-être pour ça qu’on dit « s’cuse j’me suis endormi » au lieu de dire « j’étais réveillé, j’ai vu ton texte et je l’ai intentionnellement ignoré. En fait, la vérité c’est que j’te parle juste quand j’m’emmerde. »

Qu’au lieu de dire « peut-être aurais-tu une infection; ça sent bizarre » on dit rien. Parce que y’a AUCUNE bonne façon de dire ça.

C’est peut-être pour ça qu’on dit « wow… (vomi dans la bouche) les nouvelles couleurs de ton condo sont… éclatantes » au lieu de dire « ouache ». Rien d’autre. Juste « ouache ».

C’est peut-être pour ça qu’on dit « désolé, le timing est pas bon » au lieu de dire « t’as plus d’attitude qu’une sacoche Michael Kors. Tu pourrais être plus sympathique et moins parler de toi. C’est peut-être pour ça que tes 11 dernières premières dates se sont soldées par un lit occupé à seulement 50% de sa superficie fornicable. »

Qu’on dit « j’peux pas rentrer; j’suis malade » au lieu de dire « j’m’en vais à La Ronde. J'm'en fous d'attendre des heures en file derrière des ados qui puent, j’ai besoin de décrocher. »

Ou pire : « Je suis pas rentré parce que j’ai brossé. »

J’vais dire comme ton boss : bonne continuation.

Et la prochaine fois, peut-être auras-tu la décence de mentir.

Bien à toi,

Rabii :)

PS. Maman, c’est moi qui mouillais mon lit. J’ai inventé « le lutin de la nuit ». Je sais que c’est difficile à croire, mais il n’a jamais existé.


crédit photo: Antoine Ryan]]>
http://urbania.ca/blog/5231/chere-fille-qui-aurait-du-mentir-pour-garder-sa-jobThu, 24 Jul 2014 11:49:55 EDTRabii RammalY’est où mon esti d’cerisier? george washingtonJack Nicholson juste Michael Korsla décence de mentirmensongele lutin de la nuitbloguehttp://urbania.ca/blog/5231/chere-fille-qui-aurait-du-mentir-pour-garder-sa-job
Les larmes, ça goûte salé

À cette période de ma vie, comment dire, j’étais « en phase » avec mes émotions. D’où la sérénité, je crois. J’avais décidé de les laisser vivre, être, se déployer. De les trouver légitimes. Et j’avais à côté de moi un homme – pas le plus empathique, pas le plus sensible pourtant– qui a su accueillir mon chagrin d’une façon dont je lui serai toujours reconnaissante. En m’ouvrant ses bras. En ne disant presque rien. En laissant couler la source… Il n’y avait que cela à faire. Ce deuil a été, en quelque sorte, doux. En grande partie grâce à Alex. 

Dix ans après la mort de mon père – exactement 10 ans après,  je le réalise en l’écrivant– deux enfants en plus sous mes jupes, j’ai dû faire face à un autre deuil. Celui d’Alex. Qui n’est pas mort (Dieu merci), mais de qui je me suis séparée. Volontairement. Parce que ça ne marchait plus. Parce que l’atmosphère de notre maison était devenue toxique. Comment? Pourquoi? Qui peut expliquer cette évolution si imperceptible des couples qui éclatent? Au fil des choix, des difficultés professionnelles et personnelles que nous avons traversées, nos patterns, nos façons d’être ensemble, de se parler, se sont détériorées, jusqu’à empoisonner l’air ambiant. Ce n’était plus possible de rester dans cette soupe-là. Ni pour lui ni pour moi. Et ça aurait été néfaste, à long terme, pour les enfants, sans nul doute.

La décision n’a pas été facile à prendre. Mais quand elle a été prise (d’un commun accord), j’ai ressenti un grand soulagement. Je me souviens être allée jogger, un soir de juin, juste après notre discussion décidant de la séparation, et m’être sentie tellement LIBÉRÉE. Je ne courais pas, je volais sur la piste cyclable de la rue St-Zotique. Quelques mois plus tard, le ressac est venu. Il fallait bien qu’il vienne. Mais je n’ai pas compris tout de suite – contrairement à  dix ans plus tôt - que j’avais le droit (le devoir, même) d’être en deuil. De pleurer comme une madeleine ce couple que j’avais tant aimé former avec Alex, quand ça allait bien. Un petit couple d’abord soudé autour du désir de découvrir le monde. Un jeune couple plus tard uni dans l’éblouissement parental. Il fallait pleurer aussi les amis communs, la belle-famille, la cellule familiale…

Au lieu de cela, je voulais aller bien. Il FALLAIT que j’aille bien. Pour les enfants, pour moi. Je m’en voulais de ne pas aller bien. Et plus je m’en voulais de ne pas aller bien, moins j’allais bien – c’est clair. Mes émotions légitimes non vécues, comme souvent, ont pris le chemin de l’anxiété (pour certains, ça passe plutôt par la colère ou la dépression). Ça a été bien plus dur et bien plus long que si je m’étais laissée pleurer, je crois. Mais cette fois, je n’avais pas tes bras, Alex, pour pleurer dedans. Pas ton torse pour accueillir mes sanglots, en pleine nuit. C’est pas pareil, un lit vide, pour vivre un deuil. Oh, une fois, je me souviens, quelques mois après la séparation, tu m’as laissée pleurer dans tes bras, tu portais ton manteau d’hiver noir. Ça m’a fait tellement de bien de pouvoir déposer un instant mon lourd fardeau salé…

Le plus dur, pour moi, sans aucun doute, ça a été de m’habituer à ne pas avoir les enfants tout le temps. C’était atroce. Je commençais à angoisser trois jours avant que n’arrive ma fin de semaine sans enfant. Le vendredi, quand je te les laissais, je rentrais chez moi paralysée, comme morte, jusqu’au lundi. Voulant m’aider, mes proches me disaient : « Ben voyons donc!, profites-en! Amuse-toi! Fais des choses que tu aimes! » Du coup, ils me faisaient sentir anormale de ne pas être capable d’en « profiter ». Ce qui augmentait mon malaise et mon anxiété. Il eut mieux valu qu’ils me disent : « pleure, pleure, pleure, pleure… On est là. On sera là.» Mais on n’a pas trop cette relation-là avec la douleur, dans la famille. Faut que ça passe! Et vite! Parce que c’est dangereusement contagieux, les larmes, chez nous. (Et n’y a-t-il pas un danger de couler au fond de l’eau, si l’on pleure trop?)

Dans les livres que j’ai lus sur la séparation, on dit que ça prend environ deux ans pour se remettre d’un tel deuil. Ça fait deux ans ce mois-ci que j’ai quitté notre appart, qu’on vit la garde partagée. Ça va BEAUCOUP beaucoup mieux. Le temps finit par adoucir les choses, c’est vrai. Ça prend aussi une bonne psy. Et beaucoup de larmes. Que j’ai fini par réussir à laisser couler sans me juger… (Et sans faire naufrage!)

Cela fait quelques mois qu’un nouvel amoureux est entré dans ma vie. C’est arrivé comme ça, de façon presqu’inattendue. Cet homme étonnant me prend comme je suis. M’accueille dans toutes mes dimensions, avec mes blessures, mon passé présent. M’appelle « ma chérie ». Répare ma table de balcon. Ne se formalise pas de mon bordel. 

Des fois, quand on fait l’amour, je pleure et nos baisers goûtent salé. Je pleure et je me sens guérir un peu plus. 

Émilie, des Rosemomz
Illustration: Pierre-Nicolas Riou
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http://urbania.ca/blog/5230/les-larmes-ca-goute-saleThu, 24 Jul 2014 09:45:52 EDTLes RoseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5230/les-larmes-ca-goute-sale
Rides de char

Parce que sans le savoir, tu as cette phrase de Kerouac dans le fond d’être : « …ébranlés en nous rendant compte que nous n’avions jamais osé faire hurler la musique comme nous l’aurions voulu et que c’était ce hurlement que nous voulions(1). » Cela fait que. Osage et hurlement. Ça se peut que tu chantes. Ben fort, aussi. Même aux feux rouges. Pis que tu danses. Des moves de bras un peu bizarres, mais c’est juste parfait. 

Moment à toé, de toé. 

Quand t’es chanceux et grayé d’amis qui valent la peine, non seulement vont-ils te suivre dans ta panoplie, mais y vont aussi te trouver cute de changer les mots que tu connais pas ou que tu les meu-meumes vite pour ne pas que ça paraisse trop, ton pas tant d’oreille. Des gens précieux qui t’embrassent dans tout ce que t’es, dans ton drôle que tu vois pas nécessairement.   

J’aime les rides de char. Ma musique de char, que je ne déclinerai pas parce que je ne l’assume pas tant. Publiquement. Avant, c’tait le père des p’tits qui conduisait tout le temps. J’avais alors le luxe de pouvoir me dénuder les pieds pis de les mettre sul tableau de bord. De manger une crèmàglace. Celui aussi de fermer un peu les yeux et de me juste laisser porter par le vrombissement du char. Vroum-vroum, u know. L’air de dormir, mais non. La tête qui erre. Qui refait sa vie à toué tournants. Avec les p’tits, la ride de char est devenue un incontournable du weekend. Une manière de les contenir, de se contenir. De prendre un grand souffle. C’tait pas tant, voire pas pantoute, une destination qui importait. C’tait juste d’être enfermés. Ensemble. Calmes. Un tas qui savait ce qui faisait pendant une heure ou deux. Triste de même. Ça a eu le grand mérite de nous faire reconnaître, à la roche près, chaque recoin des Cantons-de-l’Est. Le Fils en a développé une certaine aversion de la campagne, du loin. Ouin. Mais le vent qui balayait l’intérieur du char allégeait nos dedans d’être. Ça nous baumait la vie. 

Mais maintenant, c’est tout le temps moi qui conduis. J’ai même mon char à moi. J’avais jamais eu de char à moi. Je méprisais un peu l’heureux-de-son-char-à-lui. C’parce que je ne savais pas. J’ai eu mon permis tard pis je ne m’en suis pas vraiment servi parce que, comme je disais : père des p’tits, que j’ai toujours suspecté d’avoir acheté des voitures « manuel » pour s’assurer que je ne conduise pas tant. Fa’que peu après notre éclatement, j’ai dû me rendre à Montréal. Tuseule. J’avais la chienne. De quoi, c’pas clair, mais c’tait là. J’ai dû rouler à 90 km/h, tout le long, j’avais des crampes dans les bras tellement je serrais le volant trop fort. J’ai pas cligné des yeux, une fois. Je serrais les dents à chaque fois qu’on me dépassait. Un désagrément sur la route. Mais ce sentiment, toé. Quand je suis arrivée à la première lumière sur « University », j’aurais fait des high five à tout le monde.  J’étais habitée par la conviction que je pouvais aller partout. « Libârté, j’ai crié ton nom ». 

Quand tu conduis, c’est pas pareil que quand tu es passager, ai-je alors pleinement saisi. J’aime ce pas pareil. C’est pas juste de l’errance, se laisser porter. Y’a de l’attention, l’horizon droit devant, le oussé tu veux aller ou juste le fun des arbres qui défilent, des paysages qui changent. Des fois, j’veux pas vraiment aller quelque part. C’est pas super Kyoto, mais ça m’arrive de prendre mon char pour juste rouler. Aller ailleurs. Que chenous, que ma vie, que toute. Pis oui, la musique de ma playlist de marde joue fort, en boucle, pis je chante. Je me suis souvent tayeulée la tête de même, à défaut de pouvoir me la péter sul dash. J’ai déjà crié, aussi. Dans le sens de hurler ma vie de manière bien sentie. Pas besoin d’oreiller, de faire ça doux. Y’a pas personne que ça pouvait déranger. Le cri. 

Et ça calme, en dedans, une ride de char. Ça vide. Dans le bon sens. Je sais pas comment, mais ça m’a souvent remis l’idée à la bonne place. Dans le documentaire République : un abécédaire populaire, l’anthropologue Serge Bouchard dit un truc du genre que l’automobile, c’est le dernier refuge de « l’homme ». Un endroit où s’enfermer, où avoir la paix. Un endroit où le bonheur est pas compliqué. Faut croire que « sur la route » [tant qu’à ploguer Kerouac dans un texte qui parle de rides de char, aussi ben forcer l’affaire], on peut parfois croire que notre vie se meut davantage que ce que l’on peut et dans l’engluement du quotidien, bouncer sur cette petite illusion, ça large le sourire.  


Illustration de : Gabrielle Laïla Tittley
J’existe aussi là : Les p’tits pis moé, pis  

(1): KEROUAC, Jack. Sur la route, coll. « Folio », no 766, Paris, Gallimard, 1960, p. 404.
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http://urbania.ca/blog/5229/rides-de-charWed, 23 Jul 2014 10:16:25 EDTVéronique Grenierrideconduirekerouacroulercharbloguehttp://urbania.ca/blog/5229/rides-de-char
La bataille des régimes de retraite

Le Québec est au bord du précipice. Il faut régler rapidement les problèmes des régimes de retraite dans la fonction publique, sans quoi nos enfants vont y goûter. Et ne mentionnez même pas que les municipalités, les premières visées par la loi 3 du gouvernement, pourraient payer plus que les employés. Ce serait dire que l’ensemble de la population paierait pour les retraites dorées des fonctionnaires.

On sait déjà ce qu’on pense des fonctionnaires. Des gloutons.

Pourtant, avec un peu de recherche et de bonne foi, on constate que depuis l’arrivée du néo-libéralisme dans le discours des politiciens au pouvoir (Lucien Bouchard, quelqu’un?), la saignée des fonds de retraite avait bel et bien commencé. Par exemple, les chauffeurs de la STM avaient dû retourner au travail en 1999, forcés par une loi spéciale, et accepter une entente qui prévoyait le recul drastique des cotisations de l’employeur aux régimes de retraite de leurs employés.

À l’époque, la même urgence économique avait été évoquée, ces générations futures qui ont le dos large, pour exiger ces mesures draconiennes.

La situation s’est répétée dans plusieurs municipalités du Québec où les cotisations patronales ont cessé ou diminué drastiquement depuis 20 ans.

Certains syndicats sont tout-puissants et se sont prévus des retraites dorées, voire abusives. On peut citer les policiers ou les pompiers montréalais en exemple. Chaque moyen de pression qu’ils posent a un impact majeur sur la société et forcent souvent les élus à répondre à leurs revendications. On pourrait en dire autant des médecins spécialistes et de leurs hausses éhontées de salaire depuis quelques années.

Par contre, la majorité des fonctionnaires sont des humbles gens. Les syndicats qui les représentent n’ont pas l’image frappante que possèdent les pompiers ou les policiers pour appuyer leurs revendications. Ils ont donc perdu plusieurs acquis au fil des ans, et de nombreuses cotisations de la partie patronale à leurs fonds de pension.

Doit-on s’étonner aujourd’hui que ces fonds soient déficitaires?

Ainsi, dans plusieurs cas, pour que justice soit rendue, ce sont les anciens élus qu’il faudrait tenir responsable de la mauvaise gestion des fonds de retraite qu’on remet en question aujourd’hui. Malheureusement, ce sont les contribuables qui devraient aujourd’hui payer pour ces politiciens gâtés par une vision à court-terme des dépenses publiques. Malheureusement encore, c’est cette même vision à court terme de l’économie qui a mené à la mise en place de la loi 3 du gouvernement québécois. Celle-ci, rappelons-le, exige un ajout d’argent à part égale entre syndicats et patrons, peu importe à qui va la faute du manque à gagner.

Je n’ai aucun régime de retraite. Travailleur autonome, je dois tout faire moi-même. Par contre, contrairement à plusieurs collègues blogueurs, je ne tombe pas dans la jalousie malsaine pour autant.

Si quelqu’un possède un régime de retraite décent, on devrait célébrer et tenter de répéter l’expérience plutôt que d’agir comme des enfants gâtés en critiquant ceux qui, collectivement, ont su préparer leurs vieux jours avec beaucoup plus de prévoyance que nous.

Twitter: etiennecp]]>
http://urbania.ca/blog/5226/la-bataille-des-regimes-de-retraiteTue, 22 Jul 2014 13:52:35 EDTÉtienne Côté-Paluckmontrealquebecrégimes de retraiteretraitétravailsyndicalismehttp://urbania.ca/blog/5226/la-bataille-des-regimes-de-retraite
Votre avis ne m'intéresse pas

En vérité, il existe mille raisons d’écrire. Rendre compte, faire rêver, partager ou comprendre, je n’ai pas le talent de les lister toutes. Quatre, c’est pas pire; après tout on est en juillet et moi non plus, je n’ai pas envie de travailler.

Je parlais récemment à une amie journaliste qui me rendait compte du métier presque mort de journaliste. Le vrai métier de journaliste. Avec vérification des sources, éthique, travail sur le terrain, disponibilité infinie, domaines de compétences. Celui qui se pratique encore dans nos journaux en train de mourir. Comme d’habitude, le web est venu tout changer et il a inventé le journalisme citoyen. Comme on peut considérer que le web a inventé la photographie citoyenne, la vidéo citoyenne, le macramé citoyen. Traduisez citoyen par « enjoué, mais incompétent ».

Pour être plus juste, le journalisme citoyen a ouvert la porte à des millions de spécialistes capables —  parfois plus qu’un journaliste généraliste —  de commenter l’air du temps avec une précision redoutable, selon leur domaine de compétence. Fouillez et vous trouverez des blogues incroyablement documentés et valables sur tous les sujets ou presque. Des journaux miniatures, sans ligne directrice, sans chef de pupitre, sans relecture, sans vérification, mais avec une opinion qui a su convaincre les foules. On est journaliste occasionnel comme on est fumeur occasionnel. On écrit comme on vapote : en société. Pour dire de. Pour se donner une petite contenance. Pour se la péter un petit peu. En clair, on écrit pour plaire.

J’en suis. Vous en êtes dès que vous écrivez en public et pour les autres. En 140 caractères ou plus, le poids n’a pas d’importance. 

Mais l’idée d’écrire pour séduire est un problème. Cela installe deux phénomènes. D’une part une dictature citoyenne où le lecteur ne peut plus être contrarié sous peine de commentaire anonyme-passif-agressif. D’autre part, elle installe le doute systématique que les médias traditionnels ne savent plus faire le boulot, et que mêmes, ils nous cachent « forcément » quelque chose. En gros, nous devenons des enfants-rois paranoïaques.  

En 2011, l’écrivaine Christine Angot créait la polémique dans une tribune publiée par Libération sur l’affaire Strauss-Kahn à New York. Elle y expliquait que DSK avait prouvé qu’il était de gauche en se retrouvant du « côté des faibles, des petits, des humiliés, des menottés. » Trois ans plus tard, un journaliste lui demande: « Est-ce que vous pensez vraiment ce que vous écrivez? ». Elle répond une phrase magnifique: « Quand vous écrivez, il ne faut pas vous poser la question de ce que vous pensez, la seule question que vous devez vous poser c’est: "est-ce que ce que j’écris montre quelque chose qui existe?" ».

Mais la roue s’est inversée. Aujourd’hui, ce sont les journalistes professionnels qui veulent devenir des amateurs. Avec leur compte Facebook. Leur dépendance à Twitter. Ils comptent les likes. Ils veulent devenir votre ami. Ils répondent à vos messages. Ils posent avec vous sur la photo. Ils ne travaillent plus à nous confronter, ils nous confortent au contraire dans notre opinion première. Lentement — et à cause de nous —, les médias atrophient notre muscle critique.

Je suis donc de ces milliards de chroniqueurs citoyens qui tuent des journalistes à grands coups de chroniques inutiles, sans écrire toujours ce que je pense. Et pour se défendre, ces journalistes essaient de vous plaire, et tout se mélange un peu.

L’idée n’est donc pas d’écrire pour plaire. L’idée est d’écrire un point de vue possible.

C’est pour ça que j’écris. Et c’est peut-être pour ça que vous me lisez.

note : même si cette chronique n’a pas essayé de vous plaire, vous pouvez quand même l’aimer en cliquant plus bas :)

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http://urbania.ca/blog/5223/votre-avis-ne-minteresse-pasMon, 21 Jul 2014 09:29:56 EDTGaëtan Namouricbloguehttp://urbania.ca/blog/5223/votre-avis-ne-minteresse-pas
La chanson de la (fin de) semaine!
Allez, bonne fin de semaine à tous!



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http://urbania.ca/blog/5222/la-chanson-de-la-fin-de-semaineFri, 18 Jul 2014 15:26:19 EDTUrbania chanson de la semainebloguehttp://urbania.ca/blog/5222/la-chanson-de-la-fin-de-semaine
Je suis matérialiste

Les snowboards de la famille sont accrochés au mur. On doit enjamber les vélos dans l’entrée. Le filet de hockey de fiston traîne dans le passage. On n'ose plus laisser le filet sur le balcon de notre troisième étage d’Hochelaga depuis qu’un voleur BEAUCOUP trop motivé a grimpé en catimini pour dérober notre superbe poubelle avec couvercle anti-raton-laveur. Connard, j’adorais cette poubelle! Elle avait une excellente capacité et les animaux n’étaient pas capables de l’ouvrir grâce à d’ingénieuses clips sur les côtés!

Étant donné que notre remise est remplie à pleine capacité de meubles légués par la grand-maman de ma douce, notre stock de camping est prisonnier de notre porte bagage sur le toit de notre Jeep… et ce depuis un an… Pauvre lui. 

Il y a 2 semaines, je donnais une conférence au Cégep de Limoilou pour le Geek Fest et ensuite je devais aller faire un show dans la même journée dans un mariage à Rivière-des-Prairies. 

Jet set life, bitches. You feel the gold, honey!? Make it rain!!

Étant donné que ma douce et moi travaillons énormément par les temps qui courent, je l’ai invitée à m’accompagner, question de passer un peu de temps avec elle, sans enfant et... entretenir mon couple! (Je suis un cool conjoint.) 

Après un excellent moment au cégep de Limoilou à jaser avec des ogres et des chevaliers au Geek Fest, j’ai voulu aller dîner dans le Vieux-Québec. On a cherché du parking à cause de Lady Gaga qui jouait sur les Plaines. On a abandonné le projet et on a attaqué la route en chantant Start Wearing Purple de Gogol Bordello en buvant de la slush! 

Je roulais 115km/h sur mon cruise control. Direction Montréal. 

En même temps que la chanson Like Castanets des Bishop Allen jouait dans le tapis et que je mâchouillais les paroles, la pluie s’est mise de la partie. Mes wipers suivaient le tempo, le reflet des gouttes qui coulaient semblait danser sur mon dash et la route goudronnée défilait sous les yeux de ma douce qui fixait l’horizon en mangeant des pistaches. Le bonheur.

Un mur d’eau se dressait devant nous avec des rafales de vents qui varlopaient le camion. Ca commençait à être plaisant! J’adore conduire quand la météo se déchaîne: je me sens comme un aventurier. (Je suis un éternel petit garçon qui rêve d’être Indiana Jones.) 

J’ai soudainement eu l’impression que le Jeep se faisait prendre en doggystyle et qu’une grosse main tirait sur ses cheveux. Un peu comme si on venait de déployer un énorme parachute pis qu’on partait par en arrière, mais en avançant... 

J’ai jeté un coup d’œil dans mes rétroviseurs; ce que j’ai vu dépassait l’entendement. Mon stock de camping s’évadait du porte bagage! Le couvercle avait décidé de s’ouvrir TRÈS GRAND comme la gueule de Martineau face à n’importe quel sujet qui peut lui attirer de l’attention! 

Des années à me payer du matériel de plein air de qualité qui se sauvait librement sur la 20! Mon sleeping faisait des saltos arrière en me faisant des fingers, mon ti-poêle se décalissait sur la chaussée et s’éparpillait comme le méchant dans Terminator 2, mais sans se reformer! Mes bâches! Mes belles bâches s’envolaient tels des phénix !

Les voitures faisaient du slalom pour éviter...  ma tente. J’ai économisé pour cette tente! Je l’ai travaillée! Et elle rebondissait sur la chaussée comme un motocycliste qui se plante! J’ai réalisé à ce moment là, précisément là, que j’étais matérialiste. Pis pas à peu près! J’ai garé le Jeep en bordure de la route. Je courais le long de l’autoroute, à la pluie battante en sacrant très fort pis en me prenant la tête! 

Quand il n’y a plus eu de véhicule, je suis aller ramasser mes affaires en les prenant dans mes bras et en revenant les déposer dans le camion. Un peu comme si c’étaient des soldats maganés: je les ramenais à la maison. Je faisais des allers-retours en hurlant l’objet que j’allais chercher : MA LAMPE FRONTALE PIS MON PIEU! 

Ma copine me hurlait d’abandonner. 

JAMAIS, JAMAIS je ne vais abandonner mes broches à guimauves, la grande! Mon rack à saucisse pis mes icepack need me, cocotte!

Mon porte-bagages s'était ouvert dû à la force du vent. Les loquets ont tous simplement EXPLOSÉ. 

Une camionnette plaquée de l’Ontario s’est soudainement arrêtée. Un blondinet potelé avec un pinch s’est approché. Avec un binder dans les mains. Il m’a offert de l’aide. Il voyait la tristesse dans mon regard. Il m’a tout arrangé ça. Quand je lui ai offert de l’argent pour ses courroies, il m’a dit : « Ma fille étudie au Québec, je suis venue la chercher pour les vacances. Elle m’a dit que les Ontariens n’avaient pas bonne réputation ici. Donc tu diras à tes chums qu’on n’est pas tous pareils! Hahahaah! » Un gros rire gras, une poignée de main de trucker et il est parti en souriant.

J’étais trempé, crotté, sous la pluie battante sur le bord de la 20 et j’étais heureux, car j’avais sauvé mon stock de camping.

Crisse...  Je suis matérialiste, pis j’aime les Ontariens. 
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http://urbania.ca/blog/5221/je-suis-materialisteFri, 18 Jul 2014 11:50:22 EDTJonathan Robergeontarienmatérialismecampingbloguehttp://urbania.ca/blog/5221/je-suis-materialiste
Ce piéton de qualité Canada fantaisie

C’est l’été. C’est péché. Le sujet peut paraître mince, mais eh, oh. On se chuchote ça toutes les semaines. On peut bien profiter de ce billet de blogue pour se faire un petit barbecue. Allez; sortez-moi cette salade de pâtes et allongez-vous en sirène en vous tournant les couettes, qu’on se souffle le relent d’ail complice.

ALORS.

Au fil de la grâce qui m’a émancipée en un être d’infinie exception (et d’une thérapie avec une psy qui avait des ongles prune et or en alternance et une tendance lourde à fixer ses sandales pendant que je parlais en alexandrins), j’ai développé ma patience comme faire se peut.

Je m’attendris désormais devant un enfant aux petites mains raides qui hurle à s’en fendre la glotte à proximité de mon pavillon. Il traverse peut-être un chagrin d’amour. Ou son panty liner est peut-être détrempé, qu’en sais-je. Il ne possède pas la FPS requise pour comprendre ce qui lui arrive ou alors il n’est que très, très désagréable sans le savoir (une prochaine émission à Canal Vie). Alors il crie, sans connaître la suite du refrain de Jonathan Painchaud.

Je lâche aussi prise devant la petite caissière qui égraine ses rouleaux de change avec la passion du Christ quand c’est mon tour de payer ma soucisse. J’arrive même à me pâmer d’affection pour cet itinérant qui, vache couchée ou qui gambade, me blâme pour l’hypothermie, le désespoir pis la perte de son orteil c’t’hiver avant de me souhaiter une fantastique journée ou la mort.

Cependant.

J’ai beau puiser dans la fiole de sérénité qui traîne dans le fond de ma bourse, je n’arrive pas, JE NE SAISIS PAS l’ardeur du piéton carriériste. Vous savez, celui qui croque dans chaque pas, le déplacement foodie. Celui pour qui le contact de sa semelle de Teva avec l'asphalte semble être chaque fois fascinante découverte, une puissante expérience sensorielle qui ne doit pas prendre fin, comme un beau voyage en Gaspésie où les clams étaient tendres tendres tendres.

Cette personne qui ne va NULLE PART.

Je n’ai pas la prétention d’avoir la destination plus importante que mon prochain; ton Perrette vaut certes le mien.

Je serai cependant toujours fascinée par ces gens qui se meuvent lentement. Vous savez, qui marchent-farniente. Tout dou-ce-ment. De braves citoyens qui, bien entendu, étaient partis au dep lors de cette étonnante conférence où il fut établi que marcher en plein milieu du trottoir en se dandinant le porte-crotte dans un puissant mouvement de balancier qui culmine aux cinq secondes, ça entrait dans la catégorie des irritants.

Ces gens impossibles à dépasser, habiles chorégraphes qui détecteront toujours « l’intention du gars de derrière » pour se mouvoir avec une lenteur cétacée et annuler toute possibilité de saine cohabitation de trottoir.

Mais ce que je préfère par-dessus tout (c’est l’été, c’est péché), c’est lorsque le marcheur-cueilleur traverse la rue; t’es mieux d’avoir à portée de main ta chaise des feux d’artifices, parce que ça risque d’être longuet. Nul téléphone intelligent, nulle Comtesse de Ségur ne lui aspire pourtant le regard. La seule tâche qui consiste à avancer occupe toute son attention.
ET IL N’AVANCE PAS.

Je viens parfois à penser que les vibrations terrestres sont l’unique source de sa translation de A à B, thank God les plaques tectoniques. Y’aura beau y avoir douze cent chars, une femme dilatée à 7 et un labradoodle ardent, il ne se pressera pas. Nunca jamais.

Mieux; au son du klaxon ou d’un appel courtois à augmenter la cadence du jambonneau, le marcheur-cueilleur réagit toujours très, très mal. Dans le meilleur des cas, il ralentit. Et dans ses crottes, sa réaction la plus commune, une réaction qui sollicitera tous ses sens et son énergie pour les semaines à venir, il s’arrête. IL S’ARRÊTE. Au milieu des lignes jaunes. Il s’arrête pour soulever son petit bras au repos, majeur brandi, carré rouge et turgescent. Il est en colère. Et ne redémarre pas aisément marcheur-cueilleur en colère.

J’habite peut-être le mauvais coin de rue, mais des fuck you de fières gens qui refusent de reconnaître que se faire aller la Canadienne en passant sur la rouge assez longtemps pour que cerisiers fleurissent, mûrissent et garnissent un sundae, c’est pas une bonne idée, il s’en multiplie. ILS SONT PARTOUT.

Je te demande pas de défoncer le mur du son. Je te demande d’avancer. D’onduler vers quelque part.

Mais le marcheur-cueilleur mène peut-être une existence bien grise.
Peut-être erre-t-il dans les dédales du désarroi, suspendu au-dessus du bourbier de l’éternelle puanteur. Ou que le sac de Gadoua était vide, ce matin.

À ses gens, j’ai envie de parler d’amour.
De leur administrer une bonne mordillette de lobe.
De leur offrir un Tostito. Avec de la salsa médium.
De les entraîner dans une folle polka en plein trottoir.
De leur donner une tite tape sur les fesses.
De les immortaliser en fusain avec un gros diamant bleu dans le cou.
DE LEUR LIRE JEAN DE FLEURETTE POUR LEUR APPRENDRE CE QU’EST L’ESPOIR.

Je vous enjoins à faire de même. On va peut-être finir par se rendre quelque part.

La bise.
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http://urbania.ca/blog/5220/ce-pieton-de-qualite-canada-fantaisieFri, 18 Jul 2014 09:40:59 EDTCatherine EthierL'été c'est péchépiétoncette personne qui ne va nulle partplaques tectoniquesmajeur turgescentJEAN DE FLEURETTEbloguehttp://urbania.ca/blog/5220/ce-pieton-de-qualite-canada-fantaisie
J’ai 24 ans pis 2000 angoisses

Dans l’éventualité presque certaine où une invasion de zombies adviendra: survivrais-je? Je sais pas comment faire ça un garrot. Est-ce que Google Maps va encore fonctionner? On fait ça comment un feu? Est-ce que les ascenseurs vont encore fonctionner? 

À part ça : j’ai 24 ans et je suis incapable de prendre soin d’un ensemble de vaisselle. Je suis commis au rayon des pots cassés. Titre que je me suis octroyé pour innocenter mes maladresses.

J’aimerais bien mettre ça sur le dos de mon handicap, mais aucun diagnostic n’excuse les quelque cinquante assiettes, verres et autres poteries que je brise annuellement. Je suis juste ben maladroit. L’autre fois j’ai cassé la 3e coupe de vin d’un set de quatre que je m’étais acheté il y a de ça à peine un mois. Sur le coup, j’étais fâché puis j’ai réalisé qu’il m’arrive plus souvent de boire du vin seul qu’à deux.

Parce que je m’en viens vieux et que je suis encore plus souvent seul qu’à deux.

Parlant de ça, je casse aussi des pots au sens figuré. Je m’excuse. 

Il y a des endroits où je suis particulièrement pas à l’aise. Dans un Sports Expert, par exemple («Vous êtes certain de ne vous être trompé de magasin MONSIEUR L’INFIRME?» - les commis dans ma tête). Ou dans un Stokes (pour des raisons mises en évidences ci-haut). Ou dans les grandes foules (je considère que plus que deux personnes c’est une foule). 

À la Saint-Jean, il y a quelques semaines, j’ai fait 30 minutes de bus pour me rendre au parc Pélican. Rendu là-bas, sans même avoir vu le bout du nez de Lisa LeBlanc, je me suis à pus m’aimer pis j’suis parti.  L’image qu’on projette devant du monde. Ça m’angoisse. J’ai toujours l’impression d’être l’éléphant dans la boutique de porcelaine. 

Parce que veut, veut pas, une chaise roulante c’est un signe pas pire ostentatoire. C’est ce qui te distingue. Faire référence à moi c’est comme une game de Qui est-ce mais en mode ultra-facile. Pour me décrire, on dit pas : «T’sais Kéven là, cheveux châtains. Avec des lunettes. Il porte souvent un bandeau.» Ben non. On résume ça à «le gars handicapé». Ça élimine plus rapidement les candidats. 

J’suis reparti chez nous, j’me suis acheté une bière et je me suis abonné à Netflix. J’ai recommencé Les Invincibles. C’était de circonstance, moi aussi je ressens le démon du midi. J’ai fait le calcul : il me reste 8 765 heures à vivre avant la trentaine.

Et tout ce que cela implique : devenir adulte. Avoir quelqu’un. Des responsabilités. Une minivan. Des changements d’huile. Un enfant.

C’est une autre affaire ça. L’horloge fait tic-tac pis je suis loin d’être prêt à avoir un enfant. Dans le sens que j’suis pas assez mature pour ça. Dans le sens que ça fait quatre jours que je mange juste du couscous. Dans le sens que j’ai jamais appris à lacer mes lacets. 

Dans le sens que je me chicane encore avec des inconnus sur Xbox Live

Mais aussi dans le sens que : veux-tu vraiment un enfant avec qui tu pourras pas jouer au soccer. À qui tu pourras pas construire de maison dans l’arbre. 

De qui tu seras pas être tant fier lors de ses premiers pas, juste un peu jaloux.

Y va-tu le vanter pareil, son papa, dans la cour de récré?

Juste être en couple c’est un concept ben inquiétant. Pensez à toutes les activités romantiques éliminées. J’peux pas grimper à vos fenêtres, mesdames. Oubliez aussi les longues randonnées pédestres. Ou à la plage. 

Je fais un piètre Roméo. 

Ça limite aussi les endroits propices aux belles rencontres. M’imaginez-vous dans un bal masqué? Ça enlève tout le mythique de la chose. J’peux pas me la jouer incognito.


Si je fais une demande à mariage, va-tu falloir que je me mettre à genoux. Si oui me semble que ça va juste être malaisant.

Ça va-tu la fâcher que je scrappe tous ses meubles avec mes marchepieds? Que je scratch tous les cadres de portes? 

Ça va-tu la déranger de mettre toute la bouffe dans les étagères du bas, espaces normalement réservés aux trappes à souris et au Ajax? 

Peut-être pas. Mais je commence quand même à croire que j’aurais dû forwarder cette chaîne de lettre dans mon adolescence:


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http://urbania.ca/blog/5217/j-ai-24-ans-pis-2000-angoissesThu, 17 Jul 2014 09:32:47 EDTKeven Bretonangoissevieillircélibatbloguehttp://urbania.ca/blog/5217/j-ai-24-ans-pis-2000-angoisses
C'est juste des chiffres

Au secondaire, je détestais les maths. J'avais une routine intéressante (dans le sens de vraiment gossante, désolée Kathy-la-prof-de-536): je levais ma main à chaque cours pour demander «À quoi ça sert, ça?» À mon grand découragement, la prof trouvait toujours une réponse. Jusqu'au jour où, écoeurée, elle m'a répondu: «À rien, Marie, ça sert à rien.» Satisfaite, j'ai pris mon trou, dessinant des courbes dans des graphiques en me faisant croire que c'était des arts plastiques. 

Pour quelqu'un qui n'aime pas les maths, je passe beaucoup de temps à penser aux chiffres. Récemment, quand j'ai eu 28 ans, j'ai fait pas mal de maths: Ian Curtis + 4, 27 Club + 1, Sylvia Plath – 2,  28 est un nombre pair et tout le monde sait que les nombre pairs sont plus doux car 2 X 4 = 8. Mes raisonnements sont plus ou moins logiques, sans doute parce qu'à l'école j'ai dû trop dessiner et pas assez écouter. 

Vieillir, pour moi, c'est juste des chiffres. C'est pas ma face. Les gens pensent que j'ai peur de vieillir physiquement, alors ils me disent: «T'en fais pas, tu as l'air tellement jeune!» Mais ce n'est pas une question d'apparence: que j'aie l'air d'un nouveau-né ou de la doyenne de l'humanité, peu importe, je stresse encore à propos des chiffres. Certains me disent que ça va passer. Je ne réponds pas, car je sais que l'obsession dure depuis longtemps: elle sera donc d'autant plus difficile à chasser. 

Quand j'étais petite, ma mère avait une amie qui était plus jeune qu'elle, une belle amie qui avait 30 ans. Moi, je regardais sa belle amie et je me disais que 30 ans c'était comme l'apogée de la vie. Je ne sais pas si c'est pour me rendre intéressante (sans doute, après tout, je suis une enfant unique), mais j'ai commencé à dire que j'allais mourir avant 30 ans. Tout le fun avait l'air de se passer avant la trentaine: après, tu devenais comme des parents et ça, ç'avait l'air vraiment ouache. Marie, jeune gothique. Bien évidemment, les gens autour de moi trouvaient mes paroles plutôt inquiétantes. Ma mère m'a parlé d'un cousin que je n'avais pas connu et qui était mort à 30 ans. Cousin-pas-connu avait toujours dit qu'il allait mourir jeune et puis PAF, vers la fin de la vingtaine, il a attrapé une maladie et il en est mort. Oui, ça sonne comme une histoire de peur, mais ç'a été plutôt efficace pour me dissuader de dire à tout le monde mon futur plan de vie (ou plutôt plan de mort). 

J'ai bien sûr arrêté de dire que j'allais mourir à 30 ans, c'était juste une passe, une folie d'enfant. Mais parfois, je me demande si je ne me serais pas jinxée. Pour contrecarrer le mauvais sort que je me suis potentiellement lancé à moi-même, j'ai inventé une autre prophétie. Il y a quelques années, j'ai commencé à dire que 28 ans allait être mon année chanceuse. Ça semblait tellement loin, 28 ans. Parce que 28 ans, c'est 30 moins 2, un chiffre pair, un chiffre chanceux, donc une bonne année. Sauf que maintenant, j'ai de la pression. Il va falloir que mon 28 ans soit à la hauteur de mes attentes. Il va falloir que je travaille sur mes maths, un peu. 

Peut-être que ce sera comme ça durant toute ma vie, peut-être que je vais toujours tout calculer... Il y a des stéréotypes pour chaque décennie: on doit faire le party dans la vingtaine, on doit s'assagir dans la trentaine, on doit être bien installé avec nos carrières/nos enfants/notre maison dans la quarantaine, on doit connaître le démon du midi et/ou redevenir zen dans la cinquantaine, on doit prendre notre retraite dans la soixantaine. Le reste des années est un mélange gris comme une tête grise, des années où les chiffres importent peu, ou importent moins. 

Je connais des gens de tous les âges qui freakent complètement à l'approche de leur anniversaire. Je connais aussi des gens à qui ça ne fait pas un pli, ni dans le coeur, ni dans la face. On vieillit tous, on prend un an de plus, on y pense pendant une journée, une semaine max, puis on oublie. Ou pas. En tout cas, pas moi: pour l'instant, je n'oublie pas. Je garde le compte bien comme il faut. 

M.I.A. chantait live fast die young bad girls do it well et parfois j'ai l'impression qu'on est toute une gang à avoir eu ce mantra là. Jeune Marie n'était pas la seule. Après tout, c'est le propre de la jeunesse folle de croire qu'on est éternel et de se foutre de disparaitre. Sauf quand on commence à compter. Sauf quand on s'est donné un maximum stupide, quand on s'est étiqueté sa propre date d'expiration. Ça donne un peu moins le goût de chanter. Ça donne envie de retourner aux maths, de trouver la formule parfaite, bien qu'elle n'existe sans doute pas. 

En attendant, je vais documenter cette 28e année d'existence ici, pour le meilleur et pour le pire, pour le #yolo et pour le #lol, suivez-moi si vous le voulez. Surtout, faites-moi signe si vous trouver la formule gagnante pour accumuler les chiffres et les jours en paix. J'ai comme un feeling que ça réside dans le fait de s'en crisser, de désapprendre à compter, de juste oublier et laisser le temps filer.  

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http://urbania.ca/blog/5214/cest-juste-des-chiffresWed, 16 Jul 2014 12:01:16 EDTMarie Darsignybloguehttp://urbania.ca/blog/5214/cest-juste-des-chiffres
Le mot du Président: le franglais qui dérange

Je ne suis pas linguiste. Je ne suis pas historien, non plus. Toutefois, j'ai suivi un cours il y quelques années qui m'a beaucoup marqué : Histoire de la langue française. Avant d'avoir pris ce cours, je dois admettre que je ne connaissais pas grand-chose sur le processus qui a permis au français actuel d'émerger. J'ai parfois l'impression qu'on croit tous toujours un peu naïvement que la langue dans laquelle notre cerveau fonctionne a toujours existé. Évidemment, ce n'est pas le cas. Toutes les langues du monde ont une histoire, et chaque langue est le résultat complexe de divers mélanges, confrontations, emprunts, conquêtes et mutations. En d'autres mots, une langue actuelle n'est qu'une phase parmi les nombreuses étapes successives d'une langue historique, et une langue historique est généralement un dérivé d'une ou de plusieurs autres langues historiques plus anciennes. Par exemple, le français moderne n'est qu'une phase du français au sens plus large, et le français au sens plus large est une langue dérivée d'un mélange de latin vulgaire, de gaulois et de francique.

AVERTISSEMENT : les passages qui suivent sont historiquement et linguistiquement vulgarisateurs.

Le français est une langue romane, ce qui veut dire que cette langue s'est développée à partir du latin. Mais le mot « français » provient du mot « Francs », qui désigne un peuple germanique qui s'est installé en Europe occidentale à l'époque des grandes invasions qui ont causé la chute de l'empire romain.

Déjà, avec comme seul point de départ le nom de la langue et son appartenance à une famille linguistique spécifique, on peut percevoir l'idée du mélange. Le français est une langue issue du latin, certes, mais qui porte le nom d'un peuple d'envahisseurs germaniques qui ont contribué à faire chuter l'empire qui a créé le latin. Hmmm, paradoxe intéressant.

Mais avant même de parler des Romains et des Francs, il faut parler des Gaulois. Les Gaulois, c'est Astérix et Obélix. Avant la conquête romaine de la Gaule par Jules César en 51 avant JC, c'était des Gaulois qui habitaient sur le territoire actuel de la France. Les Gaulois, ils parlaient la langue gauloise. Gardez ça en tête pour le moment.

Maintenant suivez-moi, on fait un bond dans le futur. Plusieurs siècles après Astérix, juste avant la chute de l'empire romain, le latin est en effet la langue administrative officielle de l'empire, et si on veut s'élever dans la hiérarchie romaine, il faut le maîtriser. Toutefois, l'empire romain était immense, et les peuples locaux conquis continuaient souvent à parler leur langue d'origine locale (langue vernaculaire), même après la défaite contre les Romains. À certains endroits, suite à la conquête romaine, des langues vernaculaires ou locales se sont latinisées, c'est-à-dire qu'elles se sont transformées en faisant plusieurs emprunts au latin des conquérants. On appelle ces langues vernaculaires latinisées le « latin vulgaire ». Wikipédia explique : « Le latin vulgaire ou latin populaire (en latin, sermo uulgaris, “le langage populaire”) est un terme qui englobe les dialectes vernaculaires latinisés qui existaient pour la plupart dans les provinces occidentales de l'Empire romain, jusqu'à ce que ces dialectes, s'écartant de plus en plus les uns des autres, fussent transformés au fur et à mesure en langues romanes primitives. »

Chaque forme de latin vulgaire était donc composé de deux éléments principaux : le langage local qui existait avant la conquête romaine, et le latin des conquérants, qui prend tranquillement le dessus sur l'ancienne langue locale.

Dans le cas de la Gaule, le latin vulgaire qui s'y est développé pendant l'empire romain était donc le résultat du gaulois et du latin. Au moment où l'empire romain chute, le peuple là-bas parle généralement une forme de latin vulgaire, mais l'élite parle aussi le latin classique, afin de pouvoir communiquer avec la capitale et le restant de l'empire.

Quand l'empire romain finit par chuter à cause des invasions de peuples germaniques, la cohésion logistique de l'empire s'effondre, et la nécessité pour les élites locales de communiquer avec Rome s'effrite. Des nouvelles entités politiques beaucoup plus petites que l'empire se développent, et les langues locales prennent une nouvelle importance.

C'est dans ce contexte que le latin vulgaire (gaulois + latin) se transforme progressivement en ce qu'on appelle le gallo-roman.

Wikipédia résume cette transformation : « L'apparition du gallo-roman ne peut pas être datée avec précision. À la question “Quand a-t-on cessé de parler latin en Gaule ?”, l'historien Ferdinand Lot répond “Jamais.” Il y a eu un glissement insensible du latin classique [...] vers le latin vulgaire pour la langue parlée par le peuple, cette langue populaire étant l'ancêtre des langues romanes; puis vers le gallo-roman mérovingien et carolingien. Les habitants de la Gaule ont toujours eu l'impression de parler la même langue que leurs ancêtres, mais en quelques siècles, elle était devenue méconnaissable. »

Résumons :

- Avant la conquête romaine, les Gaulois parlaient le gaulois.
- Après la conquête romaine, le gaulois fait plusieurs emprunts au latin, et une forme de latin vulgaire se développe, dans laquelle le latin prend tranquillement le dessus sur le gaulois.
- Après la chute de l'empire romain, les langues locales prennent une nouvelle importance, et en l'absence d'une structure politique centralisée romaine, elles se développent de plus en plus sans nécessairement devoir prendre en compte de manière consciente le latin d'origine.
- C'est dans ce contexte que le latin vulgaire de la Gaule romaine devient progressivement le gallo-roman des mérovingiens et des carolingiens (peuples francs). Le gallo-roman, c'est un peu comme le très ancien français.
- En d'autres mots, les envahisseurs germaniques qui arrivent en Gaule dans le contexte de la chute de l'empire romain (les Francs) adoptent le latin vulgaire local en le mélangeant avec leur propre langue, le francique. Ce mélange devient peu à peu le gallo-roman.

Après plusieurs siècles de développement, le gallo-roman devient peu à peu ce qu'on appelle l'ancien français. L'ancien français est la forme médiévale du français. C'est durant cette période que les Normands font la conquête de l'Angleterre et que l'ancien français devient la langue de l'élite anglaise pendant plus de trois cent ans (une énorme proportion du vocabluaire anglais provient ainsi du français). L'ancien français est difficilement compréhensible pour des locuteurs du français moderne. L'ancien français fera plusieurs emprunts aux langues norses, particulièrement des mots de navigation. Il adoptera aussi environ 270 mots à l'arabe, principalement des termes de médecine, d’alchimie, de mathématiques et d’astronomie.

Le moyen français est le terme qui désigne la phase de transition entre l'ancien français et le français moderne. Le phénomène historique principal qui caractérise la période du français moyen est la Renaissance. Le français moyen, redécouvrant les mondes latin et héllenique via les recherches et travaux des Espagnols et des Italiens, fera énormément d'emprunts à l'italien et à l'espagnol, et plusieurs efforts seront déployés pour modifier l'écriture et le son de plusieurs mots afin qu'ils ressemblent plus au latin, qui est pas mal à la mode durant la Renaissance. C'est la période la plus foisonnante, quantitativement parlant, de l'histoire de la langue française. Les ajouts et les modifications sont extrêmement nombreux et quelque peu pêle-mêle. Pour ceux qui s'y connaissent en vieille littérature française, c'est durant cette période que Rabelais, de même que les auteurs de Pléiade, vont écrire.

Après la Renaissance, la France est devenue un royaume de plus en plus puissant en Europe, et de plus en plus centralisé. Le symbole ultime de la monarchie française, qui représente le pouvoir absolu et la centralisation du pouvoir monarchique en France, c'est évidemment Louis XIV. C'est toutefois sous son prédecesseur Louis XIII que commencera véritablement la mise en place du français moderne fixé, codé et centralisé. En effet, c'est en 1635 que l'Académie française est créée. L'Académie française aura pour but de perfectionner, codifier et normaliser le français. À cause des nombreux ajouts à la langue faits pendant la Renaissance, le français moderne sera en fait revu et simplifié.

Les textes écrits dans le contexte de la cour royale de Louis XIV, comme ceux de Molière, sont donc parfaitement compréhensibles pour un francophone moderne.

Toutefois, il ne faut pas se leurrer. Wikipédia nous explique : « À la veille de la Révolution française, on estime qu'un quart seulement de la population française parle français, le reste de la population parle des langues régionales. » 

Ce qui va arriver par la suite, c'est un long processus POLITIQUE d'uniformisation du français à travers le territoire de la France. Avec le développement du concept de l'État-nation, il devient politiquement très important, à des fins identitaires nationales, de communication et de contrôle, de parler une seule langue sur un territoire donné. La réalité « un peuple, une langue » est donc une invention moderne politique en France, et non quelque chose de très ancien.

Le français moderne et pur et parfait et tout le tralala, c'est donc vraiment une histoire inventée, quand on observe le processus historique qui a mené à l'invention du français moderne. Le français moderne n'est qu'une phase dans un long processus de créolisation, d'emprunt et de mutation linguistique. Vouloir figer une langue pour toujours, c'est une volonté IDÉOLOGIQUE ET POLITIQUE, et non linguistique. Car du point de vue linguistique, les gens vont TOUJOURS progressivement modifier la langue qu'ils parlent afin de mieux répondre aux nouveaux défis communicationnels engendrés par les innombrables et constants changements économiques, démographiques, sociaux, politiques et culturels qui les entourent et les influencent. Par exemple, la jeunesse montréalaise des années 2000 va obviously développer le franglais pour relever le défi communicationnel de vivre dans une métropole bilingue et dans une Amérique du Nord anglophone. Le développement du franglais au Québec (et très particulièrement à Montréal) est donc quelque chose de parfaitement normal et prévisible d'un point de vue linguistique, et ce, qu'on s'y oppose ou non d'un point de vue politique ou idéologique.

Quand je vois les gens être dérangés par le franglais, je me demande toujours ceci : est-il préférable pour une langue de servir une cause politique et nationale et de se figer dans le temps, ou est-il préférable pour une langue de servir une cause communicationnelle et de se développer librement selon les différents besoins des différents endroits où elle est parlée ?

À vous de répondre à cette question.

P.S. Le franglais, c'est un peu comme le latin vulgaire du Québec de 2014. En vous rappelant que le français moderne provient du latin vulgaire et non du latin classique, il existe donc la possibilité hypothétique que le franglais donne un jour naissance à une grande langue « parfaite, pure et figée dans le temps ».

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http://urbania.ca/blog/5213/le-mot-du-president-le-franglais-qui-derangeTue, 15 Jul 2014 11:47:07 EDTOgden Ridjanovic aka Robert Nelson, Président de la République libre du Bas-Canadabloguehttp://urbania.ca/blog/5213/le-mot-du-president-le-franglais-qui-derange
Les portes à pénis

Ma famille, c’est mon fils et moi. Je ne connais rien d’autre, et donc pour moi, c’est simplement normal, c’est simplement ma normalité habituelle, même si nous sommes hors norme. Je ne sais pas c’est quoi avoir un homme dans notre vie. Je ne sais pas si c’est plus facile ou plus difficile d’élever un enfant avec un homme. Mais par moments, je me bute à des situations qui me font penser que certaines choses seraient facilitées par la présence d’un homme.

Une de ces situations est lorsque mon fils a lâché ses pull-ups pour des caleçons et a commencé à utiliser la toilette. Il avait bien vu faire les garçons de son âge à la garderie, mais malgré cela, peut-être parce que la toilette de la garderie était un modèle réduit proportionnel à la taille des enfants, à la maison, j’ai eu droit à une série acrobatique palpitante procurant étonnements et émois. Plusieurs tentatives ont éventuellement amené mon fils à développer sa propre technique urinaire, assez unique en son genre : le caleçon descendu aux chevilles, le siège relevé, assis à cheval sur le bol en faisant face au réservoir, le corps légèrement penché vers l’avant et avec les deux mains bien appuyées de chaque côté sur les rebords de la cuvette pour maintenir son équilibre.

Le jeune garçon, tête de cochon bien ancrée dans ses habitudes (et comment lui reprocher, puisque sa mère est pareille?), a conservé cette méthode bien à lui pendant trop longtemps. Éventuellement, il a adapté sa technique pour se rapprocher du modèle disons plus commun, mais avec une variation qui lui est encore bien propre : le caleçon encore aux chevilles, les fesses à l’air, les deux pieds au sol, debout mais légèrement penché au-dessus de la toilette avec les genoux accotés sur le rebord extérieur avant de la cuvette, les deux mains retenant le siège relevé contre le réservoir (oui, il fait ça sans mains, comme un pro!) puis s’affligeant de contorsions au niveau du bassin lui permettant d’atteindre un angle raisonnable pour bien viser dans le bol de toilette. Et l’ironie ici, c’est que ça fonctionne; jamais de pipi à côté du bol!

J’ai bien tenté cent fois de lui expliquer comment faire, mais mon entêté préféré n’a jamais rien voulu savoir de mes histoires imagées ni de mes mimiques farfelues avec un crayon de cire, mon index ou tout autre substitut pénien. Au mieux, il s’amusait de mes simagrées ridicules. J’ai essayé tout ce que j’avais dans mon répertoire. Sans succès, et pour cause... Tous les crayons de cire au monde ne peuvent pas remplacer un pénis.

Il y a certaines choses dans la vie qu’une femme ne peut simplement pas faire, et ceci en était une. N’importe quel homme (et son pénis) se serait sans aucun doute acquitté de cette affaire bien mieux que moi.

Ma condition de mère monoparentale me confrontait à toute l’importance trop souvent ignorée ou négligée de la fonction d’un homme dans la vie d’un enfant, et donc à ce que je ne pouvais fournir à mon fils. Il n’y avait pas d’homme chez moi pour stimuler chez mon fils sa maîtrise de soi ou sa confiance en lui-même, pour lui faire connaître ses limites ou pour l’aider à développer son identité en dehors de la symbiose maternelle ni pour me rappeler que je ne suis pas seulement une mère.

Il n’y avait pas d’homme, ni de pénis. Il n’y avait que moi et mes foutus crayons de cire.

À Noël dernier, mon fils avait reçu en cadeau un paquet de caleçons de supers héros, qui comportaient cette ouverture à l’avant qui mystifie certains et certaines. Lorsque j’ai rangé lesdits caleçons en attendant que mon fils grandisse et qu’ils soient de la bonne taille, une légère inquiétude m’avait traversé l’esprit quant à ces ouvertures. Tout m’indiquait qu’elles étaient un problème en devenir qui prendrait la forme d’une autre manifestation de mes lacunes péniennes et de mon état monoparental. Et comme de raison, lorsque les caleçons sont sortis du tiroir de sa commode et que mon fils en a enfilé un, j’ai su très rapidement qu’il semblait faire partie de ces mystifiés face à ces ouvertures. Pour lui, ce n’était qu’un trou inutile et une défectuosité à réparer, et l’aération prodiguée par ce trou n’était tout simplement pas souhaitable.

J’ai tenté de lui expliquer l’utilité de ces ouvertures, que j’avais nommées pour les besoins de la cause des portes à pénis, mais rien n’à y faire.

Je me suis retenue de ressortir les crayons de cire, et je n’ai pas osé utiliser mon index non plus. Alors le soir, lorsque mon fils dort, je fais la seule chose qu’une mère monoparentale peut faire dans les circonstances. Je m’assois devant la télé, seule, et je répare des portes à pénis.
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http://urbania.ca/blog/5212/les-portes-a-penisTue, 15 Jul 2014 09:48:22 EDTÉmilie Wonbloguehttp://urbania.ca/blog/5212/les-portes-a-penis
Exclusif : les sportifs sont tous des mauviettes (sauf les joueurs de soccer)

Maintenant que l'événement sportif le plus populaire du monde (la Coupe du monde de soccer, pas le Superbowl) est terminé, déboulonnons un populaire mythe voulant que les joueurs de soccer soient plus pleurnichards et fakeux que les joueurs de hockey, football et rugby.


Une performance, douloureuse et digne d'un Oscar, de Sergei Gonchar, visiblement en train d'émuler les pleurs d'un bébé naissant.


Jeb Brovsky, ancien joueur des Impacts de Montréal, fier guerrier sur le terrain malgré un nez explosé.


Johnny Wilkinson, international anglais de rugby, simulant une possible commotion cérébrale devant des arbitres crédules. 


Un joueur américain toujours sur le jeu malgré du (vrai) sang dans le visage.


Un footballeur qui tente de faire croire qu'il s'est fait mal au genou. Pauvre petit chou. 


Un dur de dur : ce joueur uruguayen ne lâche pas malgré la rivière rouge sang coulant sur son visage. 


Encore une fausse blessure. Exactement le genre de chose qui fait honte au football américain.


Un vrai américain. Un dur de dur. Clint Dempsey. Malgré son nez démoli par un coup de pied pendant le match contre le Ghana il y a quelques semaines, Captain America a compté deux buts pour permettre aux États-Unis de survivre au groupe de la mort.

Grâce à ces photos, plus personne n'osera penser que les joueurs de soccer sont des mauviettes qui se jettent à terre en pleurant au moindre petit coup reçu.

...

Pour ceux qui ont lu cet article jusqu'à la fin : bien évidemment que cet article est une joke. En cherchant avec les termes « bleeding soccer player » et « faking hockey player » sur Google Images, j'ai pu trouver les quelques photos nécessaires pour faire cet article bidon. Bien sûr qu'il y a plus de simulation au soccer que dans les autres sports, mais avec quelques photos placées back-à-back dans un article, on peut faire croire à peu près n'importe quoi. 

C'est une technique employée par un (trop) grand nombre de blogues et sites web pour prouver un point, expliquer un argument ou tout simplement attirer des visiteurs. 

C'est croche, inexact, mais, hey, y'a de belles photos, donc ça pogne, parce que les gens sont crédules.
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http://urbania.ca/blog/5209/exclusif-les-sportifs-sont-tous-des-mauviettes-sauf-les-joueurs-de-soccerSat, 12 Jul 2014 11:20:22 EDTOlivier Morneaufootballrugbyhockeysoccersportsbloguehttp://urbania.ca/blog/5209/exclusif-les-sportifs-sont-tous-des-mauviettes-sauf-les-joueurs-de-soccer
Mourir dans le placardHumans of New-York il y a quelques temps. Chaque jour, entre deux photos de gens qui ont diablement plus le don de s’organiser des vacances jazzées que moi – j’ai passé cinq heures à faire du ménage en prévision de la venue d’un évaluateur de la ville dans mon bloc pour, au final, avoir la visite éclair d’une dame aux paupières mi-closes qui a pris une photo approximative de ma cuisine et de ma salle de bain (où j’avais délicatement oublié de ramasser mes grand' bobettes saumon de la veille, bien trop pressée de faire shiner ma table d’entrée) pour quitter douze secondes plus tard. Douze secondes de fonctionnariat assidu versus cinq heures d’angoisse de type « je me demande si l’inspecteur va trouver ça laitte, ici. Je devrais peut-être déplacer ma jarre à biscuits ».

Ciel. Je viens de m’écarter rare. Reprenons.

Chaque jour, entre deux photos de gens qui ont diablement plus le don de s’organiser des vacances jazzées que moi, un formidable portrait de New-Yorkais est publié dans mon fil de nouvelles Facebook, accompagné d’une anecdote. Un pet sauce. Un vol de banque à la Micheline Lanctôt. Ou la plus triste des morts, comme la racontait ce quadragénaire qui, à première vue, passe haut la main sous le radar de la tragédie.

Fin vingtaine, ce New-Norkais a rencontré l’amour. Le grand. Celui qui se promène aux alentours dans des habits trop grands pour lui (avec des harmonies de Michel Rivard). Il s’était épris d’un jeune homme qui, comme lui, vivait dans le placard depuis vingt-cinq ans. Un placard de cèdre, ben épais et bâti à l’équerre, à l’abri des mites et des regards désapprobateurs de familles bien coiffées qui préfèrent bruncher en silence plutôt que d’aborder l’essentiel. Un plan angus: la robe de mariée de leur amour y serait conservée comme neuve.

Mais comme ces messieurs ne célébraient leur orientation sexuelle que depuis peu, leur relation prenait parfois des airs de théâtre d’été, où portes étaient claquées et membres du public, debout sur leur tabourette, commentaient goulûment l’action en hurlant « Est’ effrayante! », petit poing brandi. Ils étaient jeunes. Et ils s’aimaient comme Pete et Lola.

Des adolescents inexpérimentés dans des corps d’adultes timides qui se donnaient enfin la chance de vivre, comme quand tu réussis enfin à attraper la cenne noire dans le creux et que tu remontes à la surface de l’eau pour prendre le respire d’entre tous les respires, poumons fleuris, victorieux et surtout plus riche d’une cenne.

Un jour, une de leurs fréquentes querelles éclata. Friands de tragédies grecques et de retrouvailles trempées dans le sirop, ils se bagarraient régulièrement pour un oui, un non ou une couette qui retrousse. Ils se quittaient alors dans la plus haute crédibilité, le temps de kicker quelques garnottes en se maudissant l’un l’autre, pour se reconquérir une semaine plus tard, les bras chargés de renoncules et de biscuits au beurre de pinotte.

Mais cette fois, la pause prenait une envergure étrange. Et le silence, aussi. Pas de nouvelles. Une semaine, deux semaines, trois mois. Rien. L’homme de la photo croyait bien ne jamais revoir l’amour de sa vie.

Et il avait raison en mille.
Pendant leur petit break, son amoureux s’était payé une petite attaque. Vous savez, le genre qui fait lever les pattes. Vlan. Une fraction de seconde, puis la mort. Quelque chose d’efficace.

Le truc, c’est que comme son petit chum vivait dans le placard et que personne, pas la moindre mouette, n’était au courant de l’existence de son conjoint de fait et de leur formidable histoire d’amour, eh bien personne n’a pu prévenir l’homme de la photo.

Pendant qu’il attendait le retour de son amoureux, transi sous la couette et petits yeux en forme de cœur, ledit amoureux se faisait, quelque part, dessiner la ligne de sourcil par un embaumeur qui ne connaissait pas, lui, son film préféré. Ni ce qu’il préférait sur ses toasts ou sa peur panique des concombres de mer.

Ce n’est que quatre mois plus tard que l’homme de la photo découvrit que son chum était décédé.
Quatre mois. Par hasard.

Aux yeux de la famille éplorée, c’est un fils, un frère, un ami - qu’importe - un bon petit gars hétéro qui venait de perdre tragiquement la vie. Par peur de déplaire ou de ternir l’armoirie familiale, le jeune homme avait (ou n’avait peut-être pas tant) choisi de taire qui il était vraiment pour ne pas froisser le lin des palazzos de la caste. Peut-être ne voulait-il pas faire pleurer mamie ou se voir refuser l’accès au réveillon du 25, on ne le saura jamais. Mais une petite voix lui avait chuchoté que, pour le bien de tous, il serait plus doux de faire comme ci.

Personne ne connut jamais l’existence de l’homme de la photo, ni du bonheur qu’ils avaient à se tirailler, à manger des grilled cheese et à sacrer leur camp de la ville en tandem sur un nowhere en écoutant du Veronic Dicaire.

Tout comme leur histoire, l’homme de la photo a vécu son deuil dans le placard, terré entre les manteaux de fourrure pendant que ça jasait au salon. Pas de funérailles, pas de rires nerveux près d’un plateau de sandwiches pas de croûte ni de réconfortante étreinte, la face dans une couronne d’œillets jaune pâle.

C’est, et de loin, l’histoire la plus triste que j’ai lue.

Comment peut-on connaître si peu quelqu’un? Comment peut-on vider son appartement sans, en triant post-its et photos sur le frigidaire, être effleuré par la plus timide des perspectives que le gars qui vient de mourir, ton gars, en l’occurence, avait quelqu’un dans sa vie? Quelqu’un qui aurait certes détonné à ta partie de golf, mais quelqu’un qui avait cette qualité de rendre ton fils, ton frère ou ton neveu heureux comme une petite mère rouge. C’est pas rien, ça.

Le disparu n’aura certes pas eu conscience d’être parti sans que personne ne connaisse sa véritable essence. C’est là bien mince consolation.

Mourir sans qu’on sache qui je suis dans le fond de mes shorts, je serais inconsolable (surtout morte, mais inconsolable. Et peut-être gênée qu’on parle du fond de mes shorts). Vivre dans les mêmes circonstances, c’est pas ben ben mieux, me direz-vous.

Mais disparaître sans qu’on sache que mon chum de gars est la personne qui m’a rendue le plus heureuse dans les semaines qui ont précédé ma burlesque révérence, c’est une tragédie.

Si je tombais de ma chaise et me fracassais le crâne, cet après-midi (c’est que j’ai des plans de week-end exquis), que saurait-on de moi, au juste? Ben pas tant de choses que ça, que je me rends compte à l’instant. Pas tant.

Bon. Y’a peut-être un fonctionnaire, quelque part, qui sait désormais que je laisse parfois traîner mes culottes saumon taille haute sur le plancher de ma salle de bain dûment évaluée, mais je suis peut-être mûre pour une petite toast avec ma mère.

Qu’elle connaisse le nom du dernier garçon qui m’a écorché le cœur est soudainement devenu pas pire important. L'ÉTCHEURANT.

La bise.
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http://urbania.ca/blog/5206/mourir-dans-le-placardFri, 11 Jul 2014 09:09:02 EDTCatherine Ethierpetite toastconcombres de merHumans of New-Yorkseulmourirplacardbloguehttp://urbania.ca/blog/5206/mourir-dans-le-placard
Chère fille qui va peut-être mourir dans deux mois, Non. Toi tu veux juste pas mourir. Pis c’est pas mal c’qu’on tente tous de faire au quotidien; pas mourir. Mais toi en c’moment tu rush un peu dans ta démarche de non-mourage.

Parce qu’y’a pas assez de donneurs de cellules souches asiatiques.

Les médecins te donnent deux mois.

Deux mois pour pas mourir. C’est fou quand même que tu trouves la force de te battre malgré la pesante pensée que dans soixante jours, tu pourrais te retrouver six pieds sous tes souliers.

C’est un pas pire problème ça. Pis des fois ça prend les gros bobos des autres pour te faire voir que tes bobos à toi sont petits.

Comme moi, mon gros problème de la semaine, c’est mon ouvre-boîtes qui est décédé à la mi-circonférence d’une canne de sauce.

La phrase "you don't know what you got till it's gone" prend tout son sens la minute où ton ouvre-boîtes pète.

C’est pas mal ça mes « problèmes » de gars qui va probablement pas mourir dans deux mois. Ça et conseiller médiocrement mes amis sur leur vie amoureuse de marde :

Bref, je like ta page. Même si je sais que, concrètement, mon like mènera probablement à rien. Que c’est symbolique. Comme un ventilateur de plafond. Y’a jamais personne qui est entré dans une pièce et qui s’est écrié « CRISS FAIT DONT BEN FRETTE ICI. FERMEZ-MOI ÇA CE PUISSANT ET UTILE VENTILATEUR DE PLAFOND. »

Je like parce que ça m’apaise la conscience. Comme quand j’donne 2$ au petit gars d’Opération enfant soleil qui emballe mon épicerie et que j’sors du IGA la tête haute en poussant fièrement mon panier avec le torse bombé, comme si je venais de sauver le monde parce que je lui donné deux piasses. 200 SOUS BITCH.

Je décide que mon like n’est pas assez, fait que j’t’envoie un petit mot:

On promet comme on veut pis on tient comme on peut. Six jours plus tard, promesse faite, promesse tenue.

Bien à toi,

Rabii

PS : Si t’es asiatique, pas game d’aller là: https://www.hema-quebec.qc.ca/

PPS : Avant, quand j’étudiais pour avoir un vrai diplôme dans le but d’avoir une vraie job, mon prof de publicité me disait sans arrêt qu’un contenu gagnant contient toujours les « 5S du marketing : Sexe, Sport, Spectacle, Sang et Sensationnalisme ».

Voici donc une photo d’Eugénie Bouchard qui saigne simultanément des oreilles sur une poitrine de 3 seins ainsi que sur un Michael Jackson tout sauf méfiant :

En veux-tu des raisons de partager le texte? En v’là.

PPPS : Bonne chance pour la suite. Je sais pas trop comment te l’dire autrement, mais ce serait vraiment nice que tu meures pas.


crédit photo: Yan Bleney au Studio428]]>
http://urbania.ca/blog/5202/chere-fille-qui-va-peut-etre-mourir-dans-deux-moisThu, 10 Jul 2014 11:22:46 EDTRabii Rammalyou don't know what you got till it's gonecellules souchesJ'ai caché le nom en rouge mais mon ami s'appelle DavidVENTILATEUR DE PLAFOND 2$ au petit gars d’Opération enfant soleilSave Mai DuongEugénie Bouchard qui saigne simultanément des oreilles sur une poitrine de 3 seins ainsi que sur un Michael Jackson tout sauf mébloguehttp://urbania.ca/blog/5202/chere-fille-qui-va-peut-etre-mourir-dans-deux-mois