Urbania - accueilhttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationThu, 27 Nov 2014 01:34:35 EST60En attendant mon tour chez le médecin

Qu’est-ce tu veux, quand ton boss te décerne le titre de référence du soccer, il faut jouer le jeu et être game de sortir de sa zone de confort de temps en temps. En passant, tu remarqueras que je dis tu, ce que je fais rarement avec mon autre employeur, parce que c’est à toi que je m’adresse - même si vous êtes toute une gang - oui, toi, jeune homme qui lit Urbania, que des bonzes du marketing postmoderne et de la réforme scolaire ont un jour déclaré être plus à l’aise avec la deuxième personne du singulier.

Et comme tu es futé et que tu me vois venir avec cette allusion pas si naïve que ça à propos de sortir de sa zone de confort, tu t’imagines bien que c’est à mon tour de te parler de ta prostate et de la campagne PROCURE - celle qui ne met pas l’accent sur la pilosité qui pend plus ou moins bien au nez.

Je le sais, tu as d’autres priorités, mais mettons que tu interrompes 5 minutes ton incontestable domination à FIFA14 - tu auras deviné que j’ai découvert Twitch il y a environ 2 semaines - voici une bonne raison d’aller un peu plus en profondeur à propos de la santé de cet organe, lequel te distingue de madame. Pourquoi donc te soucier de ta prostate? Ben, justement parce que tu en as une, une prostate.

Voilà, j’y vais à l’essentiel. C’est mon ami le docteur qui l’a si bien dit - celui qui courait très vite (il avait de longues jambes et de grands genoux sales) et marquait jadis des buts en échappée pour nous, les redoutables Villageois de Saint-Lambert. Pour les copains plus âgés qui comprendront, non, son nom n’est pas Maixent. Désormais chirurgien-urologue - on ne peut pas tous passer sa vie à regarder des matchs de foot! - il est ma référence à propos du délicat sujet qu’est la prostate.

Lui, il fait ce qu’il peut pour sauver des vies. M’en va te dire une affaire, il a même traité avec succès un bobo décelé à temps chez un de mes collègues de la télé. « C’est ton chum qui s’est occupé de moi! » C’est là que je me suis rendu compte que j’en connaissais plus sur la prostate du bonhomme que sur la mienne - le wake-up call dont j’avais besoin, un peu comme une défaite de 4-0 de Canadien contre les Penguins. Aujourd’hui, les bons soins du docteur lui permettent de continuer à donner son opinion sur Michel Therrien ou Russell Martin sans jamais grimacer. 

Honnêtement, c’est pas mal à ça que se résumait mes liens avec le cancer de la prostate au moment où l’on m’a demandé d’écrire ce billet et de porter un petit noeud papillon, pareil comme Nacho. À quoi bon demeurer impénétrable à toute cette sensibilisation? Contrairement au secondaire où toutes les excuses servaient à rater un examen, pour celui-là, tu veux justement aller chercher un billet du médecin.

Je touche à un point, tu trouves pas? (Celle-là, ce n’est pas mon médecin qui me l’a dit, pas encore en tout cas). Mais c’est quand même là où je veux en venir. C’est connu, le cancer est partout, même là où tu n’as pas grande envie d’aller voir. Mais la bonne nouvelle, c’est que celui dont on tâte depuis tantôt - le cancer de la prostate, là, là - ben, il se traite. Ça fait que, suis mon conseil ou bien celui de Nacho, mais pense à t’occuper de ta prostate. Parce qu’un homme sur 7 risque d’avoir ce cancer durant sa vie. Je le ferais pour toi, si je pouvais - tu sais bien que j’ai toujours été un joueur d’équipe - mais c’est pas de même que ça marche. De toute façon, j’ai plus le temps de te parler, c’est moi le prochain dans le bureau du médecin… 

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http://urbania.ca/blog/5506/en-attendant-mon-tour-chez-le-medecinWed, 26 Nov 2014 14:35:18 ESTSimon Painchaudprocurebloguehttp://urbania.ca/blog/5506/en-attendant-mon-tour-chez-le-medecin
Ça c’est une vie, ça c’est être heureux - Portraits de Montréal














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http://urbania.ca/blog/5505/ca-c-est-une-vie-ca-c-est-etre-heureux-portraits-de-montrealWed, 26 Nov 2014 14:00:27 ESTPortraits de Montréalportraits de montréalbloguehttp://urbania.ca/blog/5505/ca-c-est-une-vie-ca-c-est-etre-heureux-portraits-de-montreal
L’affaire GJe lis les articles, les blogues, tout ce que les gens me suggèrent sur FB, sur Twitter. Je lis aux toilettes, les pieds dans le sable froid du Maine, je lis à voix haute à ma chum Virginie qui conduit la Westfalia. J’en discute en personne, au téléphone, par email. J’y pense pendant mon cours de yoga, en prenant ma douche, en faisant mon jogging le long de la track de chemin de fer. J’ai des expressions qui me rebondissent dans la tête des centaines de fois par jour, comme « jilted ex girlfriend » ou « I wanna hate-fuck you »…

Voyons, Brigitte, décroche! Rappelle-toi que tu ne connaissais pas l’existence du gars il y a quelques jours à peine! Ok, il est sexy, et tu te demandes ce que tu aurais fait s’il t’avait cruisée, ok, l’histoire a tout ce qu’il faut pour créer la fascination : sexe, pouvoir, énigme, argent (la poursuite de 55 millions de $!!). Mais tu pourrais aussi te concentrer sur l’austérité de Couillard, l’oléoduc de TransCanada, le démantèlement de Radio-Canada/CBC.

J’ai fait mes premières recherches par hashtags de ma vie avec les #BeenRapedNeverReported et #AgressionNonDénoncée. Je le sais depuis toujours que le nombre de filles qui subissent au moins une fois dans leur vie une agression sexuelle est hallucinament élevé, mais là, tout à coup, on l’a eu en pleine face, toutes ces femmes, toutes ces filles, que nous côtoyons, que nous lisons, que nous voyons à la télé. C’était un déferlement, un miroir perturbant de notre société. En dedans de moi, ça s'est mis à hurler. Des tonnes de sacres ricochaient dans ma tête. «Ostie de criss de câlisse de tabarnak de sacrament de gangs d’hommes des cavernes! Ben oui, toé, tire-la par les cheveux et emmène-la dans ta grotte pour la fourrer. C’est viril rare, ça!!!»

J’ai échangé des tas de courriels avec des amis partout sur la planète que je mettais au courant de l’affaire G. Avec un ami gai, qui trouve que rien ne va changer tant que les femmes vont continuer à se percevoir comme des victimes (précisant qu’il ne parle pas des cas de viols); avec une amie qui m’a appris avoir été violée à 8 ans… elle ne m’en avait jamais rien dit - je n’ai pas su quoi répondre; avec une adolescente qui vit en région et qui a été traumatisée par un viol qu’elle n’a pas été capable de dénoncer et à qui le mouvement #AgressionNonDénoncée a fait du bien (pas tant, mais un peu).

Et il y a ce besoin de me positionner, tout le temps, en lien avec chaque rebondissement de l’affaire (il y en avait trois-quatre par jour, un moment donné). Par rapport à la chronique de Foglia (j’avais jamais vu Émilie, ma douce comparse Rosemom, aussi enragée). Par rapport aux relations entre les profs et les étudiantes. Au placardage des portes de profs à l’UQAM. Au jeu de la séduction, à la nécessité ou pas de donner son consentement à chaque étape… 

Puis s'est rajoutée l’affaire Cosby. Un autre homme adulé. Des femmes qu’on n’a pas crues. Il a fallu qu’un humoriste (homme) en parle dans son show pour que l’affaire sorte au grand jour. Ayoye! 

Et, hier matin, pendant ma tentative de méditation matinale… la digue a sauté. Je ne savais pas trop au départ d’où venait ce déversement. Puis ça m’est apparu : toute cette agitation des dernières semaines avait camouflé... une immense peine. Et cette boule n’a pas fini de couler.

Peine pour les centaines de milliers de femmes violées, d’abord et avant tout, toutes celles qui ont parlé, raconté leur expérience. Celles qui se taisent, la majorité sans doute. Peine pour toutes les femmes qui ont peur, dans le noir, dans un coin, devant un regard malalaisant. Pour les femmes dont les droits reculent dans certains pays musulmans, qui doivent cacher leurs corps, ne peuvent plus étudier, ni même sortir seules de la maison. Peine aussi pour les hommes qui ne savent plus comment jouer le jeu de la séduction. Peine pour moi, qui joue à la forte quand j’aimerais pouvoir m’abandonner.

Peine de lire que tant d’hommes en situation de pouvoir sont encore capables de bander et de jouir alors qu’ils savent très bien que la fille est là juste pour un poste promis, une bonne note au bulletin, une faveur quelconque. J’ai des fils, moi, je fais comment pour leur apprendre un respect qui n’est pas non plus une peur de leur propre désir?

Et dans cette douleur remontée, plein de choses se sont mêlées. La guerre entre les sexes, mais aussi celles entre les religions, entre les peuples. Toutes aussi absurdes les unes que les autres. L’enlisement au Moyen-Orient qui me fait brailler chaque fois que j’y pense. Toutes des preuves du surplace de notre pauvre humanité en ce qui concerne les rapports entre les gens, la vie en société. 

Au départ, quand j’avais voulu écrire sur cette affaire, tout ce qui m’était venu, c’était un poème. Manue et Émilie avaient fait « ouain bof ». Elles avaient raison : la poésie n’est pas un langage que je maîtrise, pour dire le moins. Mais je pense que je vais quand même vous mettre ici en guise de conclusion un bout de ce poème ouainboffé :

Je rêve encore,
laissez-moi cette liberté.

Pour vous,
pour elles,
pour nous toutes,
mes sœurs abimées,
dont je salue le courage
dans la dénonciation,
dans la non-dénonciation.
Que souffle un vent de guérison…


Et pour eux,
ces hommes abîmeurs,
La guérison, aussi.
De la douceur, de la douceur, de la douceur.
Avant toutes choses.

Brigitte, des RoseMomz
Crédit illutration: Pierre-Nicolas Riou
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http://urbania.ca/blog/5503/l-affaire-gWed, 26 Nov 2014 11:58:29 ESTLes RoseMomzghomeshibloguehttp://urbania.ca/blog/5503/l-affaire-g
La Catalogne, ce pays qui n’en peut plus de ne pas exister (Deuxième partie)Le mystère planait encore à quelques jours du vote symbolique du 9 novembre. Le gouvernement espagnol laissera-t-il les Catalans voter malgré la suspension du référendum par le tribunal constitutionnel? Les craintes auront rapidement été dissipées.

En effet, les rumeurs qui couraient à quelques jours du vote comme quoi les Mossos d'esquadrat (la police catalane) auraient reçu l'ordre de retirer les urnes des bureaux de vote n’auront donc pas eu lieu. En fait, les jours précédents le 9 novembre ont été étrangement (et heureusement) calmes. Contrairement à ce que certains appréhendaient, le gouvernement espagnol n'est donc pas intervenu pour empêcher la tenue du scrutin ou pour perturber son déroulement.

C’est donc le cœur léger et soulagé que plus de 40% des Catalans se sont déplacés pour se prononcer sur l’avenir de leur région, plusieurs portant discrètement des symboles d’appui à l’indépendance, d’autres carrément drapés dans l’estalada. Malgré le caractère symbolique du scrutin, beaucoup de Catalans étaient enfin heureux de pouvoir se prononcer sur l’avenir de leur région, d’autant plus après les obstacles rencontrés dans les semaines précédentes. Par endroit, il y avait plusieurs centaines de personnes qui attendaient en file à l'extérieur et ce, malgré une température plutôt maussade. 

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Toutefois, il convient de le mentionner, malgré la tenue d'un vote symbolique, un sentiment de démotivation, voire de frustration, était cependant palpable chez plusieurs indépendantistes qui auraient préféré qu'Artur Mas aille de l'avant avec le référendum. Beaucoup ne comprenaient pas, et ne comprennent toujours pas, qu'à l'instar des Québécois et des Écossais, les Catalans ne puissent pas décider eux-aussi de leur avenir. Même certains opposants à l'indépendance sont pour la tenue d'un référendum, tenant à ce qu'on règle la question une bonne fois pour toute.

La déception des Catalans étaient par ailleurs assez palpable à la partie du FC Barcelone à laquelle j'ai assisté, invité par Alexandre Chartrand, réalisateur du film 300 ans et un référendum sur le processus d'émancipation du peuple catalan. Sur des écrans près de chez vous en 2015!

Car s'il y a bien une institution qui symbolise avec ferveur l'identité catalane, c'est bien le FC Barcelone. Club fondée en 1899, le FC Barcelone est, pour reprendre leur devise, Mes que un club (plus qu'un club). Contrairement au Canadien de Montréal chez nous, le club catalan n'a jamais hésité à jouer la carte identitaire, prenant même position dans de nombreux publics. En ce sens, sans prendre ouvertement partie en faveur de l'indépendance de la Catalogne, le club barcelonais s'est toutefois prononcé en faveur de la tenue d'un référendum.

Ceci étant dit, il s'agissait alors de la dernière partie à domicile avant le vote du 9 novembre. Pour l'occasion, les supporters étaient appelés à se vêtir de jaune pour manifester leur appui à l'indépendance, chose à laquelle, somme toute, moins de gens que ce à quoi nous nous attendions ont répondu.

J'étais également curieux de voir la réaction du public à 17 minutes 14 de la partie. Car, depuis quelques années, en référence à 1714, année où les troupes franco-espagnoles ont pris possession de Barcelone, les partisans du FC Barcelone manifestent avec enthousiasme leur appui à l'indépendance en applaudissant et en scandant des slogans pro-indépendantistes. Or, s’il y a bien eu quelques démonstrations au dit-moment, celles-ci se sont cependant avérées plutôt timides. 

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Certes, l'annulation du référendum a refroidit les ardeurs de bien des indépendantistes en Catalogne. Georgina, indépendantiste de longue date, m'expliquait qu'Artur Mas n'avait cependant pas le choix, question d'éviter une confrontation avec Madrid qui aurait pu avoir des conclusions bien malheureuses.

En fait, selon elle, cette stratégie de recul était prévue dès le départ. En d'autres termes, ça faisait partie de la feuille de route du gouvernement catalan. Et force est d'admettre que cette stratégie n'est pas si bête puisque la position du gouvernement espagnol d'empêcher les Catalans de se prononcer démocratiquement sur leur avenir aura eu pour conséquence de garnir les rangs des indépendantistes.

Ceci n'a toutefois pas empêché plusieurs milliers d'indépendantistes de se réunir une dernière fois le 7 novembre, soit deux jours avant le vote, question de réitérer leur appui à l'indépendance. Sous le thème Un nouveau pays, le rassemblement se voulait l'occasion de montrer au reste de l'Espagne, mais aussi au reste du monde, que quoique qu'en pense Madrid, le processus vers l'indépendance est bien enclenché en Catalogne et que celui-ci est irréversible.

Le lendemain, c'était au tour des opposants à l'indépendance de se réunir devant la mairie de Barcelone de façon, il faut le dire, beaucoup plus modeste. Ils étaient environ 200. Il faut mentionner ici que les opposants à l'indépendance, de façon à ne pas donner de légitimité à la consultation symbolique, ont décidé de ne pas faire campagne et aussi de ne pas aller voter. Ce qui explique en grande partie pourquoi le SI (oui) a obtenu autant d'appui.

Un manifestant sur place m'expliquait d'ailleurs qu'ils s'étaient rassemblés non pas pour convaincre les Catalans de rester au sein de l'Espagne mais davantage pour leur dire que leur démarche était illégale. «  Seul la totalité des Espagnols peuvent décider du sort de la Catalogne. Or, s'il y a un référendum, celui-ci doit être organisé par Madrid et permettre à tous les Espagnols de voter » me disait-il.

Lorsque je lui ai demandé ce qu'il pensait du référendum en Écosse, celui-ci m'a répondu ne pas être très au courant et que de toute façon, la Catalogne n'est pas l'Écosse. Argument qui, pour m’en confesser, ne m’a guère convaincu!

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Bien évidemment, il est plutôt difficile de prédire avec justesse l'issue du résultat advenant un vrai référendum en Catalogne. La totalité des indépendantistes à qui j'ai parlé m'ont affirmé être convaincus qu'une majorité de Catalans choisiraient la voie de l'indépendance si une telle occasion s'offrait à eux.

S'il faut en croire l'attitude de Madrid, les opposants à l'indépendance semble eux-aussi convaincus de la même chose. Force est d'admettre qu'à défaut de pouvoir convaincre les Catalans de rester au sein de l'État espagnol, les empêcher de voter reste donc la dernière option. Mais combien de temps encore l’Espagne pourra-t-elle s’opposer à la volonté populaire des Catalans? Ailleurs dans le monde, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander au gouvernement espagnol de laisser les Catalans trancher démocratiquement de la question. 

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En somme, le mouvement semble à ce point avancé en Catalogne que seule l'obtention d'un nouveau statut reconnaissant la Catalogne comme une nation et assorti d'une plus grande autonomie pourrait sauver les meubles. Mais je ne parierais pas ma chemise sur la possibilité que cela puisse survenir!

Alors quelle possibilité reste-t-il pour les Catalans? Dans les prochaines semaines, voire les prochains mois, il est fort probable que le président Artur Mas annonce la tenue d'élection anticipée de type référendaire. Car si Madrid peut interdire un référendum, le gouvernement espagnol ne peut pas grand chose contre des élections. Pour l'occasion, les partis indépendantistes seraient représentés sous la même bannière. Dans l'éventualité d'un résultat de 50%+1 en faveur des indépendantistes, la Catalogne déclarerait unilatéralement son indépendance en chambre.

De nombreuses interrogations se posent toutefois. Certes, se reconnaître soi-même comme un pays est déjà un bon départ. Cependant, si les autres pays ne te reconnaissent pas comme tel, ça ne donne pas grand-chose. Nous n’avons qu’à penser aux cas du Kosovo et de la Palestine. Or, il est peu probable que les pays aux prises avec des mouvements indépendantistes en leur sein (Canada, France, Italie, Royaume-Uni) reconnaissent l'indépendance de la Catalogne tout comme d'autres pays qui ne voudront pas créer de tension avec l'Espagne. À suivre.

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Toujours est-il qu'indépendamment de la suite des choses, le mouvement indépendantiste catalan ne s'éteindra pas de sitôt. Mes deux semaines passées en Catalogne m'ont permis de constater que  les Catalans sont plus que jamais déterminés à trancher le débat de façon démocratique et ce, n’en déplaise au gouvernement espagnol. 

Pour ma part, je continue ma tournée de régions indépendantistes avec une petite visite au Pays Basque! Ce sera ma dernière destination avant mon retour au Québec et, semble-t-il, à l’austérité, autant individuellement que collectivement!



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En terminant, je tiens à remercier Voyage Globallia qui m’a gracieusement offert une commandite pour rendre ce voyage possible!
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http://urbania.ca/blog/5498/la-catalogne-ce-pays-qui-n-en-peut-plus-de-ne-pas-exister-deuxieme-partieMon, 24 Nov 2014 11:49:14 ESTJean-Benoit Bédardcatalognebloguehttp://urbania.ca/blog/5498/la-catalogne-ce-pays-qui-n-en-peut-plus-de-ne-pas-exister-deuxieme-partie
La chanson de la (fin de) semaine




Allez, bonne fin de semaine à tous!



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http://urbania.ca/blog/5497/la-chanson-de-la-fin-de-semaineFri, 21 Nov 2014 16:34:42 ESTUrbania bloguehttp://urbania.ca/blog/5497/la-chanson-de-la-fin-de-semaine
« Content! Content! »Vous avez, le fameux restaurant où le chef fait revoler les affaires devant toi avec ben du beurre, sur la plaque très, très chaude. Cette plaque sur laquelle j’ai jadis posé ma paume avec l’assurance d’un tsar pour pimenter mon party de 8 ans, dégager une puissante odeur de roussi et, par la bande, me prendre un ticket d’or pour « te souviens-tu la fois où t’as été assez tarte pourOUI JE M’EN SOUVIENS » à tous les anniversaires de ma vie à jamais pour toujours.

Ce restaurant.

Celui où l’on rêve tous d’aller, petits, parce qu’un monsieur coiffé d’un béret vertical, d’un taille-crevettes et d’un distributeur à fuel a plus le tour de te faire pétiller le cœur qu’une princesse G.O. qui chante des contines en se sortant des ballons du cul (ou ce sympathique duo de clowns de la Rive-Sud qui ont volé notre radio-cassette rose à la fête de ma soeur (qu’ils animaient) au McDo. Mais ça, je vous l’ai déjà dit).

Bref. Nostalgiques et tous équipés d’une furieuse envie d’être gastro-divertis (oh, hello BENOÎT GAGNON), nous nous sommes réunis au Beni Hana le plus près, dimanche dernier. Oh! que j’avais hâte à la viande. Celle que je ne me paye jamais. À la petite soupe sûrette. La salade bizarre. Et à mes nièces qui courent entre les Japonaises en hurlant à s'en rompre la jugulaire.

Mais ce que j’avais oublié, c’est le malaise. Doux Jésus.

Ce qui arrive, c’est que les Japanese Steakhouse, comme on les appelle, misent étrangement sur les référents du terroir pour émouvoir leurs tablées. Et ça marche. De la bouche pleine de filet mignon qui rit gras en se détachant le bouton des pétalons, il y en a. Et comme c’est pas donné, on dirait que les gens confondent un peu le chef avec un singe coiffé d’un chapeau turc.

C’est tellement limite.

Le pauvre yâbe peut pas se permettre de poivrer son chop suey dans le confort de son cours classique.

Ça prend des sparages. Des samarcettes de salière pis de poivrière qui s’entrechoquent up-tempo sur un air soupiré d’un vague succès de la Compagnie créole, parce que les gros monsieurs et leur épouse payent cher pour que le « Chinois » chante le Bal masqué en (se) tranchant (les veines) des champignons de Paris et en se faisant aller le pelvis comme au CRAZY HORSE.

Le « Chinois ». Le Chinois qui fait du Chinois.
Je pense que le cuir de mes fesses a fusionné avec celui du banc, tellement j’avais honte.

Dans cette ville, sur cette rue et surtout dans ce sacrament de restaurant-là (si vous n’y avez jamais posé fesse, on partage généralement une espèce de grande table avec des inconnus. Des inconus qui commandent aussi généralement des drinks dans une coconut qui fait de la fumée), nul festivalier réclamant sa sauce soya ne semblait saisir que l’homme qui s’affairait à recréer une scène du moulin rouge avec un scampi n’était pas un CHINOIS.

« Prépare-toi, Minou, le Chinois va faire un gros feu dans le steak !!1! »


Si t’hésites entre le Cambodge, la Chine, le Japon ou le Vietnam, mise sur l’Asie. Ou simule le fait que t’es pas venu au monde, cinq minutes. Juste le temps qu’on rote notre saké, en gros tarlais de touristes venus regarder un monsieur sauter dans des cercles de feu en équeutant des piments.

Le pire, c’est que le chef a toujours l’air heureux d’être là. D’avoir à simuler la mort d’un contre-filet en taquinant Popa et Moman, tel que lu au chapitre « très, très Petite Vie » de la section animation de son guide de culino-entertainer (allô encore Benoît Gagnon. Culinobar, ça te le disait pas?). Et je vous dis que ça se donne des coups de coude en s’appelant Popa pis Moman à notre tablée, houpelaille-laille que ça ricane, les palettes pleines de morceaux de tangerine de la salade bizarre de talleure que personne s’avertit s’il a de quoi dans les dents, certain.

L’HEURE EST À LA FÊTE. PAS AU SIGNALEMENT DE DENTS SOUILLÉES.

Et hop! Un zucchini effectue une triple-vrillette pour atterir direct dans l’assiette du client qui sue des yeux tellement il est excité ET appealé par la nomenclature-fun de la sauce brune:

« Du Coca-Cola japonais!! AVEZ-VOUS ENTENDU ÇA ?!!! »

Le genre de yâbe qui se couche sur la petite menthe, à l’hôtel.

Entre chaque service, le chef nettoie religieusement sa plaque en rendant un hommage senti à Martine St-Clair, une artiste dont il a applaudi le remarquable clip dès sa sortie en 90, « Lavez, lavez » tatoué sur les gencives pour pouvoir s’y passer la langue chaque fois qu’il fredonne l’hymne qui a bercé son adolescence à Greenfield Park.

Le seul mini-tiny éclair de vague-à-l’âme et d'infinie tristesse que j'ai perçu en sa prunelle, c’est pendant le bout de sa routine où il imite un train en empilant des rondelles d’oignon et en versant des gouttes d'huile dans la cheminée ainsi formée afin qu’une DIVERTISSANTE FUMÉE s'en échappe pendant qu’il fait avancer la structure précaire du bout de sa spatule, le tout en simulant le « tchou- tchouuuuuuuu » de la locomotive fictive la plus éteinte et la plus résignée, à te tirer les larmes de la glande et de l’ananas taillé sur le biseau/piqué de petits parapluies en papier qu’il te servira plus tard en dessert en faisant spinner ses pasties.

Les « Content! Content! » et les « C'est chaud, c'est chaud, c'est chauuuuuud! » Brathwaitesques qu’il scandera tout au long du repas dans l’espoir de te faire croire qu’il est aussi heureux d’être là que le jour de ses noces auront beau être convainquants, ils ne suffiront pas à effacer la tristesse du train en oignons à bord duquel Joselito ne steam pas.

Tout ça pour vous présenter, monsieur le chef Japonais qui lisez forcément mon billet ici immédiatement, mes plus plates et indignes excuses pour l’ensemble de votre public (sauf nous-autres, là), en direct du tapis sous lequel je suis cachée depuis dimanche.

La bise.
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http://urbania.ca/blog/5493/content-contentFri, 21 Nov 2014 01:52:49 ESTCatherine EthierrestaurantJaponaisBenoît GagnonCrazy Horsechinoisgros feu dans le steakCoca-Cola japonaisContent! Content!C'est chaud, c'est chaud, c'est chauuuuuuuud!tapisbloguehttp://urbania.ca/blog/5493/content-content
SilenceDe toute. Surtout du bruit ambiant, notamment celui que je suis capable de produire. En pas, mots, respirations, bruissements de vêtements, cliquetis de touches enfoncées sul clavier, de craie sul tableau, même. L’existence, ma présence, sans la fanfare qui vient avec. L’être en mode tayeule. 

C’est peut-être parce que novembre, peut-être parce que fatigue, peut-être parce que des événements.  Il y a le dehors, aussi, qui est heurtant, ces temps-ci. Pas celui de la pluie et de la neige, mais celui que je regarde, ben impuissante, défiler et contenu dans mes écrans. Avec ses airs austères (tudum tsss),  ses airs de violence ordinaire, ces statistiques qui ont désormais des visages, beaucoup de visages, pleins de visages. J’ai comme pas su, comme pas pu faire autre chose que de baisser les yeux, baisser les bras.  

J’ai eu le réflexe de crier, mais les mots sont restés pognés en tas. Sont encore là, un peu de travers, dans ma gorge. Incapables de s’articuler. Je regarde à terre et j’ai le goût de m’y enfoncer, dans le à terre. Faire le minimum. Espérer que le corps suive. Que la tête se dise que c’est ben correct de se taire, s’exiler, que le bonheur est dans le respire pis rien d’autre parce que ça sert à quoi, de toute manière, toute le autre. Que le sens… ark… ne plus penser à ça, le sens. Fuck le sens. Nécessairement, rendu là, le « fuck toute », on le frôle. Les citations sur fond de champ fleuri lèvent [plus] le cœur que d’habitude. Le doux des chatons a l’air suspect. Le quelqu’un qui se risque à te parler de ta « plage intérieur » se mérite un combo « yeux en l’air et facepalm » pendant qu’il t’en parle. La petite gêne aussi a crissé le camp. Et c’est vraiment là, à bout de politesse minimale que je me suis dit que fallait que je silence de toute, que j’absence. Métaphoriquement s’entend.    

L’affaire, c’est que ce n’est pas une chose facile. Devenir ermite, se couper des autres, fermer ce cellulaire qui fait office de prolongement de la main, ne pas être notifié, se découdre de ce qui est. Pour ne plus rien ressentir, voir, entendre. Dire. 

C’est que. Y’a la vie. Qui demande qu’on s’y agite. La vie qui ne s’arrête pas, elle. Je n’en ai pas été surprise, là, mais j’en ai pris la mesure. Ça ne se met pas sur pause. Je peux ben me cacher dans mon lit, sous la couette et ne pas bouger, même avec des efforts, je ne peux pas me calicer de ce qui est. Je ne peux pas arrêter le papote incessant que j’ai dans la tête. Je ne peux pas juste errer à côté de mes p’tits qui se la vivent, eux, la vie.

Les p’tits qui crient. 

Les p’tits dans la neige. 

Le p’tit, fier de lui, de son premier bulletin à vie. Même s’il fait pas tout parfait. Juste content de ses dessins, ses bricolages, ses lettres encore tremblantes. 

Le chaud du corps en boule de ma fille contre le mien, ce matin frette. Sa petite main sur ma joue. Ses grands yeux dans les miens. Son « Allô, ma maman. ». Toute le doux du monde, juste là. Pile là. Toute le doux du monde qui me disait que c’est pas dans le repli, dans le creux, dans le vide, que je dois me garrocher. 

Dans le tuseul, le ark fait juste pulser plus fort parce que y’a rien pour le tempérer. C’est un cocon que ça prend, en fait. Un espace rembourré, moelleux. Un espace qui se gosse avec les gens, pas sans eux, pas loin d’eux. Le chaud, c’est collé sul cœur, dans le peau à peau qu’on le ressent. Et c’est facile quand ça va vite, quand tout est urgence, quand ça spin, de penser qu’on n’a pas besoin de chaud, qu’on peut faire ça tuseul, se calmer, se reprendre le goût de la vie. On s’aide pas tant, se faisant. Ça prend des mains qui pressent les nôtres, des présences qui sunshinent notre gris, des voix qui nous « doux » des mots. Et là, nécessairement, on réciproque le chaud. Et on se revient. Et on reparle. Et on se meut. 

Et on se lève pour aller faire un bol de céréales à sa fille, on lui coupe son melon d’eau en cœur parce qu’elle aime ça les cœurs. On en fera aussi au p’tit quand il se lèvera, plus tard. On en dessinera aussi sur nos trois poignets respectifs, avant de partir, pour « quand on s’ennuie ». Et on prendra le temps d’en envoyer des virtuels à ces gens qui nous doux la vie. Qu’ils le sachent qu’on les cœur. En ta’. Qu’ils nous ont aidé à nous lever, ce matin.

Illustration: Cath Laporte
J’existe aussi là : Les p’tits pis moépis là.
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http://urbania.ca/blog/5491/silenceThu, 20 Nov 2014 11:58:34 ESTVéronique Greniercocontayeule silencebloguehttp://urbania.ca/blog/5491/silence
Un doigt dans les fessesSachez que j’empathise tout en courbettes, messieurs. Beaucoup.

C’est que, dans le cadre de Nœudvembre – une initiative de PROCURE – on m’a chuchoté mandat de vous parler de prostate. De prévention. De choses PLAISANTES. Voyez plutôt: 


Et ce qui est fantastique, dans tout ça, c’est que j’en n’ai pas, moi, de prostate. Jamais eu le feeling de ça dans le fond de mes shorts. Jamais mon urètre n’en fut non plus titillé (j’ai zieuté les schémas de mon vieux livre de bio; je sais où ça se trouve). Mais des garçons, j’en connais. À la barge. Il en est même quelques-uns auxquels je tiens comme à la prunelle de ma prune. C’est donc avec passion que je me permets d’agiter ma petite serviette (DE TABLE) en votre direction: un jour, va falloir te la faire examiner, mon beau garçon.

Je dis un jour, parce que c’est probablement pas tout de suite. Vers 40 ans, et juste si t'as des antécédents familiaux, qu'ils disent. Sinon, c'est 50. Mais ça, c’est comme quand tu te dis, à 20 ans, que t’auras des enfants vers tes 30 ans parce que c’est encore loin et que ça te donne un petit jeu pour te gérer l’angoisse. Et la première affaire que tu sais, t’as 33 ans, pas de condo, certainement pas de p’tits, t’achètes encore des marionnettes quand tu les trouves de ton goût et ces dix années-là ont passé ben trop vite. Alors autant s’entretenir le grain que tôt ou tard, l’examen de tous les examens arrivera.

Le TR, qu’ils l’appellent, sur les grands sites savants. Parce que « toucher rectal », ça n’a pas la même poésie. Et ça a surtout ce mystérieux effet de faire se refermer à jamais tout orifice ayant pignon sur l’extérieur. Le TR. C’est moins confrontant. Et ça sonne comme un transport en commun qui nous mène vers une crique ou un hôtel de Québec où un gars est engagé pour jouer des bongos près de la piscine exotique.

Une petite affaire plus de parté que « le doigt dans les fesses ».

À part toutes les images en stroboscope d’épouvante avec mains gantées qui se dandinent vers tes canaux, pourquoi est-ce si effrayant, donc? La légende a-t-elle pris le dessus sur la vraie affaire? Eh bien si je m’en remets à la crise d’angoisse aiguë que j’ai vécue juste avant de subir mon tout premier examen gynécologique, I can relate, gentlemen.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Un feu follet. Je voulais mourir. Me faire carpette. Et je voulais aussi tellement bien faire que je me revois encore, prostrée sur mon tiroir à fantaisies, à essayer de choisir les petites culottes adéquates pour un Pap test. Une folle.

Loin de moi était l’idée de séduire quiconque, mais comme un inconnu allait non seulement exiger de voir ma fourche, mais surtout l’inspecter comme on tâte les gencives d’un pur-sang pour en vérifier la valeur, il était hors de question de réaliser, une fois sur place, que j’avais mis des culottes un peu sexées ou encore celles à travers lesquelles on pouvait me deviner l’écureuil.

Je vous le dis, jamais culotte n’a été si soigneusement sélectionnée. Un peu sport, pas de motif affriolant, mais pas beige, non plus. Pas beige parce que je voulais pas que l’inconnu me juge EN PLUS le dessous. Oui.

Mais ça, c’était l’étape facile.

Parce que quand tu entres dans le bureau du gynécologue, il te dit – ou ne te dit pas tant – un petit bonjour de tenancier de dépanneur et te demande illico de te swinger le pantacourt sur la chaise. Juste là, là. Puis il referme le petit rideau qui fait office de grand séparateur entre ta nudité et la pas-sienne, sans plus de consignes. T’es prête, t’as passé une heure à choisir tes tchulottes. Mais astheure que t’es assise comme une dinde sur la table d’examen recouverte du grand papier qui signale À L'ÉTAGE ENTIER chacun de tes petits gestes nerveux, tu réalises que ça ne fonctionne pas.

Ça ne colle pas.

Parce que logiquement, le petit monsieur (ou la dame, mais j’ai le chic de ne remonter que des monsieurs au bout de ma ligne gynécologique) doit t’inspecter le précieux. Et t’auras beau t’être greyée de la plus fantastique des panties, à un moment donné, va falloir que tu l’enlèves.

Mais quand? DEVANT LUI?

Personne ne m’avait dit quand. Le gynéco était probablement après se chercher une recette de salade de pâtes aux olives en attendant que le papier cesse de grouiller, signal ultime que la petite mère est prête à se faire inspecter. Moi, j'étais en panique, level Amber.

C'est que la soudaine perspective d’attendre un homme en sarrau assise sur un meuble, vulve tous azimuts, m’a paralysée. Et en petite fille qui voulait pas avoir l’air de vivre ça pour la première fois, je commençais à me demander s’il fallait que je l’attende couchée, écartée comme c’est pas permis dans mes étriers fictifs.

Eh, oh; PERSONNE NE M’Y AVAIT PRÉPARÉE.

Et je vous certifie que ce moment où t’as le bijou à l’air MAIS que t’as encore ta blouse et ton veston de job sur le dos, il est confus. J’ai donc choisi la judicieuse option de me coucher sur le dos avec la confiance d’un guerrier, mais de tout de même me couvrir le vulnérable avec mes petites mains lilas. Calvaire que je devais avoir l’air épaisse. Ou attendrissante. Mais davantage épaisse, je pense.

Là, t’as beau avoir fait tes sciences pures et t’être révisé le latin pour faire sûr de saisir toutes les subtilités du mot speculum, tu vis le plus grand moment d’inconnu de ta sainte vie. Le monsieur entre. Il semble pas plus excité qu’il faut. Puis il te dit de t’écarter. Ça fait que, doux Jésus, ben tu t’écartes. Timidement. Et à ce moment précis, tu te demandes ce qu’il est après se dire, s’il n’est pas après siffler, comme le mien (un genre d’amalgame slamé de « oh boy / ça sent drôle / la pauvre fille / quel travail gratifiant / jamais vu un vagin de même / j’ai hâte à ma salade de pâtes »).

Le silence.

Et quand t’as l’impression d’être offerte à tout le pâté de maison et que la femme qui habite en face de l’hôpital est en mesure de lire sur tes lèvres, tu peux être sûre qu’il te demandera cinq fois D’ÉCARTER PLUS (quand la hanche te déboîte, il te remet un collant doux).

Il te demande aussi de te détendre. Plus. Détends-toi plus.

Parce que ce moment-là, ça devrait se passer dans la détente. Dans l’abandon, la ripaille et les huiles essentielles, sous le cri strident des néons et la froideur de l’affaire en métal qu’on est après t’insérer dans la genitalia.

Ça fait que messieurs, ne vous en faites pas. JE SAISIS VOTRE ANGOISSE.
Mais comme moi, vous vous relèverez de la table, le grand papier collé aux fesses et vous constaterez avec surprise que c’était pas si pire, finalement.

Que vous marcherez en cowboy pour la prochaine heure, certes, mais que c’était vraiment pas tant l’chiard.

Ça fait qu'allez-y donc.

P.S. TENDRESSE ::
messieurs; le toucher rectal ne dure que 15 secondes, comparativement à un examen gynécologique qui dure UNE ÉTERNITÉ (surtout quand y'a une petite infirmière comme témoin silencieux derrière le bon docteur, qui ne fait rien d'autre que te fixer le carrefour). Vu de même, le TR, c'est un tour de Super Manège.

La bise.
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http://urbania.ca/blog/5482/un-doigt-dans-les-fessesThu, 20 Nov 2014 10:00:00 ESTCatherine EthierProcureNoeudvembretoucher rectalprostategynécologuelevel AMBERpersonne ne m'y avait préparéebloguehttp://urbania.ca/blog/5482/un-doigt-dans-les-fesses
Le Registre : 10 choses qu'on a envie de dire à la madame qui reste en haut du Divan OrangePlus tôt aujourd'hui, Le Devoir nous exposait tristement que le Divan orange, salle de spectacle montréalaise culte, devait freiner le développement de son Centre de diffusion des musiques émergentes suite à de nombreuses plaintes récentes pour bruit excessif déposées en rafale. Les amendes découlant de ces plaintes s’élèvent à plus de 10 000$.

Le Divan s’est-il converti en usine de testage de marteau-piqueurs depuis les dernières semaines? Aurait-il décidé d’être l’hôte d’un festival de numetal où l’installation de 500 nouveaux amplis était absolument essentielle afin de reproduire fidèlement les subtiles mélodies délicates d’« Hommage à Slipknot »?

Non. Il a simplement le malheur d’être au rez-de-chaussée d’un bâtiment où réside une femme acariâtre que je vais appeler Micheline. Pourquoi Micheline? Parce qu’en premier lieu, ça demeure peu probable que ce soit son vrai nom, mais surtout parce qu’il ne m’est jamais arrivé de rencontrer une Micheline agréable, ever. Pour moi, le nom est associé à l’amertume, à l’absence totale de fun et au comportement rébarbatif juste pour le trip. Je trouve que ça cadre à merveille. Voici donc le top dix des suggestions polies qu’on voudrait faire à Micheline, la dame qui habite en haut du Divan orange.

1) Un hobby, qu’est-ce que t’en penses?
Un casse-tête, de la poterie, du tricot, des fleurs séchées. Voici quelques exemples qui me viennent en tête quand je pense à ce qui pourrait occuper ton (apparemment inépuisable) temps libre. Je t’imagine bien en train de concentrer ton talent limité afin de confectionner un horrible cendrier tordu, les mains pleines de glaise collante, parce que ça risque de t’empêcher physiquement de débarrer ton iPhone pour appeler la police une soixante-douzième fois cette semaine.

2) De l’activité physique, y as-tu songé?
À ce qu’on me raconte, les gens qui font du sport dorment mieux et mènent une vie plus équilibrée. Personnellement, je n’ai pas vu l’ombre d’une espadrille depuis ma sixième année, mais les sportifs à qui j’ai eu affaire par accident à travers les années ne m’ont jamais raconté d’histoire où ils harcelaient un endroit culturel stimulant par pur égoïsme. Il doit y avoir quelque chose, là.

3) Une bière, ça te tente-tu?
Il est connu qu’après une consommation alcoolisée, la tension baisse, on relaxe mieux, ça nous permet d’être un peu plus tolérant. Par chance, ma Mitch, tu es tombé sur un expert en bières de tout acabit. Je te conseille fortement une bière noire, légèrement tourbée, avec un brin de caractère – plus précisément, une king can de Black Label 10.5% que tu pourras déguster paisiblement dans une botte de jobber sale. La posologie stipule de répéter l’expérience jusqu’à ce que le gros bon sens surgisse en toi, ou que tu tombes dans un doux coma de robineux. Les deux fonctionnent.

4) Des bouchons, pas pire?
De nos jours, la technologie connaît des avancées fulgurantes. Un ami, bloggueur émérite dans le domaine de tout ce qui est à la fine pointe du développement scientifique et pratique, m’a récemment présenté une nouvelle création bouleversante. Il s’agirait de morceaux cylindriques d’un matériau spongieux et malléable qui s’insèrent à l’extrémité du canal auditif, qu’on aurait baptisés bouchons, et qui limiteraient énormément le son ambiant pour ceux qui ont des oreilles ultra-intolérantes. Selon lui, on peut aisément se procurer ceux-ci dans n’importe quelle pharmacie de l’univers, et ce pour moins d’un centième d’une des câlisses d’amendes arbitraires de bruit excessif que t’aimes tant.

5) Pourrais-tu considérer un événement sexuel quelconque?
Parfois, les petits ennuis qui nous accablent au quotidien prennent des proportions démesurées. On se met à perdre légèrement patience en file au dépanneur, on se fâche contre le temps d’attente entre les métros, et, dans ton cas, on appelle l’armée de l’air quand la voisine sort son recyclage une heure trop tôt. L’intensité de nos réactions peut parfois avoir une corrélation directe avec le temps qui nous sépare de notre dernière relation sexuelle. Ici, Micheline, je n’ai aucun conseil ni jugement à t’apporter sur tes préférences. Do your thing. Mais pour l’amour du bébé jésus, fais quelque chose. Vite.

6) What about des écouteurs?
Idéaux pour te lover tendrement dans le cocon de velours auditif de ta collection complète des albums de Kaïn, une bonne paire d’écouteurs te fera vite oublier que tu as décidé, en connaissance de cause, d’habiter en haut d’une salle de spectacle où se produisent sur scène des artistes bizarres que tu comprends don’ pas.

7) Veux-tu des amis?
Je suis certain qu’en cherchant (incroyablement) fort sur les réseaux sociaux, tu vas être en mesure de retrouver cette élusive camarade de classe du primaire qui t’endurait à moitié quand tu faisais des plaintes au directeur contre les autres enfants parce qu’ils refusaient de jouer au ballon chasseur en silence, tsé, la seule qui ne te garrochait pas de balles de neige / d’effaces / de briques en feu sur une base quotidienne. Il n’y a aucun temps comme le présent pour renouer avec cet être semi-cher. Vous avez tellement d’affaires à vous conter. Lâche-toi lousse! Partez en camping (pendant huit ans).

8) As-tu le goût de descendre?
Voici une idée farfelue, ma belle Michou, mais on dirait que les gens ont du plaisir en bas. Contrairement à moi, qui doit se taper une bonne demi-heure de transport avant de me rendre au Divan, tu n’as qu’un escalier à descendre avant de te retrouver dans un endroit merveilleux et accueillant. Chanceuse. As-tu déjà essayé ça?

9) Feelerais-tu pour farmer ta yeule?
Des fois, la parole coûte de l’argent, mais le silence est d’or. Fondamentalement, t’es une bonne personne, Micheline. Je le sais. Tu cherches un endroit où concentrer tes élans de gratitude sociétaire, mais tu n’arrives pas à choisir entre Centraide et la FPGTCQEC (Fondation Pour la Gentrification de Tout Ce Qui Est Cool)? Laisse faire. Ça coûte dequoi, anyway. En faisant un petit effort de muscles de face, tu peux facilement farmer ta yeule ben serrée, ce qui permettra à une institution de survivre et de faire bourgeonner les arts et la musique pendant plusieurs années à venir. On te félicite!

10) Es-tu dans le mood pour un déménagement?
De ce temps-ci, on me raconte que l’Ontario du centre est particulièrement happening dans ton cercle d’intérêts. En plus, le coût des maisons ne cesse de plonger à la baisse. Un moment idéal pour investir sur ton havre de plate. Tu n’as qu’une vie, chère, tu te dois de saisir l’opportunité. Pense à tes enfa- ouan, t’as pas d’enfants. Trop de bruit. Pense à tes bibelots de chats. Imagine la belle vie. Go. On se cotise pour payer le camion. Y’arrive dans deux heures.

Crédit photo: Alberto Ortiz
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http://urbania.ca/blog/5490/le-registre-10-choses-quon-a-envie-de-dire-a-la-madame-qui-reste-en-haut-du-divan-orangeWed, 19 Nov 2014 16:59:23 ESTPierre Lemayregistrebloguehttp://urbania.ca/blog/5490/le-registre-10-choses-quon-a-envie-de-dire-a-la-madame-qui-reste-en-haut-du-divan-orange
J'espère qu'il n'y aura pas de zombies parce qu'on serait fucked - Portraits de Montréal














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http://urbania.ca/blog/5489/jespere-quil-ny-aura-pas-de-zombies-parce-quon-serait-fucked-portraits-de-montrealWed, 19 Nov 2014 15:59:42 ESTPortraits de Montréalportraitsbloguehttp://urbania.ca/blog/5489/jespere-quil-ny-aura-pas-de-zombies-parce-quon-serait-fucked-portraits-de-montreal
« Toutte est temporaire »Dans le film Boyhood, il y a une scène où le fils d’environ 19 ans s’apprête à quitter la maison pour étudier à l’université. La mère (Patricia Arquette), qui jusque-là ne s’était pas montrée particulièrement émotive, s’effondre de voir arriver ce moment. Dernière d’une série d’étapes vers la maturité de ses enfants, qui se seront enchaînées si vite… 

« And what’s the next step? », lance-t-elle en pleurant et en frappant sur les murs. « My funerals? » 

Cette scène m’est revenue en tête il y a quelques semaines quand la plus jeune de mes filles a ramassé sa couverture et son toutou et qu’on a quitté, pour la dernière fois de sa vie (de notre vie) la garderie. 

J’avais la face rouge et bouffie d’avoir essayé de ne pas pleurer en disant adieu aux éducatrices. Ça faisait une semaine que j’y pensais. Le jour F (pour Fin), Petite fille ne s’est même pas retournée dans l’escalier. Tout entière à ses préoccupations : « Qu’est-ce qu’on mange? » La gravité du moment lui échappait complètement… 

Mais PAS À MOI! On ne reverrait plus ces femmes qui avaient été si présentes et si précieuses dans notre vie depuis quatre ans (surtout dans les moments difficiles). À moins de faire le détour jusqu’ici…

Pire. En cette fin août 2014, moi je n’avais plus de bébé. 

Déjà…?

Mais, mais, mais… il y a un malentendu. Je vous jure, je viens juste d’accoucher de cette enfant-là! 

***

J’ai toujours souffert d’hypersensibilité au temps qui passe. 

Bon, OK, d’hypersensibilité tout court, mais particulièrement au temps qui passe. 

Au fond, n’est-ce pas LA grande affaire poignante de la vie? Le temps qui fait apparaître et disparaître des êtres humains. Le temps qui fait apparaître et disparaître des relations. Le temps qui fait apparaître (et pas disparaître) les rides… On peut vraiment s’habituer? 

Tout ça avec, pour décor, le cycle des saisons qui s’enchaînent et se ressemblent : vert vif, vert doux, orange, blanc… Oups, une ride de plus! Vert, vert, orange blanc… Et une autre ride au front. Parfois un deuil. Feuille tombée. 

À l’école primaire, je pleurais toutes les larmes de mon corps à chaque fin d’année scolaire, comprenant chaque fois intuitivement que ce qui avait été (cette classe, cette relation avec ce professeur, ces rires, ces complicités, cette ambiance-là, précisément celle-là) ne serait plus jamais. Et triste de ne pouvoir embouteiller ce « ça » pour pouvoir y plonger quand je m’en ennuierais…  

J’ai toujours eu du  mal avec les déménagements, les ruptures, les changements. Je m’attache trop à ce que j’aime – les gens, les lieux — et je voudrais que ça reste là tout le temps. Je souffre à l’avance de savoir que les choses aimées, un jour, ne seront plus. Ou plus exactement pareilles.

Par exemple, ce petit appartement où j’ai atterri après ma séparation. Petit nid bordélique plein de lumière. Des livres, un piano, des dessins d’enfants sur les murs. Des rideaux fleuris. 

Ma maison à deux sous, palais de Versailles de ma reconstruction, en réalité, ne paie vraiment pas de mine comparée aux maisons de mes amis encore en couple… 

Cet appartement, je sais que je ne l’habiterai pas toujours. Il viendra un moment où j’aurai davantage de moyens (j’espère!). Où on le trouvera trop petit pour nous trois. 

C’est fou, mais je suis triste à l’avance. Je m’en ennuie déjà.  

C’est ridicule, je sais.

***

En fait, j’en suis consciente : la peur de perdre des êtres chers ou des choses (ou de les voir changer) est bien souvent plus difficile à vivre que la perte elle-même. L’humain est fait pour survivre au deuil, pour se transformer à travers lui…

Longtemps, par exemple, j’ai pensé que je ne serais pas capable de vivre dans un monde où mon père n’existerait pas. Dans un monde où la voix de mon père ne résonnerait plus. Et pourtant. Douze ans que je me passe de lui. Que je vis dans un monde sans. Sans sa voix, sans son sourire, sans ses yeux, sans son odeur. Sans ses conseils. 

Un monde sans  mon père qui traîne ses pantoufles sur le plancher de bois franc. Un monde sans lui qui rajoute du sel et du vinaigre dans ses chips sel et vinaigre. Un monde sans mon père pour faire jouer des chansons de Noël en octobre… Douze ans passés comme une étoile filante.

Étoile qui m’a laissé dans son sillon deux petites filles que tu n’as pas connues, papa. Deux amours qui m’ont transformée en maman. La vie a continué. J’ai même été heureuse ici-bas sans toi, papa. Fou de même. Et ça m’arrive encore. 

En fait, je dirais même que quand ça arrive, c’est plus beau et plus précieux que le bonheur que j’avais connu avant. Parce qu’il y a de la tristesse dedans. 

***

L’autre jour, à brûle-pourpoint, ma grande de huit ans m’annonce, en prenant son bain : « Je suis une préado, maman ».  

Ah bon? Les deux bras m’en sont tombés. Comment ça, une préado! Je n’ai même pas eu le temps de te voir pousser! 

On peut-tu mettre ça sur pause, cette affaire-là?

Ça a l’air que non. Preuve : le grand garçon de mon amie Brigitte a la voix qui mue et une petite ombre de moustache au-dessus de la lèvre… Je vous le JURE, hier, j’étais là et il avait la couche aux fesses.

Non, mais ça va faire, là, Wô! Stop! Un petit bout au ralenti svp, Monsieur le projectionniste.

***

Je sais, la vie c’est ça. Apprendre à vivre, c’est accepter que tout change. Que rien n’est permanent ou que « toutte est temporaire » comme dit Daniel Boucher dans sa nouvelle chanson. Que tout ce qu’on a pour nous, au fond, c’est le moment présent. Qu’il faut prendre le temps d’habiter sans regretter à l’avance ce qui, tôt ou tard, ne sera plus… 

Ce matin, pendant qu’on déjeunait avec les filles, il y avait des petits flocons tout légers qui dansaient dans les rayons du soleil. J’sais pas si vous les avez vus? C’était beau…

Émilie, des RoseMomz
Illustration: Pierre-Nicolas Riou

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http://urbania.ca/blog/5488/toutte-est-temporaireWed, 19 Nov 2014 11:54:55 ESTLes RoseMomztempsboyhoodroseMomzbloguehttp://urbania.ca/blog/5488/toutte-est-temporaire
Qu’est-ce qu’il y avait entre nous autres?
La tête calée dans l’oreiller.

Je rêve que je dors pour très longtemps... mais pus pour longtemps.

Mon cadran affiche l’heure fatidique en gros néons rouges : 6h30. Déjà, sans même que j’aie rien demandé, le monde vient à moi et me parle:
« Il est 6h30 et vous écoutez votre émission matinale préférée en compagnie de votre animateur préféré sur les ondes de votre station préférée… »

Bon. Disons que c’est pas le monde, mais une partie du monde.

Tout à coup, Alex Nevsky débarque dans ma chambre à coups de
Pa pa pa pa pa
Pa pa pa pa pa

Me semble qu’il est de bonne heure pour être de bonne humeur...

Je me lève d’un coup sec. Prêt à affronter d’abord la douche, puis ma longue journée.

Fripé, la douche va me renipper.

Pendant que je vole de mes propres ailes jusqu’à la salle de bain, le trio matinal parle de cette indépendance qu’ils haïssent. Mais dans la coloc, c’est pas un mot contre la souveraineté: Jean-Denis le prendrait pas. C’est ce que j’me dis, en tassant le rideau orné de fleurs de lys qui me sépare de cette vie nouvelle dans laquelle je serai enfin propre.

Je mange mon bol de céréales, les oreilles parcourues par la voix de Bazzo. J’entends à fréquence régulière « C’est pas trop tôt ».

Ce matin, il est question de harcèlement sexuel à l’UQAM.

Ça m’écoeure.
J’ai pu faim.
Pis oui, il est trop tôt.

Reste que j’étudie à l’UQAM. En comm.

Comme je reste à Longueuil, je me lève tôt même si pour certains « C’est pas trop tôt », et je roule avec ma bagnole un bon 40 minutes avant de voir Ste-Catherine.

Je roule et le trafic est intense, dense, comme à peu près tous les matins. Pendant que je suis coincé dedans, le gars en ondes me le répète. Il ouvre même la ligne à des comme-moi, qui en peuvent pus de pas avancer. Ça l’air de leur faire du bien de s’exprimer.

LIBERTÉ!

Moi, j’écoute et de temps en temps, j’trouve ça drôle. Plus souvent, ben pathétique.
« On voudrait souhaiter bonne fête à Anne-Marie qui célèbre aujourd’hui ses 33 ans, c’est son chum Steve qui a appelé pis il l’aime gros sa cocotte… »

Heureusement, je viens d’arriver.

J’ai cours de radio ce matin. C’est surtout du théorique. On apprend, grosso modo, son histoire, sa pratique et en extra, quelques techniques. On écoute, on note. Quand vient le temps de s’élancer vers le micro, on fait aller nos voix, on faire rouler nos hits préférés. On imite un peu ceux qu’on admire... Pas trop, quand même. On cherche un minimum à être authentiques.

La prof nous dit que ça sera pas facile pour nous, si on veut faire de la radio... Parce qu’avec ce qui se passe à Radio-Can...

C’est déjà une porte de moins, une porte qui se ferme. Restera toujours les radios privées, sans doute ma meilleure opportunité.

De toute façon, je sais pas vraiment si je veux faire de la radio. Peut-être, si j’peux avoir ma chronique dans un style éditorialiste... Sinon, boff.

Reste que j’trouve ça cool de m’entendre. Surtout que ce matin, j’ai repris un bout entendu la veille à la radio. Je l’avais trouvé beau pis, ben j’ouvre ma chronique avec ça...

« Ce n'est pas un monde fantaisiste. Tout notre univers est réel, mais déformé. »

L’après-midi passe pendant que j’suis à moitié sur Facebook, à moitié dans mes travaux. C’est pas facile de se concentrer.

Le local ou je m’installe, y diffuse CHOQ en continu. Afro-Parade, ça a du chien, j’aime bien... Mais Le 7e antiquaire, ça m’empêche d’étudier. Parce que je les écoute jaser de cinéma.

J’aurais peut-être dû étudier là-dedans...

Je laisse le trafic passer, mais vers 18 heures, c’est le temps de rentrer.

Retour à mon char: je suis accueilli par une multitude d’émissions du retour à la maison qui me parlent de sorties weekend, de musiques nostalgiques et des pires atrocités qu’a encore subi le monde aujourd’hui. On me parle de moi, pogné dans le trafic. De moi et de mon weekend. De moi et de mon couple. De moi et de ma santé.

Très peu de « nous ». 

J’ai remarqué.

Longueuil, p’tite banlieue, tu m’accueilles sur un air de « J’pas un cowboy ». J’ai l’impression que ça fitte.

Dans l’appart, les ondes radios se mêlent pis en même temps, c’est notre diversité qui se reflète, c’est nos existences qui s’entremêlent, ça crée une musique plutôt étrange à laquelle je me suis habitué. J’avais laissée la mienne ouverte. On me parle de bouquins en faisant le tour de la planète.

La soirée passe pendant qu’on écoute le monde qui vient à nous. Je baisse le volume. Mais j’ai perdu l’habitude du silence vu que j’passe mes journées avec elle.

Je remonte le volume.

« 400 postes vont être éliminés par le radiodiffuseur public, apprend-t-on ce soir de la bouche de son président Hubert T. Lacroix... »

Silence radio.

Là, c’est gros.

C’est de celles avec qui j’ai passé ma vie dont on parle. Silence radio.

Mais dans l’fond, qu’est-ce qu’y’avait entre nous autres ?

***

Le discours sur l’avenir des médias est récurrent et important : aujourd’hui, les médias sont amenés à se réorganiser, à se renouveler, sous peine d’expirer. Cela dit, plus rarement discute-t-on spécifiquement de radiophonie.

En organisant la Journée d’étude sur la radiophonie québécoise, l’objectif est de se tenir debout dans la masse, car vouloir informer, c’est lutter, croire que le monde peut changer. Les questions économiques ne sont qu’un pan de ce qui affecte aujourd’hui la  radiophonie. Au-delà de ces considérations, c’est le constat d’un certain manque de vision qui devrait davantage encore nous inquiéter : comment nous raconte-t-on aujourd’hui et à quel monde nouveau nous invite-t-on à participer ? Ce n’est pas tout de pogner dans l’ici et maintenant ; il faut savoir s’adapter en ne vendant pas son âme au plus offrant. Être populaire ne dure qu’un temps ; l’estime se construit sur des saisons et la radio, élément sonore par excellence, a plus que jamais besoin qu’on lui prête nos visions.

***

Le vendredi 28 novembre à l’Université Laval, théoriciens ou artisans de la radio s’exprimeront sur différents aspects de la radiophonie : son histoire, ses fonctions et les pratiques qu’elle recoupe. Il sera également question des figures qui composent le paysage radiophonique québécois, notamment de la radio publique et des radios de confrontation. On discutera de création radiophonique, en s’attardant d’une façon particulière au documentaire radio et à la création sonore. 

Le co-fondateur d’ARTE-Radio (une Web radio franco-allemande qui se démarque par l’originalité de son contenu et l’audace de ses formats) M. Christophe Rault, sera présent afin de traiter de l’alliance entre la radio et le Web. Des interventions permettront également de réfléchir au rôle du Québec en matière de radiodiffusion. Une plénière mettra fin au cycle des conférences et sera l’occasion de soulever des pistes pour un renouvellement du paysage radiophonique québécois. Tout au long de la journée, les participants pourront également s’immiscer dans un univers d’archives sonores répertoriées dans différentes radios québécoises. Une salle sera réservée à ces séances d’écoute.

La journée se termine par une soirée d’écoute collective ouverte à tous, organisée par Olivier Ginest et et Cédric Chabuel, évènement qui aura lieu au Bar-coop L’Agitée (251 rue Dorchester).

Pour plus d'informations, consultez le http://radioactif.weebly.com 

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http://urbania.ca/blog/5486/qu-est-ce-qu-il-y-avait-entre-nous-autresWed, 19 Nov 2014 10:00:00 ESTMarie-Laurence Rancourtbloguehttp://urbania.ca/blog/5486/qu-est-ce-qu-il-y-avait-entre-nous-autres
S M I L E :)))))Parce que voir des sourires, c'est rare. Disons que dans une journée moyenne, je vois plus de babounes que de sourires. Je me sens un peu comme Barney en disant ça, prêchant le bonheur dans l'overdose de chansons joyeuses, mais le fait est que tout le monde a l'air bête, pratiquement tout le temps. Et je suis la première coupable. L'autre jour, j'ai eu mal aux yeux pendant toute une journée et j'ai réalisé que c'était probablement dû à un excès d'eye-rolling. Certains soupirent, d'autres portent la bitch face en permanence... Moi, je eye-roll à outrance. Je eye-roll dans la face des gens dans le métro, surtout ceux qui lisent leur journal à l'heure de pointe, ceux qui retiennent les portes, ceux qui mettent leurs pieds sur les bancs. Je eye-roll dans mes cours quand les profs disent des faussetés comme «Vous n'avez pas connu l'époque des VHS mais...» Je eye-roll même à moi-même lorsque je fais une erreur stupide comme oublier de mettre de l'eau avant de partir la cafetière. Je devrais donc être peu surprise de mon mal de crâne.

Il y a cependant une leçon que j'ai apprise dans ma jeune vie de gothique: c'est important de sourire si tu travailles avec le public. C'est bien une des seules choses positives que je retire des longues heures à souffrir sous les néons de commerces de détail. C'est devenu automatique: quand j'entre dans un magasin, je souris et je dis bonjour aux vendeuses, plus rapide que l'éclair, les devançant dans toute tentative de «bonjour-hi» cristallin. Je replace même le linge correctement sur les supports tout en finger-spacant un petit peu, mais ça c'est une autre histoire (les brain-washés du retail comprendront). C'est comme si, automatiquement, quand j'interagis avec quelqu'un dans un contexte public, je deviens la gentille personne que ma mère voudrait que je sois. C'est parfait, ça me vaut des échantillons de brioche gratuits à la boulangerie, ou un petite carte de 10% sur mon prochain achat dans la boutique d'aliments naturels.

Une autre occasion où il est rusé de sourire, c'est quand tu demandes un service à quelqu'un. Ça sonne comme une leçon de pré-maternelle, mais semblerait-il que certaines personnes n'ont pas encore eu le mémo. Par exemple, dans un environnement de travail, c'est primordial. Même si tu es tanné de te faire demander pour la énième fois par ton collègue comment on copie-colle des cellules dans Excel, tu peux prendre le temps de respirer et sortir ton plus beau sourire. Pro-tip: ainsi, quand viendra le temps de demander un service au même collègue, il ne risquera pas de te le refuser avec rancune puisque tu ne l'a pas appuyé dans sa poursuite pour devenir niveau intermédiaire à la Suite Office. Dans un même ordre d'idée, je ne comprendrai jamais les boss qui préfèrent chialer sur leurs employés plutôt que de passer du temps pour bien les former et leur demander de faire les choses de façon polie et avec le sourire. À ces boss, je suggèrerais d'écouter la toune Walking on Sunshine avec un sac en plastique «Thank You Come Again» sur la tête jusqu'à l'asphyxie. Peut-être alors, ayant passé tout près d'une mort certaine, reviendront-ils parmi nous avec un sourire forever étampé dans la face.  

Je pourrais citer des études qui prouvent que le sourire attire le sourire, mais j'aime mieux citer l'affichette dans la salle de bain chez ma marraine: «It takes 17 muscles to smile and 43 to frown.» Voilà, la preuve est faite. Même pas besoin de lire Le Secret ou tout autre livre qui te fait croire que le pouvoir du changement réside dans ton toi-même. Ni même besoin d'écouter le film Donnez Au Suivant (écoute Le Sixième Sens à la place, c'est le même petit gars pis c'est meilleur). De toute façon, je pense qu'on sait tous qu'il faudrait sourire plus. Faut juste se le faire rappeler une fois de temps en temps. Pas de problème, aujourd'hui, je suis là pour ça.

Pour vous donner encore plus de motivation à sourire, en terminant, je peux continuer ma liste des choses qui ont un sourire: Vitamin C et ses mèches oranges dans le vidéo clip de sa chanson Smile, une crêpe avec un sourire en Nutella fait par ton chum, un lapin avec le museau rose (des fois ils ont comme une petite bouche par en haut, on dirait vraiment qu'ils sourient), le hibou dans le vidéo YouTube qui circule dans mon feed, Céline Dion quand elle finit de chanter My Heart Will Go On aux Oscars de 1998... Allez, je vous laisse continuer.

Crédit photo: Suwit Lertpalanunt
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http://urbania.ca/blog/5487/s-m-i-l-eTue, 18 Nov 2014 15:50:22 ESTMarie Darsignysourirebloguehttp://urbania.ca/blog/5487/s-m-i-l-e
Mon grand-père et la fierté masculine

Lorsque plusieurs personnes de la génération des boomers se réunissent, il se développe parfois un phénomène particulier. Sans avertissement aucun, ils se mettent  à tisser un genre de toile social, mais oralement. Ça ressemble un peu à ça:

Yvette : Mme Berthiaume est nouvellement grand-mère, son deuxième petit-fils.
Roland : Ah ouin! Sa fille Nancy? Celle qui est marié à un petit Paquin?
Yvette : Nonon, pas Nancy, Chantale, elle habite dans le 7ème rang, pas loin de la cabane à sucre de mononcle René
Roland : Ah ok, oui la caissière du Provigo accoté avec un Laurin. Ces Laurin-là, c’est pas cousin avec les Paquette?
Yvette : Ben oui, c’est vrai, c’est du côté  d’Armande Paquette, la sœur de Méo Paquette un des grands chum à pépère, y jouait de la guitare aux noces à Armande.
(…)

*Les noms sont fictifs (ou pas)

Cette conversation pourrait être éternelle. Ceux qui ont été témoin de quelque chose de semblable savent très bien de quoi je parle. On reste un peu sans mot devant cet exercice de mémoire qui n’implique seulement que ceux qui peuvent y participer. Plus ils sont nombreux, plus les échanges sont variés et nourris.

J’en parle parce que je me souviens que c’est précisément pendant l’une de ces conversations, alors que mon esprit était un peu ailleurs, que ma grand-mère a évoqué le cancer de mon grand-père pour la première fois devant moi. 

«Grand-Pa a eu le cancer?» Je me suis tourné vers lui avec des points d’interrogation à la place des yeux. Dans ma tête ça sonnait plutôt comme un immense «QUOI?!» mais je me suis contenu. Il me répond qu’effectivement, il y a 3 ans, on l’avait soigné pour un cancer de la prostate et qu’il était en rémission totale depuis ce temps-là. S’il avait été de ma génération, il m’aurait dit que tout était chill. Il en parlait comme si ça avait été un léger rhume.

Dans ma tête ça sonnait un peu comme : « UN CANCER. Y’A 3 ANS. PIS PERSONNE ME L’A JAMAIS DIT. »  (sic) Dans les faits, j’ai figé et juste encaissé l’information. J’avais mille questions. Mais je ne les ai pas posées, trop secoué par cette annonce qui n’en était pas une. Le temps m’a donné des réponses.

***

D’abord, il faut que je décrive un peu mon grand-père. Il a été cultivateur toute sa vie, il a toujours été plutôt dans l’action que dans la discussion. C’est un homme de peu de mots. Quand il parle par contre, ça a le mérite d’être pertinent. Comme beaucoup de sa génération, il est avare de détails sur lui-même et ne fait pas l’étalage ses sentiments. Animé par le travail, c’est un homme fier, généreux de sa personne, qui dégage une impression de force.

J’ai repensé souvent aux raisons pour lesquelles il a décidé de ne pas en parler à ses petits-enfants de sa maladie et je crois que sa première motivation était celle de nous épargner, ne pas nous inquiéter. Quand on parle de cancer, juste le mot fait peur. Comme dans plusieurs cas de cancer de la prostate, ses chances de rémission étaient bonnes. Il le savait et ne voulait pas faire trop de vagues. Mon grand-père préfère son fleuve tranquille.

Pour en avoir parlé avec lui récemment, il y a aussi quelques effets des traitements qu’il préférait garder pour lui à ce moment-là. Les difficultés érectiles, les effets sur sa sexualité, une potentielle infertilité, ce ne sont pas là des sujets que l’on aborde habituellement avec aisance. Encore moins avec ses enfants et ses petits-enfants.  Disons que sa masculinité a pris un pas pire coup. Dans son silence, plusieurs devinaient les raisons de son isolement. Tous ont malgré tout respecté ses souhaits de ne pas en parler.

Il a reçu un traitement de curiethérapie, les médecins ont placé des implants radioactifs qui ont détruit la tumeur avec le temps.  Pour un certain moment, on lui a recommandé de ne pas entrer en contact avec de jeunes enfants pour ne pas les exposer aux radiations. C’est tough être grand-père quand tu ne peux pas prendre tes petits enfants sur te genoux. Les examens et le traitement ont aussi causé des douleurs et des désagréments qu’il préférait ne pas partager.  Sans être orgueilleux, je crois qu’il a choisi de ne pas dévoiler un côté de lui qui était plus vulnérable. Je ne peux que respecter sa décision de vouloir éviter certaines discussions.

En même temps, je me demande bien ce que j’aurais vraiment pu faire pour l’aider à ce moment-là. Il a déjà un bon réseau social et fait confiance au système de santé. Avec mes connaissances d’aujourd’hui, je lui aurais probablement recommandé les services d’un organisme comme PROCURE. On sous-estime parfois les bénéfices de partager notre situation avec des gens qui ont vécu une expérience semblable. Ça fait maintenant presque 8 ans qu’il a reçu son diagnostic. Il m’a reparlé de cette période de sa vie avec ouverture et sérénité. Résiliant indépendant, il est passé à travers cette épreuve à sa manière.


Le pragmatisme avec lequel mes grands-parents font face à la maladie me déconcerte. Ils voient un nombre grandissant de leurs amis et membres de leur famille partir tranquillement. Plus ça va, plus ils assistent à un grand nombre de salons mortuaires. «On célèbre leur vie, on rencontre du monde que ça fait longtemps qu’on a pas vu » ma grand-mère utilise le même ton lorsqu’elle parle de ses soirée de bowling. Je n’ai clairement pas encore saisi tout ce qui se cache derrière leur inébranlable quiétude.

Ça me confirme surtout que je suis fuck all prêt à recevoir un diagnostic de cancer.

***

PROCURE offre une ligne de soutien sans frais au 1 855-899-2873.
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http://urbania.ca/blog/5484/mon-grand-pere-et-la-fierte-masculineTue, 18 Nov 2014 11:59:12 ESTDonavan Lauzonbloguehttp://urbania.ca/blog/5484/mon-grand-pere-et-la-fierte-masculine
Se planter en pleine faceJe m’adonne souvent à ce sport qui se veut quelque part la variante paralympique du parkour. Ma prouesse de prédilection consiste à me balancer sur les roues arrière, en formation wheelie, pour escamoter les morceaux d’asphaltes décriss qui caractérisent si bien la chaussée montréalaise. 

J’ai même trouvé une formule mathématique qui me permet d’identifier précisément la force (F) à déployer pour surmonter X obstacle urbain. Par exemple si comme ce soir un bateau-pavé inégal me fait entrave, je calcule la distance à parcourir (D) en tenant compte de ma vélocité (V) et de ma masse (M). Autre notion peu négligeable dans l’équation est celle de la gravité (G), à laquelle on peut difficilement qualifier de variante (c’est 4,9). 

L’impulsion recherchée se traduit scientifiquement par
Une équation que je croyais infaillible. Mais en ce frais soir d’automne, quelque part à l’ouest de Christophe-Colomb, j’ai dû déplacer une virgule. Parce que je me suis planté. 

Figurativement parlant, là. 

Dans le sens que je me suis planté en pleine figure.

C’est pas grave, sauf. Je suis rendu habitué. Il y a des pelures de bananes partout où j’me traine les roues. J’me plante. J’en fais pu de cas, j’ai maîtrisé une savante technique de chute qui consiste surtout à fermer les yeux.

Ça fait souvent plus mal à l’orgueil qu’au cap de genoux de toute façon. Surtout quand ça m’arrive en public. Mais cette fois-ci j’ai la paume qui saigne un peu plus que l’orgueil, à cause de ma main qui a terminé sa course sur une roche peut-être ben p’tite, mais aussi ben à pic. 

Mes roues spinnent dans le vide d’octobre. Je me suis souvenu pourquoi, à la garderie, on me sélectionnait en dernier pour nos compétitions de le sol c’est d’la lave

Encore en position carapace, les quatre fers en l’air, je me suis remémoré en un instant mes plus illustres débarques. Comme la fois que j’ai failli mourir à Milwaukee (je vous en reparlerai un moment donné c’est promis). Ou la fois que j’avais rien à te répondre. Ou encore il y a environ un mois sur McGill. Cette fois-là, c’était en plein jour. Ma roue s’était prise dans une bouche d’égout (le classique). Au loin, une fille avec son dalmatien avait accouru  m’aider après avoir été témoin de cette pirouette qui se serait sûrement qualifiée pour les finales de Drôles de vidéo. Fort aimable, elle ramasse mes clefs, mon porte-monnaie, mon tupperware et ce qui me restait d’amour-propre. Elle est gentille.

«Did you get hurt?»
«No, I'm getting used to it.»
«What's your name?»
«Kéven»
«Did you say Kéven?»
«Yeah, Kevin»
«That's my dog name»
«Ouain...»

Mais ce soir c’est différent. Il n’y a personne dans les alentours. Je me redresse le squelette, puis je repousse ma boîte à savon contre le mur d’un commerce. 

Ah, c’est icitte ça la rue des Belges…

Il y a du verre éclaté sur le sol. C’est regrettable, pour une fois que j’avais bien pris le soin de nettoyer mes corps morts dans l’évier avant de les rapporter au dépanneur.  La commis aurait été contente. 

Je ramasse mon sac en plastique. Je coagule tranquillement. J’pu pressé pantoute. Aucune chance que j’arrive avant 11h maintenant. Je reviendrai bredouille pis c’est correct. Il fait même pas si froid pour une soirée d’octobre, que j’me dis, alors accoutré de mon plus simple t-shirt de Mark Streit-du-temps-qu’il-était-encore-avec-les-Islanders.

Je me dis que c’est dans mes dernières soirées à arpenter les rues. Avant que le méchant hiver arrive avec ces gros sabots de Denver qui vont me clouer chez moi le plus clair du temps. Aussi bien en profiter. J’ai la rue à moi tout seul. Pour mon moi tout seul assis en indien.

J’ai une belle vue d’introspection d’icitte, en plus. Pour ces grandes questions existentielles comme est-ce que ce que je fais c’est correct ou où vais-je ou qu’est-il devenu de ma collection de J’aime lire ou à quel âge on arrête de faire semblant ou de la salade grecque sans feta c’est de là que ces tragédies tiennent leur nom ou ai-je laissé le rond de poêle ouvert ou vais-je ravoir de tes nouvelles un bon jour

Pis une autre question, plus concrète, en tout cas plus phonétique, me tire de mes songes. «Êtes-vous correct monsieur?» Comme si les personnes handicapées étaient perpétuellement en détresse. Ben oui. Mais là je réalise que j’ai du sang dans main pis que sa question est pas pire justifiée.

«Oui»
«Veux-tu de l’aide?»
«Non merci»

La personne s’en ira pas. Je pense qu’elle a été surprise de l’insouciance avec laquelle j’ai répondu. Elle comprend pas qu’il y a du bon dans les chutes. Que c’est correct de se planter des fois. Pour mieux se relever. Mine de rien j’ai économisé un bon douze piastres en bière aujourd’hui. J’ai aussi découvert la rue des Belges. J’ai respiré un bon coup. J’ai redécouvert que tomber c’est pas grave des fois. Ça oriente.

Crédit photo: Google Street View
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http://urbania.ca/blog/5481/se-planter-en-pleine-faceTue, 18 Nov 2014 10:04:16 ESTKeven Bretonrue des belgesplanterbloguehttp://urbania.ca/blog/5481/se-planter-en-pleine-face