29 Nov 2012

La ville de la semaine: Oromocto

Par Karine Rock

Oromocto, 1981. Petite ville tranquille. Inconnue pour la majorité, reconnue dans les Forces Armées. Une ville en apparence fantôme, mais qui a pourtant logé des dizaines de milliers de Québécois, pour quelques jours et parfois pour quelques années.

À une vingtaine de minutes de Fredericton au Nouveau-Brunswick, 9000 âmes gravitent, directement ou non, autour d’une institution nationale : la grande base militaire de Gagetown.

1. Pourquoi s’installer à Oromocto?
On ne choisit pas Oromocto, Oromocto nous choisit. Grossièrement, deux raisons nous poussent à s’installer dans cette ville. La première, travailler ou avoir un membre de sa famille qui travaille sur la base militaire. La seconde, être un civil qui travaille indirectement à l’approvisionnement ou aux services essentiels d’une communauté liée à la base militaire. Quand je vous disais que tout tourne autour de la base militaire.
Malgré la tranquillité de l’endroit, soulignons que des milliers d’autres soldats y sont également de passage chaque année. Gagetown étant la plus grande base militaire du Commonwealth, les employés des autres bases provenant de partout au pays (voire même à l’international) viennent y faire des exercices (à noter ici que dans l’armée, le concept d’exercice est bien loin de l’aérobie de Josée Lavigueur).

2. Qui vit à Oromocto?
Comme Gagetown tient également lieu, en plus de ses activités régulières, de base d’entraînement et d’instruction pour les recrues, la population est généralement assez jeune. Les conditions militaires étant ce qu’elles sont  -peu importe l’endroit-, les transferts de familles d’une base à l’autre sont très fréquents. On observe donc, dans une ville centrée sur l’armée, une démographie stable en nombre, mais particulièrement dynamique dans le renouvellement de ses habitants.  Rares sont ceux qui y restent plus de dix ans. «C’est la ville où on perd ses amis » diront certains.

3. Diversité, rivalité et fraternité
La rotation élevée des habitants amène de nouveaux venus de partout au Canada. Malgré l’homogénéité des travailleurs, on y observe une grande diversité religieuse (catholiques, protestants, baptistes, etc.). Peu de rivalité de ce côté par contre.  La rivalité s’observe plutôt du côté des langues parlées. La population présente une très forte majorité anglophone. Parfois mis à l’écart (dans les années 80 du moins), les frogs se reconnaissent vite et se soudent entre eux. Malgré les différentes couleurs d’Oromocto, l’esprit communautaire y est particulièrement développé. Le sentiment d’appartenance aux Forces Armées Canadiennes et les hauts et les bas qui y sont associés rallient les habitants.

4. Un grand dortoir

Le trois quarts des travailleurs d’Oromocto proviennent de la base. Voici donc une soirée type, dans la ville que certains se plaisent à qualifier de «grand dortoir» :
16h00 : la journée de travail est finie, on est affamé.
16h30 : à la soupe !
20h00 : la ville est déserte, tout le monde est au lit.
Le nightlife… on oublie. Il faut plutôt être fervent de quiétude et de repos.

5. PMQ : Personal Married Quarters
Les PMQ sont des habitations de type petit cottage ou maisons en rangées, mises à la disposition des militaires mariés ou «en famille». On en trouve toujours quelques uns près des bases militaires (à Valcartier près de Québec, ou à St-Hubert près de Montréal, par exemple).
Cependant, à Oromocto, les PMQ c’est 75% des habitations de la ville. Un grand quartier avec des séries de maisons identiques ; un look général qui n’est pas sans rappeler la banlieue d’Edward aux mains d’argent… Pittoresque ou inquiétant, c’est selon !

6. Le paradis des enfants
Oromocto n’est peut-être pas une plate-forme foisonnante où se rencontrent artistes, designers de l’avant-garde et militants gauchistes. Il en demeure un milieu idéal pour élever des enfants. Calme, stabilité et sécurité (le taux de criminalité y est particulièrement faible) y règnent partout, tout le temps. Les grands parcs sont nombreux et la verdure est omniprésente. Tous les animaux de la forêt se trouvent littéralement un jour ou l’autre dans votre jardin. Lièvres, chevreuils, ours… avec un peu de patience vous les croiserez tous.

7. École Arc-en-ciel
L’école primaire Arc-en-ciel est la seule institution d’enseignement francophone de la ville. La plaque tournante de la communauté franco-oromoctoise ! Salutations particulières à Lucille, Madame Cousineau et Madame Marie Cutter, directrice et professeur de maternelle en 1986.
Pour le bonheur de ceux qui y sont passés les mêmes années que nous, voici quelques petits souvenirs en rafale : les cônes de pop corn à 25 sous aux récréations, les épidémies d’impétigo, les fruit roll ups, les concours de lipsynch, les cours de catéchèse le dimanche et la cloche de récréation version alarme d’incendie.
 
8. Parades
Les traditions militaires soulignent tous les événements, nominations, diplomations et invités spéciaux avec des parades. À Oromocto, il y a toujours une bonne raison de faire une parade ! Parade de la fanfare, parade d’artillerie, même en dehors de l’armée, parades de clowns, de mascottes, de majorettes, etc. À toutes les occasions, à toutes les échelles, mais toujours des parades. Oromocto sait être festif à ses heures !

9. Journée des Forces

Chaque année, on souligne le travail de nos militaires canadiens. La journée des Forces démontre aux civils quelles activités on y pratique à la base. Dans un contexte de fête, on peut visiter des hélicoptères, assister à la démolition de voitures par des chars d’assaut, observer des reproductions (particulièrement réalistes) de blessures de guerres sur des comédiens faussement amputés, et le clou du spectacle : manipuler des armes sur un champ de tir, un must.
 
10. The place to be !
Voici finalement quelques lieux phare de la ville qui pourraient vous guider en cas d’égarement.

10.a. Le Canex
Un des premiers mots que j’ai prononcé : Canex. On y trouve de tout. Un petit complexe à l’entrée de la base qui tient lieu de dépanneur/club vidéo/boutique/restaurant/piscine extérieure (glaciale!). C’est LA référence.
 
10.b. Oromocto Mall
Le centre commercial de la ville. Entre les restaurants et les différents services, on y organise aussi pleins d’activités familiales enlevantes, tel que le concours du plus beau bébé (gagné en 1983, oui monsieur !).
 
10.c. Le théâtre
Petite salle de spectacle pour les concerts de la fanfare militaire, mais présentant aussi quelquefois par mois, un film nouvellement sorti en cassette Beta/VHS. C’est ce qui se rapproche le plus d’un entertainment palace.

10.d. McDo
On fait plaisir aux enfants, on va manger au McDo. La consécration? Le McDo «l’autre bord de la rivière»  avec tellement plus de jeux!
 
C’est vendredi, la gardienne est arrivée, vous cherchez un resto chic ? Un bar pour prendre un verre? Un cinéma pour voir le dernier James Bond ? Pas le choix de faire un petit tour sur la transcanadienne et d’aboutir à Fredericton.

Évidemment, le portrait de ma ville natale est un peu caricatural. Loin de moi l’idée de dénigrer l’endroit ou d’en présenter une vision réductrice ; j’en garde d’excellents souvenirs ! Mais c’est un fait : Oromocto est une ville particulièrement tranquille, avec une philosophie canadienne-anglaise rurale. Voilà près de 25 ans que je n’y habite plus par contre, et les choses ont probablement changé depuis. Je serais enchantée d’en savoir un peu plus sur l’Oromocto d’aujourd’hui. Et si quelques résidents des dernières années se brûlent de remettre les pendules à l’heure… je suis toute ouïe !

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Oromocto en images

Derniers commentairesRSS
  • La ville est parfaite pour une famille, militaire ou non. Il y a de plus en plus de non-militaires qui s'y installent. En été, la ville offre plein de choses à faire, avec ses parcs, pistes cyclables, sentiers en forêt et piscine publique extérieure.

    11 Mai 2013 | Melissa

  • Il y a beaucoup plus de maisons que de pmq maintenant !!!

    30 Nov 2012 | Line Bouchard

  • Wow merci pour le portrait de la petite ville de militaire, que très peu de civile connaissent. Beaucoup de bon souvenir à cet endroit.

    30 Nov 2012 | Emilie

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